Communiqué de Chrysalide, OUTrans, Pink Freak'x et la LGP Lyon concernant la déclaration de Bachelot
Par Ellie le lundi, mai 18 2009, 11:06 - Actualité - Lien permanent
Comme les médias du Kapital relayent majoritairement les euphoriques de la dernière déclaration de Bachelot concernant la soi-disant déclassification comme maladie mentale de la transsexualité, je relaye un communiqué que j'ai eu et qui est plus critique :
Communiqué de presse Roselyne Bachelot : des associations « troublées » par sa déclaration.
Chrysalide de Lyon , OUTrans de Paris , Pink Freak’X de Montpellier et la Lesbian and Gay Pride de Lyon prennent acte de la volonté du Ministère de la Santé de retirer enfin la transidentité de la liste des maladies mentales. Il s’agit d’une revendication portée par nos associations depuis de nombreuses années, et qui a été relayée à l’occasion de la 5e Journée Mondiale de lutte contre l’Homophobie et la Transphobie.
En revanche, nous sommes étonnés que le ministère persiste à définir les trans comme des personnes « qui souffrent de trouble précoce de l’identité de genre », ce qui demeure une présentation pathologisante de la transidentité , à l’instar de l’homosexualité qui était autrefois définie comme « un trouble de l’orientation sexuelle ».
Par ailleurs, le ministère précise également que « Cette déclassification ne veut pas dire … renonciation au diagnostic médical des troubles de l’identité de genre ». Ceci signifie que dans la pratique, l’avis d’un psychiatre restera nécessaire dans la plupart des situations pour qu’une personne trans puisse obtenir un traitement hormonal.
Rappelons que les critères utilisés actuellement par de nombreux psychiatres qui se présentent comme « spécialistes » excluent notamment les personnes mariées, ayant des enfants mineurs, n’étant pas hétérosexuelles dans le genre revendiqué, séropositives, refusant d’être stérilisées chirurgicalement, etc. Ces personnes doivent pouvoir choisir des médecins qui ont une vision plus humaine de la transidentité . Ils sont heureusement nombreux, mais pas assez entendus, y compris dans le récent rapport de la Haute Autorité de Santé. En effet, ce dernier ne présente qu’une vision pathologisante et stigmatisante des personnes transgenres et transsexuelles.
Nos associations attendent du ministère qu’il rencontre les associations trans pour parler des perspectives d’évolutions de la prise en charge médicale et qu’il traduise par des mesures concrètes ce souhait de retirer la transidentité des maladies mentales : le recours à la médecine doit être facilité et non conditionné à un avis psychiatrique. Les personnes trans doivent avoir le droit de disposer librement de leur corps.
Plus que jamais, nos associations invitent toutes et tous à rester mobilisé-e-s, pour défendre les droits des personnes trans. Ce sera l’objectif de la 14e marche lyonnaise des fiertés Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans du 20 juin prochain, dont le mot d’ordre sera « Respectons la transidentité , Refusons la transphobie ! ».
PS: Et le communiqué d'OUTrans:
Ceci n’est pas une dépsychiatrisation
OUTrans reconnaît le caractère symbolique de l’annonce de Roselyne Bachelot-Narquin du 16 mai 2009.
Cependant cette déclaration ne va pas dans le sens d'une dépsychiatrisation de la transidentité, il s'agit simplement d'une reclassification de l'ALD 23 (affections psychiatriques de longue durée) vers une autre ALD. En effet, la ministre de la Santé a annoncé qu’elle venait de saisir la Haute Autorité de Santé (HAS) «afin de publier un décret déclassifiant la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée».
En pratique, rien ne change pour les personnes trans qui restent considérées comme des malades devant être soumises à un suivi psychiatrique, puisque comme le rappelle le Ministère de la Santé, « cette déclassification ne veut pas dire absence de recours à la médecine, ni renonciation au diagnostic médical des troubles de l’identité de genre ou abandon du parcours de prise en charge ».
OUTrans regrette que cette déclaration ne soit pas accompagnée d'autres mesures qui auraient, elles, un impact réel sur la vie des trans, comme :
-la dépsychiatrisation effective de la transidentité,
-la reconnaissance de la transphobie comme discrimination au même titre que le racisme ou l’homophobie, et par conséquent, la prise en compte de la transphobie par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE),
-en partenariat avec le Ministère de la Justice, une facilitation d’accès au changement d’état civil, c’est-à-dire la suppression des obligations de traitement hormonal, de suivi psychiatrique, d’opérations chirurgicales,
-la suppression immédiate de la stérilisation forcée des personnes trans réclamée par les tribunaux,
-la suppression du recours aux expertises médicales, humiliantes et souvent vécues comme des viols, et ce y compris pour les personnes ayant été opérées à l’étranger.
Par ailleurs, puisque Roselyne Bachelot-Narquin semble si soucieuse du bien-être des trans, OUTrans espère qu’elle travaillera à la dépathologisation de la transidentité et à son retrait des listes internationales de maladies mentales (DSM IV et CIM 10) ; et qu’elle encouragera un réel échange entre les pouvoirs publics et les trans, et notamment en ce qui concerne le rapport de la HAS sur la prise en charge de la transidentité en France.