Ceci est un texte que j'avais écrit et publié il y a un certain temps, puis qui a disparu de la surface de l'Internet. Le voici à nouveau.

Le connard de rue est un mammifère de la famille des mecs hétéros cisgenres.

Habitat

Comme son nom l'indique, le connard de rue se trouve majoritairement dans les rues, places, ruelles et autres lieux publics. On en trouve également une forte concentration dans les bars et autres PMU.

Comportement

Le connard de rue est un animal grégaire, bien que l'on en retrouve parfois des individus isolés. Son activité principale semble consister à traîner en meute, sans autre but précis que d'occuper l'espace. La seule spécificité notable du connard de rue, comparativement à d'autres espèces tel le mouton ou le boeuf, est une relative conscience de la petitesse de son existence.

Cette capacité à se rendre compte de son aspect essentiellement inutile, voire nuisible, et dépourvu de toute grâce, se traduit par une rancoeur jalouse, voire une haine, envers tout ce qui échappe à cette existence minable. C'est pourquoi la deuxième activité principale du connard de rue, en dehors de traîner, est d'agresser de manière verbale ou physique les femmes, pédés, gouines, et/ou trans qui passent dans son périmètre d'action.

Effectivement, deux personnes de même genre qui se tiennent la main ou ont l'audace de s'embrasser montrent au connard de rue en quelle mesure il est incapable de concevoir sa sexualité en dehors d'un schéma hétérosexuel strictement limitatif. Cette parodie de sexualité qui ne lui apporte pourtant qu'un plaisir vague est érigée comme But Ultime du connard de rue. C'est pourquoi le connard de rue est également lourd de manière générale avec les meufs, sans distinction d'orientation sexuelle : il se figure qu'un peu de drague pénible ou une proposition sexuelle lui permettra de «tirer un coup». Lorsqu'il se rend compte que cela n'est pas possible, le connard de rue procède alors à des insultes sexualisées.

Par ailleurs la moindre jupe ou surface de peau visible renvoie au connard de rue le fait qu'il est complètement incapable de sortir de la gamme «bermuda/tee-shirt Johnny Hallyday» ; les moindres cheveux au fait que son instinct grégaire lui commande de se faire tondre le crâne ou couper les cheveux (selon l'habitat) de la même manière que ses congénères locaux, c'est-à-dire sans le moindre gramme de fantaisie et toujours avec un mauvais goût affligeant.

Conscient qu'il est incapable de la moindre dose d'audace qui lui permettrait d'échapper à son destin, par exemple en transitionnant ou en devenant pédé, et ne disposant généralement pas non plus du courage pour faire la seule chose d'utile dont il est encore capable, c'est-à-dire mettre fin à ses jours, le connard de rue tente donc vainement de se rassurer en attaquant tout ce qui sort un peu de sa norme, c'est-à-dire qui est capable d'avoir un minimum de classe.

Chasse

Comme on l'a vu, le connard de rue n'est pas un animal courageux, c'est pourquoi il «chasse» habituellement en groupe. Une meute typique de connards de rue est ainsi habituellement formée au minimum d'une demi-douzaine d'individus (l'utilisation du terme «individu» pour désigner le connard de rue fait cependant débat dans la communauté scientifique).

Comportement en chasse

Lorsqu'une meute de connards de rue a aperçu une victime (une femme, un pédé, une gouine, un·e trans ou tout autre individu lui rappelant à quel point son existence est minable), les membres de la meute procèdent en général à des agressions verbales ou du même ordre : drague lourde, sifflements, commentaire du type «mate le beau cul», etc, qui visent à convaincre les connards de rue qu'ils sont dominants et «normaux» au lieu de simplement pathétiques.

Le connard de rue essaie aussi de s'imaginer, de manière collective, qu'il a du courage, afin de ne pas voir que s'il en avait réellement un tantinet, il ne serait plus un connard de rue. Pour s'imaginer qu'il est courageux, le connard de rue redéfinit cette notion :

  • insulter une personne seule lorsqu'on est une demi-douzaine, c'est être courageux, viril, etc. ;

  • répondre par l'insulte à une demi-douzaine de connards de rue lorsqu'on est seule, c'est, en revanche, être hystérique.

Les sous-espèces du connards de rue

(On précisera que le terme «sous-espèce» désigne des espèces dérivées du connard de rue, d'un point de vue strictement taxinomique, et non pas des espèces qui leur seraient «inférieures», qui doivent sans aucun doute être difficiles à rencontrer.)

Le connard de rue s'est adapté (quoique cela soit un bien grand mot) de manière différente à ses environnements, donnant lieu à un ensemble varié de sous-espèces. La plus connue est :

Le connard en bagnole

Bien que cette subdivision soit contestée par certains spécialistes, qui considèrent que le connard en bagnole n'est jamais qu'un connard de rue dans une voiture, il me semble que certaines spécificités méritent qu'on le traite de manière à part.

Ainsi, contrairement au connard de rue, le connard en bagnole, se sentant solidement protégé par sa voiture, est capable d'agression même lorsqu'il est seul. Le connard en bagnole dispose également d'un organe supplémentaire appelé klaxon, qui lui sert semble-t-il à «siffler les meufs» de façon plus audible.

Véritable as du volant, le connard en bagnole est même capable de dépasser les limites de son véhicule et :

  • de donner de grands coups de moteur ;

  • de faire crisser les pneus

dans ce qu'il espère être une façon «d'impressionner les meufs».

Une subdivision du connard en bagnole est le connard tuning.

Autres sous-espèces

Le connard se décline également dans un certain nombre de sous-espèces, parfois plus évoluées en apparence mais rarement sur le fond :

  • le connard en soirée ;

  • le connard de famille ;

  • le connard militant, qui se décline en plusieurs versions, allant du plouc qui porte un bob "51" en manif et reprend en coeur la chanson «Il est vraiment, il est vraiment, il est vraiment phénoménal» passée par la sono de son syndicat, au connard alterno-déconstruit qui n'est un connard relou que lorsqu'il a pris une bière ou deux, en passant par le redskin viriliste qui a intégré les luttes LGBT et «encule ces pédés d'homophobes» ;

  • le connard pro-féministe, qui est tellement cool et pas dominant qu'il se proclame «homme lesbien» pour aller draguer les gouines ;

  • le connard de pride, qui vient assister à une pride pour satisfaire sa dose d'exotisme, sans réaliser que c'est lui qui devrait être au zoo.

Autant d'espèces diverses qui mériteraient sans aucun doute un article à part si elles présentaient le moindre intérêt.