Pour changer un peu, j'avais envie de faire un billet sur un film, ou plutôt deux : The Terminator et Terminator II, que j'avais bien aimés quand j'étais gosse.

À l'époque, j'étais surtout fan du côté robot vaguement humain (surtout dans le deux, où le Terminator apprend de son contact avec John Connor, mais y'a déjà un peu de ça dans le un, finalement, où le Terminator qui est censé être une simple machine à tuer passe quand même, je trouve, un certain temps à essayer d'avoir un certain style), avec la question que ça pose sur ce que c'est qu'être humain.

Je pousserai peut-être plus loin cette analyse dans un autre billet, avec comment Terminator est un fait une excellente métaphore de la transidentité (argument que j'avais déjà esquissé à la fin de ce billet)[1] ; ceci dit je vais me contenter ici de parler d'un personnage strictement humaine, Sarah Connor (et uniquement dans les deux premiers films, puisque je n'ai jamais vu la série même si j'en ai lu du bien).

Ce que je trouve intéressant, avec ce personnage, c'est surtout son évolution : dans le premier, Sarah Connor (Linda Hamilton) est une serveuse plutôt banale qui se voit brusquement pourchassée par un tueur robot venu du futur (alias Arnold Schwarzenneger). Pourquoi ? Parce qu'elle va être la mère de John Connor, héros de la résistance contre les machines. Bref, le seul intérêt en lui-même de Sarah Connor, à ce moment là du film, c'est sa capacité à procréer ; et pendant toute la première partie du film, elle va effectivement jouer le rôle de la demoiselle en détresse apeurée qui doit être protégée par John Reese, lui aussi venu du futur, mais pas robot (ni Schwarzenneger) et donc quand même vachement moins costaud.

Et puis, vers la fin du film, c'est déjà plus pareil : John Reese finit par mourir en détruisant à moitié le Terminator, réduit à un squelette métallique sans jambe qui poursuit Sarah Connor dans une espèce d'usine. Elle finit par l'écraser sous une grosse presse en lui sortant «You're terminated». La fin du film se termine sur une Sarah Connor qui a un peu perdu la coiffure typique des années 80 qu'elle avait dans le reste du film (et qui fait qu'il est un peu dur à revoir maintenant) et qui part dans le désert avec un gros 4x4, un flingue, et l'air déterminée à affronter le futur.

Et puis, on la retrouve quelques années plus tard dans Terminator II, et là, on ne reconnaît pas la serveuse du début du un : la première scène où on la voit, elle est occupée à faire des tractions dans sa cellule de l'hôpital psychiatrique. Hôpital dont elle s'empresse d'essayer de s'évader. Lorsqu'elle tombe nez à nez avec son fils John Connor accompagné du Terminator (toujours Schwarzenneger et toujours venu du futur, mais cette fois pour protéger John Connor contre un autre Terminator plus fort, le T-1000. Vous suivez ?) venus la récupérer, sa première réaction est d'expliquer qu'elle n'a pas besoin d'aide et qu'elle aurait très bien pu s'en sortir seule.

Dans le reste du film, elle met un entrain considérable à dégommer le T-1000 par toute une panoplie d'armes différentes. Certes, dans le domaine, elle n'est peut-être pas aussi efficace que le Terminator, qui ne craint pas les balles et a une force surhumaine, mais elle reste la seule humaine du film capable non seulement de ne pas être complètement paumée, mais aussi de réussir à lutter par moment contre le T-1000, jusqu'à pratiquement l'envoyer dans une fonderie à coup de fusil à pompe (mais bon, il faut que ce soit Schwarzy qui donne le coup de grâce avec son lance-grenade, histoire de montrer que c'est quand même lui le plus fort).

Et ce que je trouve intéressant, c'est que contrairement à d'autres héroïnes qui sont super balèzes mais qui restent hyper sexy, il faut pas déconner (j'ai déjà fait une comparaison avec Lara Croft dans un billet précédent, mais voilà, c'est exactement ça), ici il n'y a pas vraiment ça : Sarah Connor n'apparaît pas de manière spécialement sexualisée, et elle ne semble pas se soucier de rentrer dans les canons de beauté féminin, elle n'essaie pas de plaîre aux mecs, elle ne passe pas son temps à sourire, etc.

Alors bon, on poura objecter que malgré tout Terminator n'est pas spécialement un film féministe et reste centré sur un Schwarzy cyber-testostéroné, mais bon, c'est quand même toujours ça. Et puis, il y a une scène où Sarah Connor regarde le Terminator jouer avec John et réalise qu'il ferait un bien meilleur père pour lui que tous les mecs qu'elle a pu croiser, même si c'est une machine. Alors d'accord, c'est pas ouvertement dit «les mecs, ça vaut pas un bon vibro», mais y'a quand même un côté vaguement crypto-lesbien, non ? :p

(Voir aussi sur le sujet : Badass Feminist of the Week : Sarah Connor)

Notes

[1] En ce sens la scène de Terminator 3 où la Terminatrice se sert de ses capacités de métamorphose pour gonfler sa poitrine en ferait, pour certainEs, la T-girl idéale.