J'ai envie de me faire siliconer
Par Butch Cassidyke le mercredi, juin 2 2010, 15:28 - Réflexions - Lien permanent
J'aime bien mes seins comme ils sont.
J'aime bien quand ils sont exposés par un décolleté, ou complètement cachés par un tee-shirt large ou une chemise de bûcheron.
J'aime bien pouvoir ne pas mettre de soutien-gorge sans en souffrir, et j'aime bien aussi mettre un soutien-gorge selon les jours, même si j'apprécierais que les vendeurs de soutien-gorge en vendent à ma taille et que je n'ai pas à faire du bricolage pour avoir à la fois le bon tour de poitrine et le bon bonnet.
J'aime bien m'amuser à les bander, même si c'est assez rare et que je suis assez nulle à le faire.
J'aime bien les deux poils juste à côté de mon aréole gauche et le grain de beauté dessus.
J'aime bien leur taille, parce que ce qui est petit est mignon.
J'aime bien leur forme, même si je la trouve un peu bizarre des fois, mais j'aime bien ce qui est bizarre.
Et j'aime bien les caresser, j'aime bien quand ils sont caressés, mordillés, léchés ou titillés.
Bref, et franchement je ne dirais pas ça de toutes les parties de mon corps, mais mes seins, je les aime bien.
Non, si j'ai envie de les faire siliconer, ce n'est vraiment pas parce que je ne les aime pas sous leur forme actuelle, même si je les aimerais sans doute tout autant sous une forme un peu plus proéminente.
Ce que je n'aime pas, c'est cette espèce de truc méprisant que je ressens dans certains milieux trans, LGBT, féministes, queer, etc. et qui me rend aigrie.
Ce que je n'aime pas, c'est que dans plein d'endroits, le fait que je veuille me «faire opérer» du bas, c'est-à-dire avoir une vaginoplastie, est présupposé d'avance, alors que parler de vouloir me «faire opérer» du haut suscite des remarques pourries.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on attende de moi que j'ai des seins assez développés, mais de manière «naturelle», comme si la nature faisait partie de ma culture.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on attende de moi que j'ai des seins «raisonnables», c'est-à-dire pas trop petits mais pas trop gros non plus, et pas trop aformes mais pas trop ronds non plus, comme si j'étais une fille vachement «raisonnable» par ailleurs.
Ce que je n'aime pas, c'est que des personnes låchent «oh non !» lorsque je leur dis que j'ai envie d'une mammoplastie, alors qu'elles catégoriseraient (légitimement) comme transphobe la même réaction sur d'autres opérations.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on estime avoir le droit de raconter n'importe quoi, y compris de manière complètement misogyne, à propos des seins «refaits» d'une copine.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on présuppose que si j'ai envie de me faire «refaire» les seins, c'est forcément pour rentrer dans certaines normes de genre et de beauté.
Ce que je n'aime pas, c'est qu'on considère que le droit à disposer de mon corps ne doit vraiment être respecté que lorsqu'il s'agit, justement, d'en disposer de manière respectable.
Bref, ce que je n'aime pas c'est cette espèce de situation où la mammoplastie est vu comme une opération un peu honteuse, symbole de vouloir «rentrer dans les normes», d'être une caricature, etc., alors que d'autres types d'opérations sont valorisées comme trop cool et subversives.
Et franchement, ça, ça me donne vraiment envie de me faire siliconer[1].
Notes
[1] Ou pochette-de-serum-physiologiquer, si je comprends bien comment ça marche, mais ça sonne moins bien.
Commentaires
Profondément d'accord, ma vieille - dans la mesure bien sûr où ça a sens. Je me rappelle un voyage, où selon la coutume je servais de taxi, pour aller à une des ces "rencontres féministes" qui se rentrent les unes dedans les autres à force de se ressembler. Et une nana, en plus une nana que j'aime bien, et qui n'est réellement pas aussi formatée que la moyenne dans le mouvement, qui m'a fait durant je ne sais de kilomètres un sermon sur que ce que je voulais me faire opérer (sans enthousiasme en plus je déteste la douleur) était céder aux exigences de la "norme", patriarcale ou autre (cette fameuse "norme" qui fait partie de l'attirail obligatoire de pensée de la bonne militante). Eh bien je me suis vue au moment de la faire descendre, de rage...
Décidément et nom de déesses, occupons-nous de nos fesses ! Voilà un grand apprentissage à mener !
Bien à toi
Plume
Je reconnais que j’ai déjà formulé des remarques un peu méchantes au sujet des filles qui se font refaire la poitrine. Certainement parce que ça me dépasse, et aussi pour me "protéger" (je sais ce que c’est que d’avoir de (très) petits seins… je les aime comme ils sont, j’ai même appris à en être fière… mais parfois je me dis qu’il y a peut-être un mini-complexe sous-jacent que j’essaye de contrebalancer à ma manière ?). Je ne peux pas m’empêcher de penser que oui, le plus souvent dans ce genre de chirurgie c’est pour les autres (un/les homme(s)) qu’on le fait et/ou pour coller à un modèle stéréotypé.
Après j’ai pas d’opinion pour ce qui est des filles trans en particulier (en même temps est-ce que j’ai à avoir une opinion sur le sujet ?). Après avoir lu ta note je me dis que c’est encore plus compliqué comme choix, qu’il y a davantage de paramètres à prendre en compte…
Je me souviens d'une fois où je discutais du "siliconage" en général avec un groupe de potes mecs et de l'un d'eux qui m'avait sortie quelque chose comme "t'as raison... et d’ailleurs tes seins ils sont très bien comme ça". J'avais pas apprécié sa remarque. Y avait comme un relent de "moi je suis un homme, je peux donner mon avis sur tes loches et je valide, tu n’as pas besoin de te faire siliconer". Ca m’avait un peu perturbée, cette façon qu’il a eu de donner son approbation (que je ne demandais pas) sur une partie de mon corps et sur ce que j’étais supposée en faire.
Bref, j’aime bien cette note. Elle fait réfléchir (c’est la qualité essentielle de ton blog). Je me dis que je suis peut-être pas du côté des plus ouverts d’esprit, que j’ai encore un bout de chemin à faire…
Prose: là dessus (l'augmentation mammaire, je veux dire) je sais pas si y'a un truc spécifique aux filles trans, par contre ce qui m'avait surpris effectivement c'est que des personnes qui aient elles-mêmes recours à de la chirurgie pour modifier leur corps soient hyper dédaigneuse de cette chirurgie, comme si y'avait la bonne et la mauvaise opération...
Après effectivement y'a aussi des personnes qui se sentent obligées de le faire pour les autres et c'est pas cool du tout qu'il y ait ces injonctions, mais je trouve qu'avoir les injonctions contraires ben en fait ça aide pas du tout à se faire un choix à soi :o