J'avais déjà un peu parlé de mon traitement en tant que trans chez Pôle emploi, qui m'avaient déjà servi l'argument du «on n'y peut rien c'est l'informatique», et j'avais envie de revenir un peu dessus.

Pôle emploi, donc, est comme son nom l'indique un pôle censé permettre de trouver un emploi, même si en pratique c'est aussi de manière non négligeable un pôle de flicage des chômeu·r·se·s.

En pratique, cela se passe, pour ce que j'ai pu en vivre, principalement par des entretiens avec un·e conseill·er·e et éventuellement des formations diverses. Le leitmotiv de ce qu'on apprend, là encore pour ce que j'ai pu en vivre, est qu'il faut multiplier les coups de fil, les démarches, si l'on veut décrocher un boulot.

En théorie, Pôle emploi ne limite pas son cahier des charges aux personnes cisgenres. Pourtant lorsque, dans une formation avec d'autres personnes, on pense plus au fait que le nom qu'on va annoncer au public n'est pas celui que la formatrice a sur sa liste, qu'on a peur de se faire outer par cette personne ou de devoir s'expliquer devant des gens qu'on ne connait absolument pas, ça n'aide pas vraiment à se concentrer.

C'est ce qui m'est arrivée en tant que trans parce que, quand je me suis inscrite, on m'a répliquée que voilà, c'était comme ça, ils changeraient mon prénom et mon sexe quand ils auraient des vrais papiers, qu'ils ne pouvaient pas mettre «madame» ou «mademoiselle» alors que mon numéro de sécu commençaient par un 1, qu'ils n'y étaent pour rien, que c'était le système, qu'il n'y avait rien de personnel.

Depuis, j'ai fait la démarche de demander mon changement de prénom en fournissant notamment un acte de notoriété. Ce qui a fonctionné, mais on m'a là encore objecté que pour le «monsieur», ça ne pouvait pas changer, que ça devrait rester comme ça pour des raisons informatiques, que je pourrais changer quand le numéro de sécu changerait.

Du coup, pour Pôle emploi, je m'appelle officiellement «monsieur Élisabeth Bidule», ce qui a un petit côté butch mais est un peu relou quand même.

Pas autant que quand on reçoit un coup de fil d'une personne en chair et en os, qui a un cerveau et pas un système informatique qui se contente de transformer le «1» en «monsieur», et qui demande à parler à «monsieur Élisabeth Bidule», sans se poser la question que peut-être quelqu'un qui s'appelle Élisabeth ne s'identifie pas forcément en tant que «monsieur», et qu'il pourrait être possible de demander à parler à «Élisabeth Bidule» tout court.

Une personne en chair et en os qui ne va pas s'imaginer que quand on est trans, qu'on est pas super confiante par rapport au passing qu'on a et qu'on a un peu peur du téléphone à cause de ça, se faire appeler «monsieur Élisabeth» par Pôle emploi et devoir encore une fois justifier de son genre, ça aide pas spécialement à se motiver pour passer des coups de fil.

Une personne en chair et en os qui n'y est pour rien, comme l'autre personne en chair et en os qui n'y est pour rien non plus, vu que la seule faute, là-dedans, c'est celle du système informatique, du Système bien commode pour ne pas avoir à assumer ses responsabilités. Bien sûr, il n'y a rien de transphobe, rien de personnel, c'est juste comme ça que ça marche.

Et du coup, ça me rappelle une citation d'un roman pourtant pas spécialement transféministe que j'avais bien aimé :

And time and again they cream your liquidation, your displacement, your torture and brutal execution with the ultimate insult that it's just business, it's politics, it's the way of the world, it's a tough life, and that it's nothing personal. Well, fuck them. Make it personal.