Bon, comme j'avais parlé de poster des extraits de mes romans abandonnés
histoire que ça ne soit pas complètement gâché...
En fait, en l'occurrence, c'est mon roman en cours, donc il n'est pas
encore abandonné, mais d'une part ça ne saurait tarder et d'autre part
cette scène risque fort de sauter, vu que je l'ai surtout écrite pour m'initier
au personnage (et surtout à la narratrice) ; notamment je ne pense pas
rester dans les détails sur les considérations «trans». Grosso-modo, j'aimerais
bien avoir un truc qui soit un mélange de Bound et de Hellboy, mais bon,
entre le résultat prévu au départ et le résultat final....
Je me suis réveillée avec une méchante gueule de bois, mais j’ai vu tout de
suite que je n’étais pas seule dans mon lit. J’ai froncé les sourcils et essayé
de me remémorer les évènements de la veille.
La grande blonde qui me tournait le dos était a priori Alys — avec un y,
ouais, même qu’elle insistait dessus —, une fille que j’avais croisée quelques
fois dans des soirées lesbiennes ou queers. Croisée, mais pas draguée.
Qu’est-ce qu’elle pouvait bien foutre là ?
Je me suis assise au bord du lit et me suis rappelée vaguement avec elle
hier à propos de quelque chose — je n’avais plus aucune idée de quoi — que
j’avais dit à une trans’. Ou peut-être un truc à propos des trans’, en
général.
De toutes façons, je m’engueule tout le temps à cause des trans’. C’est pas
vraiment de leur faute, je sais bien, j’imagine que c’est un peu de la mienne,
mais on a une sorte d’incompatibilité. Par exemple, moi je suis une gouine,
tendance butch, camionneuse comme on dit en français, sauf que j’ai plus le
look militaire que routier. Les trucs de fille, ça m’a toujours cassé les noix,
et je ne me considère pas comme une femme. C’est Wittig qui l’a dit, ça :
« les lesbiennes ne sont pas des femmes » ; alors les gouines, on
n’en parle même pas. Bref, tout ça pour dire qu’être vu comme une femme, c’est
la merde, alors quand quelqu’un qui est considéré comme un mec décide de se
faire couper la queue pour devenir une gonzesse, je dis qu’il y a du masochisme
là-dessous.
Et quand je dis ça, évidemment, les trans’ s’énervent. Après, moi je n’ai
rien contre elles. Ça ne me gène pas, les masochistes. Moi-même, je le suis un
peu. Mais bon, il paraît que c’est transphobe de dire ça, et si on ajoute le
fait que j’ai un humour un peu pourri et tendance à picoler un peu trop, ça
n’aide pas aux relations sereines et ça fait qu’on vient me traiter de nazie,
ce qui, certes, colle relativement bien avec mon look tendance uniforme, mais
n’est quand même pas spécialement agréable.
Enfin bref, c’était sans doute à cause d’un truc dans le genre que je
m’étais pris la tête avec Alys la veille, mais on avait manifestement dû se
réconcilier par la suite. Ma bite qui traînait par terre — je veux dire, mon
gode-ceinture, pas une vraie bite — donnait une indication sur la suite du
déroulement de la nuit.
Du coup, je me suis rappelé quelques bribes de souvenirs supplémentaires.
Alys qui attache le harnais autour d’elle en me tournant le dos, pendant que je
regarde le tatouage qu’elle a sur ses fesses, une étoile rouge et noire symbole
de l’anarchisme. Alys qui me fait me mettre à quatre pattes sur le lit. Et je
passe sur la suite.
Par contre, je n’avais toujours aucune idée de la façon dont elle avait bien
pu atterrir ici. D’habitude, je ne couche pas avec les gens avec qui je
m’engueule. Ça m’arrangerait bien, je baiserais plus, mais ça ne se passe pas
comme ça.
Finalement, je me suis dit que tout cela importait peu face à une réalité
bien plus pressante, c’est-à-dire mon envie de me vider la vessie. Je me suis
donc levée et ai titubé vers la salle de bains avant de m’effondrer sur la
lunette. Alors que j’étais assise, j’ai réfléchi à la tactique que je devais
adopter pour lutter contre ce putain de mal de crâne qui persistait.
L’idée la plus évidente était de prendre un comprimé contre le mal de crâne,
et j’avais une pharmacie assez riche dans le domaine. Le problème, c’était que
j’avais aussi envie de vomir, et que le comprimé risquait fort de ne pas rester
très longtemps dans mon estomac.
La seconde possibilité était donc d’attendre de dégueuler, mais ça pouvait
durer un certain temps, temps pendant lequel j’aurais continué à avoir mal au
crâne. Mauvais plan.
J’ai donc fait ce qui me semblait le plus efficace : avaler un vomitif
pour accélérer les choses, vomir dans quelques minutes, et prendre un autre
comprimé après contre la migraine.
Le temps que ça fasse effet, je suis retournée dans la chambre, histoire de
mater un peu le corps nu de ma nouvelle copine. Et j’ai réalisé qu’Alys était
franchement belle, même si ça n’était pas un modèle idéal de perfection
féminine. Par exemple, elle avait des jolis seins, mais elle restait quand même
plutôt plate ; et puis, un truc qui m’a sauté aux yeux, c’est qu’il lui
manquait deux orteils au pied gauche. Je me suis demandée distraitement comment
ça avait pu arriver en faisant remonter mon regard vers ses jambes, son
nombril...
Hey, une seconde, je me suis dit en arrivant au nombril. Il y a un truc qui
cloche.
Mon regard est reparti dans l’autre sens et j’ai lâché un soupir, parce que
d’un coup, j’ai compris pourquoi on s’était engueulées la veille sur des trucs
trans’.
J’aurais dû tilter avant, mais moi, même si je comprends vite, il faut
souvent m’expliquer longtemps.
« Ben merde, j’ai dit à haute voix.
— Hummm ? » a fait Alys en ouvrant les yeux et en me regardant.
Je lui ai adressé un petit sourire, genre « non, je n’ai absolument pas
oublié comment tu as fini chez moi, pas du tout, ce n’est pas mon style »
et elle s’est redressée un peu.
« J’avais pas vu », j’ai quand même fini par expliquer en tendant un
doigt vers son entrejambe. À distance respectable, le doigt, je ne fais pas ce
genre de cochonneries dès le réveil. « T’as un gode-ceinture
intégré ?
— Oh, ouais », a-t-elle dit en jetant un regard discret vers ce que je
nommerai par égard pour elle son gros clitoris. « Il marche pas terrible,
cela dit. Ça vaut pas le silicone. Mais je crois que c’est trop tard pour me
faire rembourser. »
Je n’ai rien répondu sur le coup, et je me suis contentée d’aller
dégueuler.
Alors que je m’essuyais la bouche, j’ai entendu les pas d’Alys qui me
rejoignait dans la salle de bains.
« Hum, a-t-elle hasardé pendant que je tirais la chasse, tu es
tellement dégoûtée d’avoir couché avec moi ? »
Je n’ai rien répondu, parce que je préférais me nettoyer un peu la bouche
avant, mais j’étais surtout dégoûtée de ne me souvenir de rien. Première fois
en six mois que je me tapais quelqu’un et il fallait que j’ai un black-out
presque complet.
« Tu as peur que ça fasse de toi une hétéro ? » a-t-elle demandé
en se foutant un peu de moi.
Comme j’étais encore en train de me laver la bouche, je me suis contentée de
pointer les deux boîtes de médicaments qui traînaient sur le lavabo.
« Tu en veux ? lui ai-je demandé après avoir récupéré une haleine
que j’espérais supportable.
— J’ai pas mal de fantasmes bizarres, mais les trucs avec le vomi, tu feras
ça sans moi.
— Tu sais », j’ai dit en levant un doigt et sur un ton que je voulais assez
professoral, histoire qu’elle n’aille pas ruiner mon image vis à vis des trans’
en disant que je ne réagissais pas. « Je crois quand même que la plupart
des gens réagiraient mal en découvrant ce genre de choses juste avant de
baiser. Alors, quand c’est après... »
Là, je me suis arrêtée, en me disant que si je m’en étais pas rendue compte,
c’est que je ne lui avais même pas fait un petit calin avant ou après qu’elle
ne s’occupe de moi, ce qui n’était pas très glorieux pour ma pomme non
plus.
« Tu sais, a-t-elle répliqué, je ne baise pas avec la plupart des
gens. »
Ce à quoi je n’ai rien répondu, vu qu’elle n’avait pas vraiment tort. En un
sens, c’était flatteur : ça voulait dire qu’elle me faisait assez
confiance pour que je ne réagisse pas comme un trou du cul.
Enfin, pas plus comme un trou du cul que je ne le suis à l’ordinaire, en
tout cas.
Comme je n’avais rien à dire, je me suis tournée vers le miroir, et j’ai vu
que j’avais une sale gueule. Le bon côté, c’est qu’avec mon crâne rasé, je
n’avais pas les cheveux en pétard, contrairement à celle qui avait partagé mon
lit pour la nuit.
« Et puis », a dit celle-ci alors que je sortais deux comprimés
d’ibuprofène, « techniquement, je te l’ai dit, hier. »
Comme j’avais toujours un peu la tête dans le coltar, je me suis demandée
une seconde ou deux ce qu’elle m’avait dit, avant de réaliser qu’on parlait
toujours de son gros clito.
« Vraiment ? j’ai demandé en ajoutant un peu de paracétamol aux
comprimés que j’avais dans la main.
— Deux fois. »
Je me suis senti un peu conne, mais j’ai gardé un air impassible.
« Je ne crois que ce que je vois, j’ai répliqué. Au fait, tu te
souviens pourquoi on s’engueulait, hier ? »
Je me suis retournée vers elle, et elle était appuyée contre le mur, un bras
posé sur le porte-serviettes, posture façon « j’ai la classe dès le
réveil, même entièrement à poil ».
« C’était sur les trans’, justement, hein ? j’ai demandé, histoire
de montrer que j’avais quand même des vagues souvenirs de la soirée.
— Tu disais que la chirurgie ou les hormones, c’était mal si ça n’était pas
strictement pour sauver la vie de quelqu’un.
— Ah ouais, voilà ! j’ai fait en me souvenant de ma position là-dessus.
Merde, c’est pas des bonbons, c’est des médicaments. Ça ne devrait être pris
que quand la vie est menacée. »
Je me suis dit que pour ajouter du punch à ma phrase, c’était le bon moment
pour avaler les comprimés que j’avais en main : j’ai renversé la tête en
arrière et je les ai gobés.
Après, je me suis rendue compte que niveau « ne pas considérer les
médocs comme des bonbons », ça n’était pas vraiment le geste idéal.