Comment ne pas être sur la défensive lorsqu'on est accusé/e de transphobie (un guide pour les cis')
Par Butch Cassidyke le mardi, avril 7 2009, 12:19 - Réflexions - Lien permanent
Notes de la traductrice:
Ceci est la traduction d'un texte écrit par Lisa Harney sur son blog, Questioning Transphobia, intitulé How to check your cis privilege.
Bien que la traduction litérale aurait dû être «Comment questionner son privilège cis'», j'ai choisi d'utiliser pour le billet le titre de la première version, jugeant que la notion de privilège ne serait pas forcément aussi parlante pour un public francophone, où j'ai moins vu ce terme.
Par ailleurs, j'ai choisi de conserver le terme «cis'» bien qu'à ma connaissance le terme «bio» soit le plus usité en français pour désigner une personne non-trans', parce qu'il me semble qu'elle est plus adaptée pour présenter les deux à égalité.
Enfin, cette traduction est imparfaite : pour un certain nombre de termes, j'ai traduit comme je le pouvais, en essayant d'indiquer le terme original. Si vous avez une meilleure idée de traduction, n'hésitez pas à le dire en commentaire.
Comment questionner son privilège cis'
Note additionnelle : ceci est applicable pour le questionnement de n'importe quel type de privilège. Si vous êtes pointé/e du doigt pour avoir dit ou fait quelque chose d'oppressant - sexiste, raciste, homophobe, etc. - alors les mêmes principes s'appliquent. Si une personne opprimée vous dit que vous avez un comportement oppresseur, remettez vous en question.
Note additionnelle additionnelle: Teh Portly Dyke a une liste de conseils plus concise et plus généralement applicables.
Privilège cis': être cissexuel/le est le fait d'avoir un corps auquel s'attend votre cerveau. Être cisgenre est le fait d'avoir un genre que la société considère comme valide. C'est-dire que si vous êtes de sexe féminin et dites que vous êtes une femme, personne ne va argumenter avec vous, dire que vous êtes un homme, ou que vous n'êtes ni l'un ni l'autre. Par ailleurs, il y a toujours google.
Ampersand de Alas, a Blog, avait posté un article pour les Blanc/he/s, expliquant comment ne pas être sur la défensive lorsqu'on est accusé/e de racisme.. Dans le même esprit, je voudrais essayer d'expliquer aux personnes cisgenres comment ne pas être sur la défensive lorsqu'elles sont accusées de transphobie.
Je vois cela tout le temps. Quelqu'un/e fait un commentaire transphobe ou transmisogyne, on lui fait remarquer, et il/elle prétend immédiatement que les accusations de transphobie sont des tactiques de baillonement (silencing tactics), ou que nous disons que n'importe quel désaccord avec une personne trans' est automatiquement égal à de la transphobie. C'est similaire à la contre-accusation «vous jouez la carte du racisme», qui, elle, est une tactique de baillonement :
Récemment, quelqu'un dans l'audience d'un de mes discours me demandait si je croyais ou non que le racisme - bien qu'il soit certainement un problème - puisse aussi être quelque chose invoqué par des personnes de couleur dans des situations où la charge est innapropriée. En d'autres mots, est-ce que je croyais qu'occasionnellement, des gens jouaient la soi-disant carte du racisme, comme tactique pour s'attirer la sympathie ou distraire l'attention de ses propres failles ? Dans la formulation de sa demande, l'homme rendait son opinion on ne peut plus claire (un oui non ambigu) et, en cela, n'était pas seul, comme l'indiquait la réaction d'autres personnes dans la salle, ou comme l'indiquent les données d'enquêtes confirmant que la croyance dans l'exagération des Noir/e/s concernant le racisme est présente partout.
C'est une question qu'on me pose souvent, et à laquelle j'ai répondu cette-fois ci de façon très similaire à ce que j'avais déjà fait auparavant. D'abord, en notant que la régularité avec laquelle les Blanc/he/s répondaient à des charges de racisme en considérant ces charges comem une manoeuvre suggère que la carte du racisme est, au mieux, équivalente à un deux de carreaux. En d'autres mots, ce n'est pas franchement une carte à jouer, ce qui fait se demander pourquoi quelqu'un le ferait (comme si ça allait réellement les mener quelque part). Ensuite, j'ai pointé du doigt que la réticence des Blanc/he/s à reconnaître le racisme n'est pas nouvelle, et n'est pas pas quelque chose qui se manifeste uniquement dans des situations où l'aspect racial d'un accident est discutable. Le fait est que les Blanc/he/s ont toujours douté des accusations de racisme au moment où elles étaient formulées, peu importe l'évidence de la preuve, comme on le verra ci-dessous. Finalement, j'ai conclu en suggérant que quelques soient les accusations de jouer la «carte» du racisme pour les Noir/e/s et Marron/e/s, la carte du déni est de loin le Joker, et que les Blanc/he/s la jouent régulièrement : un sujet sur lequel on reviendra.
Je ne prétends pas ici que la transphobie est identique au racisme, mais il existe des parallèles d'une oppression à l'autre. L'un d'entre eux est le déni lorsque qu'on se retrouve en face de la preuve de ses actions oppressives. Quand des personnes sont mises en face de preuves de leur propre privilège, leur première réaction est de le nier, et d'attaquer la personne.
C'est une fauses analogie de mettre sur un pied d'égalité le fait d'être homme ou femme avec le blackface[1], comme si nos corps genrés était quelque chose que l'on peut enlever tous les jours quand on en a fini avec eux. De plus, c'est essayer d'instrumentaliser l'oppression raciale pour nourrir ses objects aux transidentités. Enfin, la comparaison avec le blackface invisibilise les personnes trans de couleur, et leur perception concernant la race et le genre. Queen Emily couvre ce sujet plus en détail sur Sexual Ambiguities.
Voilà mon guide pour les personnes cisgenres et cissexuelles afin de ne pas être sur la défensive lorsqu'elles sont accusées de transphobie.
1) «Cisgenre» et «cissexuel/le» ne sont pas des insultes. Beaucoup de gens qui ne sortiraient pas de propos transphobes en public réagissent très mal au terme «cisgenre», prétendant qu'il s'agit d'une insulte, qu'il s'agit de leur imposer le genre. Ce n'est rien de tout cela - cela veut simplement dire «quelqu'un qui n'est pas une personne transgenre». Cependant, dire qu'il s'agit d'une insulte est transphobe, puisque si «cisgenre» est une insulte», alors comment justifier que «transgenre» soit autre chose ? Imaginez si «hétérosexuel/le» ou «blanc/h/e» étaient considérés comme des insultes. C'est une tactique de production de l'alterité (othering) : en prétendant que «cisgenre», «cissexuel/le» ou «cis'» sont des insultes offensantes, vous dites directement que vous ne voulez pas que les personnes trans' soient considérées à égalité avec vous. Que vous êtes normal/e et qu'elles sont déviantes. Que vous requérez le droit de nommer les personnes trans' comme Autres, mais que les personnes trans' n'ont pas le droit de vous nommer comme privilégié/e et oppresseu/r/se. Que c'est normal de supposer que ne pas être transgenre est la façon naturelle d'exister, de la même manière que ne pas être gay ou lesbienne est supposé dans la société hétérosexuelle.
2) Respirez. Restez calme et courtois/e. Ne supposez pas que parce que quelqu'un/e a critiqué vos actions comme transphobes, il/elle veut dire que vous êtes une mauvaise personne en général. Votre première réaction vient probablement de votre comportement défensif (defensiveness) et pas de votre cerveau. Vous ne devriez probablement pas répondre avec la première chose qui vous vient à l'esprit. Si vous essayez immédiatement de clôre la conversation à cause de la critique, vous essayez de faire taire la personne émettant cette critique, plutôt que d'écouter.
3) Prenez la critique sérieusement. Ne la déboutez pas tout de suite, en particulier si cette critique vient d'une personne trans'. Les personne trans' tendent à être plus conscientes de la tranphobie que la majorité des personnes cis'. C'est parce que les attitudes transphobes sont souvent une question de vie ou de mort - la capacité à trouver un travail, un logement, à ne pas se faire assassiné/e, ce genre de choses. Les personnes trans' ne trouvent pas un grand plaisir à accuser aléatoirement des personnes de transphobie, et préféreraient ne pas mettre ça sur le tapis. Par ailleurs, s'il vous plait, ne faites pas appel à d'autres personnes trans' pour justifier vos mots.
4) Ne considérez pas que c'est à propos de vous. La meilleure chose à faire est de s'excuser pour ce que vous avez dit et de continuer. Résistez à votre désir de faire dériver la conversation en un discours sur «Comment vous êtes contre la transphobie» ou «Comment les accusations de transphobie sont juste des tactiques de baillonement pour vous faire taire. Le sujet de la conversation n'est probablement pas les nombreuses personnes trans' que vous connaissez, et votre acceptation respectueuse et profonde de leurs choix de vie.
C'est une tactique de baillonement (jouer sur l'idée d'une «hiérarchie des oppressions») que de produire votre propre oppression pour contrer la critique, qu'il s'agisse de dire que vous êtes opprimé/e aussi, ou de prétendre que vous êtes spécifiquement opprimé/e par les personnes trans' ou leurs allié/e/s. La question n'est pas de présenter tout votre historique d'intéractions négatives avec des personnes trans' ou les soutenant. En fait, la quesion est que vous avez dit ou fait quelque chose de transphobe ici et maintenant. Ça ne veut pas dire que des déclarations homophobes dans le passé étaient excusables, mais plutôt que toutes les personnes trans' ne peuvent être tenues responsables pour des expériences négatives que vous auriez pu avoir. Chacun/e devrait être responsable de ce qu'il/elle fait.
5) Ne considérez pas que c'est à propos de la personne dont émane la critique. Tout comme vous ne devriez pas essayer de défendre que vous n'etes pas transphobe, vous ne devriez pas non plus essayer de tourner autour de la critique et d'attaquer la personne qui vous a accusé/e. Ne lui dites pas qu'il/elle essaye de vous faire taire : ce n'est pas le cas, il/elle essaie plutôt d'expliquer comment vos mots et actions l'ont blessé/e. Ne lui dites pas qu'il/elle est en train de faire dériver le sujet. Ne jetez pas l'accusation comme quoi «tout désaccord avec une personne trans' est étiquetée comme transphobe». Aucune de ces choses ne sont vraies, et essayer de prétendre qu'elles le sont n'est qu'une tentative d'empecher les autres de pointer du doigt votre propre comportement transphobe. C'est lié avec le point n°2.
6) Ne haïssez pas le pêché sans haïr le pêcheur. N'essayez pas de justifier vos actions en prétendant que vous êtes opposé/e à la politique transgenre. Vraiment pas. Vous êtes en train de rationaliser votre transphobie et d'imposer votre vision du monde aux personnes trans', en leur assignant des motifs et des visions politiques qu'elles n'ont elles-mêmes peut-être pas. Ne dites pas que l'existence même des personnes trans' est offensante et traumatisante parce qu'elles défient l'idée que le genre est une construction sociale, ou quelque chose qui vous est imposé, ou quoi que ce soit de votre théorie particulière. Vous n'êtes pas face à une théorie, mais face à des êtres humains et leurs vies. Pour vous, la question de savoir si les personnes trans' ont des identités valides est peut-être une question théorique. Pour les personnes trans', c'est une question de vie ou de mort.
7) Laissez passer les occasionnelles accusations injustes. Parfois, même après y avoir réfléchi sérieusement, vous déciderez que la critique était injuste. Bien ! Maintenant, laissez couler. N'allez pas enrôler des personnes trans' pour certifier que vous êtes Officiellement Non-Transphobe. Ne ramenez pas ça encore et encore, des semaines et des mois après que tout le monde a oublié l'incident originel. En d'autre mots, voyez le point n°4.
Ne faites pas du fait que vous avez été critiqué/e pour propos transphobe une confrontation épique. Excusez-vous, passez à la suite, et considérez la critique sérieusement pour pouvoir vous améliorer si nécessaire.
Note Finale : ceci est un travail en cours, et certaines des règles sont un peu proches des règles d'Ampersand. J'adorerais des suggestions pour améliorer ce texte.
Autre Note Finale : si quelqu'un veut reproduire ceci, sentez-vous libre de le faire, mais veuillez lier vers cette page et me créditer.
Note Finale Finale : si vous avez des critiques, c'est pour ça que les commentaires sont faits. :)
Privilège de l'auteure : juste pour que cela soit clair, je suis blanche, femme, trans', lesbienne, valide, travailleuse, de 39 ans (en août 2008), citoyenne des États-Unis, et n'ai pas de diplome. Je suis une survivante (survivor) de maltraitance d'enfant et de violence domestique. Si j'ai oublié un privilège ou une intersection, c'est parce que je n'en suis pas consciente, pas parce que je le nie.
Notes
[1] Note de la traductrice : désigne, dans le théatre notamment, le fait pour un/e Blanc/he de se déguiser en (caricature de) Noir/e.
Commentaires
Bonjour,
Je suis tombée sur votre blog en faisant mon sport habituel : le passage de liens en lien. Il m’avait déjà fait réfléchir, mais je n’ai pas osé poser la question qui me trotte dans la tête depuis des années. J’y suis revenue, par hasard, et je me dis que le hasard fait bien les choses, alors je me lance …
Je suis une femme, hétéro, la quarantaine, féministe, mariée et maman. Je ne sais pas si cela a une importance quelconque, à part le féministe d’ailleurs ;-). La société dans la quelle je vis et dans laquelle grandit ma fille, est, à mes yeux, sexiste, homophobe et raciste (même si le dernier point n’a pas vraiment de rapport avec mon interrogation). Bon, je tourne un peu autour du pot, parce que je ne sais pas si ma question est choquante, habituelle ou … même si je n’en ai pas l’impression.
Bon, je vais être direct : à votre avis, dans une société non genrée et non hétéro - centrée (normée ?), est-ce qu’il y aurait des transgenres ?
Je vais développer, ce n’est sans doute pas claire. Une société non genrée (je n’emploie peut être pas les bons termes, je ne suis pas une spécialiste), c’est une société où on ne nous assigne pas, depuis la naissance, voire depuis la conception, une place selon son sexe, douceur / servitude / dévouement / rose / infirmière pour les filles (etc), force / domination / violence / bleu /pompier (etc) pour les garçons. Où l’on ne remarquerait pas plus le sexe du-de la président-e de la république que …. La couleur de ses yeux, par exemple. Une société où, grammaticalement, et journalièrement, le masculin ne l’emporterait pas, et que le féminin, c’est bôôôôôôôô… (je sais, c’est dur à imaginer, je rêve). Une société où l’on aurait pas plus l’idée de dire « Je me sens femme/homme » que « Je me sens yeux verts/marrons ».
Et une société non hétéro - centrée, c’est assez simple, tout simplement, une société où la sexualité n’est pas présentée TOUJOURS sous la forme hétéro, et où, dans les dessins animés / bouquins pour enfants / sitcoms …, les parents peuvent être de sexes différents OU du même sexe, sans que dans le 2ème cas, ce soit le sujet central.
Si je ne suis pas claire (je suis rarement claire à l’écrit, et j’en suis bien malheureuse) ou si mon questionnant est gênant/insultant/dérangeant, je vous présente par avance mes excuses, car même si je ne le pense pas, je suis bien consciente d’être, sur ce sujet ; dans la peau de la « Dominante » (brrrr, que je n’aime pas ce mot rattachée à ma personne)…
Merci d’avance…
Ben je peux difficilement répondre à la question, dans le sens où je suis pas voyante. Cela dit il me semble que :
- dans une société sans genre, il n'y aurait logiquement pas de transgenre au sens de l'identité(si on n'est pas catégorisées homme ou femme, ça a pas vraiment de sens de vouloir cesser de l'être ou de vouloir changer de catégorie)
- au sens de tout ce qui est opération/modifications du corps, il me semble qu'il n'y aurait logiquement plus de catégorie «transsexuelle» non plus,. Il est assez probable que des gens continuent à vouloir modifier leur corps d'une façon ou d'une autre, mais ça n'aurait pas le même sens : ce serait pas pour «devenir» un homme ou une femme, juste parce qu'on a envie de changer son corps pour une raison ou une autre (sans pression pour le faire rentrer dans certaines normes mais sans non plus stigmatisation parce que ce n'est pas «naturel»)
En fait cet article sur la transphobie des cis me pose un peu problème.
Histoire de poser le contexte, je suis FTM pédé.
En fait, j'ai du mal à définir, dans certains cas, s'entend, ce qui est transphobe ou non. Et le fait dans le texte, que l'on demande au cis de ne pas s'expliquer, et donc de ne pas demander d'explications, me gêne.
En effet, comment agir sur son propre comportement si on ne comprend pas exactement ce qui pose problème ?
Si on sait ce qui peut être perçu comme transphobe par unE trans, on apprend à mieux gérer son fonctionnement perso.
Et c'est tout le problème de la transphobie : elle est latente, insidieuse, et peut jaillir au moment où l'on s'y attend le moins.
Pour aller plus loin, quelque chose qui sera jugé comme transphobe par un trans ne le sera pas pour un autre.
Je pense qu'être trans c'est introduire un ou des niveaux de complexité dans la pensée des cis. Et que cette complexité est compliqué à gérer, ou pas. Par exemple, si je dis que je suis trans ET pédé, ça corse sacrément l'affaire (ou trans ET gouine). Dans nos cas, je pense que l'éducation, la pédagogie sont nos meilleurs alliés.
Même si parfois, il faut se faire violence pour expliquer avec le sourire que non, je ne suis pas une fille hétéro - ce que j' ai entre les jambes ne regarde que moi - etc.
Pédé Distingué:
Je pense que ce n'est pas tant ne pas demander d'explications sur ce qui pose problème que de ne pas partir en justification pour expliquer que ça ne pose pas de problème.
Pour moi quelqu'un qui demande des explications c'est plutôt le signe qu'il/elle prend le truc au sérieux. Après ça dépend des explications, si ça revient à demander à la personne trans de se justifier sur ce qu'elle est c'est pas bon non plus.
Après je pense que ça dépend des cas aussi, si une personne est vraiment blessée par une remarque il me semble que c'est pas forcément le meilleur moment pour demander plus d'explication.
(bref passage par hasard)
alphabet : La seule cause de la transidentité est la transphobie, qui assigne les personnes transgenre comme "différentEs". Sans "norme" transphobe pas de transidentité.
GouineMum : je n’ai pas compris votre réponse, est-ce que vous pourriez développer ? Merci.
@Elly : merci de votre réponse, qui rejoint le fond de ma pensée. Et qui me pose un grave problème de conscience…
Dans une logique non essentialiste / non sexiste, rien n’est purement féminin (à part un utérus ?), rien n’est masculin (hors testicules et verge !). Or, faire subir des transformations lourdes, longues et douloureuses à son corps parce que son genre « mental » ne correspond pas au genre « physique » est assez … sexiste, non ? Pour ‘schématiser’, dans le cas MtF : « Je suis coquette, j’aime faire la cuisine, tenir mon intérieur, j’ai horreur de la mécanique, du foot et de la bière etc…, DONC je ne peux pas vivre homme, il n’y a que les femmes qui sont comme ça, donc je suis une femme », c’est la négation totale de toutes les luttes féministes pour (tenter) d’obtenir l’égalité !
Et c’est là qu’est mon problème : ce discours est transphobe. Or, je refuse d’être transphobe. Et je ne pense pas l’être. DONC, je fais une erreur de raisonnement quelque part. Il y a obligatoirement quelque chose qui m’échappe (au sens : quelque chose que je ne comprends pas/ne saisit pas). Mais où ? :-(
alphabet:
Ce qui est transphobe dans le raisonnement c'est de considérer qu'une MtF a forcément la logique « Je suis coquette, j’aime faire la cuisine, tenir mon intérieur, j’ai horreur de la mécanique, du foot et de la bière etc…, DONC je ne peux pas vivre homme, il n’y a que les femmes qui sont comme ça, donc je suis une femme ».
Qu'il y en ait c'est fort possible, et il y a sans doute une pression particulière sur les trans pour ça (j'ai eu plusieurs témoignages -récents- de trans' MtF qui s'étaient vues dire par leur psy qu'elles n'étaient pas des femmes parce qu'elles avaient un pantalon), maintenant il y a aussi des MtF pas spécialement coquettes, qui n'aiment pas faire la cuisine, qui aiment bien la mécanique ou le bricolage , la bière, et peut-être même le foot.
Quant à :
«Or, faire subir des transformations lourdes, longues et douloureuses à son corps parce que son genre « mental » ne correspond pas au genre « physique » est assez … sexiste, non ?»
Personnellement, je pense qu'il est fort possible qu'une partie des modifications corporelles que font les personnes trans' soient effectivement dûes au sexisme.
Sauf qu'à mon avis, ce n'est pas tant les personnes trans' qu'il faut blâmer que, pour être provoc', les personnes cis (ou de mainère plus général le système sexiste et transphobe), qui sont très majoritairement responsables de ce sexisme : combien de personnes cis' sont capables de faire l'effort de dire «il»/«elle» à une personne trans' qui leur semble trop «féminine»/«masculine» ? Sans compter par ailleurs les insultes, les coups et les meurtres pour les personnes qui ne «passent» pas pour cisgenre.
Du coup je pose que poser la question de manière purement théorique c'est très abstrait, parce que pour beaucoup de personnes trans' transformer son corps est, dans le système actuel, une question de survie.
«Du coup je pose»
-> Je pense
Sinon ce qui me semble intéressant c'est que dans le sens MtF en tout cas, à part la vaginoplastie, les traitements ne sont pas très différents de ce qui peut être donné à des femmes cis', par exemple en cas d'hirsutisme. C'est drole de voir que ces traitements vont dans ce cas être vus comme beaucoup plus «naturels» que lorsqu'il s'agit de trans' MtF.
Après ça peut-être tentant de dire que là aussi c'est sexiste et que ça devrait pas être comme ça, maintenant il faut reconnaître que c'est une posture qui est plus facile à tenir quand on a un corps relativement dans la norme que quand on doit subir les conséquences.
Même moi, je peux être assez critique de certaines opérations, maintenant il se trouve aussi que c'est vachement plus facile de dire ça pour moi qui, en fait, n'en ait pas tant que ça besoin, que pour une personne qui va être en permanence stigmatisée si elle ne la subit pas.
Merci de ta réponse (on peut se tutoyer ?). Je pense que tu as compris que j'essaye de comprendre, de ME comprendre, en fait, dans ce qui me gêne dans ... rhaaa, je ne trouve pas le terme ? la "transformation", enfin, le concept de la transformation.
Parce qu'une personne trans', dans l'absolu, je m'en fous. Enfin, le fait qu'elle/il soit trans' n'a pas plus d'importance à mes yeux, que la couleur de sa peau, ou sa nationalité ou sa "sexualité" (homo, hétéro, bi ...). Qu'importe à quoi ressemble la personne en face de moi, s'il veut "il", ben j'utilise "il", si elle veut "elle", j'utilise "elle" ! Je ne juge pas les transformations (et tant mieux si elles sont beaucoup plus "légères" que ce que je pouvais imaginer !). J'aurais plutôt tendance à plaindre de subir cela pour être bien : plaindre comme je plaindrais un blessé 'physique' qui souffre pour se guérir, un-e trans' est un blessé 'moral'.
Tu écris :
"Ce qui est transphobe dans le raisonnement c'est de considérer qu'une MtF a forcément la logique « Je suis coquette, ..." et "...MtF pas spécialement coquettes, qui n'aiment pas faire la cuisine, qui aiment bien la mécanique ou le bricolage , la bière, et peut-être même le foot."
J'enlève donc le mot "sexiste", et ça me fait du bien, parce que j'avais honte de moi.
Tu es une MtF, mais qu'est-ce qui te fais sentir femme ? Je veux dire, je suis une femme née femme, et les mots "Je me sens femme" sont un grand mystère pour moi. Je ne me suis JAMAIS sentie "femme" (ou "homme", d'ailleurs !), même en mettant au monde mon enfant. Alors, se sentir femme dans un corps d'homme (ou homme dans un corps de femme, mais peut etre que pour les hommes "se sentir "homme" à un sens ?) est incompréhensible ....
«Tu es une MtF, mais qu'est-ce qui te fais sentir femme ?»
Ben, j'imagine qu'il vaudrait mieux poser la question à quelqu'un qui se sent femme.
Si, à la rigueur je me sens femme quand je me sens opprimée parce que catégorisée en tant que femme, mais je sais pas si c'est la réponse que t'attends.
Je n'attends pas de réponse particulière, quand je sais déjà la réponse que je veux, je ne pose pas la question, pour éviter d'en avoir une différente ;)
"Ben, j'imagine qu'il vaudrait mieux poser la question à quelqu'un qui se sent femme." > heu ? j'en déduis que tu ne sens pas femme, alors..... ben pourquoi changer de sexe ??
Si je peux apporter ma pierre à ta dernière question alphabet.
Je suis FTM, et pourtant je ne me considère pas comme homme.
Pourtant je souhaite qu'on me parle au masculin, qu'on m'appelle monsieur, j'incorpore des éléments pour masculiniser mon corps.
En fait, les catégories "femme" et "homme" sont les deux seules catégories de genre valident dans la société. Et ces catégories fonctionnent sous le régime sexe = genre = sexualité. C'est à dire qu'avoir un vagin fait de toi un être féminin et hétérosexuel. Et vice-versa.
Or, je ne considère pas que mon sexe (mes parties génitales) disent quoique ce soit de moi au niveau de mon identité. J'ai un vagin, ben j'ai un vagin, et ça ne m'empêche pas de me considérer comme un garçon. Mais pas comme un homme, puisque la catégorie homme est soumise au régime que je viens d'expliquer.
Ensuite, tu dis "ben pourquoi changer de sexe ??" ; déjà, je ne considère pas changer de sexe, mais naviguer d'un genre à un autre, avec des allers-retours possibles (quand je me travelotte par exemple, mais c'est peut-être amener une dimension encore plus compliquée). Ensuite, se sentir une femme ou pas n'a au final rien à voir avec le sexe anatomique. Tu le dis toi même.
Puis, il est vrai que les notions d'homme enfermé dans un corps et femme et vice-versa, sont adorées par les psychiatres et certains trans. Je pense que ça n'a pas de sens, parce que ça rend compte des catégories binaires et sexistes en vogue dans la société.
Je ne sais pas ce que c'est que se sentir homme, parce que j'ai eu une éducation de fille, parce que je crois qu'être trans c'est transcender les catégories binaires. Disons que j'ai envie de vivre au masculin, je me trouve beau gosse comme ça.
"Changer de sexe" effectivement je trouve pas que ce soit le bon terme. Après même pour répondre sur les raisons de transitionner je trouve pas ça si clair, ne serait-ce que parce que c'est pas quelque chose de monolithique et il peut y avoir des raisons différentes pour faire certaines choses différentes.
Par exemple dans mon cas vraiment perso, les raisons pour passer du "il" au "elle" (grammaticalement) sont plutot liées à un positionnement "social" (rejet du genre dans lequel j'étais assignée), alors que la prise d'hormones je le ressens plus comme quelque chose fait pour moi, une façon de me réapproprier mon corps (même si c'est sans doute lié au fait que je m'identifie moins mal au féminin qu'au masculin). A l'inverse l'épilation au laser du visage je le ressens comme un truc fait pour les autres, auquel je tenais pas forcément mais qui me permet d'avoir moins d'emmerdes.
Après coup, en pratique mon vécu c'est que c'était aussi pas mal d'essais/erreurs pour voir ce qui "le fait" ou pas. Il se trouve qu'avec les modifications physiques, le look ou l'attitude je suis passée d'etre catégorisée "homme" à etre en général catégorisée "femme", mais je sais plus si c'était vraiment prémédité.