Extrait de nouvelle : Rouge
Par Butch Cassidyke le samedi, décembre 12 2009, 03:05 - Littérature - Lien permanent
Un petit extrait d'une nouvelle en cours, qui reprend la thématique des vampires, puisque c'est à la mode. Le personnage principal ressemble pas mal à Lev ; c'est pas uniquement parce que j'aime le recyclage de perso en changeant juste le nom, mais aussi parce qu'au départ j'avais une idée d'un ensemble de nouvelles l'impliquant avec un gang de nanas[1], et que finalement je me suis rendue compte que ça rendait mieux de placer ça dans un univers fantastique/fantasy.
« Tu es sûre que tu veux venir ? » m’a demandée Sandy pour la quinzième fois, alors qu’on marchait dans une rue silencieuse.
Je me suis retenue de grogner. Ça ne lui plaisait manifestement pas que je l’accompagne à son petit meeting. Je ne savais pas trop si c’était par honte de moi ou parce qu’elle avait peur qu’en tant que simple mortelle je me fasse déchiqueter par un loup-garou ou un vampire.
À la réflexion, c’était peut-être un peu des deux.
Là, par une nuit sans lune, sous la seule lumière de l’éclairage public, Sandy ressemblait à une fille ordinaire. Cheveux châtains et longs, pantalon moulant, bottes montantes et manteau long. L’ensemble était noir, la couleur de reconnaissance des surnats. Je n’avais jamais trop su si c’était une question de style ou si c’était pour pouvoir se déplacer dans la nuit sans se faire repérer.
Les nuits de pleine lune, Sandy était en général différente. Plus poilue, pour commencer.
Ma copine était une louve-garou, même si on pouvait avoir tendance à l’oublier une bonne partie du mois. C’était aussi une gouine, et c’était comme ça qu’on s’était rencontrées.
Moi, j’étais pour le coup une fille on ne peut plus ordinaire. Une nat, comme on les appelait maintenant, comme diminutif de « naturelle », en opposition aux diverses créatures surnaturelles. C’était un terme que certaines personnes trouvaient problématique, parce qu’il revenait à poser un groupe comme « normaux » et l’autre comme... ben, autre. Quelques surnats utilisaient le mot infra, mais il était jugée insultants pour les pauvres humains normaux, qui ne voyaient par contre pas ce qu’il y avait d’insultant à se considérer comme seuls représentants de l’humanité et de la normalité.
Perso, ça m’amusait toujours qu’on me dise que j’étais naturelle. Comme si je vivais dans une petite cabane en forêt, ou je ne sais trop quoi, alors que je bossais toute la journée dans un garage et que je me nourrissais quasiment exclusivement de nourriture industrielle.
Quant à normale, n’en parlons même pas.
« Tu sais, a repris Sandy, il y a peu de chances pour qu’il y ait beaucoup de sauvages, mais je voudrais quand même que tu fasses un peu gaffe à ce que tu dis. »
Les sauvages, c’était comme ça qu’on appelait les surnats qui rejetaient leur humanité et préféraient, disons, chasser en forêt pour les loups-garous, et chasser en ville pour les vampires.
Du coup, d’un point de vue étymologique les sauvages étaient un peu à l’exact opposé des naturels, ce que j’avais toujours trouvé débile.
« Ça va, ai-je dit. Je ne vais insulter personne. Et j’ai pris mon crucifix pour éloigner les vampires qui voudraient me percer la carotide.
— Ceux qui sont là-bas ne boivent pas de sang humain. Seulement, Bull, sans vouloir te vexer, des fois, t’as un peu tendance à faire des gaffes.
— Ne t’en fais pas, ai-je répliqué. Avec un peu de chance, personne ne réalisera que je suis une nat. »
Après tout, j’étais tout en noir, moi aussi. Et en cuir : le blouson, les gants, le pantalon et les bottes. J’avais bien le look pour entrer dans ce genre de soirées, après tout.
Et dans les clubs de bikers, accessoirement.
Quand on est arrivée devant la salle, où des gens commençaient à entrer, la première chose que j’ai remarqué, c’est d’ailleurs la Harley-Davidson qui était garée un peu à côté de la porte.
« Waow, ai-je fait à Sandy. Regarde-moi ça. »
Ma copine a grogné en me voyant me diriger vers la moto d’un air hypnotisé.
« Purée, j’ai dit. Le dernier modèle Nighster.
— Bull, a fait Sandy. Il faut qu’on y aille.
— Arrête, regarde-moi ce moteur. Mille deux cents centimètres cubes, c’est quand même autre chose que ma pauvre 125.
— Bull ! » a-t-elle grogné en me tirant par le bras, et j’ai réalisé alors qu’elle jetait des coups d’œil pas très à l’aise autour d’elle.
« Putain, qu’est-ce qu’il y a ?
— C’est la bécane d’une suceuse, m’a-t-elle expliqué.
— Une suceuse ? Tu veux dire, une hétérosexuelle ? »
Elle a levé les yeux au ciel, en essayant toujours de m’éloigner de la moto. Je me disais bien que c’était pas ça. Ça faisait plus bécane de gouine que d’hétéra, quand même.
« Suceuse de sang. Une des vampires qui boit du sang humain et qui en est fière. Je ne comprends pas qu’on la laisse venir à ce genre d’évènements. On essaye de montrer qu’on n’est pas dangereux et... »
Elle s’est tue, et s’est immobilisée également un instant. J’ai cherché ce qu’elle regardait, et mes yeux se sont fixés sur une grande nana aux cheveux roux qui nous regardait en souriant.
J’étais hypnotisée par ses deux canines supérieures qu’elle découvrait légèrement. C’était la première fois que je voyais des dents de vampires. D’habitude, ils les cachaient.
« C’est elle ? ai-je demandé alors qu’elle recommençait à me traîner vers l’entrée.
— Oui. On y va. »
Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la vampire, qui regardait Sandy essayait de m’éloigner d’elle. Elle devait trouver ça drôle.
« Hé ! Suceuse de sang ! ai-je soudainement crié dans sa direction. Jolie bécane ! »
Sandy m’a jeté un regard horrifié et m’a tirée plus fort. Je crois que c’était le genre de gaffes que j’avais promis de ne pas faire ce soir.
Je sais pas ce que je trouve le plus flippant : m'engager sur encore un autre projet de nouvelles alors que je n'arrive pas à avancer mes projets en cours, ou de réaliser que c'est le premier extrait depuis.... ouh, longtemps, qui ne contient aucune trans[2], ou encore de constater que les textes que j'écrits sont à 95% influencés par les séries que je regarde[3].
Notes
[1] Qui s'appelle provisoirement les Hell Butches, mais si quelqu'une a un meilleur nom, je suis preneuse.
[2] Et encore, le passage sur les termes surnats et nats est tout de même une métaphore pas très subtile sur l'ineptie du terme bio.
[3] En ce moment, c'est Buffy et Sons of Anarchy, d'où les vampires en Harley. Heureusement que je n'ai pas vu Twilight.