Vernis & Sécateur

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi, novembre 30 2007

Sur les médias

Un article d'acrimed, «Médias contestables, médias contestés par des étudiants en lutte» résume assez bien la situation entre les médias et les étudiants, entre la méfiance de ces derniers et les cris d'orfaie de ces premiers.

Du coup plutôt que d'avoir l'aspect «vu des médias» (que ce soit pour le critiquer ou pas), je me suis dit que ça pourrait être intéressant de donner un point de vue vue «des militants».

Déjà il faut bien dire que la façon de gérer les médias différèrent pas mal selon les moments, selon le sujet de militantisme, etc.

Par exemple pendant la campagne présidentielle, on a vu plein da caméras débarquer dans les meetings qu'on faisait (d'habitude la venue d'Olivier Besancenot en attire toujours une ou deux, mais là non seulement il y en avait plus mais il y avait un souci accru, pour meubler le temps d'antenne réparti «équitablement», d'interroger les militants, etc.). À vrai dire là ça se passait plutôt bien, mise à part que vu que je suis complètement nulle pour répondre rapidement quand on me pose une question, c'est encore pire quand il y a une caméra.

Au niveau étudiant c'est différent. Ne serait-ce que parce qu'en général les propos sont beaucoup plus déformés. Sur ma fac par exemple, on (je mets «on» mais j'étais pas super active à ce moment, enfin peu importe) avait organisé un débat contradictoire entre un «pro-cpe» et un «anti-CPE», et la salle évidemment. Il y avait une large majorité de contre, le comité d'organisation était évidemment contre et à vrai dire on avait eu du mal à trouver quelqu'un pour défendre la loi.

Il y avait une caméra présente ce jour-là.

Et elle n'a parlé pratiquement que du type qui était «pro-cpe», ce qui en soit aurait pu à la limite sPe justifier dans le cadre d'un reportage sur lui et si le journaliste avait eu la décence de prévenir avant, mais ce n'était pas le cas.

Autant dire que deux ans après, contre la loi LRU, il y avait un tout petit peu de défiance des militants étudiants, et quand une caméra est venue tourner, elle n'a pas échappée à quelques questions (la journaliste, pas la caméra, en fait).

On a juste discuté un peu, de matière très cool et courtoise. Elle a pu filmer, y compris nos discussions internes et la préparation d'une banderole.

Même si la banderole était déjà prête, «ce serait bien que vous repassiez un peu sur les lettres pour que je puisse filmer».

Et en fait, je n'ai aucune idée de comment ça a été montée à la télévision, parce que je n'ai pas de télé.

Ce que j'ai pu voir, par contre, c'est la différence entre un débat télévisé et un débat qui ne l'était pas.

Parce qu'évidemment, tout le jeu de la caméra c'est de faire «comme si elle n'était pas là». Sauf qu'en vrai, personne ne fait vraiment «comme si elle n'étati pas là». C'est un peu de la double pensée: faire comme si elle n'était pas là tout en faisant ce qu'on ne ferait pas si elle n'était vraiment pas là.

Il y a des petits trucs relativement volontaires, comme ne pas se mettre les doigts dans le nez ; ne pas se vautrer complètement sur le canapé, ne pas faire trop de référence aux goulags dans lesquels on va enfermer les antibloqueurs. Et il y a tout ce qui est un peu inconscient: prendre la voix qu'on ne prend que pour parler en public, genre meeting, alors qu'on est à cinq, six ; le malaise ressenti à l'idée qu'on risque de passer devant des milliers de personnes ; etcaetera.

L'observation modifie l'observé.

Ce que j'aimerais bien savoir, au moins une fois, c'est si dans ce cas là la modification modifie aussi l'observateur : comment un cameraman vit les choses ? Comment il peut lui-même soutenir/ne pas soutenir/se foutre complètement d'une revendication ? Si ça influence sur comment il fait les choses ?

Et, accessoirement, quand on se sont complètement trahis par le résultat final, si lui aussi se sent trahi par la façon dont ont été montées ses images ?

mardi, novembre 27 2007

Manifestation étudiante

Aujourd'hui à Marseille, il y avait une manifestation étudiante et lycéenne. En fait dans le titre j'ai mis «manifestation étudiante», mais c'est quand même surtout des lycéen/ne/s, venu/e/s en masse.

On doit être entre un bon millier, je dirais. Je ne sais pas trop compter. Beaucoup de lycéen/ne/s donc, qui occultent presque les étudiant/e/s, présent/e/s mais pas tant que ça. Une banderole «Sauver la recherche» regroupe derrière elle quelques militant/e/s plus âgé/e/s, mais ils ne sont quand même pas très nombreux.

Le service d'ordre étudiant est bien organisé et veille à ce qu'il n'y ait pas de soucis (en tout cas jusqu'à ce que j'ai bifurqué au métro, c'est peut-être parti en live après).

À un moment, deux camarades de Sud-étudiants discutent d'un type à l'allure patibulaire qui a ramassé une barre de fer et joue avec. C'est, expliquent-ils, un gars de la BAC. Ils le reconnaissent : ils avaient déjà eu affaire à lui. On discute, je regarde ce type, et là d'un coup le flash : je n'en suis pas tout à fait sûre, mais il me semble l'avoir déjà croisée.

Pas dans une manif, mais au bistro. Le copain du frère d'une copine. Un type effectivement flic et visiblement space qui se vantaient de ses exploits sans qu'on sache trop s'il était mythomane ou pas. Personnellement, j'espère.

Déjà là il m'avait mise mal à l'aise, mais dans une manif je n'ai vraiment pas envie qu'il me reconnaisse. Je tourne la tête pour éviter qu'il voit mon visage et me lance dans le mini-cortège de la Jeunesse Communiste en vaincant brièvement mon agoraphobie latente.

Je suis une lâche, mais j'assume pleinement.

lundi, novembre 26 2007

Manifester, c'est sérieux

Pour moi, manifester, c'est quelque chose d'important parce que c'est bien souvent la seule façon de s'exprimer quand on ne possède pas de journal ou de télévision (certes, j'ai un blog, m'enfin bon).

C'est aussi quelqe chose de ludique. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne m'est pas arrivé de me faire chier dans des manifs ;mais en général, c'est quand meme quelque chose de sympa.

Et personnellement, j'aime bien quand il y a un peu d'humour, qu'on ne se prend pas forcément au sérieux. Parce qu'on peut prendre une cause au sérieux sans s'y prendre soi-même.

Cependant, la question de l'humour dans les manifs' ne provoque pas forcément autant d'unanimité. Il y a quelques années j'avais entendu parler d'une banderole humoristique d'intermittents dans le style «manif de droite» décrochée par le service d'ordre syndical, et je trouvais ça dommage.

Mais il semblerait pourtant que certains n'aient vraiment pas d'humour.

Par exemple ce petit article publié dans l'huma (via vive le feu) qui fait la morale aux militants anarchistes qui, en plus de ne pas être gentils avec les policiers venus manifestés en leur rappelant qu'ils sont en général du mauvais côté de la barricade, ont des slogans «bien peu respectueux des luttes en cours» : « La retraite, on s’en fout. On ne veut pas bosser du tout » ou encore « La retraite à vingt ans, pour baiser il faut du temps ».

Ce n'est pas le seul cas de manque d'humour manifestant. Arrêt sur images parle notamments des «barblés de Rennes II» : un dessin de barbelé destiné à limiter la zone journaliste, qui a «pris vie» dans le journal le monde. En dehors de l'aspect diffamatoire et désinformatif qu'on ne soulèvera pas ici (il y aurait d'autres cas dont il faudrait parler), il en ressort quand même que tracer des barbelés, c'est pas bien.

Mais les étudiants ne s'arrêtent pas là : ils ressortent aussi les goulags cette fois-ci dans une banderole (il me semblait avoir lu un tableau dans un autre article ? mais peu importe).

Alors je vois deux possibliités :

  • soit les étudiants sont des pires que staliniens totalitaires qui ressortent les goulags et les barbelés dès qu'ils peuvent sous une forme d'humour douteux qu'il faut condamner ;
  • soit au contraire les restrictions à la liberté n'en sont pas vraiment (le contrôle des mandats parait la base de la démocratie, et il paraît normal que des gens puissent vouloir débattre à l'abri des caméras) et du coup on peut se permettre d'avoir un peu d'humour ; auquel cas les journalistes ne font finalement que profiter de détails anodins pour avoir un prétexte pour cracher sur des mouvements qu'ils n'aiment pas.

Bizarrement, il y en a une que je trouve plus probable que l'autre...

mardi, novembre 20 2007

Manifestation / Trans day of remembrance

Ou, deux trucs qui ont pas grand-chose à voir pour le prix d'un billet.

Trans day of remembrance

Le 20 novembre, c'est le «Trans day of remembrance». En français, la journée de mémoire transgenre, dédiée aux personnes trans' assassinées dans des crimes de haine. Les meurtres transphobes sont souvent extraordinairement barbares, tandis que les assassins expliquent régulièrement qu'ils sont en fait... les victimes, puisqu'ils ont été «trompés» sur le sexe de la personne, et sont parfois partiellement ou totalement dédouanés.

Pourtant, la transphobie n'est toujours pas reconnue dans la loi française, qui, au contraire, l'organise avec la psychiatrisation des trans' et la non-reconnaissance de leur identité de genre.

Manifestation

À Marseille, on était entre 12000 (selon la police) et 60000 (selon les syndicats), soit 42000 (selon moi) à manifester pour la défense des services publics. Il y avait plus de monde que le 18 octobre, ce qui est en partie dû au fait que les étudiants étaient plus nombreux cette fois-ci. Effectivement les facs de la région commencent à se mobiliser : si la fac d'Aix est toujours fermée administrativement, la fac de Saint-Chales est bloquée depuis hier, tandis que Luminy s'est aussi prononcée contre la loi en AG (sans pour l'instant grève ni blocage).

Bref, espérons que ça continue et que ça se renforce encore.

samedi, novembre 10 2007

La démocratie, ce n'est pas le pouvoir au peuple

Avec le début d'agitation sur les facs et le commencement de quelques blocages s'agite déjà le spectre de la démocratie.

Bloquer une fac, dit-on, ce n'est pas démocratique.

C'est quoi, pourtant, la démocratie ?

Démocratie, ça vient du grec. Demos, c'est le peuple, et cratos, la puissance, le pouvoir.

Sauf qu'on ne dit jamais «le pouvoir du peuple», «le peuple au pouvoir» ou «le pouvoir au peuple». Parce que le truc, c'est que si on emploie un mot d'une langue morte, ça se voit moins que c'est du foutage de gueule.

Les AGs sur les facs me semblent, en ce sens, ne sont pas de la démocratie. Elle sont un tout petit, minuscule embryon de pouvoir au peuple dans une langue vivante.

Oh, ça reste ridicule. Le seul pouvoir de l'AG, finalement, est de bloquer ou pas la fac. Ce nest pas encore les soviets. Mais c'est déjà pas mal, parce que c'est prendre des décisions de manière collectives plutôt que d'élire un homme fort pour nous guider.

Alors, bien sûr, les AGs ne sont pas parfaites. Notamment, elles ne sont pas assez représentatives - encore que sur certaines facs, ça commence à s'étendre un peu. Mais elles ne peuvent évidemment pas le devenir d'un coup et c'est quelque chose qui doit se construire.

La critique de cette représentativité peut me paraître fondée, même si je ne vois pas comment on peut y remédier à part en poussant les gens à y participer.

Cette critique est bien évidemment, comme les autres qui peuvent exister, relayée par le gouvernement, et là je pense particulièrement à Valérie Pécresse, ministre de l'éducation supérieur et de la recherche, qui reproche notemment au mouvement d'être politique... et oui, politique, c'est un mot sale, berk, caca, certainement pas quelques choses que les étudiants devraient faire[1]. Un autre truc que le gouvernement reproche au mouvement, à part le simple fait d'exister, c'est de vouloir faire la jonction avec les autres mouvements sociaux. C'est marrant, parce que dans toutes mes études on m'a soûlée sur le fait qu'il fallait un rapprochement entre le monde universitaire et le monde de l'entreprise... manifestement, on ne veut pas que ce rapprochement se fasse dans la rue.

Bref, la critique de la représentativité est reprise par le gouvernement, mais là, je trouve que ça fait carrément l'hôpital qui se fout de la charité. Parce que déjà, la LRU contre laquelle il y a mobilisation, elle a été expédiée pendant l'été. Bizarrement. Évidemment absolument pas pour que les étudiants ne puissent pas en discuter et se mobiliser contre elle. Si le seul problème du mouvement des étudiants c'est le côté démocratique, il y a un moyen simple de trancher : faire un referendum. Là il y aurait peu à y redire a priori. Pourtant, je doute que ce soit ce que le gouvernement fasse...

À propos de referendum, c'est amusant de noter que pendant ce temps, le parlement va bientôt approuver la constitution européenne. Vous savez, celle qui a été refusée par un referendum ? Oh bien sûr elle ne s'appelle plus constitution européenne, les articles ont été séparées pour les mettre dans des amendements aux traités précédents. Ça ne s'appelle plus pareil, mais ça fait la même chose.

Donc récapitulons :

  • décider en AG sur les facs ce n'est pas démocratique, parce que ce n'est pas représentatif
  • par contre, décider à l'assemblée nationale, qui est une assemblée élue avec un nombre important d'abstention et avec un suffrage indirect absolument pas proportionnel, de se torcher le cul avec le vote direct de la population, c'est démocratique.

On peut donc en déduire que la démocratie, ce n'est pas le pouvoir au peuple.

Bientôt, le gouvernement va sans doute aussi nous faire la démonstration que la guerre, c'est la paix, que la liberté, c'est l'esclavage (quoiqu'on a déjà eu droit à «le travail, c'est la liberté»), et que l'ignorance, c'est la force.

Notes

[1] Sur ce sujet, je suggère la lecture du très bon article sur le blog de Vive le Feu