Déclassification de la transsexualité comme maladie mentale
Par Butch Cassidyke le dimanche, mai 17 2009, 10:47 - Politique - Lien permanent
À la veille de la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, Bachelot a annoncé qu'elle allait demander à la HAS de déclassifier la transsexualité comme maladie mentale. Première mondiale ?
Ou arnaque ?
J'avoue que je n'ai pas encore fait mon choix définitif. Déjà, pour être honnête, la crédibilité de Bachelot est sévèrement entamée vu qu'elle a annoncé en grande pompe qu'elle allait permettre le don du sang aux gays, avant de justifier leur exclusion quelques mois plus tard. On peut donc légitiment se demander si l'annonce concernant la déclassification sera vraiment autre chose qu'une annonce.
Mais admettons. Qu'est-ce que cette déclassification changerait concrètement ?
«Cette déclassification ne veut pas dire absence de recours à la médecine, ni renonciation au diagnostic médical des troubles de l’identité de genre ou abandon du parcours de prise en charge, explique-t-on avenue de Ségur, mais c’est un signal très fort adressé à l’ensemble de la communauté LGBT. Cette mesure emblématique va permettre de lutter contre la transphobie.»
En gros, on pourra lutter contre la transphobie en disant qu'on est plus malades, mais... on sera toujours inféodé/e/s aux psys, puisqu'on garde toujours un «diagnostic médical».
Ce n'est donc plus une maladie, mais il faut la diagnostiquer quand même. En gros, la seule chose qui changera vraiment, c'est qu'on pourra avoir droit à une ALD (affection longue durée) dans la catégorie «non spécifiée» plutôt que dans «trouble psychiatrique».
Cela étant dit, je n'ai pas plus de détail sur la façon dont cette déclassification aurait lieu, mais il est sûr que, si on veut être cohérent, il faut donc immédiatement balancer le rapport de la Haute Autorité de Santé à la poubelle, puisqu'il base justement son diagnostic sur le DSM-IV et la CIM-10 qui considèrent la transsexualité comme maladie mentale.
Ou alors, on arriverait au summum d'hypocrisie où la France serait «gentille» avec ses trans en ne les considérant pas comme malade, mais en se basant sur les bibles psychiatriques qui les considèrent comme tel.
Seulement, moi, je ne veux pas que mon oppresseur soit plus gentil avec moi, que mon psychiatre veuille bien ne pas me considérer comme «malade» mais uniquement «souffrant d'un trouble non spécifié». Je veux que mon oppresseur ne le soit plus, oppresseur. Et donc notamment que les psychiatres et les équipes officiels n'aient plus le pouvoir de décider à ma place si je vais avoir droit d'être officiellement trans.
Et, même si ce n'est que ma première impression et que c'est sans doute parce que je suis parano, chiante, et jamais contente, j'ai l'impression qu'on s'achemine vers la validation d'un rapport dangereux (et pas «insuffisant» comme le relayent les médias ou je ne sais quelle association dont je n'ai jamais entendu parler avant) avec en contrepartie pour faire passer la pilule le fait de ne plus être labelé «malade mental», ce qui n'aura en fait aucun effet concret sur la vie des trans, mais permettra sans doute de donner bonne conscience à nos alliés d'un jour qui pourront se vanter d'avoir fait beaucoup pour les trans et continuer comme avant à nous invisibiliser.
Et la France, un des pires pays d'Europe en matière de contrôle psy, de changement d'état-civil, etc., pourra se vanter d'être à l'avant-garde des droits de l'homme.
Ouais, je suis cynique et pessimiste, mais cela dit, j'espère vraiment me tromper.
Commentaires
Pure hypocrisie. Signal fort aux assos, tu parles ! Quelles assos ? Celles validées par les psys des équipes off, comme dans le rapport de la HAS ?
"Or, les transsexuels ressentent cette admission en ALD 23 «comme très stigmatisante", est-il dit dans l'article de Libé.
ça ne serait pas plutôt être considéré comme malade mental, qui serait stigmatisant ?!
Je ne suis pas arrivé à en croire mes yeux, quand j'ai lu ça. C'est présenté comme une avancée majeure... On se fout bien de notre gueule, de A à Z. Malades mentauxALES certes, mais on veut nous faire passer pour des idiotEs en plus ?
«Malades mentauxALES certes, mais on veut nous faire passer pour des idiotEs en plus ?»
Ben avec certaines associations qui applaudissent des deux mains avant d'avoir consulté personne, j'ai peur que ça fonctionne :/