Étant donné le débat dans les commentaires (pour ce blog, ça explose le record précédent) [en réponse au billet consacré aux mots «Butch» et «Fem»|/post/2009/01/22/Les-mots-du-jour-%3A-Butch/Fem|fr], et puis parce que j'avais un peu prévu de toute façon, voici ma vision de la «femitude» qui n'est pas forcément partagée par grand-monde, mais qui explique pourquoi moi j'aime bien ce mot et cette identité.

Ce que j'y vois personnellement, c'est une sorte de «féminité» mais qui n'est pas la bonne féminité officielle : sans doute trop féminine pour être vraiment honnête, et puis un peu bizarre quand même, et en plus même pas destinée à plaire aux mecs, alors que cela semble pourtant être la définition même de la féminité.

Bref, de la féminité qui n'en est pas vraiment.

On retrouve ça au niveau du mot lui-même : le mot anglais pour désigner une «fem» est «femme». Autrement dit, en anglais, une fem est vaguement une sorte de femme, mais dans une langue différente. On a au final aussi ça en français, d'une certaine façon : une fem est une forme de femme, mais avec une prononciation différente.

Au niveau vocabulaire toujours, j'avais vu que certaines personnes utilisaient le terme «female-to-femme» (ou «female-to-fem»), que je trouve également intéressant dans ce sens : être une «fem» n'est pas «spontané», même pour une femme qui a toujours été élevée pour devenir une femme, mais nécessite une forme de transition.

C'est peut-être à cause de mon vécu de travelotte que je me sens proche de cette identité, à la fois pour le côté «trop féminine» et «pas féminine comme il faut».

Pour le côté «trop féminine» c'est évidemment l'image qui veut que les trans' veulent toutes être des caricatures de femmes qui portent des jupes et des talons aiguilles tout le temps et être super-féminines. L'accusation de «mauvaise féminité» est liée : les travelottes font trop «putes» pour être de vraies femmes comme il faut, et puis en plus, on voit bien que ce ne sont pas de vraies femmes. Sans compter, évidemment, que si on est une MtF qui commence sa transition mais qu'on n'a envie de coucher qu'avec des nanas, ça doit bien vouloir dire qu'on n'est pas franchement très clair et qu'on n'est pas une vraie trans', et encore moins une vraie femme.

Bref, il ne faut pas être trop féminine (mais un peu quand même) et il faut l'être bien. Et c'est quelque chose que j'ai ressenti y compris dans les groupes LGBT et y compris dans les groupes juste T, avec deux variantes :

  • la première, c'est que quand même, si t'es assez sûre de ton identité, que t'es une fâââme à l'intérieur, ben t'as pas besoin de jupe ou de maquillage. Du coup c'est quand même dur de ne pas percevoir la contraposée : si t'es tout le temps en jupe et maquillée, t'es peut-être pas franchement une femme, au fond, hein ? Et puis, ces travelottes habillées comme des putes donnent une si mauvaise image des trans'...
  • la seconde, plus féministe, où en gros être tout le temps en jupe c'est signe de binarité, hétérosexiste, être une caricature patriarcale de femme, etc.

Et au final pour moi me dire «fem» c'est simplement dire «ben oui, je suis par certains aspects «féminine», et pas comme il faut, et je suis pas une vraie femme, et je vous emmerde».

Même si je pense que c'est important de critiquer les normes qui font qu'on devrait être en rose parce qu'on est une femme, il me semble qu'il y a malheureusement une tendance à considérer ce qui est censé être féminin comme une source par essence d'aliénation, alors que l'aliénation me semble plutôt être que ce qui est vu comme féminin est vu comme «autre», non neutre, disponible au bon vouloir des mecs, etc.

Moi, j'ai envie de revendiquer une forme de mauvaise féminité et dire que, ben non, c'est pas parce que je suis en jupe et en bas résille que j'ai envie d'être draguée par un gros lourd de mec, et qu'inversement c'est pas parce que je n'ai pas envie d'être emmerdée que je vais me résigner à m'habiller «décemment».

Voilà, pour moi le mot «fem», notamment, ça permet de dire ça. Après, il y a sans doute d'autres personnes pour qui ça a un sens très différent, mais au final c'est vrai pour toutes les identités dont je me revendique plus ou moins, donc je vois pas pourquoi ce serait moins légitime.