Je ne l'ai pas violée : c'était un homme
Par Butch Cassidyke le dimanche, septembre 13 2009, 03:31 - Actualité - Lien permanent
Au royaume-uni, un homme a été jugé coupable d'avoir violé une femme trans. Et la défense du violeur est une sorte de cas d'école de sexisme et de transphobie, et de la façon dont les deux peuvent interagir.
En bref, un soir, dans la rue le violeur force sa victime à lui faire une fellation, et pour cela la frappe à plusieurs reprises.
Lorsqu'il est arrêté, la première fois qu'il est interrogé, il nie tout simplement les faits et avoir jamais rencontré la victime.
Ensuite, lorsqu'il a été identifié par celle-ci, il explique (contredisant sa première version) que c'est elle qui lui a proposé une fellation, mais qu'il l'a frappée lorsqu'elle a mis sa langue dans sa bouche ; à part ça, il n'y a pas eu de contact sexuel entre eux. Donc le schéma assez classique où c'est la faute de la victime, mais présentée dans ce cas carrément comme l'agresseur sexuel.
Ensuite, lorsque l'analyse de son sperme prouve qu'il y a bien eu fellation (contredisant sa deuxième version), le violeur explique qu'il ne s'en souvient pas, mais qu'elle a dû faire l'acte de son plein gré.
Devant la cour, il explique qu'il l'a autorisée à lui faire une fellation (contredisant encore sa version précédente), et donc qu'elle était consentante, mais qu'il a commencé à la frapper parce qu'il s'est rendu compte qu'elle était trans.
Dans l'article, on a droit à une citation :
My religious beliefs don't allow for a male to have sex with another male. I have three older brothers and I was embarrassed that I had let another male perform oral sex on me. I did not want anybody to think I was gay or anything.
Mes croyances religieuses ne permettent pas à un homme d'avoir une relation sexuelle avec un autre homme. J'ai trois frères aînés et j'étais embarrassé d'avoir laissé un autre homme pratiquer une fellation sur moi. Je ne voulais pas que quelqu'un pense que j'étais gay ou quelque chose dans le genre.
Donc, en gros, dans ces trois phrases, ce type essaie d'expliquer les choses suivantes :
- il ne peut pas l'avoir violée, vu que cette femme était «en réalité» un homme (argument transphobe qui me semble malheureusement classique), et qu'il est pas pédé ;
- il est donc, finalement, uniquement coupable de l'avoir frappée ;
- et encore, il n'est pas vraiment coupable, puisque c'est parce qu'il avait peur d'être pédé. Ce serait plutôt de la faute de la victime, finalement, qui n'avait qu'à pas se faire passer pour ce qu'elle n'était pas.
Par ailleurs, sa deuxième version (où c'est la victime qui l'agresse et où lui se défend) n'est pas sans me rappeller différentes défenses que j'avais pu lire de mecs ayant assassiné des femmes trans, parvenant parfois à obtenir des circonstances atténuantes, avec l'idée que c'était eux qui étaient victimes des «avances» d'une fille trans. Je pense que l'hypersexualisation des femmes trans joue un rôle important là-dedans.
En tout cas, je trouve que les arguments sexistes habituels (c'est elle qui l'a cherchée / il n'y a pas vraiment de viol) sortent renforcés par le fait que la victime soit trans, ce qui permet d'en rajouter une couche, en jouant sur la transphobie.
Cela dit, dans ce cas là, malgré tous les arguments sur «c'est la faute de la victime», il a été reconnu coupable[1]. C'est déjà ça.
Notes
[1] Meme si, si j'ai bien compris, la lourdeur de la peine n'a pas encore été prononcée ? Je ne connais pas trop le système légal royaume-unien. Je ne sais pas si du coup il y a encore un enjeu sur l'éventuel obtention de circonstances atténuantes.
Commentaires
J'espère qu'il n'y aura pas de circonstances atténuantes. Si c'est le cas, j'aimerais savoir comment ils vont les formuler, les justifier.
C'est terrible et absolument pas relayé comme info.
ça laisse un gout sacrément amer dans la bouche ... sans jeu de mot pourri aucun. Ça me rappelle ces cours de cathé imposés au lycée, ah oui pardon de conférences religieuses où l'un des conférenciers et prêtre accessoirement a passé l'heure à dire et redire que le viol n'était que le souhait de ces personnes prétendument victimes ... Rhaaa rien que d'y repenser ça me glace le sang et je me revois me lever avec plusieurs autres et me casser. Ah les joies des lycées privés ... Hahem...
"Et la défense du violeur est une sorte de cas d'école de sexisme et de transphobie, et de la façon dont les deux peuvent interagir."
Et d'homophobie, d'ailleurs.
Il cumule, ce type...