Mes personnages ont une mauvaise influence sur moi (partie 1)
Par Butch Cassidyke le mercredi, août 11 2010, 04:32 - Littérature - Lien permanent
J'avais un peu envie de reparler de choses plus lié à l'écriture sur ce blog, vu que j'ai moins pris le temps d'y mettre des (extraits de) nouvelles depuis le lancement d'Enfants de Mars et de Vénus. J'avais notamment envie d'aborder le sujet de mon rapport à mes personnages, à la fois de manière générale, et aussi en particulier en prenant quelques personnages en exemple.
D'abord, je pense qu'il y a un postulat qui me semble partagé par beaucoup de gens, c'est que la plupart des auteur·e·s mettent une part d'eux·elles même dans leurs personnages ; parfois de manière directe et évidente, et parfois de manière plus détournée (par exemple avec un personnage qui peut être l'antithèse de l'auteur·e mais qui de fait reflète aussi ce qu'est l'auteur·e).
Évidemment, c'est un truc que je fais aussi (comme, je suppose, à peu près tou·te·s les personnes qui créent des personnages de fiction), à la fois de façon consciente et inconsciente. Et du coup, le fait de mettre des trucs de manière un peu inconsciente, sans me rendre compte que ça correspond à un truc qui m'est propre, ça fait que des fois des personnages peuvent avancer des choses bien avant que moi je n'ose le formuler.
Et du coup je trouve que dans mon cas (c'est à dire en tant que gouine trans qui écrivait des fictions avant de me rendre compte que j'étais gouine ou trans) c'est intéressant de lier ça à la thématique placard, parce que je me rends compte qu'à la fois pour ce qui est du placard gouine ou du placard trans, mes personnages étaient «out» bien plus tôt que moi.
L'exemple le plus flagrant de ça c'est sans doute Alys, qui est un personnage qui a pas mal évolué mais dont j'ai globalement eu l'idée à l'origine en 2004 et qui a pris à peu près la forme qu'on lui connaît actuellement (c'est-à-dire celle d'une transgirl blonde avec rangers (aux lacets rouges) et bas résille, avec un côté que je qualifierais de «pseudo-sorcière bourrine»), quoique avec une orthographe légèrement différente (à l'époque c'était «Alysse») début 2006.
Ce qui est intéressant, c'est qu'à cette époque là, même si je commençais à poser le mot «trans» pour parler de moi, j'étais encore complètement dans le placard et je ne pensais pas vraiment que je ferais une transition un jour.
Un an plus tard, j'avais à peu près le même look que mon personnage (en tout cas quand je le pouvais), sauf pour la couleur des cheveux et la taille XXL, et ça m'a amenée des fois à plaisanter en disant qu'elle avait eu une mauvaise influence sur moi.
Évidemment c'est plutôt que j'avais osé mettre dans de la fiction ce que je n'osais pas encore affirmer dans la vie réelle, et écrire des textes avec Alys m'a sans doute aidée à m'affirmer, ou en tout cas à imaginer que ça pouvait être possible. À un moment elle était clairement pour moi un modèle positif de meuf trans que je n'avais pas vraiment réussi à trouver ailleurs dans la fiction.
Mon seul regret, c'est que du coup je n'ai jamais osé[1] prendre pour moi le prénom que je lui avais filé, alors que je l'aimais bien. Mais bon, Ellie c'est pas si mal non plus, finalement.
Notes
[1] J'ai toujours eu peur que commencer à me faire appeler pareil qu'un personnage (important) qui figurait dans ce que j'écrivais, ne m'entraine forcément dans une sorte de confusion entre réel et réalité où je croirais vivre dans mes propres fantasmes. On peut se dire que je n'ai pas une grande confiance dans ma santé mentale, mais le pire c'est que des fois je me demande si ce n'est pas déjà le cas...
Commentaires
J'ai fait le même constat avec mes propres écrits (pas tellement par rapport à ma sexualité, mais sur d'autres points comme mes relations familiales...).
Bizarrement je mets en scène des hommes gay ou bi dans mes récits depuis que j'ai 16 ans mais il a fallu que je réalise ma non-hétérosexualité pour enfin placer des lesbiennes ! (d'ailleurs, j'ignore pourquoi mais j'ai plus de difficulté à écrire sur l'homosexualité féminine...)
J'ai la même expérience que toi, à un stade différent ; c'est à dire qu'ayant 16 actuellement, je ne peux pas me permettre de commencer ma transition. Je dessine beaucoup et j'avais donc créé un personnage fétiche, une fille un peu garçon manquée du nom d'Evi. Au fur et à mesure elle s'est vachement féminisée, et du même coup j'ai eu un éclair de conscience en comprenant que le problème que j'avais, c'était que j'étais trans, évidemment (on s'en doute, si je suis en train de lire ce blog ^^)
Quoi qu'il en soit, le choix du prénom m'est venu tout de suite, et j'ai donc pris celui de mon personnage, Evi. Pendant 2 mois on a eu le même prénom, ce qui était assez dérangeant. Au fur et à mesure j'avais pris l'habitude de dire que "je me dessinais" et non plus que je dessinais un personnage.
MiniEvi, parce que c'est comme ça que je l'ai renommée, m'a vraiment fait avancer, et je la lâcherais pas de si tôt ^^ !