Mon bon monsieur, les extrêmistes sont vraiment extrêmes
Par Butch Cassidyke le lundi, janvier 26 2009, 21:59 - Politique - Lien permanent
Tout à l'heure, entre deux cours, je m'ennuyais un peu, et du coup, en plus de regarder les blogs que je regarde habituellement, j'ai aussi regardé quelques commentaires.
Et bien m'en a pris, car ce fut hautement instructif.
Ceux sur le blog de CSP, notamment, et en particulier les réactions à son compte-rendu de congrès. Sans doute échauffé après sa diatribe contre la mortifère féminisation des textes, le camarade pestait ainsi contre un amendement extrêmiste qui se proposait de parler de binarité de genre et de remettre en question le système hétérosexuel.
Oh Mon Gode, que ne fallait-il pas dire !
Aussitôt, un autre commentateur de répliquer, dénonçant «un courant très radical des féministes». Quelle horreur, de la radicalité, pas de ça chez nous, quand même !
Le même continuait : «je me vois mal expliquer que dans la société socialiste que nous voulons, la norme mec nana doit ête dépassée.»
Alors bien sûr, ça n'a rien de bien étonnant, rien de bien nouveau, finalement, que du désespérément banal. Mais sur un blog d'extrême-gauche, c'est plutôt amusant quand même, parce que bon, c'est assez dur de ne pas voir tous les arguments similaires dénonçant «un courant très radical des gauchistes» ou expliquer qu'on ne ne peut pas parler d'anticapitalisme, car «je me vois mal expliquer que dans la société que nous voulons, les rapports de classe doivent être supprimés».
Mais bien sûr, je suis sans doute purement mesquine et trop radicale. Ça doit juste être que je ne comprends pas, avec mon cerveau atrophié par le manque de testostérone, qu'il y a en réalité une différence fondamentale que je ne vois pas.
Ensuite vient le couplet sur les sales gouines : ainsi, parmi le fameux courant «très radical» des féministes, «il y avait beaucoup de copines lesbiennes là-dedans qui théorisaient leur aversion pour les mecs.».
Et CSP de réagir, face à quelqu'un qui trouvait que ça faisait un peu amalgame : «En l'occurrence, Basile ne parle pas de toutes les gou..lesbiennes, mais d'une frange militante particulièrement remontée. J'ai eu un peu fréquenté un temps un milieu gay militant où elles intervenaient régulièrement, et chaque conversation avec elles devenait vite éprouvante.. .Encore une fois, il y'a le fond, qui est déjà très très discutable, et la forme toujours agressive qui ne procède que par anathème et culpabilisation».
Alors déjà, je vais démontrer que j'ai plus de couilles que la gauche couillue : moi, j'ose même dire «gouine» en entier, je ne me limite pas au truc à deux balles «les gou...lesbiennes», genre «hein on s'est compris mais je ne le dis pas, n'est-ce pas ? *clin d'oeil*».
Et puis alors surtout, on notera : déjà le contenu, bon, très très discutable, mais alors la forme, zéro. Allez hop les gouines, recalées à l'exam' de lutte appliquée.
Après, moi, je compatis quand même un peu pour le pauvre CSP. Les gouines, j'en ai aussi côtoyé un certain nombre, et il faut le reconnaître : ça gueule, ça gesticule, ça ne se laisse même pas couper la parole par les mecs et ça ose, mon dieu ça ose, être agressive, privilège pourtant réservé aux membres agréés de la gente masculine.
Et puis, en plus, bien entendu, les gouines n'aiment pas les mecs. Déjà, bon, elles veulent pas coucher avec, alors à la limite, ça passe, parce qu'on est de gauche, on est tolérants. Mais là, quand même ! Elles les aiment pas, carrément.
Alors que bon, c'est bien connu : le prolétaire est rempli d'amour envers son patron, l'esclave est toujours amoureux de son maître. Jésus l'a bien dit, après tout : si on te frappe sur la joue gauche, tend la joue droite. Eh ben ces sales connasses de gouines, elles veulent même pas. Non, elles «théorisent» leur aversion des mecs. Parce qu'encore, ce serait juste spontané, ça irait encore, mais là, elles ont vaguement réfléchi, en plus. Parce que bon, quand même, il fallait aller chercher bien loin pour aller imaginer que si elles étaient invisibilisées, se voyaient confisquer leur parole, insultées dans la rue, réduites à des boulots précaires et mal payés, agressées, violées et tuées, c'était peut-être, plus ou moins, vaguement lié à la domination masculine. Quelle drôle d'idée !
Là encore, si on était de mauvaise foi, on pourrait dire que tout ça ressemble fort à la critique contre ces salopards de grévistes qui, déjà, ont un message très très discutable à la base, mais qui, en plus, ne sont pas polis et ont théorisé qu'ils n'aimaient pas leur patron alors que celui-ci, bien entendu, se saigne pour eux, le brave monsieur.
Au final, la charge du président de la république contre les méchants grévistes irresponsables de SUD ne sonne pas si différente de la charge contre les vilaines gouines agressives et impolies. On pourrait même voir une similarité dans la façon d'employer les gros mots, mais quand même pas («Descends un peu, si t'as des c... si tu crois...» contre ««pas de toutes les gou..lesbiennes»), histoire de montrer qu'on pourrait être insultant, mais qu'on est bon prince, nous, pas comme l'Autre qui n'est pas très respectable et poli.
Mais bien sûr, dans un cas c'est la droite, la vraie de vraie, alors que dans l'autre c'est la gauche, la vraie de vraie, alors j'imagine que je me trompe et que ça n'a sans doute vraiment rien à voir.
Commentaires
Ben... Je suis d'accord avec toi jusqu'à un certain point de ton billet, mais après je trouve que ta comparaison :
"Et puis, en plus, bien entendu, les gouines n'aiment pas les mecs. Déjà, bon, elles veulent pas coucher avec, alors à la limite, ça passe, parce qu'on est de gauche, on est tolérants. Mais là, quand même ! Elles les aiment pas, carrément.
Alors que bon, c'est bien connu : le prolétaire est rempli d'amour envers son patron, l'esclave est toujours amoureux de son maître."
n'est pas valable.
La différence entre l'oppression des femmes par les hommes d'une part, celle des ouvriers par des patrons de l'autre, c'est que dans le second cas les dominants ont choisi de l'être, et il est donc juste de vouloir le leur reprocher. Pas dans le premier cas.
Il ne s'agit pas d'"haïr" son oppresseur, qui, de fait, n'y est souvent pour rien, ne s'en rend pas compte, etc.
Ben je pense que y'a deux choses.
Déjà, faut définir ce qu'on appelle «aversion», «ne pas aimer les mecs», etc. Parce que bon, moi pratiquement à chaque fois que j'ai vu des gens subir cette accusation, c'était pour avoir osé reprocher un comportement, pour vouloir se réunir en non-mixité, etc.
Et au bout d'un moment, ben ça gonfle d'avoir à s'expliquer, à se justifier, à faire un petit bisou pour montrer qu'en fait si on les aime bien quand même, hein. Donc on finit par dire (en tout cas moi, je prétends pas être majoritaire) «ben non, aime pas les mecs, et on vous emmerde».
Ensuite, sur le choix qu'il y aurait ou pas, j'imagine que c'est là que les lesbiennes trans' peuvent etre vachement plus misandres, parce qu'on le voit bien que ben si, y'a le choix :p
Sérieusement, pour moi il s'agit pas d'en vouloir à quelqu'un d'avoir un chromosome Y, maintenant quand il se complait dans le genre de mec, à expliquer que, quand même, parler de remettre en question les relations entre genre il est trop vieux pour ça, je vois pas pourquoi il y a spécialement moins de choix qu'un gamin élevé par son papa patron pour être patron ou qu'un flic devenu flic parce qu'il avait pas vraiment d'autre possibilité pour vivre.
Si on prend vraiment le choix, le militaire US envoyé en Irak, c'est souvent un prolo qui n'a pas un choix énorme non plus. Maintenant, le prisonnier enfermé à Abu Graïb, est-ce qu'on va lui dire «il ne faut pas que tu ais d'aversion envers les soldats ricains» ?
Après je pense que c'est aussi possible de convaincre des oppresseurs en toute sorte, que c'est pas un camp figé, qu'ils se rendent pas vraiment compte etc., tout comme je pense qu'on peut convaincre des gens de droite, voire des fachos. Ça n'empêchera que tant qu'ils auront un comportement oppresseur envers moi, ben je vais pas spécialement les apprécier, et
je pense que c'est légitime, et je trouve ça un peu idiot de dire «oui mais il faut les aimer aussi, tu comprends, et pas leur en vouloir...»
Surtout que l'oppression sexiste intègre encore plus que les autres une admiration, un besoin, un «amour» envers l'oppresseur, du coup je pense qu'avoir de l'aversion envers ce dernier, c'est peut-être plutôt un bon début qu'autre chose.
Après, par ailleurs, j'ai beaucoup de respect et de sympathie pour les mecs qui sont prêts à perdre leur statut de mec (quand ça implique des conséquences réelles et pas juste jouer à «je suis super avancé», et ça veut pas forcément dire prendre des hormones et transitionner, hein, je précise), tout comme j'ai beaucoup de respect et de sympathie pour les flics qui démissionnent, les patrons qui socialisent leur entreprise (y'en a ?), les militaires qui désertent, etc.
Jordi : Il n'existe aucune essence. On ne naît pas plus gouine qu'on ne naît femme ou ouvrierE (ce qui ne signifie pas pour autant qu'on choisit, mais qu'on est assignéE). Tout cela sont des constructions sociales, qu'on peut donc déconstruire socialement. Tout simplement. Et je pense qu'on _doit_ même les déconstruire, si on veut faire progresser la société.
Que cela ne soit pas compris par tout le monde au NPA n'est pas une surprise, mais c'est inquiétant.
Salutations sans réserves.
Merci merci pour cet instant de bonne humeur matinale.
Pour répondre au commentaire n°1 : la plupart des patrons se reproduisent entre eux et les bébés patrons obeissent au déterminisme familial en devenant d'adultes patrons. On est bien d'acciord, ils pourraient choisir de changer, quand même.
Mais pour les hommes et les femmes, c'est pareil. A la naissance, on te dit si tu es mâle ou femelle, et en plus, et pas si rarement que ça, c'est faux. Ca, c'est le sexe. Et pour le genre, à distinguer du précédent, on ne nait pas femme, on le devient, idem pour les hommes. Là aussi, c'est du déterminisme social. Là aussi, on pourrait choisir de changer, quand même.