Tout à l'heure, entre deux cours, je m'ennuyais un peu, et du coup, en plus de regarder les blogs que je regarde habituellement, j'ai aussi regardé quelques commentaires.

Et bien m'en a pris, car ce fut hautement instructif.

Ceux sur le blog de CSP, notamment, et en particulier les réactions à son compte-rendu de congrès. Sans doute échauffé après sa diatribe contre la mortifère féminisation des textes, le camarade pestait ainsi contre un amendement extrêmiste qui se proposait de parler de binarité de genre et de remettre en question le système hétérosexuel.

Oh Mon Gode, que ne fallait-il pas dire !

Aussitôt, un autre commentateur de répliquer, dénonçant «un courant très radical des féministes». Quelle horreur, de la radicalité, pas de ça chez nous, quand même !

Le même continuait : «je me vois mal expliquer que dans la société socialiste que nous voulons, la norme mec nana doit ête dépassée.»

Alors bien sûr, ça n'a rien de bien étonnant, rien de bien nouveau, finalement, que du désespérément banal. Mais sur un blog d'extrême-gauche, c'est plutôt amusant quand même, parce que bon, c'est assez dur de ne pas voir tous les arguments similaires dénonçant «un courant très radical des gauchistes» ou expliquer qu'on ne ne peut pas parler d'anticapitalisme, car «je me vois mal expliquer que dans la société que nous voulons, les rapports de classe doivent être supprimés».

Mais bien sûr, je suis sans doute purement mesquine et trop radicale. Ça doit juste être que je ne comprends pas, avec mon cerveau atrophié par le manque de testostérone, qu'il y a en réalité une différence fondamentale que je ne vois pas.

Ensuite vient le couplet sur les sales gouines : ainsi, parmi le fameux courant «très radical» des féministes, «il y avait beaucoup de copines lesbiennes là-dedans qui théorisaient leur aversion pour les mecs.».

Et CSP de réagir, face à quelqu'un qui trouvait que ça faisait un peu amalgame : «En l'occurrence, Basile ne parle pas de toutes les gou..lesbiennes, mais d'une frange militante particulièrement remontée. J'ai eu un peu fréquenté un temps un milieu gay militant où elles intervenaient régulièrement, et chaque conversation avec elles devenait vite éprouvante.. .Encore une fois, il y'a le fond, qui est déjà très très discutable, et la forme toujours agressive qui ne procède que par anathème et culpabilisation».

Alors déjà, je vais démontrer que j'ai plus de couilles que la gauche couillue : moi, j'ose même dire «gouine» en entier, je ne me limite pas au truc à deux balles «les gou...lesbiennes», genre «hein on s'est compris mais je ne le dis pas, n'est-ce pas ? *clin d'oeil*».

Et puis alors surtout, on notera : déjà le contenu, bon, très très discutable, mais alors la forme, zéro. Allez hop les gouines, recalées à l'exam' de lutte appliquée.

Après, moi, je compatis quand même un peu pour le pauvre CSP. Les gouines, j'en ai aussi côtoyé un certain nombre, et il faut le reconnaître : ça gueule, ça gesticule, ça ne se laisse même pas couper la parole par les mecs et ça ose, mon dieu ça ose, être agressive, privilège pourtant réservé aux membres agréés de la gente masculine.

Et puis, en plus, bien entendu, les gouines n'aiment pas les mecs. Déjà, bon, elles veulent pas coucher avec, alors à la limite, ça passe, parce qu'on est de gauche, on est tolérants. Mais là, quand même ! Elles les aiment pas, carrément.

Alors que bon, c'est bien connu : le prolétaire est rempli d'amour envers son patron, l'esclave est toujours amoureux de son maître. Jésus l'a bien dit, après tout : si on te frappe sur la joue gauche, tend la joue droite. Eh ben ces sales connasses de gouines, elles veulent même pas. Non, elles «théorisent» leur aversion des mecs. Parce qu'encore, ce serait juste spontané, ça irait encore, mais là, elles ont vaguement réfléchi, en plus. Parce que bon, quand même, il fallait aller chercher bien loin pour aller imaginer que si elles étaient invisibilisées, se voyaient confisquer leur parole, insultées dans la rue, réduites à des boulots précaires et mal payés, agressées, violées et tuées, c'était peut-être, plus ou moins, vaguement lié à la domination masculine. Quelle drôle d'idée !

Là encore, si on était de mauvaise foi, on pourrait dire que tout ça ressemble fort à la critique contre ces salopards de grévistes qui, déjà, ont un message très très discutable à la base, mais qui, en plus, ne sont pas polis et ont théorisé qu'ils n'aimaient pas leur patron alors que celui-ci, bien entendu, se saigne pour eux, le brave monsieur.

Au final, la charge du président de la république contre les méchants grévistes irresponsables de SUD ne sonne pas si différente de la charge contre les vilaines gouines agressives et impolies. On pourrait même voir une similarité dans la façon d'employer les gros mots, mais quand même pas («Descends un peu, si t'as des c... si tu crois...» contre ««pas de toutes les gou..lesbiennes»), histoire de montrer qu'on pourrait être insultant, mais qu'on est bon prince, nous, pas comme l'Autre qui n'est pas très respectable et poli.

Mais bien sûr, dans un cas c'est la droite, la vraie de vraie, alors que dans l'autre c'est la gauche, la vraie de vraie, alors j'imagine que je me trompe et que ça n'a sans doute vraiment rien à voir.