Voilà, comme ça faisait longtemps que j'avais pas posté d'extrait de ce que j'étais en train d'écrire, voici un passage du roman qui s'appellera peut-être «Hystériques collectives», «Entre Mars et Vénus» ou autre chose, je sais pas trop, si par hasard j'arrive à le finir. J'avais déjà posté deux extraits ici et . À noter que cette scène ressemble sans doute à celle d'un roman abandonné, que j'avais déjà postée ici.

Sinon, histoire de comprendre la scène, la narratrice s'appelle Lev, c'est une butch ; tandis que sa copine est une trans qui s'appelle Alys. Les deux sont légèrement barges.


Le Docteur Corbal est entré dans la salle d’attente alors que j’étais en train de lire « Elle ». Ce n’est pas comme si c’était mon genre de lectures habituelles, mais je m’étais dit que ça m’aiderait à faire vraie fille.

Il m’a regardée d’un air vaguement dédaigneux, par dessus ses lunettes, alors que je repliais la revue. Je me suis fugitivement demandée si c’était parce qu’il réprouvait ce magazine, qu’il mettait pourtant à disposition dans sa salle d’attente, ou à cause de ma perruque blonde qui me donnait un air de je ne sais trop quoi. De chevelue, déjà, j’imagine, ce qui me faisait toujours bizarre.

« Monsieur Durand ? » a-t-il demandé en tendant la main vers moi.

Je me suis levée et lui ai serré la main sans corriger l’utilisation du genre masculin.

« Suivez-moi dans mon bureau », a-t-il dit sur un ton qui me semblait vaguement réprobateur.

Peut-être que c’était les rangers, me suis-je fugitivement demandée. Alys trouvait que ça allait bien avec une jupe courte et des bas résille, mais le docteur n’avait pas l’air d’être franchement d’accord avec elle.

Je l’ai suivi dans son bureau et me suis assise dans un fauteuil en cuir. Au moins, il était confortable. On payait sans doute le prix fort pour pas grand-chose, mais au moins on avait les fesses bien posées.

« Alors, monsieur Durand, a commencé le docteur. Qu’est-ce qui vous amène ? »


***

Qu’est-ce qui m’amenait devant ce psy à la con ? Il ne devinait pas ?

« Je veux devenir une femme », ai-je dit en prenant mon air le plus convaincu possible.

Je savais que ce n’était pas l’idéal pour être crédible : il fallait dire quelque chose comme « au fond de moi, j’ai toujours su que j’étais une femme », ou encore « je me sens profondément femme ». Seulement, j’avais peur d’éclater de rire en les prononçant, aussi me suis-je contentée du « je veux devenir ». Ça faisait moins vraie trans agréée par les psys, mais je n’espérais de toute façon pas qu’il me prescrive des hormones.

« Et pourquoi voulez-vous devenir femme ? » a-t-il demandé.

Là, par contre, je n’avais pas prévu grand-chose. Pourquoi j’aurais bien pu vouloir devenir une femme ?

J’ai essayé de me rappeler ce que m’avait répondu Alys quand je lui avais posé la question, mais je me suis dit que « pouvoir coucher avec moi » n’allait probablement pas le faire, dans ce contexte.

« Euh, ai-je fait alors que je cherchais le premier truc féminin qui me venait à l’esprit. Le rose ? »

Le docteur Corbal a froncé les sourcils, et j’ai cru un moment avoir sorti une mauvaise réponse, mais il s’est contenté de prendre note et de hocher la tête d’un air vaguement satisfait. Logique, les nanas étaient censées aimer le rose.

Bien joué, Lev.

« Vous pouvez développer ? » a-t-il demandé.

J’ai réféchi quelques instants à la réponse que j’allais bien pouvoir lui donner, avant de trouver ce qui était évident.

« Quand j’étais petite, j’aimais jouer à la poupée. »

Je me suis tout de même abstenue de lui préciser que ce que j’aimais particulièrement, c’était leur tondre le crâne.

Les cheveux, ça n’avait jamais été mon truc.

On a continué le jeu de questions/réponses pendant une dizaines de minutes, et j’ai trouvé ça plutôt amusant. En donnant les réponses parfaites pour jouer à la transsexuelle modèle, je réalisais à quel point je n’aurais jamais pu devenir une fille.

Je me suis fugitivement demandée si Alys était passée devant des médecins comme ça, et, si oui, comment elle avait fait pour les convaincre.

Au bout d’un moment, ça a quand même fini par me fatiguer et je me suis rappelée de l’objectif de ma venue.

« Et donc, vous pouvez faire quelque chose pour moi ? ai-je demandé en espérant éviter d’autres questions pourries.

— Je ne sais pas. Vous avez été envoyée par un médecin ? »


***

« Envoyée ? ai-je demandé.

— Oui, est-ce que c’est un médecin qui vous a conseillé de venir me voir ? Vous savez, je ne suis pas spécialement expert dans le domaine... »

J’ai retenu un sourire. C’était justement pour ça que je venais.

« Oui, c’est un médecin qui m’a envoyée. Deux, en fait.

— Deux ?

— Ouais, ai-je dit en me baissant pour attraper ma « lettre de recommandation ». Docteur Smith...

— Oui ?

— ... et docteur Wesson », ai-je terminé en sortant le .44 magnum d’Alys.

J’ai failli avoir un orgasme quand j’ai vu la gueule qu’il tirait. Entre le fait de pointer un gros flingue et d’avoir recasé une blague de Dirty Harry, c’était vraiment trop bon.

« Maintenant, doc’, ai-je dit en enlevant ma perruque, c’est moi qui pose les questions.»


Voilà, donc peut-être qu'un jour je finirai ce... truc. Et peut-être pas, parce que l'ensemble du roman est quand même assez foireux, mais bon.