Les trans renforcent les normes de genre, #1 : l'opération, c'est mal
Par Butch Cassidyke le jeudi, mai 28 2009, 13:47 - Réflexions - Lien permanent
Parmi les différents aspects de la transphobie à laquelle j'ai pu être confrontée dans ma courte vie de travelotte, l'un d'entre eux particulièrement présents chez les féministes et progressistes en tout genre est le fait que les trans renforcent les normes de genre, le patriarcat, et tout le tintouin. Les trans sont des caricatures de féminité/masculinité ; les femmes trans transitionnent par fétichisme et pour s'approprier le corps des femmes, tandis que les hommes trans transitionnent pour avoir plus de privilège, trahissant le féminisme ; les trans sont simplement des homos refoulé/e/s qui ne veulent pas envisager d'aimer des personnes de même sexe, et changent donc de sexe pour devenir hétéro ; ou encore, les trans, en se faisant opérer, sont essentialistes.
Si je suis motivée, je ferai peut-être un billet pour parler de chacun de ces points mais, aujourd'hui, je vais me contenter du dernier, parce que j'ai vu une discussion là-desus récemment.
Comme souvent dans la transphobie qui est présente dans le milieu féministe, l'aspect réactionnaire est couvert par une couche de vernis progressiste, féministe, subversif. Ici, l'idée est de partir du postulat, qui me semble bon, que la bite ou la vulve ne font pas le genre, pour dire qu'il n'y a pas besoin de «changer de sexe» pour être un homme ou une femme. Et par conséquent, les personnes qui «changent de sexe», c'est-à-dire qui se font opérer, le font parce qu'elles ont besoin d'avoir une bite ou vulve pour être de «vrais» hommes ou de «vraies» femmes, et sont donc essentialistes.
Dans sa variante radicale, cette forme de transphobie fait aussi le postulat que tou/te/s les trans veulent se faire opérer. Je me rappelle notamment d'une personne qui insistait sur le fait que j'étais réactionnaire de vouloir me faire «opérer», ce que j'avais assez mal vécu étant donné que je n'ai absolument aucune envie d'avoir une vaginoplastie. Ça m'avait un peu donné envie d'opérer cette personne à la rangeos, mais, comme je n'avais pas de rangers à l'époque, j'ai dû faire sans.
Dans sa variante «modérée», la transphobie est plus subtile puisqu'elle consiste à séparer d'un côté les «bon/ne/s trans», qui ne veulent pas d'une telle opération, et de l'autre les «mauvai/x/ses» qui ont besoin de ça, les con/ne/s.
Cela dit, les deux variantes ont le même point commun, c'est-à-dire de parler à la place des autres, de s'estimer mieux placé/e pour parler des motivations d'une personne que cette personne elle-même ; point commun qui est d'ailleurs présent dans beaucoup de formes de transphobie mais aussi d'autres oppressions.
En effet, les tenant/e/s de cette position estiment que les trans qui veulent avoir une chirurgie de réassinagtion génitale (que j'appellerais dans la suite de ce post CRG) ne peuvent avoir qu'une raison de le faire : parce qu'ils/elles estiment que c'est nécessaire pour être homme/femme.
Il y a un fond de vérité à ça : c'est que certaines personnes trans mettent effectivement en avant cette raison pour justifier d'une CRG. Autrement dit, oui, il y a des trans essentialistes, tout comme il y a des cis essentialistes. Surprenant, hein ?
Et ensuite, il y a le mensonge, qui consiste par syllogisme à étendre ça à tout le monde. Ce n'est pas très original, et cela a déjà été utilisé de façon différente, que ce soit pour dire que les personnes votant NON au Traité Constitutionnel Européen sont toutes d'extrême-droite, ou encore pour dire que tou/te/s les arabes sont des voleu/r/se/s.
La vérité est que les personnes trans peuvent avoir différentes motivations pour se faire opérer et, en refusant de prendre en compte le fait qu'une personne puisse avoir envie d'avoir une bite ou une vulve par choix, et pas forcément par obligation pour être vraiment homme ou vraiment femme, il me semble qu'on va contre la liberté de disposer de son corps comme on l'entend sans avoir à se justifier.
Après, je ne suis pas naïve, et je suis consciente qu'à l'heure actuelle il y a aussi une pression importante quand on est trans pour se faire opérer, qu'elles viennent des psychiatres ou des médecins qui veulent forcément que ce soit «tout ou rien», de l'état qui ne donne des papiers que si on passe sur le billard, de certain/e/s trans qui pensent que tu n'es pas un/e vrai/e trans sans chirurgie, et plus généralement de la société transphobe où, par exemple, flirter avec des mecs quand on est une fille à bite revient un peu à jouer à la roulette russe.
Et pour qu'il y ait une vraie possibilité d'avoir un choix réel, il me semble qu'il faut éliminer ces pressions. Mais ce n'est pas ce que font les «anti-CRG» (toute ressemblance avec «anti-IVG» serait purement fortuite), qui ne font que rajouter des pressions et limiter encore plus le droit réel de choisir pour les personnes concernées.
Commentaires
Merci de ton point de vue que je partage. Il y en a un peu raz le bol de ceux/celles qui militent pour leur situation en disant que les autres sont des malades.... Je ne sais pas de quel région tu es mais un petit tour dans le milieu trans de Nancy nous ferait du bien ici!
Tout à fait d'accord avec vous deux, ça devient lassant d'avoir à justifier qui l'on est sans cesse parce que "machin à dit que..."
Bon, même après 3 lectures attentives, je ne comprends pas tout ....
J'ai la très désagréable impression, à la lecture de ce post, que je suis une transphobe, donc, je vais le relire demain en étant moins fatiguée ....
Ben je sais pas si tu es transphobe ou pas, mais le but de ce post c'est pas de déterminer qui est transphobe, mais d'interroger des comportements.
En l'occurrence les remarques sur «les trans renforcent les normes de genre» de manière général, je pense que ça participe effectivement d'une logique où un groupe dominant demande à un groupe dominé de se justifier.
Après voilà, mon but ici c'est pas de déterminer qui est gentil ou pas, parce qu'y compris moi c'est des trucs que je peux ou que j'ai pu reproduire, mais de m'interroger sur certains comportements, où au final j'ai l'impression que sous couvert d'émancipation on reproduit des injonctions.
Mmh - sans compter que ces joyeuXses anti-essentialiste sont souvet les premièrEs à pas vouloir nous approcher à moins de deux mètres pasque justement on n'a pas les "bons" génitaux. Mais bien sûr pour elleux c'est "le feeling", tandis que nous on est forcément de méchantEs contre-révolutionnaires. C'est toujours plus facile aux dominantEs qui remplissent déjà les conditions de statut de faire la fine bouche sur ces statuts. Comme me disait une personne racisée, c'est facile d'être contre le droit de vote quand on l'a !
Plume
«Mmh - sans compter que ces joyeuXses anti-essentialiste sont souvet les premièrEs à pas vouloir nous approcher à moins de deux mètres pasque justement on n'a pas les "bons" génitaux.»
Ah ben oui, c'est un peu comme le zoo : c'est bien joli la subversivité, ça grogne ou ça a des jolis couleurs, mais bon tu vas quand même pas ramener cette drôle de créature bizarre chez toi :o
J'ai déjà moi même effectivement été confronté a ce style de propos .
Au niveau de " les trans sont des homosexuels qui transitionnent afin de devenir hétéros " j'avoue avoir la réponse facile car je suis homo :-)
D'autre part j'ai une phalloplastie . Je me demande ce que ma vite ou mon vagin ont a faire avec le binarisme ou pas ?
Je suis trans et personnellement du genre homme et j'ai un trans -pénis . Mon corps/ mon identité/ vécu est a la fois également homme et trans
Le fait d'être un homme trans n'enlève rien a mon genre homme .
Je ne suis ni plus vrai ni moins vrai que d'autres hommes .
D'autre part je me demande encore ce que ce sont des vraies femmes et de vrais hommes .
Mon entrejambes fait partie de mon intimité autant je refuse d'être assigné homme ou femme selon mon sexe anatomique autant je refuse d'être assigné binaire ou pas selon ce même sexe .
J'ai déjà eu des propos plus poussés de la part de personnes queer ( non trans ) style pourquoi je me fais une mastectomie et ne choisi pas d'être par exemple un homme avec des seins ?
Je rétorque juste que je n'empêche personne de porter la moustache au dessus d'une paire de nichons ceci trans ou pas .
Si quelques queers veulent nous dicter ce que nous devons faire de nos corps et de nos identités et nous réassigner selon notre entrejambes ....je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.
De plus ayant fait mon coming out homo et trans si je compare je dis que les trans sont encore dans l'ère de la justification, effectivement je n'ai jamais du justifier mon homosexualité tandis que que niveau trans ....et voila maintenant que l'on dois justifier a nouveau nos phallos ou vaginos
c'est du n'importe quoi de dire que les trans garçons ou filles sont des homos refoulé ....Avant d'écrire ce genre de chose il aurait fallut te renseigner d'avantage... Pour info la transexualité n'est pas une question de sexe ou sexualité!!!! c'est une question de genre!!!! Comment on se sent dans sa tete! Tu sais il y'a beaucoup de mtf (garçon qui devienne fille) qui une fois leurs transition terminé se pose avec une fille donc en se sens ces mtf sont homosexuelles, car en étant devenu femme elle se pose avec une femme.....Il y'a des trans qui sont hétéro et des trans homo....ça n'a rien a voir avec le fait de changer de sexe car on n'assume pas le fait d'etre gay!!!!
«c'est du n'importe quoi de dire que les trans garçons ou filles sont des homos refoulé ....»
Je pense que tu as raté la phrase «Parmi les différents aspects de la transphobie»...