Extrait de roman : la camionneuse
Par Butch Cassidyke le lundi, août 10 2009, 17:26 - Littérature - Lien permanent
Allez, j'essaie de me remotiver un peu pour avancer ce roman en cours (celui dont j'ai déjà mis des extraits ici, ici et là, pas mon dernier embryon de projet).
Résumé pour comprendre l'extrait : Lev, la narratrice, qui est une lesbienne butch, et Alys, sa copine, aussi appelée «Travelotte», sont recherchées pour meurtres et sont donc fugitives.
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J’ai aperçu une lumière aveuglante et entendu un énorme coup de klaxon. Alys a essayé de freiner, mais la voiture est partie en tête à queue et on a heurté le camion qui arrivait en face.
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« Lev ? Lev ! »
Quand je me suis réveillée, la voiture était à quatre-vingt dix degrés. J’étais vaguement allongée contre la portière. Alys était à côté de moi. Elle avait déjà dû descendre du siège conducteur.
« Ça va ? a-t-elle demandé.
— Mal au crâne, ai-je répondu en posant une main sur mon front pour vérifier si j’avais une bosse.
— Tu saignes, a dit Travelotte.
— La prochaine fois, je prends le volant, d’accord ? » ai-je lâché en détachant ma ceinture de sécurité.
J’ai ensuite entrepris de m’extraire de la bagnole, en rampant à quatre pattes. L’intérêt d’avoir une décapotable, c’était qu’il y avait à faire moins d’acrobatie pour sortir. D’un autre côté, si on avait atterri à l’envers, ça n’aurait pas été drôle.
« Hé ! a fait la voix de quelqu’un qui s’avançait vers nous. Est-ce que ça va ? »
Je me suis tournée, et j’ai réalisé que le camionneur qui nous avait percuté était en fait une camionneuse.
***
« Il y a une clinique à 10 minutes. Ça va aller ? » a demandé la chauffeuse alors qu’on montait à l’avant de son camion.
J’ai regardé le tissu que je comprimais contre ma plaie. Il était imbibé de sang, et j’aurais sans doute besoin de points de suture, mais il était peu probable que je me vide de mon hémoglobine dans le prochain quart d’heure.
« Ça ira, ai-je dit en claquant la porte. Marrant, on m’a souvent traitée de camionneuse, mais je crois que c’est la première fois que je monte dans un poids lourd.
— Vu votre façon de conduire, il vaut peut-être mieux », a répliqué la routière en démarrant son engin. « Vous faisiez quoi, tous feux éteints ?
— Je ne sais pas, ils ont lâché d’un coup », a répondu Alys, qui se situait entre nous deux. « Je n’ai rien pu faire.
— C’est vous qui conduisiez ? a demandé la camionneuse en allumant la radio.
— Ouais. Pourquoi ?
— Comme ça. C’est toujours mieux que de demander qui fait le mec, non ? »
J’ai souri, et ai fermé les yeux, bercée par la radio qui passait un vieux morçeau de rock pas trop violent. Ça changeait de la musique d’Alys.
Puis la musique s’est arrêtée pour laisser la place au journal. J’ai rouvert les yeux et bâillé.
Éventuellement, il a fallu que le journaliste parle de nous. Fugivitev, toujours recherchées pour une série de meurtres, bla bla bla. Merci, on était au courant. Ça n’était pas la peine de donner des idées à notre conductrice.
« Être fugitives, a dit cette dernière, ça expliquerait pourquoi vous rouliez sans lumière ?
— C’était juste un problème de phares, a répliqué Alys.
— Ouais. Et le pistolet dans la veste de votre amie, vous allez me dire que c’est une grosse barre chocolatée ? »
J’ai regardé Travelotte, qui avait l’air aussi embêtée que moi. Merde, j’avais espéré qu’elle ne ferait pas le rapprochement.
« Vous comptez me tuer, au fait ? » a ajouté notre chauffeuse.
Elle n’avait absolument pas l’air effrayée en disant cela. C’était juste une discussion normale avec des auto-stoppeuses.
« Ne vous en faites pas, ai-je répondu. On est lesbiennes. On ne tue que les mecs. »