Vernis & Sécateur

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samedi, janvier 28 2012

On ne peut pas faire confiance aux démons

Un peu de publicité pour soi-même ne faisant jamais de mal, j'en profite pour signaler qu'une nouvelle nouvelle[1] est disponible à la lecture sur mon site le site de Lizzie Crowdagger, RêveriesOn ne peut pas faire confiance aux démons. On y retrouve les personnages d'Alys et Lev, que vous avez peut-être déjà croisées si vous lisez ce blog régulièrement.

Bon, honnêtement, je ne trouve pas exactement que ce soit la meilleure nouvelle que j'ai jamais écrite, vu que notamment c'était censé être la scène d'ouverture pour un prochain roman, mais d'un autre côté c'est gratuit et vu que Megavideo a été fermé, il faut bien que vous vous occupiez, non ?

Notes

[1] Ouais, je trouve aussi que ça sonne mal comme formulation, «nouvelle nouvelle». Mais «nouveau texte court», ce n'est guère mieux.

lundi, janvier 2 2012

En vrac

Comme je n'ai pas trop le courage de faire des billets politiques en ce moment (crise de foi, peut-être), ni de raconter ma vie qui est franchement assez inintéressante, quelques news en vrac sur des projets passés, en cours ou à venir :

Écriture

Hell B☠tches : Bain de soleil

Cet été, j'avais écrit une nouvelle très courte qui se situait dans l'univers des Hell B☠tches (c'est-à-dire, des textes où les protagonistes sont des gouines motardes surnaturelles pas très portées sur le respect de la loi. Ça s'appelle Bain de soleil et vous pouvez le lire sur le site Rêveries. Pour situer le contexte, c'était à la base une nouvelle que je voulais envoyer à l'appel à textes «Vampire malgré lui», que je n'ai, comme la plupart des nouvelles que j'écris pour des appels à textes, jamais envoyée.

Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)

Pour les personnes qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents : Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) est un roman/recueil[1] que j'ai sorti il y a quelques mois (sous le nom de Lizzie Crowdagger), et qui se situe aussi dans l'univers des Hell B☠tches citées précemment. Pour résumer brièvement, il y a des gouines, des motos, de la magie, des explosions, des flingues, des hormones, des vampires et des louves-garous. Ah, et des chatons, aussi.

Donc, quoi de nouveau ? Déjà, vous pouvez voir quelques images des principales protagonistes sur le site de Rose Butch, qui a réalisé les illustrations pour le livre. Il y a également quelques petits extraits pour certains personnages. Par ailleurs, Rose Butch a aussi fait les illustrations du recueil «S'lame de Fond» (recueil de slame féministe fait par des transpédégouines, dont j'avais déjà parlé), que vous pouvez également trouver sur son site.

Sinon, comme il fallait que je gagne de l'argent pour me payer mes cadeaux de Noël, il y a maintenant une version électronique d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) que vous pouvez acheter pour le prix «modique» de 2€99 si vous avez un Kindle et que vous achetez sur Amazon. Je ne sais pas s'il y a des gens qui ont un Kindle et qui achètent sur Amazon qui me lisent, mais bon, voilà.

(Bon, en vrai ça me plaît assez moyennement comme solution, et je ne suis pas très fan du format (MOBI) utilisé par Amazon, mais pour l'instant je ne vois pas grand-chose d'autre comme solution pour faire des ventes électroniques. Après, à terme, je pense que je mettrai une version en PDF gratuite sur Internet, mais j'attends d'avoir fini de payer les traites de ma nouvelle Harley les frais d'impression.[2])

Informatique

Et sinon, ça n'a pas grand-chose à voir, et je n'ai rien à montrer pour l'instant[3], mais comme avec des copines on passait beaucoup de temps à jouer au tarot, ben j'ai commencé à écrire un petit jeu de tarot qui est pour l'instant assez merdique, soyons honnête, mais vala. Vala, c'est d'ailleurs le langage dans lequel il est écrit. Je connaissais pas avant, le Vala, et je trouve ça assez chouette, comme langage, d'ailleurs.

Sinon, ça s'appellera sûrement Tini 'Nux Tarot, ce qui est un peu con parce que c'est pas spécialement conçu pour Linux, mais j'avais envie que ça fasse «TNT» et je voyais pas d'autre truc intéressant qui commençait par un N.

Pour finir...

Et sinon, tout de même, parce que c'est de saison, je vous souhaite une bonne année 11111011100 (ben ouais, je suis très binaire, moi.)

Notes

[1] Pour être précise, il s'agit de trois histoires assez longues qui sont vaguement indépendantes mais ont quand même une continuité forte puisqu'on y retrouve les mêmes personnages. Dans ma tête je verrais assez ça comme une saison composée de trois épisodes, mais je crois pas qu'il y ait des mots équivalents pour les bouquins.

[2] Après, si vraiment vous n'avez pas de quoi payer les 12€ pour acheter le bouquin en version papier (ni pour vous payer un Kindle) et que vous avez quand même vraiment envie de lire ce magnifique livre, quitte à ce que ce soit au format PDF, vous pouvez m'envoyer un mail et il y a moyen de s'arranger. Enfin, si j'oublie pas de répondre à mes mails, évidemment.

[3] Pour les textes en cours d'écriture je peux mettre des extraits, mais je ne suis pas sûre que copier/coller une vingtaine de lignes de code ne soit vraiment pertinent.

mercredi, août 17 2011

Encore un extrait de nouvelle, sans nom pour l'instant

Voià un petit extrait d'un texte qui fera sans doute partie d'«Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)», qui devrait – si tout va bien et que j'arrive à m'activer un peu (ce qui n'est pas complétement évident) – sortir pour le festival Ô Mots des Flamands Roses, c'est à dire courant octobre. Ce passage va sans doute être modifié substantiellement, mais je le trouvais sympa comme ça.


La docteur Steiner retira ses petites lunettes rondes et me dévisagea avec attention ; cela me mettait mal à l’aise à chaque fois qu’elle le faisait. C’était peut-être à cause de ses yeux injectés de sang. La plupart des vampires n’avaient pas des yeux qui sortaient de l’ordinaire, mais elle, si. C’était d’autant plus frappant que le reste de son apparence était plutôt banale : légèrement enrobée, les cheveux blancs et courts, une blouse sur les épaules et un stéthoscope — qui devait être inutile pour la majorité de ses patients — autour du cou, elle correspondait à l’image classique qu’on se faisait d’un médecin, et pas d’un suceur de sang.

Elle venait de me renouveler mon ordonnance pour les hormones qui permettaient de féminiser mon corps. J’en avais pris quelques mois de façon pas très légale, puis Rouge m’avais conseillé d’aller voir ce médecin qui exerçait dans une clinique privée, parce qu’elle était plutôt sympa avec ses patients. La plupart de ses patients étaient morts, mais elle avait accepté de me suivre également.

« Vous avez des bleus sur le visage, constata-t-elle. Et une ou deux coupures.

— Oui », admis-je.

Cela remontait à dix jours plus tôt, et ça ne me faisait presque plus mal.

« Qu’est-ce qui vous est arrivé ?

— Je suis tombée dans les escaliers. »

Elle se recula dans son fauteuil et me jeta un regard désabusé.

« Vraiment ? demanda-t-elle.

— Oui. Il y a eu une légère altercation dans un bar et j’étais dans les escaliers. Il y avait le type, en dessous de moi et sur le coup, ça m’a paru une bonne idée de lui sauter dessus les deux pieds en avant. »

Steiner ne dit rien, et se contenta de secouer la tête d’un air blasé.

« J’avais vu ça dans un match de catch », argumentai-je.

Évidemment, se réceptionner sur des marches d’escalier était peut-être un peu plus douloureux que sur un ring conçu pour, mais dans l’euphorie du moment je n’avais pas eu le temps de réfléchir à ce léger détail technique.

« Cassandra, soupira mon médecin, votre corps est fragile et ne se remettra pas de tout aussi facilement. Vous devriez en prendre un peu plus soin. »

La vampire eut ensuite un léger sourire, dévoilant ses deux canines.

« Bien sûr, il y aurait une alternative qui vous permettrait de ne plus avoir à gérer les désagréments d’un corps mortel, si vous me suivez ?

— J’y réfléchirai », répliquai-je en attrapant l’ordonnance pour mes œstrogènes.

La plupart des personnes transsexuelles n’osaient pas aller chez le médecin parce que :

  • on les appelait dans le mauvais genre ;
  • on réduisait tous leur problème de santé à leur transsexualité ;
  • on leur demandait sans cesse ce qu’elles avaient entre les jambes ;
  • on les pousser à aller voir un psychiatre ;
  • etc.

Je devais être la seule qui repoussais mes rendez-vous parce que je savais très bien que mon médecin allait me faire remarquer que j’étais toujours mortelle, et que ce n’était pas quelque chose d’incurable.

dimanche, août 7 2011

Spleen

Remarque numéro un : oui, y'a plus que des nouvelles ou des extraits sur ce blog. Ça changera peut-être, ou pas.

Remarque numéro deux : c'est un texte que j'ai écrit il y a quelques mois et que j'hésite à publier parce que j'ai un peu peur que ce soit mal interprété, donc je préfère préciser (surtout pour les gens qui me connaissent dans la vraie vie) : c'est de la fiction. De la fiction avec des éléments un peu autobiographiques, je veux bien l'admettre, mais vraiment pas que, et ça correspond pas du tout à mon humeur actuelle, donc voilà, allez pas vous dire que je déprime trop, en vrai, non, c'est juste que j'avais envie de le poster parce que ça ressemble pas trop à ce que j'écris d'habitude (enfin, je trouve).


Parfois, souvent à une heure avancée de la nuit, ou du petit matin, elle est prise d'une sorte de mélancolie violente. Elle ne sait pas trop pourquoi, ni comment exactement. Une vague impression de solitude, de ne pas être à sa place, mêlée à une angoisse liée à son absence de futur.

Alors, elle se met à taper au clavier, ou elle use un stylo sur un bloc-notes en s'énervant parce qu'il ne marche pas bien. Elle écrit, et elle se relit, et elle se dit que ça ne vaut pas grand-chose. Pire, elle trouve qu'elle a un aspect romantico-gothique qui lui déplaît profondément. Elle n'aime pas le coté poète tourmenté.

D'un autre côté, c'est toujours mieux que quand elle se lacère les bras en écoutant du KMFDM, se dit-elle. Niveau romantico-gothique, ça se pose là. Et puis au moins, quand elle écrit, il n'y a pas ces taches et surtout pas ces marques incommodantes sur les bras. Ces marques qui commencent par la faire angoisser lorsqu'elle se demande à chaque fois comment elle va faire pour qu'on ne les remarque pas, et qui finissent par la faire un peu déprimer lorsqu'elle réalise qu'il n'y a pas besoin de faire quoi que ce soit pour qu'on fasse semblant de ne rien voir.

Des fois, elle se dit qu'elle aimerait être capable d'enfoncer la lame plus profond dans sa chair, être capable d'atteindre les veines et de les couper en longueur pour mourir lentement (mais moins lentement tout de même qu'en fumant un paquet et demi de clopes par jour). Et puis elle se reprend, réalisant que sa niaiserie romantico-gothique dépasse vraiment les bornes. Sans compter qu'il y déjà eu un massacre à Columbine et un autre en Finlande par des types qui écoutaient KMFDM, elle ne peut pas se suicider sur cette musique, ce serait ridicule.

Cependant, quand elle écrit sur un bloc-notes ou qu'elle tape sur un clavier, le suicide n'est qu'une pensée lointaine. Une alternative, une possibilité, plutôt rassurante au final. Reposante, en tout cas. Elle lui enlève cette angoisse et ce sentiment d'impuissance face aux défaites quotidiennes dans le combat à mener pour le simple droit d'exister. Un combat qu'elle sait au fond d'elle-même qu'elle n'a aucune chance de gagner, parce que l'adversaire est légion et implacable ; et qui fait pourtant partie des rares moments où elle se sente vivante.

Ce qui explique sans doute que le suicide reste une pensée lointaine : un combat perdu d'avance duquel on est certaine de ressortir anéantie, c'est encore mieux, d'un point de vue romantico-gothique, que de se couper les veines toute seule dans sa baignoire, surtout quand on n'a pas de baignoire.

Et puis, il faut dire que, comme échappatoire, l'écriture reste plus accessible, au final. Moins définitif, certes, mais plus accessible. Cela demande moins de ménage, pour commencer.

Alors, parfois, souvent à une heure avancée de la nuit, ou du petit matin, prise d'une sorte de mélancolie violente, elle tape au clavier, ou elle use un stylo sur un bloc-notes en s'énervant parce qu'il ne marche pas bien. Elle écrit, et elle se relit, et elle se dit que tout cela ne vaut pas grand-chose.

Ensuite, le lendemain, elle finit par tout jeter, en brûlant d'un geste libérateur les feuilles sur lequelles elle a couché ses pensées (lorsqu'elle a écrit sur du papier) ou en supprimant d'un geste moins libérateur un fichier de son disque dur (lorsqu'elle a tapé au clavier).

Parfois, cela aide, et parfois non.

samedi, juillet 16 2011

Un autre extrait de nouvelle : un étrange message

Voilà un autre extrait de nouvelle (où on retrouve certains personnage de l'extrait précédent, d'ailleurs). Bon, c'est toujours un bout pas complet, mais au moins c'est pas (encore) un texte avorté, alors vous aurez peut-être la chance de voir la suite (et le début) un jour.


Il ne faisait pas encore nuit lorsque j’entrai dans l’appartement de Morgue — elle m’avait donné un double des clés — et je m’attendais à ce qu’elle soit encore endormie, mais elle était en train de jouer à la console sur un écran géant.

Son appartement ne ressemblait pas à celui d’une vampire old-school : il était moderne, bien équipé, décoré avec des affiches de film d’action remplies de nanas avec des gros flingues. Il y avait pas moins de quatre posters d’Ellen Ripley. Bref, l’appartement de Morgue faisait plus typiquement gouine que vampire, du moins pour le salon ; sa chambre, en revanche, semblait tout droit sortie de Dracula.

Physiquement, Morgue était grande — un peu plus que moi — et avait les cheveux blonds et partiellement rasés. Elle portait essentiellement du noir et ce soir n’était pas une exception : elle avait mis un débardeur sombre avec une croix inversée, et une longue jupe en cuir qu’elle ne portait pas souvent, préférant les pantalons.

« Salut, ma beauté mortelle, lança-t-elle en me voyant.

— Coucou, Morgue. Tu progresses bien ?

— J’ai eu une nouvelle épée et j’ai passé deux niveaux. Tes cours se sont bien déroulés ? »

Je embrassai avant de lui répondre. Je ne voulais pas parler de la quête de Billie tout de suite.

« Ceux auxquels j’ai été se sont bien passés.

— Tu as encore séché ? Vilaine, vilaine fille.

— Oui, fis-je en me collant contre elle. Je pense que je mérite d’être punie. »

Morgue sourit, dévoilant ses canines proéminentes, et elle approcha sa main de son visage. Je vis ses ongles noirs s’allonger avant qu’elle ne commence à me caresser le cou.

J’attendis la fin de ma « punition » — qui se révéla loin d’être désagréable — avant de lui demander pourquoi Billie m’avait fait sortir de cours.

« Elle a reçu un message bizarre et part chercher un type qui a disparu ? résuma-t-elle une fois que je lui eus expliqué.

— Et trois chats, ajoutai-je.

— Ça mérite d’annuler notre soirée en amoureuses, alors ? » railla-t-elle.

C’est le moment que choisit son portable pour sonner, avec la musique du générique de Buffy.

« Oui, Billie. Cassie m’a expliqué. D’accord. On se retrouve à la friterie en bas de chez moi, d’ici une demi-heure ? À plus. »

Elle raccrocha ensuite, et haussa les épaules.

« On ferait mieux de l’accompagner. Ce n’est pas que ça m’enchante, mais je me sentirais coupable si elle se faisait tuer.

— Je croyais que tu te moquais du sort des pathétiques humaines ?

— Billie n’a rien d’humain, répliqua-t-elle. C’est une geek. »


*****

Nous descendîmes les six étages qui nous séparaient du rez-de-chaussée et nous retrouvâmes Billie qui nous attendait.

« Salut, Morgue, lança-t-elle en nous voyant. Tu as sorti une jupe. »

La vampire jeta un air mauvais à son interlocutrice.

« Qu’est-ce que ça peut te foutre, la façon dont je m’habille ? »

Billie eut un petit sourire gêné.

« C’est juste que j’ai cru remarquer qu’il y avait une certaine corrélation entre certaines choses.

— Quel genre de choses ? demanda Morgue en allumant une cigarette.

— Tu as tendance à frapper plus de gens lorsque tu es en jupe, je ne sais pas si tu as déjà remarqué ? »

La vampire soupira, et commença à se diriger vers la friterie. Billie et moi lui emboîtames le pas.

« Tu n’avais jamais remarqué ? me demanda-t-elle. C’est comme si elle devait compenser le léger surplus de féminité en étant encore plus agressive que d’habitude.

— Peut-être que c’est juste parce qu’on se prend plus de remarques relous quand on est en jupe, répliquai-je. Et Morgue n’est pas vraiment du genre à laisser passer ça sans rien dire.

— Peut-être que t’as raison, admit Billie. En tout cas, on est d’accord, il y a une corrélation. »

Quelques mètres devant nous, Morgue était en train de jeter sa cigarette, pourtant seulement à moitié consumée, et elle entra dans la friterie.

Lorsque nous la rejoignîmes, elle était déjà en train de commander des keftas crus avec des frites.

« Vous savez, plaisanta le serveur tandis qu’elle payait, vous êtes ma seule cliente vampire.

— On est en 2010, répliqua-t-elle en souriant. Il faut bien s’intégrer à la société humaine. »

Je ne pus m’empêcher de sourire en l’entendant dire ça, tellement c’était éloigné de son mode de pensée.

« Hey, t’es un garçon ou une fille ? »

La remarque provenait d’une table à l’entrée, où trois jeunes hommes étaient assis. Je ne sais pas à laquelle d’entre nous elle était destinée : Bille était après tout on ne peut plus masculine, et je me faisais moi-même régulièrement traiter de travelo. Mais Morgue décida que c’était pour elle, et elle s’approcha à grand pas de leur table.

« Excusez-moi, demanda-t-elle en souriant, je n’ai pas bien pu entendre, j’étais en train de payer. Vous pouvez répéter ? »

Je levai les yeux au ciel et décidai de passer ma commande pendant que Billie regardait l’altercation. Moi, je savais déjà comment ça allait se terminer.

« Je me demandais si tu es un gars ou une fille. Parce tu ressembles à un gars, mais tu portes une... »

Le type n’eut pas le temps de terminer sa phrase, parce que Morgue avait resserré sa main sur sa gorge et l’empêchait de respirer. Ses deux amis se levèrent pour l’aider, mais il suffit à la vampire d’un regard lourd de signification, avec ses canines sorties au maximum, pour les en décourager.

« Salade, tomates, oignons ? demanda le serveur, qui devait être lui aussi habitué à ce genre de situation.

— Ouais. Avec un coca, s’il vous plaît. »

Pendant ce temps, à l’autre bout de la pièce, Morgue avait approché ses canines à deux centimètres de la jugulaire de l’importun.

« Tu sais, espèce de poche à sang géante, la question que tu as posé n’est vraiment pas polie. Ça fait un peu, genre, je veux savoir si tu es une proie potentielle. C’est comme si je te demandais de quel groupe sanguin tu es. Tu n’aimerais pas ça, hein ? »

Le type déglutit bruyamment, et je devinai que mon amie souriait.

« Vous savez quoi ? Je suis de bonne humeur. Alors vous allez partir gentiment avant que je réalise que je n’ai pas la bonne sauce Ketchup pour aller avec mes frites. »

Les trois hommes déguerpirent, pendant que Billie me jetait un regard triomphant.

« Il y a définitivement une corrélation, nota-t-elle.

— Elle ne l’a pas frappé », protestai-je.

lundi, juillet 11 2011

Une nouvelle avortée

Voià un début de nouvelle, que j'ai finalement avortée parce que j'avais envie de faire autre chose des personnages.

(Ouais, je sais, moi aussi ça me fait chier les textes inachevés, mais faut bien que je fasse vivre un peu ce blog.)


Il était un peu plus de dix-huit heures lorsque la grande fille blonde qui s’appelait selon toute probabilité Cassandra entra dans ce qui servait visiblement de local pour une Ladyfest, abritant pour un week-end quelques ateliers et concerts à thématiques féministes.

Malgré la température hivernale, elle portait une mini-jupe, des bas résille et un haut moulant. Dehors, des hommes qu’elle avait qualifié intérieurement de « connards libidineux » lui avaient tenu des propos inappropriés auxquels elle avait répondu par un doigt d’honneur. Peut-être que l’espace féministe l’attirait à cause de la promesse d’un calme relatif.

Elle ne se sentait pourtant pas complètement à l’aise et avait l’impression que sa féminité un peu trop exacerbée lui donnait un air suspect, ou que sa taille imposante lui attirait des regards curieux.

Et puis, il y avait le fait qu’elle soupçonnait être transsexuelle, même si elle n’en était pas entièrement sûre, ce qui lui semblait en lui-même assez étrange.

« Est-ce que tu comptes rester plantée là longtemps ? »

Cassandra se tourna vers la femme qui s’occupait des entrées et la dévisagea un moment avec un regard vide, avant de finalement prendre un ticket.

Elle entra ensuite dans la grande salle où se trouvaient un certain nombre de tables tenues par des associations ou simplement par des nanas. Cassandra ne savait pas trop aller, ni à qui parler. L’endroit, le cadre, tout cela lui paraissait familier, mais elle ne reconnaissait personne.

« La blonde en mini-jupe, fit une voix venant de derrière elle. Tu ne trouves pas qu’il y a quelque chose qui cloche chez elle ?

— Hum, je ne sais pas. Elle est trans, peut-être ? »

Cassandra se retourna brusquement vers l’origine de la discussion. Les deux personnes qui parlaient étaient deux lesbiennes assises derrière la table du bar associatif « From L ». La première, une blonde aux cheveux courts, était plutôt fine et portait une veste et une cravate qui lui donnaient un air vaguement sérieux, tandis que la seconde était plutôt ronde, avait le crâne partiellement rasé et un débardeur au motif camouflage.

« Trans ? demanda la lesbienne en costard. Je ne sais pas. Tu crois qu’elle nous entend ?

— Pas à cette distance, répliqua la seconde. Ne t’en fais pas.

— Sauf qu’elle a l’air de nous entendre. N’est-ce pas ? »

Cassandra soupira et allait éviter les deux importunes, mais celle qui portait le costume avait déjà commencé à se déplacer vers elle. Cassandra n’eut que le temps de remarquer qu’elle portait des Docs roses, qui lui donnaient un air moins sérieux, avant qu’elle ne soit à son niveau.

« Salut ! lança-t-elle sur un ton joyeux. Je m’appelle Billie. Mon amie, c’est Bull. »

Cassandra se contenta de la dévisager en silence.

« Enfin, « amie », c’est un bien grand mot, reprit Billie. Connaissance, disons. Pas la peine de faire des blagues sur Bull et Bill, du coup. Et toi, c’est quoi ton nom ?

— Cassandra ? hasarda Cassandra.

— C’est un joli nom. Écoute, Cassandra, je suis désolée si ce qu’a dit ma pote t’embête, mais...

— Qu’est-ce que tu veux ? »

Billie leva les deux mains en signe d’apaisement.

« Rien. C’est juste qu’il y a quelque chose d’inhabituel chez toi, et je suis une fille plutôt curieuse.

— Il y a un souci ? »

C’était Bull qui venait de poser la question après les avoir rejoints, sur un ton impliquant clairement qu’il valait mieux qu’il n’y en ait pas.

« Ça va, fit Billie.

— Je suis désolée si je t’ai vexée, reprit Bull en direction de Cassandra. Je n’ai rien contre les gens comme toi, tu sais ?

— Les gens comme moi ? » répéta Cassandra pendant que Billie levait les yeux au ciel.

Elle avait toujours trouvé que Bull avait un sens du tact assez limité, et elle avait conscience qu’elle-même n’était pas exactement une référence dans le domaine.

« Écoute, fit Billie sur un ton conciliant, on est désolées. Seulement, je me posais une question à ton sujet. »

Cassandra se tourna brusquement vers elle, une expression de colère sur le visage.

« Alors, c’est ça ? Tu veux vérifier ce que j’ai dans la culotte ? Savoir ce que j’ai subi comme opérations ? »

Billie se mit à sourire et à regarder la fille d’un air concentré.

« À l’heure actuelle, reprit Billie, ce que je voudrais surtout savoir c’est : ça fait combien de temps que tu as arrêté de respirer ?

— Quoi ?

— J’ai trouvé le truc qui clochait chez toi, reprit-elle d’un air triomphant. Depuis que tu es entrée dans cette pièce, tu n’as pas respiré. Tu inspires juste assez d’air pour nous parler. Ce qui tendrait à me faire penser que tu es morte, sauf que tu bouges beaucoup pour un cadavre

— Quoi ? reprit Cassandra en écarquillant les yeux.

— Oh, je sais ce que tu vas me dire : et les morts-vivants, alors ? Sauf que tu n’as pas l’air de ressembler à une zombie et que tu n’as pas les dents de vampires. D’ailleurs, la plupart des vampires font au moins semblant d’avoir besoin d’air. Alors, j’ai conscience que ce n’est sans doute pas poli de demander ça mais : qu’est-ce que tu es, exactement ? »

Cassandra resta silencieuse quelques secondes, puis baissa la tête, embarrassée.

« Je ne sais pas. Je ne me souviens pas. »

dimanche, juin 19 2011

Petit extrait

Vu qu'aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, j'ai réussi à me motiver un peu pour écrire, j'avais envie de vous le faire partager. Pour situer, il s'agit a priori d'un roman, et ce sera la «suite» d'Enfants de Mars et de Vénus (en tout cas, Lev en est toujours l'héroïne, ou du moins la narratrice).

(Comme souvent, certaines de mes «lubies» du moment ont tendance à se retrouver dans ce que j'écris. Saurez-vous les retrouver ?)


L’informaticienne m’a ensuite rendu mon téléphone et on a encore discuté pendant une dizaine de minutes. Elle m’a expliqué qu’elle avait annoncé à son « amoureux » qu’elle était trans et qu’il avait très bien réagi, ce qui, selon elle, laissait présager une belle et longue histoire d’Amour. Ne pouvant plus supporter autant de gnan-gnan, je lui ai expliqué qu’il fallait que j’y aille et on est allées payer au comptoir avant de sortir.

À peine dehors, j’ai allumé une cigarette et m’apprêtais à dire au revoir à Mel lorsqu’un des étudiants en école de commerce s’est approché de nous. J’ai alors réalisé qu’eux aussi avaient pris le temps de se fumer une clope devant le bistro avant de partir.

Avant qu’il n’ouvre la bouche, j’avais déjà évalué la situation : ils étaient quatre, tous des mecs, dont un avait l’air potentiellement costaud. Les trois autres rentraient dans ce que je considère comme la catégorie « maigrichons ».

« Excuse-moi, a fait un des trois rachitiques en s’adressant à Mel. T’es quoi, un mec ou une fille ? T’es un travelo, ou quoi ? »

Il faut préciser quelque chose au sujet de mon amie : elle n’a absolument aucune répartie. Lorsqu’elle est confrontée à ce genre de situation, elle bloque en cherchant un truc à répondre, et se contente de regarder la personne avec un grand sourire idiot.

D’un autre côté, vu que son sourire fait peur à cause de ses dents pas droites, qu’elle mesure un mètre quatre-vingt-dix, qu’elle a le crâne rasé et une sale cicatrice sur le visage, elle n’a pas souvent besoin de répartie. Pourtant, je suis tout de même venue à sa rescousse.

« Qu’est-ce que ça peut te faire, connard ? ai-je demandé. Je te demande, moi, si t’es vraiment en école de commerce, ou alors si t’as juste la gueule de cul qui va avec ? »

Comme souvent dans ce genre de situations, les trois autres types, jusque-là restés spectateurs, se sont approchés, et c’est le plus grand qui s’est collé en face de moi.

« Ça va, pourquoi tu t’énerves ? » a-t-il demandé.

C’est ce que je trouve magnifique, avec les machos : leur tendance à te considérer comme de la viande (si t’es baisable) ou de la merde (si tu l’es pas), à estimer qu’ils ont le droit de venir t’emmerder, sans être le moins du monde capable de comprendre pourquoi cela peut t’énerver.

« Et toi, c’est pareil ! » a renchéri celui qui voulait absolument savoir qui était un garçon et qui était une fille. « T’es quoi, au juste ?

— Je suis Léviathan, ai-je répondu avec un grand sourire. La grande bête de l’apocalypse. Alors maintenant, si vous tenez à garder vos dents, vous fermez votre gueule et vous vous barrez en courant. »

À ma grande surprise, ils se sont concertés du regard et ont commencé à s’écarter, pas franchement en courant, mais au moins en trottinant.

« Hey, ai-je mollement protesté, vous êtes pas vraiment censés partir. Vous êtes censés joués aux durs et vous faire maraver la tête.

— Tu veux qu’on les course ? » a demandé Mel.

Je me suis alors tournée vers elle, et j’ai réalisé qu’elle avait sorti la triplex qui lui servait de ceinture. À ma grande déception, ce n’était pas tirade qui les avaient fait détaler, mais plutôt les trois chaînes de vélo soudées ensemble qu’agitaient mon amie.

« Non, ai-je soupiré. Je suis trop grasse pour courir. »

dimanche, mars 27 2011

Clair de lune

Voici un petit texte que j'avais déjà posté dans les bonus d'Enfants de Mars et de Vénus. À vrai dire, la raison qui fait que je le reposte ici est surtout bassement un test sur une façon d'intégrer des nouvelles sur blog sans trop m'emmerder et j'avais envie de voir le résultat.

Pour situer le contexte d'écriture, c'était vers la fin des UEEH 2010 où j'avais l'impression d'avoir trop de pulsions de violence féministe pour l'ambiance «oui mais il faut pas être violente, la paix sociale entre les communautés c'est important» et que du coup je me suis défoulée par l'intermédiaire de Lev, qui ne s'embarrasse pas de ce genre de considération. J'avais envisagé à un moment de caser ce passage dans la suite d'Enfants de Mars et de Vénus, mais finalement ce ne sera pas le cas.

Pour finir avant de mettre le texte, je signale que si vous aimez les montées de violence de Lev, elle a aussi écrit un nouveau billet sur son blog : De l'usage du mot «travelo».

Et maintenant, le texte en question :

dimanche, janvier 2 2011

Auto-promotion 2011

Voilà, on vient d'entrer dans l'année 2011, qui à défaut de s'annoncer comme particulièrement meilleure que les précédentes, est quand même l'année la plus avancée dans laquelle personne ne se soit jamais aventuré, et ça c'est cool. C'est un peu comme si on était toutes des exploratrices temporelles, d'une certaine façon.

Du coup, même si je ne vous en tiendrais pas rigueur si vous ne voyez pas trop le rapport, je me suis dit que c'était l'occasion de faire un peu d'autopromotion et de parler de mes projets «littéraires» en cours.

Révolution avec un vampire

Ce n'est pas nouveau puisque vous avez pu lire cette nouvelle dans les deux billets précédents, mais Révolution avec un vampire est désormais maintenant en ligne sur le site Rêveries, et disponible sous des formats peut-être plus lisibles que sur ce blog.

Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne saurais pas trop faire un résumé parce qu'honnêtement, c'est un peu n'importe quoi, mais on y trouve un peu de science-fiction, une interview de vampire, un train, du transsexualisme (c'est peut-être pas comme ça qu'on dit), et de vagues références à la révolution russe de 1917.

Enfants de Mars et de Vénus

Après un petit essai en décembre avec la mise en ligne d'un bloc du chapitre 11, «Les gouines ont la peau dure», j'ai décidé de continuer ce mode de parution et de laisser un peu tomber la mise en ligne par épisode. Le chapitre 12, «L'Étoile du matin» est donc maintenant disponible, et j'essaierai d'en mettre un toutes les deux semaines, ce qui devrait amener la fin de la parution «en ligne» vers milieu février.

Si vous ne connaissez pas Enfants de Mars et de Vénus, il y a pour le coup un résumé plus travaillé, mais histoire d'éviter le copier/coller je me contenterai de dire qu'on y trouve de la gouine butch, de la moto, du fantastique, de l'occulte, de la camionneuse et pas mal de gros flingues.

Rappel

Avant d'embrayer sur la suite, je rappelle accesoirement que vous pouvez toujours acheter mon roman de fantasy Pas tout à fait des hommes. Vous pouvez aussi le lire gratuitement en ligne, mais ce n'est pas comme ça que je pourrai me payer de Harley. Dans l'optique de vous inciter à me donner votre argent, voici pour le coup un vrai résumé :

Kalia, la seule elfe de la ville à travailler dans la garde, se contente d'ordinaire d'essayer de survivre et d'éviter les ennuis...

Du moins, jusqu'au jour où elle rencontre Axelle, une voleuse démoniaque qui va bouleverser sa vie. endr.png

Avant de réaliser ce qui lui arrive, Kalia va se retrouver confrontée à des orcs révolutionnaires, des nains remontés, un général belliqueux, un vampire schizophrène, une prophétie obscure, une épée sacrée, un Élu au coeur pur, ainsi qu'une multitude d'autres choses potentiellement mortelles mais au nom moins impressionnant.

Coming Soon

Et histoire de parler quand même un peu de ce qui va arriver pour l'année 2011, j'espère bien auto-publier une petite novella (à mi-chemin entre nouvelle et roman) que je décrirais en utilisant une citation de Beatriz Preciado, certes pas du tout hors contexte :

Apparaît ainsi un nouveau genre de biographie transsexuelle romanesque, dans la tradition gothique de la mutation monstrueuse histoires de vampires, loup-garous, etc)

Et comme j'aime bien faire des fausses couvertures-trailers, en voici une :

trailer_chroniques.png

Si tout va bien et que je ne laisse pas tomber mes projets entre-temps, ça devrait être le premier tome (ou le tome zéro, parce que j'ai un passif d'informaticienne et que nous autres on aime bien commencer à compter à partir de zéro) de Hell B☠tches, une série d'histoires courtes sur un gang de motarde gouines surnaturelles.

vendredi, décembre 24 2010

Révolution avec un vampire (partie 2)

Si vous l'avez ratée, retrouvez [la première partie de Révolution avec un vampire|] dans le billet précédent.


13

« Attendez une seconde, fait John. Je n’avais pas réalisé... Éléonore Trotsky... ce n’est pas elle qui est morte pendant l’insurrection de Barcelone, il y a deux mois ? »

Une fraction de seconde, le visage de la mort-vivante semble s’assombrir. Puis elle hausse les épaules :

« Elle y était, oui. Mais on n’est pas sûrs qu’elle soit morte. On n’a jamais trouvé son cadavre.

— Enfin, c’est ce que la CS5I prétend... Tout un bâtiment s’est effondré pendant une Assemblée Générale.

— Croyez ce que vous voulez. Quelle heure est-il ?

— Un peu plus de onze heures du soir.

— Je vais essayer de me dépêcher un peu, alors. »

14

Les camarades d’Éléonore sont revenus rapidement. Ils couraient et se sont précipités vers le train avant de monter dedans.

Ils étaient quatre, cagoulés, dans des tenues noires qui n’étaient pas pour autant des uniformes ; c’était juste des vêtement sombres, choisis pour ne pas être trop visibles dans la nuit.

L’un d’eux m’a pointée du doigt et a demandé :

« Elle...

— ...vient avec nous, a complété Éléonore. On n’a pas le temps de faire autrement. Vous êtes prêts ?

— Oui. Tirons-nous. »

Ils ont refermé la porte coulissante et Éléonore s’est glissée dans la locomotive. La porte qui la séparait de notre wagon est restée ouverte, aussi ai-je pu voir le poste de pilotage assez fascinant ; j’ai toujours été attirée par ces rangées de boutons et de voyants. Elle a poussé un levier et le train s’est ébranlé assez rapidement, dans un grondement métallique. Il avait une accélération impressionnante, ce qui s’expliquait sans doute par le nombre de wagons limité.

Les autres hommes se sont assis à côté de moi. L’un d’eux a commencé à enlever sa cagoule, mais son compagnon a posé sa main sur son poignet pour l’en empêcher.

« Attends, a-t-il dit en me désignant. Il faut voir comment on fait par rapport à elle. »

Comme ils me regardaient tous, j’ai essayé de me donner meilleure allure. Je suis parvenue à m’asseoir un peu plus droit et ai entrepris de cacher ma poitrine avec ce qui restait de mes vêtements. Un homme a retiré sa veste et me l’a tendue. Je l’ai remercié et ai essayé de l’attraper, mais je n’ai pas réussi à serrer correctement mes doigts.

« Feu ! » a alors hurlé Éléonore.

Un homme a appuyé sur les touches d’un émetteur et j’ai entendu une explosion lointaine. J’ai essayé de regarder sur l’écran qui montrait l’arrière du train, mais on était trop loin pour voir quoi que ce soit.

En revanche, je voyais très bien ce qu’il y avait sur l’écran relié à l’avant du train, parce que les phares éclairaient bien ce qui se trouvait en face : le bout du tunnel.

Et pas le bout dans le sens où il aurait débouché à ciel ouvert, mais un cul-de-sac, parce qu’il s’était effondré des années plus tôt.

J’ai hurlé en essayant de pointer l’écran du doigt. À côté, un compteur de vitesse indiquait 182 km/h.

« Ça va aller, a fait un homme sans paraître s’inquiéter.

— Non ! » ai-je crié.

La fin se rapprochait rapidement. Le compteur indiquait maintenant 189 km/h.

Et puis il a encore monté, et il y a eu un grand moment de silence.

C’était étrange, parce que je n’avais pas vraiment fait attention au bruit avant, vu qu’il était régulier : c’était simplement le son du train qui roulait contre de vieux rails.

Là, je n’entendais rien à l’extérieur. Les écrans n’affichaient que du bruit blanc. Le compteur de vitesse, quant à lui, était bloqué à 191,7 km/h précisément.

« Qu’est-ce que... »

L’homme qui voulait me passer sa veste l’a ramassée par terre et me l’a mise sur les épaules, avant de fermer un bouton devant.

« Éléonore ! a demandé un type. On peut enlever nos cagoules devant elle ?

— Allez-y », a-t-elle répliqué en revenant du poste de pilotage. Derrière elle, à travers la vitre qui donnait sur l’extérieur, je ne voyais que du brouillard. « On va la tuer, de toutes façons. »

L’espace d’une fraction de seconde, j’ai pris peur, mais j’ai vu son sourire et j’ai compris qu’elle plaisantait.

15

« On m’a déjà raconté ça, commente John. Qu’elle faisait de drôles de blagues.

— Elle a un sens de l’humour bizarre, oui. Rien que son nom, déjà.

— Comment ça ? »

La jeune femme hausse les épaules et avale la moitié de son verre d’eau, avant de reprendre :

« Elle est anarchiste. Trotsky, c’est en référence aux évènements de Cronstadt, il y a plus de deux siècles. Trotsky avait réprimé l’insurrection ; c’était une polémique récurrente à l’époque où elle était jeune.

— À ce propos, c’était une vampire ou pas ?

— Je ne peux pas dire.

— Vraiment ? demande John, manifestement étonné.

— Ce n’est pas que je ne sache pas. Elle pense que ça ne regarde qu’elle et je ne vois pas pourquoi je vous le révélerais.

— Désolé, je ne voulais pas dire que...

— Il n’y a pas de mal. On en était où ?

— Ils voulaient enlever les cagoules.

— Ah ! Oui. Ils l’ont fait, finalement. »

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Je me suis alors rendue compte que la personne qui m’avait passé sa veste était une femme, mais c’est à peu près tout ce dont je me souviens d’eux, parce qu’immédiatement après Éléonore leur a demandé si elle pouvait me parler seule.

Ses camarades ont fait un signe de tête et sont allés s’isoler dans l’autre wagon. Une fois qu’on s’est retrouvées toutes les deux, elle s’est assise en face de moi. Elle a sorti une cigarette de sa poche et me l’a tendue. Une fois encore, à cause de mon incapacité à refermer mes mains, elle a fini par terre.

« Ne t’en fais pas, a-t-elle dit en la ramassant, puis en me la mettant dans la bouche. Ça ne durera pas.

— On est où ? » ai-je demandé, ce qui a provoqué une nouvelle chute de tabac.

Elle a repris la cigarette et a soupiré.

« À moins que tu ais vraiment besoin de fumer maintenant, je crois qu’il vaudrait en fait mieux attendre un peu, d’accord ?

— On est où ? ai-je répété.

— On appelle cet endroit l’Unterwelt, a-t-elle dit en se dirigeant vers la porte coulissante.

Unterwelt ?

— Ça veut dire le sous-monde. Quelque chose comme ça. L’allemand, ça fait plus classe.

— De quoi vous parlez ?

— Je vais te montrer. »

Elle a ouvert. Comme à travers la vitre, je n’ai aperçu que du brouillard. Tout était blanc, comme si on était au milieu d’un nuage. On ne voyait même pas de sol, nulle part.

Elle a refermé et s’est tournée vers moi.

« Il vaut mieux éviter de tomber. C’est un endroit... spécial. Si tu vois ce que je veux dire. »

Elle m’a fait un clin d’œil, et j’ai alors remarqué que, si elle avait toujours un œil complètement blanc, ce n’était plus le même. Je lui ai fait la remarque et elle a hoché la tête.

« On est entre la vie et la mort, ici. J’ai un œil qui voit de ce côté et... le deuxième de l’autre. C’est pratique pour diriger le train, mais ça file de ces migraines...

— Entre la vie et la mort ? Un peu comme... les vampires ?

— Non », a-t-elle répondu en se mettant un bandeau sur l’œil qui était de l’autre côté. « Rien à voir. Les vampires restent dans le monde des vivants. Là, c’est plus... les spectres, je pense. Je n’ai jamais trop mis le pieds dehors mais certaines choses... enfin, il vaut mieux que le train soit blindé.

— C’est quoi, ce train ? ai-je demandé. Vous êtes qui ? Pourquoi vous avez fait sauter l’usine ? »

Elle a grimacé, manifestement peu enthousiasmée par l’idée d’avoir à répondre à mes questions. Heureusement pour elle, un miaulement venant de derrière moi lui a fait gagner un peu de sursis.

Elle est passée dans mon dos et est revenue avec un chat noir dans les bras.

« Léna, a-t-elle dit, je te présente Schrödinger.

— Miaou », ai-je dit en tendant mes bras, oubliant encore une fois que je ne pouvais pas me servir de mes mains. Éléonore a posé le chat sur mes genoux.

Je n’ai plus pensé aux questions que je me posais pendant quelques minutes. Je suis complètement gaga dès que je vois un matou.

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John est en train de sourire. La jeune femme hausse les épaules.

« Je sais, je sais, ça va nuire à ma réputation.

— C’est juste que... quand on vous voit prendre la parole en public, on a du mal à imaginer ça.

— Et le pire, c’est quand c’est des chatons. Ils sont tout petits...

— J’avais déjà du mal à croire que Lénina, la superbe oratrice des Assemblées Générales puisse avoir été si... si.... je ne sais pas...

— Ignorante ? Naïve ? Humaine ? demande la mort-vivante. Vous savez, je le suis toujours plus ou moins. Ce n’est pas parce que j’ai appris à parler en public que j’ai tellement changé. Évidemment, je suis un peu moins ignorante, quand même. À l’époque, je ne savais même pas ce qu’était la CS5I. »

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« CS5I », m’a expliqué Éléonore pendant que je caressais le chat comme je le pouvais avec mes doigts engourdis, « ça veut dire Commission Surnaturelle de la Cinquième Internationale. L’idée, c’est que la situation actuelle fait qu’il est impossible de défendre nos positions concernant les vampires en restant dans le cadre de la loi. On a besoin d’une certaine spécificité dans nos moyens d’actions.

— Comme le train blindé ?

— Voilà.

— Et c’est quoi, vos positions ?

— En gros, ce que je t’ai déjà dit : on ne juge pas par rapport à ce que tu es, mais ce que tu fais. Un vampire qui tue un humain est un assassin comme le serait un humain. Ni plus, ni moins.

— Mais vous, vous posez bien des bombes... »

Elle a souri.

« C’était une action un peu... aventureuse, je dois l’admettre. Mais c’était nécessaire.

— Pourquoi ?

— Actuellement, il y a deux possibilités : soit les vampires dominent et écrasent le reste, en se plaçant comme des dieux au-dessus de l’humanité ; soit les vampires sont exterminés, tandis que les humains vivent cloîtrés à l’intérieur de villes forteresses gouvernées par des dictateurs locaux.

— Vous êtes pour les vampires ? ai-je demandé.

— Tsss, a-t-elle fait. Laisse-moi finir, plutôt que de dire des bêtises.

— Désolée.

— Nous pensons que ces deux possibilités ne sont finalement que les deux faces d’une même pièce. Et nous pensons que, pour qu’une véritable alternative apparaisse, il était temps de les faire sauter. Tous les deux. Enfin, techniquement, on en a fait sauter vingt de chaque camp. Ça reste une victoire limitée.

— Et des assassinats, ai-je dit.

— Ce n’est pas nous qui avons tiré en premier. Globalement, et même pour ce soir.

— Comment ça ?

— Les deux camps s’en sont pris à toi, non ? Avant même de s’affronter. »

J’ai hoché la tête.

« C’est vrai. Merci, au fait. Sans vous, je suppose que je serais morte. »

Schrödinger est descendu de mes genoux et est reparti vers l’arrière du wagon. Éléonore a jeté un coup d’œil à mes jambes et a soupiré.

« Entre le sang et les poils de chats...

— Mais vous voulez quoi, vous ? » ai-je repris, ignorant sa parenthèse sur l’état de mes vêtements. « Comme véritable alternative ?

— Le socialisme, a-t-elle dit en souriant. What else ? »

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« Une seconde, demande Lénina. Quelle heure il est, maintenant ?

— Un peu moins de la demi.

— Il ne faut vraiment pas que je tarde. On a rendez-vous à minuit trente.

— Vous allez vraiment le faire ? demande John.

— Vous étiez à l’Assemblée Générale, non ? demande la mort-vivante en terminant son verre d’eau. Vous avez vu ce qui a été voté.

— Mais quand même... prendre l’Élysée... »

La jeune femme a un sourire radieux, dévoilant deux canines supérieures légèrement proéminentes.

« Ouais, dit-elle. Putain, il y a deux ans, je ne pensais même pas que je pourrais remettre un jour les pieds à Paris. Bon, j’en étais où, déjà ? »

20

« Nous sommes contre toutes les oppressions, m’expliquait Éléonore. Et il se trouve qu’elles sont généralement liées. Regarde, toi par exemple.

— Moi ? ai-je demandé, un peu surprise.

— Avec la paranoïa contre les vampires, on garde les monstres hors des villes. Mais finalement, une fois qu’on a construit un mur, pourquoi ne pas mettre de l’autre côté tous les gens qu’on ne peut pas cadrer ? Comme les putes et les travelos, par exemple ?

— Hé ! ai-je protesté, parce que je n’aimais pas le terme.

— Résultat, tu te retrouves obligée de vendre ton corps, vulnérable au premier connard venu. Et finalement tu te retrouves.... vampire. La boucle est bouclée. »

J’ai baissé la tête. J’avais du mal à réaliser ce que j’étais devenue.

« La peur et la haine enrichissent les vendeurs de canons et de systèmes de surveillance. Tout est la faute des vampires, c’est bien commode, pas vrai ? Ça justifie tout. Les morts-vivants sont un danger pour la démocratie ? Pour protéger la démocratie, il faut une dictature.

— Mais tout de même, ai-je protesté. Les vampires... »

Je n’ai pas terminé ma phrase, me rappelant que j’en étais moi aussi dorénavant une. Il y a des vérités qui ont vraiment du mal à se faire un chemin dans votre cerveau.

« Tu m’as l’air d’une fille plutôt sympa, a dit Éléonore. Pour commencer, tu n’as pas essayé de bouffer mon chat. Pourtant, si on se met à t’expliquer que tu es un monstre, à te chasser, à te laisser seule, livrée à toi-même, avec le meurtre comme seule solution pour survivre, je ne suis pas sûre que tu ne deviennes pas un monstre à ton tour.

— Peut-être », ai-je admis en baissant la tête, un peu abattue.

La révolutionnaire s’est assise à côté de moi et a posé une main sur mon épaule.

« J’ai dit « si ». Avec des « si », Paris serait enfermée dans une bouteille et pas derrière une muraille.

— Vous allez faire quoi de moi ? Maintenant que j’ai vu vos visages ?

— Je ne sais pas. Tu feras ce que tu veux. Mais il y a un truc qu’on oblige les gens dans ton cas à faire... »

Elle s’est levée et a ouvert un tiroir. Elle m’a tendue une brochure reliée, puis l’a retirée avant que je ne puisse lever la main.

« On va te forcer à lire ça, mais ça attendra que tu récupères l’usage de tes doigts.

— C’est quoi ? De la propagande ?

— Ouais, a-t-elle dit en souriant. Il y a de ça. »

Elle s’est rassise à côté de moi et a enlevé quelques-uns des poils de chats qui s’étaient collés sur mes bas.

« C’est surtout, a-t-elle ajouté en poursuivant son activité, que ça peut t’être utile. Pour l’instant, tu ne réalises sans doute pas trop, mais dans quelques jours l’idée d’être devenue un vampire va te tourner dans la tête et tu ne sauras pas comment gérer ça. Il n’y a pas de remède miracle, mais ça peut donner des pistes pour répondre à quelques unes de tes questions. »

J’ai incliné la tête. Effectivement, une brochure ne serait pas de trop. À vrai dire, même un manuel en dix tomes, je n’aurais pas craché dessus.

« Cela dit », a ajouté Éléonore, qui m’enlevait toujours un à un les poils de chat, « j’ai l’impression que tu as déjà merveilleusement réussi une première transformation et qu’une seconde ne devrait pas te poser problème ».

Je me suis mise à rigoler. Elle n’a pas eu l’air de comprendre pourquoi. Je lui ai expliqué :

« Je pensais qu’avec la brochure, tu voulais me « draguer » au sens imagé, me recruter. Maintenant, je me demande si ce n’était pas plutôt au sens propre. »

21

« Bon, dit Lénina. Je suis désolée, mais il faut que j’y aille. De toutes façons, ça commençait à devenir un peu trop intime.

— Attendez ! proteste le journaliste. Vous deux...

— Je ne sais pas si ça vous regarde. »

John sourit et éteint le magnétophone. Puis il regarde à nouveau la jeune femme avec un air complice.

« Vous pouvez me le dire. Vous avez rejoints la CS5I parce que... Trotsky et vous... »

Lénina hausse les épaules, manifestement un peu gênée.

« Ça a peut-être joué un rôle, admet-elle.

— Alors, s’il vous plaît... je vous promets que ça restera un secret entre nous...

— Quoi ?

— Tout à l’heure, vous avez évoqué les rumeurs selon lesquelles elle serait encore en vie... vous devez savoir si c’est vrai ou pas, je suppose ? »

La jeune femme baisse la tête, arborant soudainement un air lugubre. Elle se reprend aussitôt pour montrer une expression neutre, mais le journaliste a sa réponse.

« Merci, en tout cas, dit-il. J’espère qu’on pourra se recroiser...

— Ça risque d’être... compliqué... », explique la jeune femme, l’air pensive, en enfilant son manteau. « Cela dit, vous pourriez m’accompagner.

— Je ne sais pas si ce serait très prudent...

— Ça devrait aller. On va juste, quoi ? Prendre l’Élysée ? Ça ira comme sur des roulettes. »

John a un petit sourire nerveux et secoue la tête dans un signe de dénégation.

« Vous vous êtes tous donnés rendez-vous pour planifier l’assaut sur l’Élysée. Vous y allez comme à un pic-nique. Et il y a dix minutes, vous parliez de caresser un chat ?

— Du calme. Je suis sérieuse quand je dis que ça va bien se passer. La plupart des dirigeants se sont tirés quand le vent a commencer à tourner. Vous ne voulez pas venir ? Au niveau journalistique, ce serait intéressant. Plus que de savoir ce que je pense d’Éléonore. »

John secoue une nouvelle fois la tête.

« Non, vraiment. Je préférerais éviter.

— D’accord. Comme vous voudrez. Au revoir.

— Au revoir. »

L’homme regarde la jeune femme partir, puis attrape sa veste pour sortir à son tour. Il est satisfait : la soirée a été riche en informations.

22

John déverouille la porte de chez lui et entre. Il enlève ses chaussures, puis ouvre un placard et pose son manteau sur un cintre ; mais au lieu de refermer la porte, il pousse la cloison du fond, qui pivote et mène vers un escalier mal éclairé.

Il descend et arrive dans une petite pièce qui ne contient pour ainsi dire qu’une table en bois chargée de matériel électronique et un fauteuil.

Il s’assoit sur ce dernier et tape un numéro sur un émetteur, avant de décrocher le combiné. Le petit écran indique « connexion établie », puis « chiffrage en cours ».

« Oui ? » dit finalement l’homme. « Bonjour, monsieur. C’est John.

— ...

— Elle a mordue à l’hameçon. Ma couverture de journaliste était parfaite.

— ...

— Oui, dit-il en sortant le magnétophone de sa poche. J’ai l’enregistrement. Je vous l’envoie tout de suite. Il y a des informations... intéressantes sur elle.

— ...

— Non, elle ne savait rien sur Trotsky. Elle n’a pas voulu me dire si c’était une mort-vivante ou pas. Mais si elle était en vie, je pense qu’elle aurait eu des nouvelles. Elle n’avait pas l’air joyeuse.

— ...

— D’accord, je vous envoie l’enregistrement. Au fait, vous êtes au courant pour l’Élysée ?

— ...

— Je sais que ce n’est qu’un symbole, mais quand même...

— ...

— Vous avez raison, sans elle, la CS5I ne sera plus une menace.

— ...

— Vous pensez que ça va suffire à arrêter la révolution ?

— ...

— Bien, je vous fais confiance. Si vous me dites que les choses vont revenir à la normale, je vous crois.

— ...

— Oui, je vous envoie ça tout de suite. Au revoir, monsieur. »

John raccroche le combiné et sourit. Les nouvelles sont plutôt bonnes, se dit-il en sortant le câble qui permet de relier le magnétophone à son PC.

Mais avant qu’il ne puisse le brancher, quelqu’un a passé son bras sous sa gorge et le fait basculer en arrière. John s’écroule par terre, sur le dos. Une botte vient se poser fermement sur son thorax, l’empêchant de se relever.

« Tsss, fait l’ombre qui se trouve au-dessus de lui. Lénina est gentille, mais elle parle trop. »

John plisse les yeux et essaie de distinguer les formes. La silhouette semble en train de visser un silencieux sur un pistolet.

« Qui... qui êtes vous ? Je vous en prie, ne me tuez pas !

— Ce n’est pas à moi qu’il faut en vouloir », réplique la femme en le fixant dans les yeux. John remarque alors qu’une des orbites est complètement blanche et se met à paniquer. « C’est à cause d’elle que tu en sais trop.

— Je vous en supplie... Pitié...

— Pitié ? À cause des types pour qui tu bosses, j’ai passé un mois dans ce putain d’Unterwelt. Ça m’a un peu mise sur les nerfs.

— Mais vous n’êtes pas comme eux, pas vrai ? Je sais que vous ne feriez pas ça... Parce que si vous me tuiez, vous deviendriez pareille ! »

Éléonore parait hésiter. Puis elle écarte son arme.

« C’est vrai, admet-elle. Je n’avais jamais vu ça comme ça. Je ne peux pas le faire, tu as raison. »

John parvient à reprendre un peu sa respiration, légèrement soulagé. Mais d’un geste vif, la révolutionnaire déplace à nouveau son arme et lui loge une balle dans le front, produisant uniquement une petite détonation étouffée. Elle a le sourire joyeux de celle qui a fait une bonne blague.

Il faut l’admettre, elle a un sens de l’humour bizarre.

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