Voilà un nouveau début du roman «Enfants de Mars et de Vénus» sur lesquel j'essaie vaguement de travailler en ce moment, et dont vous avez peut-être déjà pu voir des extraits ici, ici et , et . Le but de cette scène est en fait d'introduire l'aspect gouino-trans du roman de manière plus soft, afin d'être plus mainstream et donc d'accrocher les lectrices et lecteurs hétéros plus facilement lorsqu'il sera vendu à la FNAC. Donc ce sera censé être le début du roman si un jour j'arrive à le terminer.


La première fois que j’ai rencontré Alys, c’était dans une manifestation contre des anti-avortement. Je l’avais un peu regardée lorsqu’elle gueulait « fachos, cathos, machos, vous nous cassez l’clito », avec sa tenue hyper-féminine, exception faite de ses bottes de combat aux lacets rouges. Je n’avais pas fait plus attention que ça, à ce moment là. J’aimais bien ses pompes mais, à part ça, ce n’était pas vraiment mon style : j’avais du mal avec les filles plus grandes que moi. Une sorte de jalousie, je suppose.

C’est quand les choses ont dégénéré que je l’ai revue. Les flics avaient balancé des lacrymos parce qu’on refusait de se disperser et que deux anars avaient commencé à jeter quelques pierres sur les fachos, par-dessus les policiers qui faisaient barrage.

Classique.

J’étais restée un peu comme une conne, alors que tout le monde se barrait en courant, pas si affectée que ça par le gaz des grenades. Et puis, mon regard s’est fixée sur une silhouette, debout sur un camion de police.

J’ai observé ses longs cheveux blonds, sa mini-jupe et ses jambes interminables à travers le brouillard lacrymogène. L’espace d’un instant, j’ai cru que j’étais morte et qu’une Valkyrie était venue me chercher pour m’emmener au Walhalla.

Et puis, trois types de la brigade anti-criminalité ont violemment interrompu ma rêverie en me plaquant au sol.


***

Quelques heures plus tard, après un moment pénible passé dans une fourgonnette, puis dans une cellule de garde-à-vue, l’officier de police judiciaire qui m’interrogeait me dévisageait d’un air sévère.

J’ai baissé les yeux, embarrassée, vers les menottes qui m’entravaient les poignets.

« Mademoiselle Lætitia Saffi, a-t-il lu. Vingt-neuf ans, journaliste.

— Lev, ai-je corrigé.

— Pardon ?

— C’est mon prénom. Lev. Y’a que les cons qui m’appelle Lætitia. »

L’homme est resté silencieux quelques instants, l’air de ne pas savoir quoi faire de l’information, aussi ai-je décidé d’en rajouter une couche.

« Et je ne suis pas une « mademoiselle ». Je ne suis pas libre pour les mecs.

— Très bien, madame Saffi, a répondu l’officier avec un petit sourire. Est-ce qu’on peut en venir aux faits, s’il vous plaît ?

— Allez-y. Vous me reprochez quoi ? »

Le type a levé un sourcil en regardant mon dossier, puis m’a dévisagée d’un air interrogateur.

« Avant de commencer, il est dit ici que vous avez été dans la police ?

— Ouais, ai-je répondu.

— C’est drôle. Je ne suis pas habitué à voir des anciennes policières dans les manifestations d’anarchistes.

— Ce n’était pas une manifestation anarchiste, ai-je répliqué. Simplement pour la défense du droit à l’avortement. Pour lequel je ne me sens pas forcément directement concernée, mais qui me semble important pour les nanas qui commettent l’erreur de coucher avec des mecs. Manifester était juste un comportement citoyen.

— J’ai un témoignage d’un de mes hommes qui dit vous avoir vu participer aux jets de pierres, a froidement répliqué l’officier. Ce n’est pas exactement ce que je qualifierais d’un geste citoyen. »

Je me suis reculée dans ma chaise et ai souri. Techniquement, sur les fachos qui se mettaient à genoux pour faire des prières aux fœtus assassinés par les méchantes féministes, je pensais que le pire que pouvait faire une pierre était encore de reconnecter par miracle leur deux neurones.

« Ben, ai-je finalement répondu, quand j’étais flic, j’étais payée pour aller dans les manifs et jeter des pierres au bon moment. C’est pas de ma faute si j’y ai pris goût, hein ? »


***

Je suis finalement ressortie du commissariat vers onze heures du soir, avec la promesse d’être convoquée au tribunal d’ici quelques mois. Ça faisait longtemps que je n’étais pas allée faire un tour dans ce genre d’endroit, tiens.

J’ai allumé une clope lorsque je suis arrivée sur le trottoir et ai commencé à marcher vers l’endroit où j’avais laissé ma moto quand j’étais venue à la manif. J’avais de la chance : ça ne devait pas être à plus de dix minutes à pied.

Alors que j’avançais, j’ai reconnu la blonde qui se dirigeait vers moi. Elle venait d’un kebab et avait un sandwich à la main.

« Hé ! m’a-t-elle lancé. T’es sortie aussi ?

— Ouais. »

J’ai regardé son visage souriant, malgré l’hématome qu’elle avait à la lèvre. Elle était vraiment canon, en fait.

« Tu veux une frite ? » m’a-t-elle demandé en me tendant une barquette.

J’ai tendu la main vers un morceau de patate plein de graisse et ai souri à mon tour en me demandant furtivement s’il y avait une chance qu’elle soit gouine.

« Je m’appelle Alys, au fait, a-t-elle dit entre deux frites.

— Lev.

— Ils t’ont pas trop emmerdée ? Les flics, je veux dire ?

— Non. Je vais juste être convoquée au tribunal. Et toi ?

— Ça va. À part quelques coups pendant l’arrestation et le fait qu’ils insistaient pour m’appeler monsieur. »

J’ai froncé les sourcils, ne comprenant pas trop la raison d’un tel traitement vu son apparence que je n’aurais que difficilement pu qualifie de masculine ou même d’androgyne — moi, à la limite, j’aurais compris. D’un autre côté, je me suis dit qu’il ne fallait parfois pas chercher la logique des raisonnements de certains flics.

« Dis, ai-je fait, je vais rentrer en moto. Je peux te déposer quelque part ? »

Elle m’a regardé avec un petit sourire et un regard qui m’ont fait penser qu’elle n’était sans doute pas hétérosexuelle.

« Je suis déçue, j’aurais cru que t’aurais un camion. »


Bon, en fait en relisant, ça me plaît moyen, mais d'un autre côté ça me fait toujours un peu cet effet là.

Sinon, tant que j'y suis, j'ai envie de vous annoncer deux idées projets en cours concernant l'écriture, que j'abandonnerai sans doute dans les semaines à venir, mais peut-être pas les deux, si ? :

  • la première, ce serait de faire un blog spécifique pour publier ce roman par épisodes, comme j'avais fait pour le dernier roman que j'avais réussi à finir, avec l'idée que ça me boosterait peut-être pour le finir (mais que du coup les éditeurs ils aiment pas, et au revoir le rêve de me faire lire par des hétéros à la FNAC)
  • le second, ce serait de faire quelques mini-(auto)-éditions papier de nouvelles concernant ce que j'ai pu écrire sur les trans, avec l'idée de plutôt faire genre une diffusion prix libre que de cibler la FNAC sur ce coup-là. Bon, pour l'instant j'ai pas grand-chose pour le contenu ni d'idée comment faire pour que ça me coûte pas la peau des couilles (j'en ai besoin si je veux me faire opérer), mais jai déjà une super idée de couverture (provisoire, je précise quand même).