Un article d'acrimed, «Médias contestables, médias contestés par des étudiants en lutte» résume assez bien la situation entre les médias et les étudiants, entre la méfiance de ces derniers et les cris d'orfaie de ces premiers.
Du coup plutôt que d'avoir l'aspect «vu des médias» (que ce soit pour le critiquer ou pas), je me suis dit que ça pourrait être intéressant de donner un point de vue vue «des militants».
Déjà il faut bien dire que la façon de gérer les médias différèrent pas mal selon les moments, selon le sujet de militantisme, etc.
Par exemple pendant la campagne présidentielle, on a vu plein da caméras débarquer dans les meetings qu'on faisait (d'habitude la venue d'Olivier Besancenot en attire toujours une ou deux, mais là non seulement il y en avait plus mais il y avait un souci accru, pour meubler le temps d'antenne réparti «équitablement», d'interroger les militants, etc.). À vrai dire là ça se passait plutôt bien, mise à part que vu que je suis complètement nulle pour répondre rapidement quand on me pose une question, c'est encore pire quand il y a une caméra.
Au niveau étudiant c'est différent. Ne serait-ce que parce qu'en général les propos sont beaucoup plus déformés. Sur ma fac par exemple, on (je mets «on» mais j'étais pas super active à ce moment, enfin peu importe) avait organisé un débat contradictoire entre un «pro-cpe» et un «anti-CPE», et la salle évidemment. Il y avait une large majorité de contre, le comité d'organisation était évidemment contre et à vrai dire on avait eu du mal à trouver quelqu'un pour défendre la loi.
Il y avait une caméra présente ce jour-là.
Et elle n'a parlé pratiquement que du type qui était «pro-cpe», ce qui en soit aurait pu à la limite sPe justifier dans le cadre d'un reportage sur lui et si le journaliste avait eu la décence de prévenir avant, mais ce n'était pas le cas.
Autant dire que deux ans après, contre la loi LRU, il y avait un tout petit peu de défiance des militants étudiants, et quand une caméra est venue tourner, elle n'a pas échappée à quelques questions (la journaliste, pas la caméra, en fait).
On a juste discuté un peu, de matière très cool et courtoise. Elle a pu filmer, y compris nos discussions internes et la préparation d'une banderole.
Même si la banderole était déjà prête, «ce serait bien que vous repassiez un peu sur les lettres pour que je puisse filmer».
Et en fait, je n'ai aucune idée de comment ça a été montée à la télévision, parce que je n'ai pas de télé.
Ce que j'ai pu voir, par contre, c'est la différence entre un débat télévisé et un débat qui ne l'était pas.
Parce qu'évidemment, tout le jeu de la caméra c'est de faire «comme si elle n'était pas là». Sauf qu'en vrai, personne ne fait vraiment «comme si elle n'étati pas là». C'est un peu de la double pensée: faire comme si elle n'était pas là tout en faisant ce qu'on ne ferait pas si elle n'était vraiment pas là.
Il y a des petits trucs relativement volontaires, comme ne pas se mettre les doigts dans le nez ; ne pas se vautrer complètement sur le canapé, ne pas faire trop de référence aux goulags dans lesquels on va enfermer les antibloqueurs. Et il y a tout ce qui est un peu inconscient: prendre la voix qu'on ne prend que pour parler en public, genre meeting, alors qu'on est à cinq, six ; le malaise ressenti à l'idée qu'on risque de passer devant des milliers de personnes ; etcaetera.
L'observation modifie l'observé.
Ce que j'aimerais bien savoir, au moins une fois, c'est si dans ce cas là la modification modifie aussi l'observateur : comment un cameraman vit les choses ? Comment il peut lui-même soutenir/ne pas soutenir/se foutre complètement d'une revendication ? Si ça influence sur comment il fait les choses ?
Et, accessoirement, quand on se sont complètement trahis par le résultat final, si lui aussi se sent trahi par la façon dont ont été montées ses images ?