Travestisme, fétichisme et genre
Par Ellie le jeudi, mars 26 2009, 22:32 - Réflexions - Lien permanent
L'autre, fois je suis allée dans un magasin de fringues. Ouais, ça m'arrive, on ne dirait pas vu comme je suis habillée comme une clodo, mais je vais dans les magasins de fringues, des fois. J'ai transgressé les injonctions de genre, «homme» d'un côté et «femme» de l'autre, et j'ai pris quelques vêtements qui, sacrilège, ne m'étaient pas destinée.
Je suis allée dans la cabine d'essayage et j'ai changé de fringues, pour voir ce que ça donnait. Et là, il faut être honnête, j'ai été excitée. Sexuellement. Ce qui, selon les termes psychiatriques, s'appelle, je crois «transvestisme fétichiste». En tout cas c'était assez sympa, même si finalement je n'ai pas acheté les fringues (elles étaient un peu petites, pour les essayer ça aller encore mais passer des heures dedans, non merci).
Si je raconte ça à un psy, ou même à beaucoup d'autres personnes, qui plus est en tant que trans' MtF (masculin-vers-féminin), on va s'imaginer que j'étais travelottée en femme, en train de mettre une mini-jupe ou une jolie robe, des bas résille et des talons-aiguilles.
Sauf qu'en fait, ce qui m'excitait, là, c'était un costard avec une jolie veste et d'être travelottée en mec.
Et là, alors que je me changeais à nouveau, je me suis dit : c'est marrant, quand même, on a toujours l'image des hommes travestis en femmes qui font ça parce que ça les excite, des trans' MtF qui transitionnent forcément par fétichisme, et tout ça ; et de l'autre côté, pouic, rien.
D'ailleurs, si on regarde la définition officielle du transvestisme fétichiste, selon les gens sérieux que sont les psychiatres, on a ça :
La focalisation paraphilique du Transvestisme fétichiste implique un travestissement d'un sujet masculin par des vêtements féminins. Souvent ou dans la plupart des cas, l'excitation sexuelle est déclenchée par le fait de penser ou d'imaginer être une femme (ce qu'on appelle «l'autogynéphylie»).
(Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux - DSM-IV)
Travestissement d'un sujet masculin par des vêtements féminins.
Autogynéphylie.
Et autoandrophylie ? Une recherche sur google montre que le terme existe. Peut-être. Pas par les psychiatres, dirait-on, et avec cent fois moins d'occurrence que la version pour l'autre genre.
Et là, on peut quand même se demander : pourquoi ?
Il est vrai qu'il y a une part non négligeable de travestissement «masculin» (c'est-à-dire d'hommes qui se travestissent en femmes), qu'il s'agisse de travestissement «de placard» ou de drag-queens, qui comporte une certaine dose de sexualisation. Le mouvement gay a ainsi un certain nombre de travestis et de folles[1] plutôt visibles.
Mais c'est vrai aussi dans l'autre sens. Je ne suis à vrai dire pas lesbienne depuis très longtemps, mais il me semble quand même qu'il y a dans cette communauté aussi un historique important de l'érotisation du fait de se donner des «attributs» masculins, qu'il s'agisse de butchs ou de drag-kings. Certes, il n'y a pas de frontière du travestissement aussi nette que pour le travestissement masculin : une femme en pantalon ne sera pas vue comme travestie de la même manière qu'un homme en jupe, mais il n'en reste pas moins que le principe est peu ou prou le même.
Or, la différence de traitement est importante : on voit beaucoup (pour ne pas dire uniquement) l'aspect sexuel des travestis et des drag-queens, alors qu'en ce qui concerne le travestissement féminin, on insistera plutôt sur l'historique des femmes qui s'en servaient pour avoir accès à des espaces réservés aux hommes. La différence de traitement s'applique aussi aux trans : une MtF va être soupçonnée de ne transitionner que par «fétichisme», alors qu'un FtM sera plutôt accusé de «trahir son genre».
Certes, le genre masculin est avantagé dans notre société, ce qui fait qu'il est plus soupçonnable de vouloir passer du féminin au masculin pour des raisons bassement pratiques que l'inverse.
Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi autre chose, qui fait qu'on va plus voir l'aspect érotique/sexuelle/séduction d'un côté que de l'autre ?
Le «travestissement fétichiste masculin» reste au final une forme de sexualité ou en tout cas d'érotisation destiné à l'homme, «fétichisant» la «féminité». Cette érotisation paraît donc naturelle, logique, normale.
À l'inverse, le «travestissement fétichiste féminin» concerne une forme de sexualité ou d'érotisation «féminine» fétichisant la «masculinité». Et là, c'est tabou, ça ne peut pas exister, puisque d'une part les femmes ne peuvent pas avoir de sexualité sans (vrai) mec, et d'autre part parce que la masculinité n'est pas «fétichisable», vu qu'elle est supposée être absolument neutre : si la féminité est souvent vue comme superficielle et artificielle, la masculinité est supposée être naturelle et parfaitement «sobre». La masculinité ne serait finalement pas vraiment genrée, tout comme les blancs n'ont pas vraiment de couleur de peau, à l'inverse des «personnes de couleur».
Ainsi, si un gay porte des talons et passe un certain temps à se maquiller, il est évident que cela ne peut être qu'à caractère sexuel ; mais si une lesbienne porte des chaussures typiquement masculines et fait en sorte d'avoir une coiffure «de mec», il n'y a forcément aucun aspect sexuel (les lesbiennes n'ont pas de sexualité, de toute façon).
Alors il ne s'agit pas de dire que le travestissement se limite à un aspect érotique, ce qui serait très réducteur, mais il me semble que ne voir que l'aspect «érotique» chez les travestis hommes et chez les trans' MtF qui s'y retrouvent agglomérées, et à l'inverse à ne voir que l'aspect «genre» dans le travestissement féminin et chez les trans' FtM, montre tout de même une certaine invisibilisation de la sexualité féminine et lesbienne.
Enfin bon, après c'est mes réflexions dans une cabine d'essayage de chez Tati, ça vaut ce que ça vaut.
Notes
[1] Qui ne rentrent pas dans la définition officielle © du transvestisme fétichiste made in DSM-IV que j'ai pu trouver, qui ne concerne que les hommes hétéros. J'imagine que les pédés ont droit une déviance à part, mais peu importe.
Commentaires
L'"autogynéphilie" est un grave délire de psychiatres très transphobes.
A part ça ya aucun mal à être MtFtM. C'est même très courant (aussi dans le sens FtMtF, d'ailleurs).
Je crois bien que c'est plus fréquent qu'on le pense ;)
«L'"autogynéphilie" est un grave délire de psychiatres très transphobes.»
Oui, surtout que le principe quej'ai compris pour les trans' c'est en gros : «si t'es lesbienne ou que tu prends du plaisir sexuellement, c'est que tu n'es pas une «vraie» trans mais un «transvestiste fétichiste»».
Salut, j'ai lu avec beaucoup d'attention et de plaisir ta réflexion sur le sujet. J'y réponds un an après, mais tant pis ! Le sujet est encore d'actualité...
En effet, on ne parle jamais de tranvestisme fetichiste pour les femmes. J'ai trouvé ton opinion super interressante, mais j'avais déjà discuté de ça avec des filles "comme toi", donc j'avais déjà entendu des opinions similaires.
En tant qu'homme, j'ai une opinion un peu différente, ou plutôt qui complète un peu ta réflexion, mais vus par un homme travesti fétichiste.
Pour moi, la cause fondamentale de cette focalisation sur l'homme travesti, et à l'inverse, cette indifférence pour la femme travesti (si courante, quand on observe bien), c'est qu'il y a eu la libération de la femme, mais pas la libération de l'homme !
Les femmes se sont libérés et ont les droits de faire se que fait un homme sans que cela choque personne (à part quelques êtres primaires, encore trop nombreux, mais qui tendent à s'amenuiser). Ca n'a pas toujours été le cas, et c'est grace à la libération de la femme - mais le combat est loin d'être fini, bien sur. Les femmes ont encore matière à combattre, hélas...
Les hommes, eux, ne se sont pas libérés de la mentalité passéiste, basé sur un paternalisme traditionnaliste étouffant. Le même qui étouffait les femmes dans leur rôle de femme soumise au foyer. En clair, la société n'accepte pas que les hommes puisse s'habillé en femme, alors qu'elle tolère l'inverse, ceci parce que les hommes ne se sont jamais batus pour avoir le droit de faire comme les femmes.
Pourquoi ? Déjà, parce que ce n'était pas nécessaire : les hommes dominaient, les femmes étaient soumises, et de toute façon la morale, la société et souvent les religions verrouillait chacun dans son rôle. Les hommes avaient plus de droit que les femmes, pourquoi vouloir revendiquer de faire comme elles ?
Mais aujourd'hui c'est différent. Les femmes ne sont plus soumises (et c'est tant mieux). Elles peuvent être féminine, masculine, soumise ou dominante. Les hommes, eux, n'ont pas le droit d'être soumis, ni féminin, mais par ailleurs, ils peuvent de moins en moins être dominant, ce qui se traduit par une virilité faussement neutre et naturel (comme tu dis), en réalité une virilité de fassade, pauvre en style et en diversité, qui représente bien un étât des choses mourrant et archaïque.
Un homme serait, selon la morale, un être virile et brut, incapable de sensibilité ou de finesse, incapable de se soumettre, tout ça pour sauvegarder un pouvoir phallique rassurant (même si ils ont une petite bite ?).
Les hommes doivent se libérés, et ne plus avoir à culpabiliser d'assumer leur coté féminin, alors que les femmes assument parfaitement leur coté masculin, et que cela ne choque personne. Et ce n'est pas qu'une histoire de dimension, on peut avoir un coté féminin et aussi avoir une grosse paire de burne avec une grosse queue ! Je sais de quoi je parle, hum...
Voila pourquoi je suis pour la libération de l'homme, et j'ajoute pour conclure que les femmes ne seront vraiment libérés que quand les hommes le seront aussi.
Pour info, je suis un homme avec un physique et une personnalité plutôt masculines, mais j'ai aussi un coté féminin très develloppé bien que peu détectable (ce qui est une chance, vus l'intolérance sur le sujet). Je suis hétéro mais je n'exclu pas d'essayer une relation homo, un jour peut-être, bien que je ne sois attiré que par des femmes...
Concrètement, je ne m'habille plus qu'avec des vetements féminin, mais comme on en trouve beaucoup qui sont très androgyne, je peux me permettre de garder une apparence extérieur masculine, et de proffiter du large choix de matière, de couleur, de forme, etc. le tout, à prix bien plus bas que ceux pour homme !
Je reste ainsi pour l'extérieur un homme plutôt virile, avec une touche de féminité suffisament discrète, qui me donne un style sexy, voir un peu gay (mais c'est à la mode, mdr, donc ça ne choque pas). On est facillement qualifé d'être gay quand un homme exprime sa féminité. C'est dommage, parce que ça montre un niveau de réflexion très bas. Mais ça évolue, lentement.
Par ailleurs, les gens, hommes ou femmes, qui exploitent leur deux coté, sont souvent plus intelligents, et aussi plus solides et plus matures que ceux qui n'ont dévellopé qu'un coté de leur pérsonnalité (Cf. Le male primaire brutale, ou la bimbo écervelée).
Moralité, soyons nous même et ne nous laissons pas enfermé dans des cases, comme notre société le voudrait ! Et luttons chacun à notre façon pour faire évoluer les mentalités. L'égalité des sexes ne sera atteinte que par un mouvement des deux cotés. Les femmes ont commencés à se libérés au court du vingtieme siècle, les hommes commencent doucement aujourd'hui... Un jour, les hommes et les femmes seront egaux. Mais il reste du chemin ! D'ou l'interet de se battre encore.
Je suis un esprit avant d'être un corps. Mon esprit est libre et nul ne peut l'empécher. Donc je fais ce que je veux avec mon corps.
La bonne morale ? Je la fume ! Et j'y prends un certain plaisir, parce que c'est juste !
L'homme libre
PS : Pardon pour cette réflection tardive de noctambule. Et pour les fautes aussi. =)