Les psys et moi
Par Ellie le mercredi, décembre 23 2009, 20:33 - Personnel - Lien permanent
La première fois que j'ai rencontrée une psy - une psychologue, je crois, un truc comme ça, mais je n'en suis pas sûre - je devais avoir neuf, dix ans. Je ne sais pas exactement les raisons qui ont motivé ça (on n'a pas trop pris la peine de m'expliquer, ou alors j'ai oublié) mais il me semble que c'était parce que je ne jouais pas assez avec les autres enfants, des trucs comme ça. Dans l'ensemble, ce n'était pas très pénible : ça se passait à l'école, pendant les heures de cours et heureusement c'était plutôt ludique et pas «mon enfant, veux-tu faire le test de Rorschach ?». Je me rappelle qu'il y avait une histoire où il fallait que j'arrête de dire «je ne sais pas» et plus exprimer ce que je voulais. J'ai jamais été trop douée pour ça, je dois dire.
La deuxième fois, c'était un peu après, et c'était vachement plus chiant, notamment parce que ça me bouffait une partie du mercredi après-midi au lieu du cours de français. Là encore, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n'est que c'était un mec et que je ne l'aimais pas trop. J'ai arrêté d'aller le voir assez rapidement, et c'était très bien comme ça.
La troisième fois, je devais avoir quinze ans, et là ça prenait vraiment la forme d'une «vraie» psy qui ne faisait pas le minimum d'effort pour qu'un enfant fasse un peu d'attention à lui. Résultat : je me contentais surtout de rester silencieuse, sans trop savoir quoi dire, et on se regardait en chien de faïence pendant une demi heure. C'était assez pénible, l'un dans l'autre. Pourquoi est-ce que j'avais été envoyée là ? À cause de mes problèmes de poids, parce que ça devait forcément venir d'un malaise dans ma tête. Peut-être, je n'en sais rien, mais du coup je ne suis pas persuadée que m'imposer une psy ait été vraiment le meilleur moyen de résoudre ça. Un peu après, ma médecin généraliste a constaté qu'effectivement, ça ne marchait pas, et a décidé de plutôt me prescrire des anti-dépresseurs (du prozac). Ben ouais, y'avait pas encore la pillule Alli, elle faisait comme elle pouvait.
La quatrième, c'était il n'y a pas si longtemps, quand j'ai commencé ma transition. En soi, c'était toujours quelque chose d'imposé - je m'en serais bien passée si j'avais pu faire autrement - mais c'était quand même moi qui avait fait la démarche (même si c'était dans l'objectif avoué d'avoir une autorisation pour des hormones), ce qui était une première. Dans l'ensemble elle était relativement cool et assez à l'écoute, même si par moments elle ne pouvait pas s'empêcher de sortir ses conseils destinés à la transsexuelle type qui, la plupart du temps, tombaient à plat[1]. Le truc dommage c'est qu'il y a plein de choses dont je n'osais pas parler parce que je savais qu'elle était dans une certaine position de pouvoir par rapport à l'obtention ou non d'un traitement hormonal[2].
La cinquième, c'était celle de l'équipe auto-proclamée officielle de Marseille, spécialiste ès transsexualité, qui était un sacré numéro (dont j'ai un peu parlé ici). Je ne l'ai vu qu'une fois, mais elle a eu le temps de me dire que j'étais trop «énorme» pour être trans et que j'allais devenir une créature de la nuit[3].
Dans l'ensemble, toutes ces personnes étaient sans doute plutôt différentes les unes des autres et n'avaient pas grand-chose en commun. Certaines étaient cools, d'autres moins. Dans l'ensemble, je continue à penser qu'aller voir un psy peut parfois aider, mais je ne peux toujours pas m'empêcher de trouver craignos que leur seul point commun ait été que j'ai été d'une façon ou d'une autre, obligée d'aller les voir.
Notes
[1] Par exemple, elle m'a expliqué plusieurs fois que les femmes, dans la vraie vie, ne portaient pas des talons aiguilles tout le temps, mais uniquement par exemple pour les soirées ou les trucs comme ça. Je me contentais d'hocher la tête, en m'abstenant de répondre que ma philosophie, dans la vie, c'était que les rangers allaient avec tout et que, par conséquent, je ne voyais pas pourquoi j'aurais mis autre chose.
[2] Ne serait-ce que par rapport au fait d'être gouine, même si elle avait l'air assez cool, ben je savais quand même que beaucoup de psy refusaient encore aux trans homo d'avoir des hormones.
[3] D'accord, techniquement, en ce moment je regarde des Buffys jusqu'à quatre heures du mat, alors j'imagine qu'elle n'avait pas complètement tort
Commentaires
Les psy sont avant tout des êtres humains : y en a des bons, des moins bons, des professionnels et des moins professionnels... et puis y a ceux qui font passer leurs préjugés avant la réalité des situations auxquels ils sont confrontés ; parfois par ignorance, parfois dans le but de bien faire (c'est assez paradoxal) et parfois... par connerie ou méchanceté.
Malheureusement on ne peut pas savoir dans quelle catégorie les ranger avant de les confronter en face-à-face.
Pour la petite histoire je suis une psy en devenir (même si je ne compte pas faire de la psychothérapie plus tard) mais si je visite ton blog ce n'est pas en tant que future professionnelle, c'est parce que je trouve qu'il amène des pistes de réflexions intéressantes. Et en vérité, je me sens bien plus proche de ta pensée que du modèle hétéronormé prédominant...
Ton petit récit m'a d'une part bien fait rire (comme souvent quand je te lis) et d'autre part, m'a rappelé ma propre histoire :)
Mon premier contact avec une pédo-psy fut à l'âge de 5 ans et à la réflexion, c'est vraiment trop bête que l'on ne m'aie pas dit pourquoi j'y allais. On a perdu 2 ans ensemble à faire des dessins et à tourner autours du pot au lieu de pouvoir lui dire mon mal être vis-à-vis de mon pénis et de mon identité. Ce qui est fou, c'est qu'à 3ans et demi, je le disais à ma mère dans des crises de colère terrible et que je ne l'ai plus verbalisé après, jusqu'à l'âge adulte...
Manque de chance pour moi, ma 1ère tentative en parcours officiel se solda par un échec total, je pense que je suis tombée sur un gros con...
Re-manque de chance pour moi, à la 2ème tentative officielle, je suis tombée sur une psy qui aimait prendre le contrôle total de la vie de ses patientes trans... J'ai bien travaillé mon développement intérieur mais tin tin pour les hormones :) Je pense que mon statut de parent trans lui a fait très peur (N.B pour les futurs psy : pas bon de faire des transferts sur les patients....)
Heureusement tout s'arrange dans la vie et mon généraliste est lui, un amour, respectueux et intelligent ; il m'a épargné la peine d'aller me fournir en hormones au marché noir et fais le suivi médical qui s'impose avec une rare intelligence :)
In fine, tous les psy ne sont pas à la hauteur de la tâche, rares sont les bons qui se gardent bien de juger leur patient et leur fournissent les bonnes clés pour se comprendre par eux-même, se développer intérieurement à un rythme qui est propre à chacun et respectent le libre arbitre de la personne (j'insiste sur ce terme) qui est en face :)
Je suis assez hallucinée quand je vois tout ce qu'on t'a fait endurée à cause de ton poids entre le psy forcé et "ah bah non tu peux pas être trans" (bah oui voyons, la fâme est mince et mange uniquement des haricots verts). J'ai testé deux psys, un très bien et une qui faisait que me dire "hum hum" en prenant des notes. Mais l'un était choisi et l'autre subi, ça doit beaucoup jouer aussi.
Bonjour, j'ai été suivi toute mon enfance
d'abord par une orthophoniste et après par une psychologue.
de la maternelle jusque mes 1 6 ans
la première je m'en souviens pas des masses.
la 2 eme c'était une orthophoniste psychologue
la 3 eme c'était a la pmi de ma ville et c'était gratuit.
j'avais demandé a mon médecin de famille d'allée en voir un
ça allais pas fort pour moi à l'adolescence.
J'engarde un bon souvenir, je me souviens de la pate a modeler des dessins, des discutions.
Elle demandais aussi a mes parents de venirs parfois, ma mère venait à chaques fois, mais mon père jamais il refusait de reconnaitre qu'il y avait un problème.... grrr
Enfin a 16 ans j'ai du arrêter mes horaires de cours ne correspondait plus avec ceux de la psychologue.
J'ai beau être adulte , parfois j'aimerai encore pouvoir parler a un psy , parce que la vie est pas facile.
Je peut comprendre que certains sont nases, moi je garde un souvenir correcte de celle que j'ai vue pendant mon adolescence