Voilà un texte que j'ai écrit rapidement et un peu pour «délirer» , entre
trois et cinq heures du matin, et qui doit quand même être le troisième texte
que j'écris où une trans va voir un psy. Il faudrait que je me renouvelle un
peu.
La jeune femme ouvrit d’un geste timide la porte du psychiatre et s’installa
en face sur le siège en face de lui.
« Hum, bonjour », fit-elle pour attirer son attention.
Il était effectivement en train de fouiller de façon agitée dans un tas de
papiers et n’avait pas semblé se rendre compte de la présence de sa
patiente.
« Un instant, madame...
— Dupond.
— Dupond », répéta le psychiatre en fouillant dans la pile de papiers.
« Dupond, Dupond, Dupond, Dupond... Ah ! Dupond ! »
Il se tourna d’un air satisfait vers la jeune femme, lui montrant fièrement
qu’il avait retrouvé son dossier.
Elle lui rendit son sourire par politesse. Visiblement, ce psy-là semblait
encore plus à côté de ses pompes que les autres qu’elle avait eu l’occasion de
croiser. Au moins, il avait l’air souriant et était plutôt sexy, avec ses
rouflaquettes et son costume bleu. Un peu maigrichon, peut-être.
« Alys Dupond, lut le médecin.
— C’est moi, fit la jeune femme. Et vous êtes le docteur... ?
— Le docteur... répéta le psychiatre. Voyons, vous venez pour...
« Dysphorie de genre ». C’est quoi, ça ? Dysphorie de
genre ?
— C’est le nom médical pour la transsexualité.
— Oh !
— En fait, il faudrait que vous me signez un papier pour autoriser mon
opération.
— D’accord. »
Alys sourit. Au moins, ce psy-là était cool.
« C’est bon ? demanda-t-elle. Vous êtes d’accord ?
— On va faire un test avant, quand même ? Allons, je suis sûr que je
les ai vus par là... Ah ! Voilà ! »
Le psychiatre brandit triomphalement une série de planches et les tendit à
sa patiente.
« C’est le test de Rorschach ? constata-t-elle. Vous allez vous
baser là-dessus pour autoriser mon opération ou pas ? Tout le monde sait
que c’est du flan !
— Il a de jolis images, répondit le docteur avec un air bête. J’aime bien
les images. Vous voyez quoi ? »
Alys soupira et examina la première planche.
« On dirait une sorte de créature venue d’une autre dimension.
— Vraiment ? demanda le psychiatre en jouant avec le réglage de son
fauteuil.
— Ou d’une autre planète, peut-être. Ensuite... Deux clones qui se tapent
dans la main. Ou deux frères jumeaux. Sœurs jumelles. Deux personnages pareils,
quoi. 
— Hum-hum », répondit le docteur, qui avait entre temps abaissé le dossier
de son fauteuil au maximum.
« Ensuite... Facile ! Deux sorcières transsexuelles ! »
Le psychiatre se redressa et fronça les sourcils, l'air étonné.
« Comment vous savez que ce sont des sorcières ?
— Le chaudron au milieu, montra Alys.
— Ah ! Oui ! Brillant ! fit-il avec un grand sourire.
— Ensuite, un vaisseau spatial rudimentaire. Et puis, un gros
papillon. »
Alys reposait l’une après l’autre les planches qu’elle avait déjà examinées
sur le bureau.
« Vous êtes sûre que ce n’est pas aussi une créature
extra-terrestre ? suggéra le psychiatre.
— Peut-être, admit la jeune femme. Ça expliquerait pourquoi il tient deux
fusils.
— Probablement. Vous voulez quel genre d’opération, exactement ?
— Ça ne vous regarde pas », rétorqua Alys sur un ton sec, avant de réaliser
qu’elle parlait au psychiatre qui devait décider si, oui ou non, elle aurait
droit à cette opération.
« Oh, fit le docteur. Désolé.
— La suivante, reprit Alys, espérant changer de sujet. Je suppose que c’est
une sorte de fissure. Une faille. Avec quelque chose qui en sort.
— Vraiment ? demanda le psychiatre en attrapant la planche à son tour.
Moi ce que je vois, c’est plutôt...
— Quoi ? demanda la jeune femme.
— Un... enfin... », fit le psychiatre, l’air embarrassé, avant de secouer la
tête en grimaçant. « Non, ce n’est pas important. Continuez.
— Des dents. Avec des canines vraiment bizarres. Et la suivante... Hum, je
dirais deux mondes qui se chevauchent. Deux mondes parallèles, en quelque
sorte. Vous voyez ? »
Le docteur examina la planche et fit une grimace qui voulait sans doute dire
non. En tout cas, c’est l’interprétation qu’Alys en fit.
« Vous devez avoir raison.
— Ensuite... Un peu la même chose, sauf que cette fois-ci ils se rentrent
dedans. Comme si des bouts d’un monde passaient dans l’autre. Chaque monde
étant identique à l’autre, mais en même temps différents.
— Oh, ça, fit le psychiatre sur un ton léger. Ça doit être parce
que l’hôpital est bâtie sur une fissure dans le temps et l’espace.
— Vraiment ? demanda Alys.
— Ouais, fit le docteur en faisant tourner son fauteuil. Pas forcément hyper
malin de la part des architectes, si vous voulez mon avis. Et cette dernière
planche ? »
La jeune femme l’examina un instant, puis fronça les sourcils.
« L’explosion du vortex du temps.
— Quoi ? s’exclama le docteur en lui arrachant la planche des mains. Ce
n’est pas possible. Le vortex du temps, c’est quelque chose de solide, de
costaud. Il ne peut pas exploser comme ça ! »
Alys haussa les épaules.
« Ce n’est pas de ma faute. C’est ce que je vois.
— C’est mauvais, répondit le psychiatre en chaussant ses lunettes avec un
air préoccupé. C’est très, très mauvais.
— Vous êtes vraiment psy ? demanda Alys alors qu’il sortait de la poche
intérieur de sa veste un engin bizarre de la taille d’un gros stylo.
— Je suis le Docteur, répondit-il en brandissant devant lui son engin qui
faisait maintenant des bruits étranges. Et je crois que nous devrions
courir. »
Quelques remarques pour conclure : j'espère que ceux et celles qui
connaissent l'auront compris et que ce n'est pas trop obscur pour celles et
ceux qui ne connaissent pas, mais le Docteur est supposé être celui de Doctor Who - c'est à dire
effectivement pas un psychiatre, mais un Seigneur du Temps.
Je ne pense pas faire de ce texte une vraie nouvelle complète, parce que je
ne suis pas très «fanfiction», mais l'idée était évidemment que tout ce qu'Alys
voit se produise ensuite.
Bref, je sais pas comment ça rend pour les lecteurs/ices, mais en tout cas
moi ça m'a amusée de l'écrire.