Sarah Connor ?
Par Butch Cassidyke le vendredi, septembre 4 2009, 01:20 - Ludique - Lien permanent
Pour changer un peu, j'avais envie de faire un billet sur un film, ou plutôt deux : The Terminator et Terminator II, que j'avais bien aimés quand j'étais gosse.
À l'époque, j'étais surtout fan du côté robot vaguement humain (surtout dans le deux, où le Terminator apprend de son contact avec John Connor, mais y'a déjà un peu de ça dans le un, finalement, où le Terminator qui est censé être une simple machine à tuer passe quand même, je trouve, un certain temps à essayer d'avoir un certain style), avec la question que ça pose sur ce que c'est qu'être humain.
Je pousserai peut-être plus loin cette analyse dans un autre billet, avec comment Terminator est un fait une excellente métaphore de la transidentité (argument que j'avais déjà esquissé à la fin de ce billet)[1] ; ceci dit je vais me contenter ici de parler d'un personnage strictement humaine, Sarah Connor (et uniquement dans les deux premiers films, puisque je n'ai jamais vu la série même si j'en ai lu du bien).
Ce que je trouve intéressant, avec ce personnage, c'est surtout son évolution : dans le premier, Sarah Connor (Linda Hamilton) est une serveuse plutôt banale qui se voit brusquement pourchassée par un tueur robot venu du futur (alias Arnold Schwarzenneger). Pourquoi ? Parce qu'elle va être la mère de John Connor, héros de la résistance contre les machines. Bref, le seul intérêt en lui-même de Sarah Connor, à ce moment là du film, c'est sa capacité à procréer ; et pendant toute la première partie du film, elle va effectivement jouer le rôle de la demoiselle en détresse apeurée qui doit être protégée par John Reese, lui aussi venu du futur, mais pas robot (ni Schwarzenneger) et donc quand même vachement moins costaud.
Et puis, vers la fin du film, c'est déjà plus pareil : John Reese finit par mourir en détruisant à moitié le Terminator, réduit à un squelette métallique sans jambe qui poursuit Sarah Connor dans une espèce d'usine. Elle finit par l'écraser sous une grosse presse en lui sortant «You're terminated». La fin du film se termine sur une Sarah Connor qui a un peu perdu la coiffure typique des années 80 qu'elle avait dans le reste du film (et qui fait qu'il est un peu dur à revoir maintenant) et qui part dans le désert avec un gros 4x4, un flingue, et l'air déterminée à affronter le futur.
Et puis, on la retrouve quelques années plus tard dans Terminator II, et là, on ne reconnaît pas la serveuse du début du un : la première scène où on la voit, elle est occupée à faire des tractions dans sa cellule de l'hôpital psychiatrique. Hôpital dont elle s'empresse d'essayer de s'évader. Lorsqu'elle tombe nez à nez avec son fils John Connor accompagné du Terminator (toujours Schwarzenneger et toujours venu du futur, mais cette fois pour protéger John Connor contre un autre Terminator plus fort, le T-1000. Vous suivez ?) venus la récupérer, sa première réaction est d'expliquer qu'elle n'a pas besoin d'aide et qu'elle aurait très bien pu s'en sortir seule.
Dans le reste du film, elle met un entrain considérable à dégommer le T-1000 par toute une panoplie d'armes différentes. Certes, dans le domaine, elle n'est peut-être pas aussi efficace que le Terminator, qui ne craint pas les balles et a une force surhumaine, mais elle reste la seule humaine du film capable non seulement de ne pas être complètement paumée, mais aussi de réussir à lutter par moment contre le T-1000, jusqu'à pratiquement l'envoyer dans une fonderie à coup de fusil à pompe (mais bon, il faut que ce soit Schwarzy qui donne le coup de grâce avec son lance-grenade, histoire de montrer que c'est quand même lui le plus fort).
Et ce que je trouve intéressant, c'est que contrairement à d'autres héroïnes qui sont super balèzes mais qui restent hyper sexy, il faut pas déconner (j'ai déjà fait une comparaison avec Lara Croft dans un billet précédent, mais voilà, c'est exactement ça), ici il n'y a pas vraiment ça : Sarah Connor n'apparaît pas de manière spécialement sexualisée, et elle ne semble pas se soucier de rentrer dans les canons de beauté féminin, elle n'essaie pas de plaîre aux mecs, elle ne passe pas son temps à sourire, etc.
Alors bon, on poura objecter que malgré tout Terminator n'est pas spécialement un film féministe et reste centré sur un Schwarzy cyber-testostéroné, mais bon, c'est quand même toujours ça. Et puis, il y a une scène où Sarah Connor regarde le Terminator jouer avec John et réalise qu'il ferait un bien meilleur père pour lui que tous les mecs qu'elle a pu croiser, même si c'est une machine. Alors d'accord, c'est pas ouvertement dit «les mecs, ça vaut pas un bon vibro», mais y'a quand même un côté vaguement crypto-lesbien, non ? :p
(Voir aussi sur le sujet : Badass Feminist of the Week : Sarah Connor)
Notes
[1] En ce sens la scène de Terminator 3 où la Terminatrice se sert de ses capacités de métamorphose pour gonfler sa poitrine en ferait, pour certainEs, la T-girl idéale.
Commentaires
Au risque de te décevoir, la série n'est vraiment pas terrible : Sarah Connor passe quand même beaucoup plus de temps à cuisiner et à être la maman de John et des autres personnages, qu'à dégommer les méchantEs avec un flingue. Bref, j'ai été beaucoup déçu... Et par ailleurs, John devient de plus en plus une caricature de mec.
Sinon, dans le même genre héroïne des années 80 qui déchire tout et qui est pas sexy y'a Helen Ripley dans Alien...
Bon, là j'ai honte, parce que ça fait plusieurs mois que lis régulièrement ton blog et que j'y trouve des tas de choses super intéressantes, et la première fois que je poste un commentaire c'est pour parler d"une série TV...
"contrairement à d'autres héroïnes qui sont super balèzes mais qui restent hyper sexy"
mais Elly ... ELLE EST hyper sexy (dans T2) ! comme Ripley aussi (avec son crâne rasé c'est encore mieux), armées jusqu'aux dents, craquantes dans leurs paraboots, toutes deux sveltes et musclées, efficaces et courageuses (sans être belliqueuses), , bref moi j'admire et j'adore ...
bon ... vrai que je suis unE trans (du genre post-op) et gouine aussi (irrécupérable quoi...), alors c'est peut-être pour ça que les filles comme elles me font grimper aux rideaux ...
s : an(other) girl from mars
C'est malin, maintenant je vais chercher des messages crypto-lesbiens dans les Alien...
Tant qu'on en est dans les personnages féminins pas hypersexualisés, mais sveltes, musclées, courageuses, et infiniment plus attirantes que les potiches qu'on nous sert souvent dans les films pleins d'actions... Kyra, dans les chroniques de Riddick, est pas mal dans le genre, si vous êtes amatrices...
C'est d'ailleurs d'autant plus surprenant que la femme d'un des grands méchants, elle, est insupportable de femello-perversitude qui distille du fiel à l'oreille du mari ambitieux, et ne sert absolument à rien (le seul autre perso féminin un tantinet important étant une vieille druide).
A la décharge du film, la plupart des personnages y sont ridicules.
Pour Kyra encore, notons la stratégie scénaristique intéressante : elle se fait sauver par Riddick, mais après avoir déboité trois des quatre à six gus qui lui tombaient dessus en même temps.
Et là, j'ai l'impression que c'est un grand classique du genre et du moment, le coup du grand mâle musclé qui sauve la femelle-balèze-aussi-mais-pas-chanceuse ; ça fait toujours mieux que grand mâle musclé qui sauve la potiche, j'me plains pas trop, notez.
Bon, je suis ptêtre un peu hors-sujet, mais cette histoire d'héroïne classe mais pas chanceuse me travaille ; du coup je mendie exemples et contre-exemples auprès de vous
Et puis si, improbablement, vous ne connaissez pas, Riddick peut-être plutôt sympa (Pitch Black constituant le premier volet)
Ellie ... (et non Elly)
toutes mes eXcuses pour cette grosse erreur de ma part dans ton prénom,
c'est moi sotte qui voit des Y partout partout (ce doit être dans mes gènes)
Tiens, à propos, il me semble que Corcuff avait écrit un article sur la question des frontières de l'humain dans le dernier Terminator. J'avoue à ma grande honte que je ne l'ai pas lu, mais je signale à tout hasard :-)
Ouah, je devrais parler de films plus souvent, j'ai plein de commentaires \o/
Alors en vrac :
Gruni: merci pour le conseil, du coup je m'embêterais pas à essayer de trouver un moyen de la regarder. Sinon ouais, ripley est cool aussi, même si j'ai toujours moins accroché à la série Alien (j'aime pas les grosses bêbêtes) .
Sylvidre: je voulais dire «sexualisée» plutôt que «sexy» en fait, effectivement. Sinon pour le "y", y'a pas de mal, j'utilise aussi «Elly» de temps en temps.
Arrakis: oui, effectivement, je vois ce que tu veux dire. D'ailleurs pour en revenir à terminator, il me semble qu'il y a aussi un passage du style dans le dernier.
Jordi: ah oui, j'ai trouvé http://www.rue89.com/2009/06/28/de-... Cela dit je maintiens que c'est plutôt une métaphore de la transidentité, avec Marcus qui n'est pas accepté comme «vrai mec» parce qu'il a des organes génitaux en silic
oneium. (Par contre d'un point de vue féministe, j'ai trouvé que c'était pas trop ça)Je voudrais pas jouer les rabat-joie théoriques, mais Terminator Renaissance, c'est pas surtout une resucée pas très inspirée de pas mal de films (avec une construction brouillon et pas crédible, et tout) ?
Et, effectivemment, Mlle Brune-à-flingues se fait coincer par un groupe de soudards commodes (pour le héros, j'veux dire), lors de sa rencontre avec l'Homme Robot ; évidemment, elle arrive à dézinguer les premiers, et seulement les premiers (et oui, ma mémoire des noms est fabulistique).
Ceci dit, pour tenter de sauver le film à coup de reflexions sur le genre, j'ai une théorie : quand Skynet/H. Bonham Carter apparait sur l'écran en face de l'Homme Robot, elle est maquillée à la pelle (et même avec plusieurs pelletées). Et que je te mets du gloss brillant, et que mon fond de teint, si je tousse, il rend la pièce irrespirable...
Alors que bon, c'est une intelligence artificielle, une machine (enfin, son avatar), bref, un truc virtuel : elle a aucune raison d'être tartinée de la sorte. C'est, donc, sûrement une allusion à la construction du genre et son intégration par mimétisme & pression sociale.
Ou juste un énième choix pas inspiré. En plus, puisqu'on parlait de sexytude, ça massacre plus l'actrice qu'autre chose.
(mode fielleux : off)
Ouais, je trouve pas non plus que le dernier terminator soit une super fable philosophico-politique... (même si je l'ai bien aimé en tant que film d'action, mais je suis bon public)
Dans le genre, Blade Runner (même si je l'ai vu y'a looongtemps) me semblait quand même vachement plus profond (et j'ai toujours adoré le titre original du bouquin anglais : Do Androids Dream of Electric Sheep?)
J'avoue, t'es vraiment bon public : le timing est quand même super mauvais, le scénar plein de grosses ficelles ; si Chuck Norris voyait ça ! Enfin, c'est toujours mieux que Mutants! ^^
Pour Blade Runner : le roman (pas lu la nouvelle) est encore mieux que le film (et je vénère ce film) ; pour l'anecdote, la femme du héros, depressive, refuse de se programmer des humeurs positives ; ils ont un appareil pour ça...
Et, au passage, on apprend entre autres humeurs l'existence de "soumission conjugale épanouie", pour avoir envie d'obéir à son mari dans la joie et la bonne humeur, le tout très classieusement décrit.
(Scanner Darkly est excellent également, adaptation "filmo animée" comprise, tant qu'on est dans K. Dick)