Nouvelle : Joyeux Noël !
Par Butch Cassidyke le lundi, décembre 22 2008, 22:54 - Littérature - Lien permanent
L'année dernière, j'avais posté une nouvelle centrée sur le thème de Noël et du père en question. C'était, d'ailleurs, la même que j'avais déjà postée l'année précédente sur mon ancien blog de l'époque. C'est dire si je ne m'étais pas foulée.
Cette année, vous aurez au moins droit à une version un peu différente. J'ai aussi une version porno dans les placards mais ce blog étant chaste, je vais éviter.
Je ne suis pas super satisfaite du texte, que je n'avais pas réussi à terminer pour un appel à textes (pour les fanes de carottes) et que j'ai un peu bâclé là. Je remercie quand même Folio pour avoir essayé de l'améliorer et de me proposer des idées, même si je ne me suis pas montrée très inspirée sur ce coup.
Il était un peu plus de deux heures du matin lorsque l’alarme reliée aux détecteurs de mouvements situés sur le toit de la maison se mit à sonner et réveilla Stéphanie.
Elle s’était endormie un peu plus tôt, lassée d’attendre devant des programmes télévisés à mourir d’ennui. Elle râla un peu alors qu’elle se levait : de son temps, il lui semblait que le père Noël se pointait à minuit, pas deux heures après.
Enfin, peu importait. La fête allait pouvoir commencer.
*****
Le père Noël, après être descendu par la cheminée avec ses jouets par milliers, se dirigea vers le sapin dans l’obscurité presque totale. Il trouvait toujours cette coutume un peu ridicule, étant donné que passer par la porte était tout de même beaucoup plus simple, mais c’était la tradition, et on n’y dérogeait pas. Sauf quand il n’y avait pas de cheminée, évidemment.
Lorsqu’il émergea dans le salon, quelque peu sali par la suie, seule une guirlande lumineuse clignotante illuminait la pièce en rouge et bleu une seconde sur deux. En dehors de ça, la pièce était plongée dans l’obscurité, empêchant le père Noël de voir la forme dissimulée dans l’ombre à l’autre bout de la pièce, à moitié derrière une étagère.
« Ho, ho, ho », fit machinalement le barbu en posant sa hotte. Il sortit un papier de sa poche et regarda ce qui avait été demandé pour cette habitation.
Il fronça les sourcils. La lettre était quelque peu étrange.
Petit papa Noël
Depuis que je suis gosse, tu m’as toujours refilé des cadeaux moisis. Vraiment.
Les poupées, ça allait encore. Dans le fond, je les ai toujours détestées, avec leur côté parfait, mais je pouvais m’amuser avec ça. Avec un peu de ficelle, je simulais des exécutions. Je pouvais leur tondre les cheveux, pour qu’elles soient un peu moins parfaites. Et mon jeu préféré, c’était de les démembrer.
Seulement, après ça, ça s’est pas arrangé, au contraire. La dînette, c’était vite chiant, mais ça passait. Mais les jouets aspirateurs, du genre « apprends à faire le ménage pour ton futur mari » ? Le fer à repasser ? Les livres de cuisine ?
Pendant ce temps, mon frangin, lui, il avait tout ce qui était cool. Les costumes de militaires, les faux pistolet, et tout ça, auquel je n’ai jamais eu droit.
Maintenant, j’ai de quoi m’acheter ce dont j’ai envie, alors je ne vais pas te demander de cadeau matériel. Mais laisse-moi te prévenir, petit papa Noël, que quand tu descendras du ciel, tu vas payer.
Stéphanie.
Noël entendit un petit bruit derrière lui, et se retourna. Il aperçut une jeune femme à l’apparence masculine qui était en train d’allumer une cigarette et en conclut que le briquet devait être à l’origine du son qu’il avait entendu.
Stéphanie avança de trois pas vers lui, ce qui aurait pu être discret si elle n’avait pas porté d’épaisses chaussures de sécurité. Le père Noël se tourna vers elle et la dévisagea, surpris.
Elle devait avoir aux alentours de dix-sept ans mais portait des lunettes aux verres tellement énormes qu’ils semblaient remonter à une époque où elle n’était pas née. Elle avait des cheveux bruns qui n’étaient pas coiffés, et elle portait, en plus d’un vieux jean abîmé, un tee-shirt « Lesbian GNU/Linux » ; c’était pour elle une façon d’affirmer qu’elle aimait les femmes qui aimaient les femmes qui aimaient les systèmes d’exploitation marginaux.
« Salut, Saint-ni-Cola.
— Tu dois être... commença Noël en regardant la liste qu’il avait à la main. Euh... Stéphanie ?
— Appelle-moi Stef.
— Ho, ho, ho. Tu n’as pas pu aller te coucher avant de recevoir ton cadeau ?
– C’est pas exactement ça », répliqua Stéphanie, mais le père Noël ne l’écoutait pas, occupé qu’il était à fouiller dans sa hotte.
« Tiens ! fit-il avec entrain en sortant un fer à repasser. Joyeux Noël !
— Mon cadeau ! soupira la jeune femme. Regarde plutôt ça ! »
Le père Noël se tourna vers ce qu’elle montrait du doigt et vit un ordinateur qui rôdait sur le bureau.
« J’aurais pas pu avoir ça, comme cadeau, l’année dernière ? demanda Stéphanie. Mais non, c’était pour mon frangin. Moi, j’ai eu droit à un aspirateur, parce que je suis une fille. Tu sais quoi ? Il ne fait que jouer à des jeux avec. Sous Windows ! »
Stéphanie n’aimait pas Windows. Elle n’aimait pas non plus les gens qui l’utilisaient. Cela faisait techniquement une partie non négligeable de la population, ce qui n’était pas aberrant, vu que d’après son expérience une partie non négligeable de la population était composée de ceux qu’elle dénommait « gros cons ».
« Il avait droit aux légos techniques, j’avais droit au service à dînette. Et cet ordinateur ! Je suis obligée d’attendre la nuit pour pouvoir coder. Il a aussi un micro et une webcam, tu sais ?
— Et alors ? demanda le père Noël, un peu désemparé.
— Tu crois qu’il s’en servirait de manière intelligente ? Moi, je sais me servir de sa caméra, de son ordinateur, de ses légos. Tu veux que je te montre ?
— Euh », hésita le père Noël, mais Stéphanie avait déjà claqué dans ses mains.
Le son fut capté par le micro de l’ordinateur, puis décodé par celui-ci comme étant le signal qui devait déclencher l’exécution d’un programme que Stéphanie avait écrit dans un mélange de C et d’assembleur ; programme qui utilisa la webcam pour repérer la tache rouge, effectua un calcul complexe pendant environ deux millisecondes et envoya finalement via le port USB les instructions aux moteur légo chargés de commander le bras mécanique sur lequel elle avait installé un pistolet électrique qu’une amie anarchiste avait « emprunté » à un policier après une manifestation qui avait dégénéré.
Le père Noël reçut une décharge de 20000 volts et s’écroula. Lorsqu’il reprit connaissance, il était allongé sur le dos, ligoté avec des câbles RJ45 qui le maintenaient en position écartelée. À vrai dire, il ne s’était pas vraiment évanoui ; il était resté conscient, mais incapable du moindre mouvement. Ça n’avait pas été plus agréable pour autant.
« Oh, mon Dieu, lâcha le père Noël en grimaçant. Ça, ça ne sort pas de l’usine à jouets. Écoute, tu ne crois pas que c’est un peu surréagir pour quelques cadeaux qui ne t’allaient pas ? »
Stéphanie déballe le cadeau qu’il lui avait apporté avec un sourire sadique qui ne lui plut pas beaucoup. Puis elle lui déboutonna le manteau et brancha son tout nouveau fer à repasser. Le père Noël comprit alors ce qu’elle comptait faire et commença à se débattre.
« Tu sais, répondit finalement Stef avec un sourire démoniaque, je t’en veux pas vraiment. Le truc bien, avec les jouets, c’est qu’on n’est pas obligé de s’en servir comme c’était prévu. »
Commentaires
Bon, prends ton temps, mais on va finir par t'extorquer une nouvelle, trash ou pas, hein?
;-)
Hint : les câbles réseau faut les prendre en brins rigides et en catégorie 6, sinon ils ne sont pas assez solides pour immobiliser quelqu'unE. Parole de Maîtresse pro et vieille pro du hardware.