Du droit à disposer de son corps
Par Butch Cassidyke le samedi, février 14 2009, 12:17 - Politique - Lien permanent
Le droit à disposer de son corps est au coeur du féminisme et en est, à mon avis, un des slogans les plus importants.
Seulement, bien souvent, l'application concrète du droit à disposer de ce corps devient, en pratique : avortement et contraception libres et gratuits.
Alors, qu'on ne me méprenne pas : je trouve effectivement la défense du droit à l'avortement et à la contraception extrêmement importants.
Par contre, ce qui m'emmerde, c'est que pour moi, le droit à disposer de son corps, c'est un peu plus que ça.
Pour prendre un ordre "chronologique" dans la vie potentielle d'une personne, on pourrait commencer par les mutilations génitales qui sont une atteinte évidente à ce droit à disposer de son corps, qu'il s'agisse de l'excision parce qu'un clitoris est une monstruosité, ou des opérations faites aux enfants intersexes parce qu'un sexe mutilé est bien mieux qu'un sexe pas vraiment mâle ni vraiment femelle (mais bien sûr, le fait de mettre ces deux pratiques sur la même ligne ne veut pas dire qu'elles sont semblables. Il est évident que nos chirurgiens occidentaux savent ce qu'ils font et n'ont rien à voir avec les bouchers des pays barbares).
Pour continuer, on pourrait ne pas limiter la prise d'hormones aux traitements contraceptifs : qu'il s'agisse des trans (mais là on va dire que je défends mon beefsteack) qui sont obligées de rentrer dans une certaine norme pour avoir droit à un traitement hormonal, mais aussi des cis' à qui des médecins donnent parfois sans informer beaucoup leurs patientes sur leurs effets secondaires des traitement destinées à rendre plus "normale" des femmes trop poilues, par exemple. (Il est d'ailleurs amusant de voir que le traitement contre-nature donnée aux femmes trans est à peu de choses près le même que le traitement naturel pour les femmes poilues).
On pourrait parler chirurgie, aussi , et du fait qu'il est tout à fait possible pour une femme de se faire augmenter les seins, mais pas d'avoir une mastectomie... à moins de passer par le parcours transsexuel : ne pas avoir de poitinre, ce n'est évidemment possible que si l'on devient un homme. Et de manière plus générale, le fait que toutes les chirurges liées aux trans ne sont possibles que si l'on se conforme à une certaine norme de genre.
On pourrait aussi parler du droit à avoir un enfant tout comme du droit à ne pas en avoir, et notamment de l'accès à la procréation médicalement assistée interdite aux lesbiennes, ou encore du fait que les trans doivent être stérilisées pour avoir le droit de changer d'état civil. On pourrait aussi parler du rapport plus général aux médecins, qui sont en général dans une position hiérachique qui fait que le droit à l'information et à disposer de son corps est souvent bafoué ou en tout cas bien incomplet, particulièrement lorsqu'on est lesbienne, trans, etc.
On pourrait élargir un peu le sujet, et parler aussi des agressions sexuelles, qui ne sont rien d'autre que s'arroger le droit à disposer le corps d'autrui, ou encore du rapport parents-enfants qui brident souvent le droit à disposer de son corps.
Bref, on pourrait faire le lien entre différentes oppressions qui sont souvent invisibilisées au sein du féminisme classique.
Si j'étais mauvaise langue, je pourrais croire que c'est peut-être justement pour ça que le "droit à disposer de son corps" se limite, en général, à la contraception et à l'avortement.
Commentaires
Je suis tout à fait d'accord : le droit à disposer librement de son corps doit être absolu et dans tous les domaines.
Je ne suis pas du tout d'accord. Le droit à disposer de son corps, ça ne veut rien dire. Ca légalise des pratiques comme le suicide ou l'euthanasie, ou encore l'avortement à la veille de l'accouchement. C'est monstrueux.