Aujourd'hui (enfin, vu que c'est le troisième «mot du jour» en six mois,c'est pas non plus comme s'il y en avait vraiment un par jour) le mot du jour sera «lesbienne».

L'objectif de cette catégorie de billets n'est pas tant de donner LA définition d'un mot, mais de parler un peu du sujet et de ce que ça m'évoque personnellement (c'est un blog, c'est très narcissique quand même) ; cela dit, je vais céder à la facilité en mettant un peu de copier/coller, c'est-à-dire les définitions qu'on peut trouver à différents endroits du net (je ne me suis pas foulée, j'ai pris les définitions de google).

Les définitions

Avant de commencer avec les définitions stricto sensu, la page Wikipédia rappelle que le nom vient de l'île de Lesbos :

L’homosexualité féminine est appelée saphisme, ou plus communément lesbianisme ; les deux termes faisant référence à la légendaire (car il n’est parvenu jusqu’à nous que très peu de choses de son œuvre littéraire et de façon fragmentaire) poétesse grecque Sappho, de l’île de Lesbos, qui tenait un collège de jeunes filles, et dont les poèmes passionnés dédiés à ses amies, et la vie entourée d’autres femmes lui ont valu la réputation d’homosexuelle.

On notera au passage que l'usage qui s'est fait du terme «lesbien» n'a pas l'air de plaire à tous les habitants de l'île de Lesbos.

Une lesbienne est donc, toujours pour Wikipédia, une pratiquante de l'homosexualité féminine, dite saphisme ou lesbianisme. Il y a un petit côté religieux dans le truc : vous êtes saphiste pratiquante ou juste croyante ?

Pour rester dans le wiki, Wiktionary fait simple : «femme homosexuelle». Cela dit on sera reconnaissante à la page de nous offrir tout un lot de synonymes qui sont pour certains bien connus et pour d'autres vachement moins :

  • anandryne (Littéraire)
  • brouteuse (Vulgaire)
  • camionneuse (Familier)
  • chipette (Familier)
  • gavousse (Vulgaire)
  • gomorrhéenne (Désuet)
  • goudou (Vulgaire)
  • gougnote (Vulgaire)
  • gouine (Vulgaire)
  • gousse (Vulgaire)
  • fricatrice (Argot)(Désuet)
  • lesbiche (Familier)
  • saphiste (Littéraire)
  • tribade (Désuet)

Même chose, globalement, pour un dictionnaire pas «wiki», Lexilogos :

B. − Subst. fém. P. réf. aux mœurs de la poétesse... Femme homosexuelle.

(Techniquement, lesbienne peut aussi être un substantif butch et pas seulement un substantif fem, mais peu importe.)

Sur AlterHéros, on reste dans le même genre de définitions :

Lesbienne : désigne une femme qui éprouve de l’affection et de l’attirance, tant émotionnelle que physique, pour les femmes.

Bref, on l'aura compris, une lesbienne est une femme qui aime les femmes. Facile, pas de quoi passer une heure sur le sujet

Lesbiennes et féminisme

Certaines féministes lesbiennes ont peut-être plus à dire sur le sujet, tout de même. Difficile dans le domaine de ne pas citer Monique Wittig, qui, dans La pensée straight, écrivait :

Il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s'associent, font l'amour avec des femmes car la femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes.

Sans chercher à rouvrir le débat sur le sujet, il me semble en tout cas que, se plaçant en dehors du système hétérosexuel, en «transfuge», les lesbiennes ne subissent pas le sexisme exactement de la même manière que les femmes hétérosexuelles.

Pourtant j'ai l'impression que, bien souvent, le féminisme «standard» ou dominant a tendance à considérer que les lesbiennes, qui représentent pourtant des forces non négligeables dans les rangs du féminisme, sont là uniquement parce qu'elles sont femmes - même lorsqu'elles revendiquent de ne pas en être - et ignore les spécificités concernant la façon dont l'oppression sexiste s'applique aux lesbiennes.

Invisibilité lesbienne et tolérance

Il faut dire que les lesbiennes sont une espèce de super-héros assez particulière, puisqu'elles ont un pouvoir d'invisibilité. Prenez deux nanas qui s'embrassent : elles font sans doute ça pour exciter les mecs, pour provoquer. Il n'est pas envisageable qu'elles fassent ça simplement parce qu'elles sont lesbiennes, évidemment.

C'est assez compréhensible, étant donné que la sexualité féminine est elle-même pour ainsi dire inexistante dans la vision de la société patriarcable, et se réduit en général à faire plaisir au mec.

Que deux filles puissent se passer d'un garçon, voilà qui est horrible.

Et évidemment, si elles le font, c'est sans doute parce qu'elles n'ont pas «encore connu le bon».

Et le pire, c'est qu'il y en a après pour expliquer à quel point nous autres les lesbiennes, on a de la chance, on est acceptées : les mecs hétéros sont pas dégoûtés par deux filles qui s'embrassent comme ils peuvent l'être par deux mecs, et puis, la preuve que c'est accepté, il y a plein de porno avec deux filles qui couchent ensemble.

Enfin, qui couchent ensemble jusqu'à ce que le mec bien membré arrive, pour leur permettre de passer aux choses sérieuses, faut pas déconner.

Bref, les lesbiennes de fantasme sont acceptées tant qu'elles servent d'objet de fantasme aux mecs hétéros. Les lesbiennes réelles qui, elles, étant justement lesbiennes, n'ont pas spécialement envie de servir d'objets de fantasme à des mecs, sont bizarrement beaucoup moins bien tolérées. Allez comprendre.

Et dans le domaine des lesbiennes tolérées, il vaut mieux, en plus d'aimer coucher avec les mecs, ne pas trop ressembler à une sale gouine. C'est-à-dire, être raisonnablement féminine, ne pas avoir de poils aux pattes, le crâne rasé, etc. Bref, ne pas ressembler à une vilaine butch, à l'hommasse, qui n'est décidément pas une femme très respectable (et ne se définit peut-être même pas comme femme, c'est dire).

Lesbianisme et transidentité

Et comme je suis aussi une sale trans qui ne peut pas m'empêcher de vouloir coller la lettre T un peu partout, je trouve intéressant de relever un peu les particularités qu'il peut y avoir à être à la fois trans et lesbienne.

D'abord, il y a toujours une certaine invisibilité, assez logiquement, mais qui se traduit parfois d'une manière assez spécifique, puisque parfois le fait d'être lesbienne vient parfois servir la transphobie : si tu es attirée par les nanas, ça doit être qu'en réalité tu restes un mec. Si on trouve un peu la même logique dans la lesbophobie «classique» (traiter de mec ou d'hommasse une lesbienne, surtout si elle est masculine), le discours me semble quand même, dans le cas des trans, à un autre niveau, puisqu'il est notamment véhiculé par certain·e·s des psys autoproclamé·e·s aptes à dire qui est trans ou pas.

Ensuite, ben, c'est con à dire, mais je trouve pas toujours évident de se sentir «légitime» en tant que lesbienne quand on est trans, surtout quand on est pas opérée. Ça dépend bien évidemment des endroits, des espaces, des milieux, etc., mais, s'il y a de plus en plus une acceptation formelle des trans, par exemple dans les espaces non-mixtes, il n'en reste pas moins qu'entre les remarques réduisant le lesbianisme à des organes génitaux ou à leur absence (quand des lesbiennes hurlent parce qu'il y a la réprésentation d'une bite biologique, et que c'est donc phallocrate, anti-lesbien, etc., c'est dur de se sentir à sa place en tant que gouine trans pas opérée, par exemple) et l'impression parfois que bon, c'est cool qu'il y ait des trans pour militer avec nous, mais on va quand même pas coucher avec, etc. ben c'est pas toujours super évident de se sentir vraiment à sa place.

Bon, après c'est relatif, c'est pas vrai partout, etc., et puis même quand c'est pas génial il suffit en général de remettre les pieds en milieu hétéro pour réaliser qu'en fait c'est pas si mal, mais tout de même.

Conclusion

Et là, normalement, je devrais trouver un moyen de conclure, mais franchement, là, j'ai trop la flemme.