Le premier article, sur le site Psychology today (via Bird of Paradox) donne «légèrement» envie de se frapper la tête contre un mur de manière répétée, vu le degré de privilège et de domination dont fait preuve l'auteure, qui me fait penser à cette phrase de la définition de l'opprimé de Christiane Rochefort :

C'est ainsi que la générale réaction de l'oppresseur qui a "écouté" son opprimé est en gros : mais de quoi diable se plaint-il ? Tout ça, c'est épatant.

En effet, l'auteure de l'article, après avoir expliqué à quel point elle n'était pas capable de comprendre que des femmes trans veuillent qu'on parle d'elle au féminin, elle s'extasie devant la tolérance de l'administration pénitentiaire :

If I were to have guessed, without the benefit of my experience, I would have been confident that the system would somehow not allow for transgendered inmates.

En français :

Si j'avais dû deviner, sans le bénéfice de mon expérience, j'aurais pensé que le système n'aurait en quelque sort pas accepté les détenu-e-s transgenres.

On notera l'espèce de phrase lunaire : comme si on venait en prison en frappant à la porte et en demandant «bonjour, je voudrais rentrer, est-ce que vous m'acceptez ?».

À moins, bien sûr, que l'auteure ne s'extasie pas devant le fait que les prisons laissent entrer les trans (ce dont les trans se passeraient bien), mais devant le fait qu'elle les laisse être trans. Ceci un peu après avoix expliqué que les femmes trans étaient dans la prison pour hommes, que le personnel les appelaient monsieur, et qu'elles n'avaient pas le droit de modifier leurs uniformes masculins.

Bref, la tolérance semble se limiter au fait qu'on ne les abat pas à vue.

Et le second article, sur le site Criminal Justice, montre bien à quel point la situation des trans en prison est dramatique.

D'abord, avant la prison, au tribunal, où le fait d'être trans est vu comme une circonstance aggravante et peut potentiellement prouver que vous êtes un-e criminel-le. Ainsi, un témoignage rapporté :

I have had clients who were subjected to homophobic and transphobic prosecution strategies in their trials. I had one client who was a transgender man, and he was accused of a crime involving fraud. His transgender status was used against in him in court, as the victims and the prosecution made arguments in court saying his living as male was 'proof' that he was an inveterate liar

En français :

J'ai eu des clients qui étaient sujet, dans leurs procès, à des stratégies d'accusation homophobes et transphobes. J'avais un client qui étaient un homme trans, et qui était accusé d'un crime impliquant une fraude. Son statut de trans a été utilisé contre lui au procès, car les victimes et l'accusation faisaient l'argument au tribunal disant que le fait qu'il vivait en homme était une «preuve» qu'il était un menteur invétéré.

L'article révèle le chiffre extrêmement inquiétant qu'avance le Transgender, Gender Variant and Intersex (TGI) Justice Project à San Francisco, d'une personne trans sur deux emprisonnée ou ayant été emprisonnée au cours de sa vie.

L'article rappelle ensuite que les personnes trans sont enfermées chez les hommes ou les femmes en fonction de leurs organes génitaux, ce qui place notamment de nombreuses femmes trans chez les hommes.

En Californie, l'article donne les chiffres de 400 femmes trans emprisonnées pour un total de 175000 prisonnier-e-s. Là-dessus, 59% des prisonni-ers-ères trans rapportaient avoir été victimes d'agressions sexuelles (contre 4% de la population générale en prison).

Si tout ça n'était pas assez déprimant, on pourrait aussi parler de ce que l'article n'évoque pas, à savoir le fait que les traitements hormonaux des trans en prison leur sont parfois retirés, avec des conséquences évidemment néfastes sur la santé, que les trans sont souvent placées en isolement, soit disant pour leur propre protection (à moins que ça ne soit pour être encore plus à la merci des gardiens), avec la conséquence d'être interdites de promenades par exemple (et se voir placées avec les violeurs), etc.

Mais à part ça, la vie est belle, on est dans des pays démocratiques, on a les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, les mêmes droits pour tout le monde...