Il y a un énième bouquin dont je n'ai pas spécialement envie de parler qui est quelque peu homophobe ce qui, du coup, a suscité quelques réactions de personnes qui dénoncent l'homophobie.

Il s'appelle «700 millions de (gays) geis », et on peut voir ce qui lui est reproché plus spécifiquement sur le site Yagg, mais ce n'est pas vraiment ce dont j'ai envie de parler ici[1].

Non, ce dont je voudrais parler, c'est la réponse de l'éditeur (que l'on retrouve aussi sur le site Yagg) , l'Harmattan, tellement je la trouve puante.

Après cette douloureuse lecture, Yagg a souhaité interroger la maison d’édition. Denis Pryen, directeur des éditions L’Harmattan, nous l’affirme: « La vente du livre a été suspendue parce que dans la puce, c’est-à-dire le petit résumé du livre que l’on pouvait trouver sur le site, il manquait une phrase qui faisait que le propos portait à confusion. On a eu de nombreuses réactions de sociologues très remontés par ce qu’il ont pu lire dans la puce ».

Ce qui est intéressant, c'est que perso j'ai pas mal entendu parler de ce bouquin et d'appel à le dénoncer par Internet et divers réseaux sociaux. Jusqu'à preuve du contraire, malgré mes travaux sur les connards de rues, je ne suis pas sociologue, et je ne suis pas persuadée que c'était plus le cas des personnes qui relayaient cet appel à boycott.

À vrai dire, je pense même que la plupart des gens étaient des personnes concernées par les propos (c'est-à-dire des homos) et pas spécialement des sociologues. Mais non, visiblement, là, il n'y a que l'avis des sociologues qui compte...

« Je comprend que cela puisse choquer. C’est un livre qui est à la frange, ajoute-t-il. Les propos de l’auteur reposent sur sa propre croyance et sa propre perception des choses. Mais ses arguments, si on les lit bien, sont plutôt des appels à la tolérance. Notre position est que l’on a une liberté totale. Tant que l’auteur appelle à la tolérance et ne prononce pas de discours haineux ».

Et c'est là qu'on voit la beauté de cette logique de tolérance de merde : le dominant reste tolérant et gentil, puisqu'il ne prononce pas de propos haineux, alors que ça va être les oppriméEs qui vont se voir accuser d'intolérance, de censure, de discours haineux (accusation de sexisme anti-homme, de misandrie, de racisme anti-blanc, d'hétérophobie[2]). Certes ce n'est pas tout à fait les propos qu'il tient ici, mais c'est cette logique que me renvoie cette notion de «tolérance».

« C’est un bouquin écrit de Tunisie et il faut bien avoir ça en tête. Il tente de lutter contre les discriminations qui existent à l’égard des homosexuels dans son pays. Il s’intéresse juste à ce sujet. Notre position est de travailler avec de nombreux écrits de pays arabes et la façon dont ces sujets sont traité peuvent sembler ici rétrogrades mais pas là-bas. Il attire l’attention sur les questions de genre inversé, il provoque une étude de ces questions et ce livre émane d’une zone où il y a une forte répression contre les homosexuels. Lui appelle à la tolérance. Le contexte dans lequel il est écrit est important et ce n’est pas un livre destiné au grand public, il est dans une collection particulièrement destinée aux sociologues, et les sociologues comprennent parfaitement bien le contexte qui entoure ce livre. Pour nous, il est important qu’il y ait de plus en plus de livres dans ces pays-là sur ses sujets. »

Y'a que moi qui trouve ça puant ? L'espèce de logique coloniale «bon ok c'est homophobe, mais bon, c'est un tunisien qui l'a écrit, il faut le comprendre», mêlée à l'argument de merde «on est entre sociologues, pourquoi diable est-ce que nos sujets d'études veulent parler avec nous ?»

Et ce qui m'interpelle c'est : on va vraiment me faire croire qu'il n'y a personne en Tunisie qui a des trucs vachement plus intéressants à dire, et qui peut-être aurait moins accès au monde de l'édition, à la notoriété, à la visibilité de ce qu'il ou elle écrit ? Quelqu'unE qui serait en fait directement concernéE par le sujet ? Ah, mais ouais, pardon, il ou elle serait peut-être pas sociologue...

Plus le temps passe, plus je croise des gens qui viennent nous (LGBT en l'occurrence) étudier en tant que sociologue/psychologue/machinologue, plus je trouve que la notion de scientifique qui parle à la place des autres et prétend tout mettre sur le même niveau sous couvert de soi-disant «neutralité» me fait gerber...

Et du coup, quand je vois ça :

Nous publions également une revue sur les questions de genre. Pour nous cette diversité et la liberté totale des opinions est importante. C’est tout cela qui est intéressant. Et notre position est très claire, nous sommes pour le respect et la tolérance de tous et de toutes les sexualités », conclut-il.

je crois que moi, vraiment, désolée, mais je suis de plus en plus «intolérante».

Notes

[1] Si ce n'est pour dire que du coup, d'après les travaux de l'auteur, en tant que trans gouine je devrais être une âme d'homme enfermé dans un corps de femme enfermée dans un corps d'homme. (<geek>Y'a un moment où j'ai peur d'avoir une erreur STACK OVERFLOW.</geek>)

[2] En tant que cisphobe, je me sens du coup un peu invisibilisée.