Un peu de zoologie : le connard de rue
Par Butch Cassidyke le lundi, juin 7 2010, 15:20 - Réflexions - Lien permanent
Le connard de rue (homo connardus heterosexualus cisgeneris) est un mammifère de la famille des Connardoïdes.
Habitat
Comme son nom l'indique, le connard de rue se trouve majoritairement dans les rues, places, ruelles et autres lieux publics. On en trouve également une forte concentration dans les bars et autres PMU.
Comportement
Le connard de rue est un animal grégaire, bien que l'on en retrouve parfois des individus isolés. Son activité principale semble consister à traîner en meute, sans autre but précis que d'occuper l'espace. La seule spécificité notable du connard de rue, comparativement à d'autres espèces tel le mouton ou le boeuf, est une relative conscience de la petitesse de son existence.
Cette capacité à se rendre compte de son aspect essentiellement inutile, voire nuisible, et dépourvu de toute grâce, se traduit par une rancoeur jalouse, voire une haine, envers tout ce qui échappe à cette existence minable. C'est pourquoi la deuxième activité principale du connard de rue, en dehors de traîner, est d'agresser de manière verbale ou physique les femmes, pédés, gouines, et/ou trans qui passent dans son périmètre d'action.
Effectivement, deux personnes de même genre qui se tiennent la main ou ont l'audace de s'embrasser montrent au connard de rue en quelle mesure il est incapable de concevoir sa sexualité en dehors d'un schéma hétérosexuel strictement limitatif. Cette parodie de sexualité qui ne lui apporte pourtant qu'un plaisir vague est érigée comme But Ultime du connard de rue. C'est pourquoi le connard de rue est également lourd de manière générale avec les meufs, sans distinction d'orientation sexuelle : il se figure qu'un peu de drague pénible ou une proposition sexuelle lui permettra de «tirer un coup». Lorsqu'il se rend compte que cela n'est pas possible, le connard de rue procède alors à des insultes sexualisées.
Par ailleurs la moindre jupe ou surface de peau visible renvoie au connard de rue le fait qu'il est complètement incapable de sortir de la gamme «bermuda/tee-shirt Johnny Hallyday» ; les moindres cheveux au fait que son instinct grégaire lui commande de se faire tondre le crâne de la même manière que ses congénères locaux, c'est-à-dire sans le moindre gramme de fantaisie et toujours avec un mauvais goût affligeant.
Conscient qu'il est incapable de la moindre dose d'audace qui lui permettrait d'échapper à son destin, par exemple en transitionnant ou en devenant pédé, et ne disposant généralement pas non plus du courage pour faire la seule chose d'utile dont il est encore capable, c'est-à-dire mettre fin à ses jours, le connard de rue tente donc vainement de se rassurer en attaquant tout ce qui sort un peu de sa norme, c'est-à-dire qui est capable d'avoir un minimum de classe.
Chasse
Comme on l'a vu, le connard de rue n'est pas un animal courageux, c'est pourquoi il «chasse» habituellement en groupe. Une meute typique de connards de rue est ainsi habituellement formée au minimum d'une demi-douzaine d'individus[1].
Comportement en chasse
Lorsqu'une meute de connards de rue a aperçu une victime (une femme, un pédé, une gouine, un·e trans ou tout autre individu lui rappelant à quel point son existence est minable), les membres de la meute procèdent en général à des agressions verbales ou du même ordre : drague lourd, sifflements, commentaire du type «mate le beau cul», etc, qui visent à convaincre les connards de rue qu'ils sont dominants et «normaux» au lieu de simplement pathétiques.
Le connard de rue essaie aussi de s'imaginer, de manière collective, qu'il a du courage, afin de ne pas voir que s'il en avait réellement un tantinet, il ne serait plus un connard de rue. Pour s'imaginer qu'il est courageux, le connard de rue redéfinit cette notion :
- insulter une personne seule lorsqu'on est une demi-douzaine, c'est être courageux, viril, etc. ;
- répondre par l'insulte à une demi-douzaine de connards de rue lorsqu'on est seule, c'est, en revanche, être hystérique.
Les sous-espèces du connards de rue
(On précisera que le terme «sous-espèce» désigne des espèces dérivées du connard de rue, d'un point de vue taxinomique, et non pas des espèces qui leur seraient «inférieures», qui doivent sans aucun doute être difficiles à rencontrer.)
Le connard de rue s'est adapté (quoique cela soit un bien grand mot) de manière différente à ses environnements, donnant lieu à un ensemble varié de sous-espèces. La plus connue est :
Le connard en bagnole
Bien que cette subdivision soit contestée par certains spécialistes, qui considèrent que le connard en bagnole n'est jamais qu'un connard de rue dans une voiture, il me semble que certaines spécificités méritent qu'on le traite de manière à part.
Ainsi, contrairement au connard de rue, le connard en bagnole, se sentant solidement protégé par sa voiture, est capable d'agression même lorsqu'il est seul. Le connard en bagnole dispose également d'un organe supplémentaire appelé klaxon, qui lui sert semble-t-il à «siffler les meufs» de façon plus audible.
Véritable as du volant, le connard en bagnole est même capable de dépasser les limites de son véhicule et :
- de donner de grands coups de moteur ;
- de faire crisser les pneus
dans ce qu'il espère être une façon «d'impressionner les meufs».
Une subdivision du connard en bagnole est le connard tuning.
Autres sous-espèces
Le connard se décline également dans un certain nombre de sous-espèces, parfois plus évoluées en apparence mais rarement sur le fond :
- le connard en soirée ;
- le connard de famille ;
- le connard militant, qui se décline en plusieurs versions, allant du plouc qui porte un bob "51" en manif et reprend en coeur la chanson «Il est vraiment, il est vraiment, il est vraiment phénoménal» passée par la sono de son syndicat, au connard alterno-déconstruit qui n'est un connard relou que lorsqu'il a pris une bière ou deux, en passant par le redskin viriliste qui a intégré les luttes LGBT et «encule ces pédés d'homophobes» ;
- le connard pro-féministe ;
- le connard de pride, qui vient assister à une pride pour satisfaire sa dose d'exotisme, sans réaliser que c'est lui qui devrait être au zoo.
Autant d'espèces diverses qui mériteraient sans aucun doute un article à part si elles présentaient le moindre intérêt.
Notes
[1] L'utilisation d'«individu» pour désigner le connard de rue fait cependant débat dans la communauté scientifique.
Commentaires
C'est tout simplement excellent !! Drôle, très fin et riche de sens. Je reviendrai. :-)
Je te sens remontée, non ? Tu as croisé un connard dernièrement ?
Ta petite note sur le débat "les connards sont-ils ou non des individus ?"... je te dis pas... j'ai failli en recracher mon sirop d'orgeat !
«Tu as croisé un connard dernièrement ?»
Si seulement y'en avait eu qu'un...
Sinon, merci pour les commentaires, ça fait plaisir :)
Je suis totalement d'accord avec Anadema !!
On sent que tu as de l'expérience ( malheureusement j'ai envie de dire ) en connard de rue, et ça m'a rappelé quelques connards de rue que j'ai pu, moi aussi, croiser.
A croire qu'ils sont partout !! Et donc qu'ils se reproduisent ... quelle déchéance ...
Tellement vrai que je ne savais pas si il fallait rire ou pleurer... Dans le doute, j'ai beaucoup ri. Merci Elly pour ce raffraichissant article scientifique.
il faudrait aussi mentionner le connard de rue endémique à Paris : il drague tout seul comme un gr/land et il se sent encore plus fort.
J'adore ce billet, je vais le transférer à des copines.
Cela m'a rappelé beaucoup de rencontres avec ces CONNARDS de rue, particulièrement les connards en bagnole, les connards en meute, les connards de soirée et les virilistes qui intègrent les luttes LGBT (cf dernière Pride de ma ville!).
Je rajouterai la sous-espèce du connard de patinoire qui s'amuse à foncer dans les autres.
Me reviennent en mémoire des agressions où j'étais seul (pédé cisgenre), où j'étais avec une copine (hétéra cis), où j'étais avec des copines lesbiennes (cis) ("vous voulez un homme? vous voulez un gode?"), où j'étais avec un groupe de copines (hétéra cis) (deux mecs qui nous suivent, une autre fois un mec qui empoigne une copine, un mec qui veut enlacer une autre...), où j'étais avec un ami gay cisgenre ("oh les pédés!" depuis une caisse)...
Pas de souvenir d'être agressé par des connards de rue lorsque j'étais en compagnie de plusieurs mecs hétéros cisgenres... Faut dire que je les fréquente pas beaucoup à la base.
J'ai la rage.
Si jamais vous voyez un cours d'auto-défense féministe, mon conseil n'hésitez pas ça fait du bien.
la science a de la chance de vous avoir, docteurE. :) :)
Je suis également partisane d'une définition spécifique à la sous-espèce connard en bagnole, qui se distingue, entre autres, par son application à jouer quotidiennement avec la vie des cyclistes de tout sexe et genre.
Très bon article, c'est tout a fait vrai.
J'avoue qu'une suite sur la reproduction de cette espèce et sa survie devrait être à mourir de rire.
Bravo
Poutine Grrrl: «il faudrait aussi mentionner le connard de rue endémique à Paris : il drague tout seul comme un gr/land et il se sent encore plus fort.»
Je connais pas spécialement Paris mais pour la drague j'ai l'impression qu'ils sont plus capables de le faire seul (malheureusement) vu qu'ils considèrent pas ça comme un truc relou.
Le connard, sous ses formes diverses, ne s'attaque pas qu'aux LGBT et aux femmes cisgenres hétérosexuelles ; il s'attaque aussi aux hommes cisgenres hétérosexuels qui n'ont pas le malheur de lui ressembler. Manque de "virilité" ou simplement attitude plus calme peuvent suffire à faire subir les assauts des Connards© à n'importe qui (plutôt jeune, plutôt isolé, en fait) même s'il est vrai que l'agression dans sa partie verbale se fera souvent par le biais d'injures telles que « pédé ! » - et ce même si le garçon hétéro cisgenre agressé l'est en présence d'une petite copine.
Bref, tout ça pour dire : merde aux connards !
Et je trouve très courageuse d'avoir osé leur tenir tête, je ne sais pas si tu choisiras le recours juridique mais quoi qu'il en soit j'ose espérer qu'ils ne resteront pas impunis.
LOL ;o) très bien vu ... quel portrait, mais c'est tout à fait ça !!!
J'ai tellement aimé ce billet que je me suis permis de l'imprimer pour le faire circuler autour de moi.
Merci pour ce bon moment de lecture instructive (finalement, peu de scientifiques se sont penché.e.s sur le connard de rue, c'est un tort que tu as su réparer).
Je propose ma collaboration scientifique sur l'observation du connard de rue : celui -ci adopte selon les années une marque distinctive (qui ne saurait, par sa simplicité et son côté répétitif être appellée une mode) qui lui permet de reconnaitre ses semblables (cette année semble être celle de la calotte de cheveux sur la tête, façon moineau, en beaucoup moins mignon que ledit oiseau).
La où il est interessant d'étudier ce phénomène, c'est quand celui-ci dépasse les convictions premières et fondamentales du connard de rue (-comme l'année du t-shirt rose, couleur réservée dans l'imaginaire collectif aux femmes, pédés, bref victimes-fièrement arboré par le connard de rue qui aurait démonté l'année précedente la tête au premier individu mâle venu osant porter cette couleur).
Une sous espece du connard en bagnole pourrait être celle du connard en 4X4 hurlant à tout va pédé à qui encombre sa route son corps vulnérable non muni de pare buffles et seulement muni de deux jambes motrices.
Les connards de rue toujours.......
"Le journal local, Paris-Normandie, révèle, dans une interview, une agression qui a eu lieu à Dieppe dans la nuit du samedi au dimanche 11 juillet 2010. La victime, Christian Merlhiot a été tabassé par quatre individus."
http://www.gaynormandie.com/agressi...