Coming-out
Par Butch Cassidyke le mercredi, juin 3 2009, 00:38 - Personnel - Lien permanent
Il faut le reconnaître : depuis tout ce temps, tous ces billets et toutes ces années, je me fais passer pour ce que je ne suis pas. C'est un travestissement (aha) de la réalité. Ni plus, ni moins.
Je fais croire que je suis une féministe, subversive, gouine, queer, révolutionnaire et toutes le tintouin dans le genre.
Pas une vraie fâme, vous y croyiez vraiment ? Une trans et fière de l'être, qui ne cherche pas à «passer» ?
La vérité, c'est que je paierais cher pour pouvoir «passer» pour que personne, absolument personne, ne puisse se douter que je sois trans. La seule raison qui fait que je ne me paye pas ce genre de chirurgie, c'est, en dehors de l'aspect financier, toute la transphobie intériorisée qui dit que les trans qui font de la chirurgie, c'est Maaal.
La vérité, c'est que je suis tellement sûre du fait que je n'ai rien à prouver en tant que trans que la moindre remarque, même en blaguant, sur mon physique ou mon éducation masculine me fera chialer une heure dans mon lit comme une conne.
Fière, gouine, moche et masculine. Ben tiens.
La vérité, c'est que je passe mon temps à me regarder dans le miroir pour vérifier si, par hasard, je ne serais pas devenue un peu moins moche.
Pas honte de mes rondeurs ?
La vérité, c'est que je déteste être grosse. Mais bon, c'est plus facile de dire «je suis grosse et fière» que d'admettre que je bouffe de la merde pour compenser le vide sidéral de mon existence et qu'ensuite, je me fais vomir, en espérant que ça me permettra d'éviter la punition de la balance. Et que, malheureusement, ça ne marche même pas.
Les trucs comme quoi je suis courageuse, prête à me défendre en donnant des coups de rangers ?
La vérité, c'est que je suis tout juste capable de raser les murs et de changer de trottoir parce que j'ai peur des réflexions qu'on me fera.
La vérité, c'est que la seule personne que j'ai jamais réussi à blesser physiquement après avoir subi une agression, c'est moi-même.
Toutes les blagues sur le cul, le jeu sur le BDSM, le côté comme quoi je serais vachement libérée ?
La vérité, c'est que je suis incapable d'avoir la moindre relation affective qui va au-delà des blagounettes parce que je déteste trop mon corps et que j'ai un manque totale de confiance en moi.
La vérité, c'est que je suis vierge à 26 ans.
Tous les trucs comme quoi il n'y a pas à avoir honte ?
La vérité, c'est que la seule raison pour laquelle je n'ai jamais eu le courage d'en finir en m'ouvrant les veines c'est, précisément, que je n'ai pas de courage.
Bref, de manière générale, la vérité, c'est que tout ce que je raconte sur ce blog est une véritable farce, tant ma vie est à l'opposé.
Ma seule consolation c'est qu'il y en a qui y ont eu cru. Aha. Je vous ai bien eus. Mais rassurez-vous : la minute de lucidité ne devrait pas durer, et demain, je serais sans doute à nouveau capable de m'imaginer que je suis féministe et libérée.
Commentaires
1. Vérifier la date : on n'est pas le 1er avril
2. Chercher le second degré, le clin d'oeil : rien
3. Se rendre à l'évidence : un vrai coup de blues.
4. Chercher un commentaire solidaire et intelligent. Heu..... :-(
5. Alors le dire bêtement : féministe, libérée ET lucide sur ses propres limites et contradictions, c'est possible. La preuve :-)
Quant au passage, je suis bien trop éloignée de cette réflexion pour même songer à écrire qq chose de réconfortant. À part que, comme dans tous les domaines, la seule victoire sur soi qui vaille, c'est apprendre à se foutre totalement de l'avis des autres.
J'ai l'impression à te lire que tu détestes ne pas appartenir à un "monde" que tu dénonces par ailleurs. T'es vierge à 26 ans ? Et alors ? Tu penses que tu auras mieux réussi ta vie une fois dépucelée ?
Non, pour sûr, car tu aimes malgré tout la "vie", exister, combattre, en chier, galérer, et c'est ça qui t'empêche de te jeter sous un train ! Parce que le combat que tu mènes contre toi, contre les clichés, contre les a priori, contre tes préjugés, ceux des autres, il vaut le coup, même si c'est que pour toi même, pour que t'arrives à te trouver toi.
La vérité, c'est que tu sais pas encore qui tu es, mais au moins, tu fais pas semblant d'être quelqu'un d'autre. A lire ton blog, le masque de la féministe gouine ultra libérée ne tient pas vraiment longtemps et on sent la personne en dessous qui survit en elle.
Moi, ce que je retiens, c'est que tu as des idéaux, c'est déjà plus que la majorité des gens ! Que c'est sûrement pas facile (là je peux vraiment pas me rendre compte, mais j'imagine) d'être dans ta situation, mais je te souhaite beaucoup de courage. J'ai connu Frédéric, et je pense qu'Elisabeth n'a aucune raison de déposer les armes maintenant.
Je me reconnais souvent dans ce que tu écris, si ce n'est que je ne suis pas trans (et d'autres choses aussi mais enfin bref). La double injonction type Soyez fières d'êtres grosses/Mincissez pour être belles et en forme, je connais.
Le rapport passionnel à la bouffe, à la fois outil de plaisir, de culpabilisation, de punition (devient encore plus obèse grosse merde toute façon tu mérites que ça), de toute-puissance, de remplissage, aussi.
J'ai la chance de ne pas avoir le sexe et la transphobie. A la place, j'ai "pas de problème à être exclusive et bi"/Mais quand même cette demoiselle dont je sais que y'a moyen de moyenner et bah je me sens privée.
Et les veines aussi, je connais. Ajouter à ça que les scarifications ça fait bien assez mal comme ça.
Alors oui, en te lisant, j'y ai cru, j'ai pensé que c'était possible d'être à l'aise au milieu des injonctions contradictoires (pseudo-)féministes/mainstream, je me suis sentie moins seule, j'ai pressenti la puissance de l'empowerement. Est-ce que tout était factice ? Je ne le crois pas, je pense qu'il y a des moments où l'on se sent fortes et autosuffisantes, d'autres ou le besoin d'amour et de reconnaissance (non comblé évidemment) sont les plus forts.
Si t'étais à Toulouse (mais je crois que tu es Parisienne), je te proposerais d'aller boire un verre.
de toutes façons, on se fait tou-te-s notre petit cinéma sur notre "fooorce" et chacun-e un jour ou l'autre cache ses larmes, etc. donc ça c'est hyper humain. On est dans une société de catégorie, faut être ceci ou cela, c'est dur de vivre un peu différent-e. On dit pour vivre heureux-se, vivons caché-e ! c'est pas faux. Je suis pas comme toi mais je trouve quand même ton blog sympa et ta manière de t'exprimer, authentique justement. "Fière, gouine, moche et masculine. Ben tiens." : enfin un être humain quand même nan (? ;o) c'est ça qui compte en 1er ! j'espère que tu trouves quelqu'un-e avec qui te sentir à l'aise, de bien, que tu vas éclore, toi-même. peut être via ton blog justement. C'est pas parce qu'on a des expériences sexuelles tôt ou spéciales qu'on est + heureux-se ou libéré-e ... tu sais on trimballe toujours la même carcasse et le même cerveau à l'intérieur. Les gens qui se flinguent, je connais un peu, ils pensent résoudre leur problème, mais ça c'est vrai lorsqu'on est vivant, il faut être vivant pour apprécier un "mieux aller", alors qu'une fois mort-e il n'y a plus rien. Donc c'est pas un manque de courage que tu as mais plutôt de la curiosité malgré la souffrance, l'envie de savoir ce qu'il y a sur le chemin ...
En tous cas, je suis féministe, je n'ai jamais été choquée de ce que tu écris, alors féministe tu dois bien l'être un peu ! tu mets toujours l'égalité femmes-hommes en avant, exactement comme les féministes... enfin bon ... c'est ce que je comprends !... la vie ne va pas forcément de soi, c'est vrai.
Euh, bon, je ne vais pas chercher à faire un commentaire intelligent et incisif. Je ne suis toujours d'accord avec ce que tu écris, ce qui, d'ailleurs, n'est peut-être pas si important. Mais ce que tu écris m'a fait mal au cœur, et je crois avoir reconnu ce que j'ai été. Je n'arrive pas à trouver plus intelligent à écrire que t'assurer de mon soutien (ce qui te fait une belle jambe). Mais bon.
PS : je sais, c'est vraiment un commentaire à deux balles.
PPS : on peut pas être au top tout le temps.
PPPS : en même temps, j'avais rien préparé.
PPPPS : je ne suis pas sûr que ne pas vouloir s'ouvrir les veines soit un manque de courage. Et franchement, j'aimerais bien que tu t'abstiennes, sans vouloir te commander. ça ferait comme un vide.
Merci tout le monde pour les commentaires :)
Pour clarifier un peu, mon intention en postant ce billet c'était pas de dire que j'allais me couper les veines mais d'exprimer la difficulté à défendre des trucs théoriques et à jamais être complétement à la hauteur en pratique, à devoir assumer des contradictions pas toujours évidentes. Bon après j'aurais peut-être dû attendre un peu plus de recul avant de poster, ça ferait peut-être moins dépressif /o\
Trans Lator:
«J'ai l'impression à te lire que tu détestes ne pas appartenir à un "monde" que tu dénonces par ailleurs. T'es vierge à 26 ans ? Et alors ? Tu penses que tu auras mieux réussi ta vie une fois dépucelée ?»
Ben je pense que c'était mal formulé, mais il y a une culpabilisation, un aspect honteux à ça (de ne pas avoir eu de relation sexuelle) que je trouve pas moins présent (c'est un euphémisme) dans le milieu LGB et que j'intériorise, comme d'autres aliénations.
Léna:
«Si t'étais à Toulouse (mais je crois que tu es Parisienne), je te proposerais d'aller boire un verre.»
Non, je suis à Lille... mais malheureusement c'est pas plus proche _o_
Zou, c'est bon pour le moral. Même Ouest France s'en est fait l'écho !
http://www.tetu.com/actualites/inte...
Zut, je me suis fait griller comme un bleu, au départ, j'étais viendu pour poster l'e lien vers cet article. Ne le répétez pas, mais j'étais tombé dessus après la lecture d'un article sur Marie Labory, objet inaccessible de mes fantasmes libidineux (comme quoi, tu vois que tu n'es pas la seule à devoir assumer des contradictions ... ;) )
Au passage, je ne vois pas grand-chose de honteux à être vierge ... et puis ça t'en fait moins à raconter à la confession, après la messe.
Quoi, qu'est-ce que j'ai dit ?
Si ça peut te rassurer/consoler, moi qui suis transgenre mtf ; j'ai attendu jusqu'à l'âge respectable de 28 ans pour perdre ma virginité :)
Mis à part ce petit détail, je suis tout comme toi dans la difficulté d'assumer mes contradictions en société.
Comment gérer le fait d'être trans féministe, non-conformiste (et non -conforme ?) plutôt de sexualité gouine tout en sachant que jamais je ne vivrai à 100% en fille (bien qu'hormonée) et que donc parfois sous mon apparence professionnelle de mec, j'en entend des vertes et des pas mûres sur tous ce qui n'est pas homme/masculin ???
La théorie c'est bien mais il est difficile de l'appliquer toujours en toute circonstance :) Des concessions sont inévitables... Personnellement je les gères de façons à ce qu'elles me profitent ou ne me fassent pas de mal, quitte à jouer double jeu avec les cons...
En un mot : Courage, le plus beau de la vie est à venir !
P.S j'ai beaucoup de plaisir à te lire :)
Ta souffrance me touche et m'atteint, parce que ce dont tu parles ne concerne pas que toi mais bien d'autres.
La transphobie intériorisée, bla, bla, au sujet de la chirurgie, c'est du bullshit. On se fiche de l'avis des autres. Personne ne touchera à mon kiki, parce que je l'ai décidé ainsi. Mais si quelqu'un ose critiquer mes choix en matière de chirurgie esthétique, je le raye. Y'a bien des bios qui se font refaire les fesses ou les seins... La liberté de disposer de son corps c'est d'abord la liberté de tout faire pour pouvoir ressembler à ce que l'on ressent comme étant le corps propice à l'établissement de sa situation équilibrée et idéale (bla bla de Chloé).
Ce que je n'aime pas c'est la négation et l'invisibilité au forcing. Le "NON! Je suis pas une trans ! Je suis une bio ! Comment oses-tu ?". Ces personnes là me fâchent parce que ce qu'elles font c'est trahir tout ceux et celles qui les ont aidées. Nier ce détail comme s'il était honteux. Voilà la transphobie des trans.
Bon, autre point.
Tu es dans une région pourri-triste. C'est plus que mauvais pour le moral. Ca le fiche en l'air. Si tu retournes à Marseille tu auras le soleil. Autrement va a à Lyon, ou sinon, dans un endroit où les gens vivent et où il ne fait pas moche tout le temps. Lille m'a coulée. C'est une ville destructrice d'âme.
Et puis fais comme moi, du fetish art.
Bisous et encordages.
Chloé
J'ai versé quelques larmes... Sérieusement... Ah Ellie, la vie est belle quand même et pas que la vie, certaines lesbiennes aussi... Tu as tout pour qu'on t'aime, en fait... sauf être queer, ah oui, je te l'avais pas dit, nous on est anti-queer. Oublie le SMBD avant de n'être plus vierge car tout ça c'est dégueu, effet de mode, rien à voir avec la libération, et devenir lesbienne séparatiste, ça te dirait pas ?
Je ne suis pas confrontée aux mêmes interrogations et problèmes que toi mais sur certains points ton billet me rappelle un peu ma situation.
Entre notre vision des choses, idéale, nette, précise et sa mise en pratique il y a tout un monde. Non seulement on doit lutter contre l'intolérance des autres mais aussi contre la sienne propre. On se croit au clair avec soi-même et soudain on met le doigt sur une de nos incohérences. C'est terriblement blasant.
Bref je ne peux rien faire à part t'envoyer des ondes positives ;) J'espère que tu les recevras et qu'elles te seront utiles...