Extrait de roman : un peu de baston
Par Butch Cassidyke le dimanche, décembre 14 2008, 00:27 - Littérature - Lien permanent
Parce que j'ai, dernièrement, avancé plutôt pas mal sur mon nouveau projet de roman (j'en suis à 40 pages, j'aimerais bien que ma thèse avance aussi vite), je poste une nouvelle scène. C'est situé un peu plus loin que la scène que j'avais postée précédemment, mais je pense que ça reste globalement compréhensible, surtout que c'est surtout une scène de baston (et qui marque aussi le premier passage «fantastique» du texte), le genre de choses pour lesquelles je suis un peu nulle.
Donc voilà, ça vaut ce que ça vaut, et ça manque certainement de relecture, mais en attendant...
« Mademoiselle Saffi ? »
J’ai grogné et ai levé les yeux vers la porte de mon appartement, devant laquelle se tenait un type plutôt maigre et brun, habillé en chemise et pantalon chic.
J’avais dû m’endormir sur l’ordinateur, mais ça n’expliquait pas pourquoi un trou du cul se sentait autorisé à rentrer chez moi.
« C’est pas mademoiselle.
— Je suis venu apporter un message », a-t-il dit en s’approchant de moi, et là, j’ai tout de suite senti l’embrouille.
Je suis restée cool, cela dit, parce que, globalement, dans la vie, je reste toujours plutôt cool.
« Fallait pas vous emmerder, j’ai dit en sortant une clope de son paquet. Je lis mes e-mails. Parfois.
— Vous devez abandonner », a-t-il lentement, sur un ton monocorde.
Il avait continué à se rapprocher de moi et en était au stade où il était trop près. Je me suis levée, histoire de montrer que je n’allais pas me laisser faire par un connard dans son genre.
« Abandonner quoi ? ai-je demandé en allumant ma clope.
— Vos recherches concernant le travesti. Il vous a trompé et trahi. Il ne mérite pas que vous mourriez pour lui. »
Je lui ai envoyé un direct du droit dans la mâchoire, et le type s’est écroulé par terre.
« Autrement dit, tu me traites de fausse gouine, là ? » ai-je demandé, m’attendant à ce qu’il sorte un flingue et le pointe sur moi. S’il jouait à ça, il allait se prendre un gros coup de godasse avant d’avoir pu viser. « Et tu te prends pour qui, pour venir me faire chier chez moi ? »
L’homme s’est tourné vers moi. Il m’a jeté un regard mauvais, qui lui donnait un air de méchant qui allait bien avec sa barbe de quelques jours.
Hey, une seconde, Lev, ai-je soudainement réalisé. Il était imberbe il y a une minute.
« Tu refuses », a constaté le nouveau barbu. Perspicace, le type. « Alors, tu dois mourir. »
Il n’y avait pas que sur son visage que des poils avaient poussé : c’était aussi le cas sur ses mains. Ses ongles s’agrandissaient à vue d’œil, et il semblait beaucoup moins maigrichon que quand je l’avais vu pour la première fois.
Je ne comprenais rien à ce qui était en train de se passer, mais tout ça ne sentait pas bon. J’ai profité du fait qu’il était encore à terre pour lui envoyer un gros coup de ranger dans l’estomac, mais il l’a bloqué d’une main griffue et m’a fait tomber au sol.
Et merde.
J’ai essayé de me relever, mais il a été plus rapide que moi et m’a attrapé par les épaules avant de me projeter. J’ai percuté la fenêtre de la pièce et me suis effondrée par terre.
« Ouch. »
Ses « mains » avaient déchiré partiellement mon débardeur — et la peau en dessous — mais ce n’était rien par rapport au sort que le type avait fait à ses propres vêtements.
Si on pouvait encore appeler « type » une espèce de grosse bête bipède poilue qui me regardait avec des méchants yeux jaunes.
J’avais déjà vu des films et lu des bouquins, aussi n’ai-je pas eu de mal à mettre un nom sur cette chose loup-garou. Évidemment, les loups-garous n’existaient pas, mais, manifestement celui-ci n’était pas au courant.
« OK, j’ai dit en ramassant la cigarette qui avait roulé par terre. Tu veux la jouer comme ça... »
Quand j’avais vu les films ou les bouquins sus-mentionnés, je m’étais toujours demandée comment je réagirais si je devais être, dans la vraie vie, confrontée à une telle créature. Est-ce que j’y croirais ? Est-ce que je penserais être devenue folle ? Est-ce que j’arriverais à rester cool ?
Je comptais bien prendre la troisième option. Ou mourir en essayant.
Le loup m’a sauté dessus, et je ne l’ai évité que de justesse en faisant une roulade vers le lit, auquel je me suis cognée au passage.
« Aïe », ai-je dit en constatant que le loup-garou, au lieu d’être passé à travers la vitre pour s’écraser quelques étages plus bas, ce qui m’aurait plutôt arrangée, s’était écrasé contre un mur de briques qui avait remplacé ma fenêtre.
Encore une bizarrerie qu’il faudrait que j’élucide si je survivais à ce combat, ce que le loup-garou n’était pas manifestement décidé à me laisser faire.
Il m’a encore bondu dessus, et j’ai une fois de plus réussi à l’esquiver en sautant sur le lit. Avantage : cette fois-ci, je ne m’étais pas fait mal dans le mouvement. Inconvénient : vu ma position, j’allais avoir du mal à en enchaîner un autre, de mouvement.
Alors que j’essayais de me relever, la créature m’a attrapée la jambe et je me suis à nouveau retrouvée allongée à plat ventre sur le lit. Vraiment la position idéale.
J’ai poussé un cri de douleur quand j’ai senti les dents du loup-garou se planter dans mon mollet gauche à travers mon pantalon en cuir. Saloperie.
Je lui ai envoyé un coup de tatane dans la gueule avec mon pied libre et il a lâché prise. J’ai balancé mes jambes de l’autre côté du lit et me suis relevée, manquant de m’écrouler à cause de la douleur à la jambe gauche.
Je me suis tournée vers le loup-garou qui se relevait aussi. Il avait un sourire carnassier, et je le comprenais un peu, vu que j’étais dans le pétrin.
Alors, j’ai vu le collier qui traînait à côté du lit. Forcément, Alys n’avait pas eu le temps de le mettre après sa douche. Là, c’est moi qui ai fait un sourire.
Le loup m’a sauté dessus et on s’est effondrés au sol tous les deux : moi dessous, sur le dos, lui au dessus. Il a levé son bras, se préparant à frapper, et j’ai tendu le mien pour attraper le collier. Puis il m’a lacéré la figure alors que je lui envoyais également mon poing dans la tête.
J’ai senti le sang chaud couler dans mon cou mais c’est le loup qui s’est mis à hurler de douleur, déclenchant en moi une satisfaction sadique.
Bingo. Le collier d’Alys était visiblement bien en argent. Et les loups-garous ne pouvaient pas piffrer ça. C’était bien connu.
Je l’ai frappé une nouvelle fois en utilisant le collier comme un pseudo poing américain, et je me suis dit qu’il était dommage que le mien n’ait pas été en argent massif plutôt qu’en acier. Avec ça, j’aurais pu devenir Lev, Tueuse de loups-garous.
Fermement décidée à avoir le titre même sans posséder l’accessoire, je me suis dégagée de la bête et me suis mise à genoux au-dessus de lui.
Ensuite, j’ai passé le collier autour de son cou et j’ai commencé à serrer. Simple et efficace.
Je n’aime pas qu’on vienne me gonfler chez moi.