Transmisogynie, ou de la combinaison entre sexisme et transphobie
Par Butch Cassidyke le mardi, décembre 2 2008, 16:47 - Politique - Lien permanent
Je ne suis pas persuadée que le terme «transmisogynie» ou «trans misogynie» existe en français (en tout cas, google ne renvoie rien, mais ça ne devrait pas tarder à changer) ; cependant, je l'ai vu utilisé à plusieurs reprises sur des blogs en anglais ou dans des extraits de livres (notamment ''Whipping Girl'', de Julia Serano) et je pense qu'il s'agit d'un concept intéressant.
Contrairement au terme «transphobie» qui désigne une discrimination contre les trans', le terme «transmisogynie» cible plus spécifiquement les trans' MtF (ou Mt*), un peu comme le terme «lesbophobie» est plus spécifique que «homophobie». Ce que je vois d'intéressant avec ce mot, ce n'est pas qu'il permet de se différencier des trans FtM qui auraient une vie beaucoup plus facile, mais de visibiliser le fait que la transphobie et le sexisme se combinent chez les femmes trans' d'une manière spécifique et qu'on ne peut pas séparer les deux.
L'essentiel de la transphobie passe par la négation du genre de la personne : un homme trans' reste une femme, une femme trans' reste un homme, et ne parlons même pas des personnes qui revendiquent un genre non-binaire, qui n'existent tout simplement pas. À côté de ça, la misogynie consiste à considérer les femmes comme inférieures, mais aussi à dévaloriser tout ce qui leur est lié, c'est-à-dire tout ce qui est «féminin». Un aspect important de la transmisogynie, c'est-à-dire de la combinaison entre ces deux oppressions, me semble être le refus de comprendre qu'un «homme» (puisqu'on refuse de considérer le genre de la trans') puisse vouloir se «féminiser». Ce refus d'accepter les trans' pour ce qu'elles sont et d'accepter comme légitime une aspiration «féminine» a des conséquences diverses :
- une hyper-sexualisation des trans' : si une personne ayant un corps soi-disant «masculin» porte des vêtements féminins, c'est forcément pour attirer les hommes dans un but sexuel ;
- pour certaines féministes, cela entraîne un rejet des MtF qui ne seraient que des fétichistes, voire des agents du patriarcat infiltrés. On citera par exemple Janice Raymond : «Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la véritable forme féminine à un artefact, en s'appropriant ce corps pour eux-mêmes. Les transsexuels coupent simplement le moyen le plus évident d'envahir les femmes , pour qu'ils puissent sembler non-invasifs» ;
- de manière un peu semblable, j'ai souvent vu apparaître l'idée que les trans' se «féminiseraient» uniquement par contrainte dans des discussions liées à la prostitution (discussions catégorisant par ailleurs régulièrement les femmes trans' dans la «prostitution masculine») ;
- dans les milieux militants (et pas seulement), la double contrainte : être féminine, au risque de voir son genre nié parce que ne pas être féminine prouve que l'on est en réalité un homme, mais ne pas être féminine, parce que c'est caricatural, être soumise, anti-féministe, fort peu subversif, qu'on limite la femme à la féminité, ce qui prouve que l'on est en réalité un homme.
Un autre aspect non négligeable de la combinaison entre ces deux oppressions est le fait que l'oppression sexiste va passer inaperçue, va être plus excusable, parce qu'on n'est pas vraiment une femme, ce qui, comme disent les anglais, ajoute l'insulte transphobe à la blessure sexiste. Cela est vrai non seulement du point de vue de l'oppresseur mais aussi, malheureusement, de certain-e-s féministes.
- Pour l'oppresseur, le fait de nier le genre de la personne permet de cacher l'aspect sexiste de l'oppression, et permet d'en rajouter dans les excuses classiques du type «c'est qu'elle le cherchait» (en lien notamment avec l'hyper-sexualisation évoquée précedemment) ou «elle ne s'est pas défendue» (cf le procès du meurtrier présumé de Kellie Telesford, où la défense argumentait que la victime, trans', aurait eu une force d'homme et aurait donc pu se défendre).
- Concernant le féminisme, le fait que certain-e-s féministes refusent de considérer les femmes trans' comme des femmes exclut ces dernières de certaines possibilités de protection, d'émancipation ou de luttes. Même si, heureusement, l'exclusion officielle des femmes trans' des espaces non-mixtes est de moins en moins courante , l'exclusion des femmes trans' du féminisme ne saurait se limiter à cela et passe aussi par des attitudes ou des comportements (par exemple j'avais très mal vécu qu'un mec cis féministe me fasse la leçon sur ce qu'est l'oppression des femmes, comme si je ne la vivais pas un tout petit peu plus que lui) ainsi que par l'absence de prise en compte globale de cette question.
Enfin, pour terminer, le sexisme sur les femmes trans' est rendu d'autant plus fort par la psychiatrisation, qui tend à n'autoriser les transitions (notamment hormones et chirurgies) que pour les personnes ayant des comportements correspondant parfaitement à des normes de genres qui sont encore bien plus réactionnaires que ce qui va être attendu d'une femme dans la vie de tous les jours. Si cela reste moins vrai qu'il y a 20 ans, notamment grâce au fait qu'il y a des réseaux qui permettent de contre-balancer l'importance des psychiatres, il n'en reste pas moins que ceux-ci restent détenteurs d'une position de pouvoir sur les trans' qui sont de fait dépendant-e-s d'eux-elles. Bien entendu cette normalisation est vraie pour toutes les personnes trans', MtF comme FtM, et elle s'applique en grande partie pareillement aux deux groupes (notamment pour l'injonction à l'hétérosexualité), mais le «féminin» et le «masculin» ne sont pas placés au même niveau et le premier est inférorisé par rapport au second.
Voilà, ce sont quelques idées sur ma vision de la «transmisogynie». Évidemment étant donné l'aspect un peu impressioniste (même si j'ai essayé de généraliser un peu, cela reste quand même fortement basé sur mon vécu) et la spécificité de ce billet, c'est MtF-centré, ce qui ne veut pas dire que je pense les FtM ne vivent pas, eux aussi, une combinaison entre sexisme et transphobie, mais simplement que je ne crois pas être la mieux placée pour en parler :)
Commentaires
Bonjour Elly, une bonne et fraîche nouvelle de New York... Qui va dans le bon sens mais comme le dit Mme Golden, c'est triste qu'elle ait dû en passer par tout ça:
NEW YORK COURTS CAN’T DENY TRANS PEOPLE’S RIGHT TO NAME CHANGES
FOR IMMEDIATE RELEASE: December 2, 2008
Contact:
June Brown
(212) 337-8550 Extension 303
june@srlp.org
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After a year long struggle, New York courts have upheld a transgender woman's right to change her name, reversing an earlier denial of her legal name change related to lack of medical evidence and the possibility of "confusion"
ALBANY - The New York State Supreme Court Appellate Division, Third Judicial
Department, held that a transgender petitioner cannot be denied a name change simply because she seeks to adopt a feminine name in the place of a traditionally masculine name.
Elisabeth Golden, a 57-year-old transgender woman, initially filed her name change petition with the Supreme Court in Broome County in October 2007. Ms. Golden has been using the name Elisabeth in her personal life since 2004, and in her professional life since 2006; she wanted a legal name that reflected her female gender identity. Her petition was heard by the Hon. Jeffrey Tait of the Supreme Court, who initially suggested that Ms. Golden supplement her petition with affidavits fromphysicians or therapists.
After Ms. Golden refused to provide such affidavits, believing them to be private, Justice Tait denied her petition, stating that "the proposed change of name from a male to a female name is fraught with possible confusion..." Upon reviewing the decision, the Appellate Division, Third Department ordered Ms. Golden's petition to be granted.
Writing on the behalf of a unanimous panel of five justices, Presiding Justice Anthony Cardona stated that the petitioner had the right to change her name "under common law... at will so long as there is no fraud, misrepresentation or interference with the rights of others," The decision goes on to hold that any potential confusion arising from a transgender name change "is not, standing alone, a basis to deny a petition..." and points out that any name change, regardless of gender, has a reasonable and ordinary potential for confusion.In overturning the Supreme Court decision, the Third Department also rejected Justice Tait's suggestion that the submission of medical or psychological affidavits were necessary to supplement Ms. Golden's petition.
Franklin Romeo, the Sylvia Rivera Law Project attorney who represented Ms. Golden, echoed Justice Cardona's ruling: "This decision confirms what SRLP has long argued is the law of New York: judges cannot deny a person's petition to change their name simply because they seek to adopt a feminine name rather than a masculine name, or vice versa. Nor can they request medical evidence regarding a petitioner's gender that is irrelevant to a name change
proceeding. This is an important victory for transgender people throughout New York State."
Ms. Golden's petition was the first opportunity for any of the Appellate Division courts in New York to address the issue of transgender name changes. It is now binding in the Third Department (which covers most of western New York other than New York City and Long Island), and is expected to be highly persuasive across the state.
Though Ms. Golden was ecstatic when learning of her victory, she also found the entire situation bittersweet. "It is somewhat comforting to know that our rights as citizens can still be protected, but sad that it has to go this far." She went on to say that she hoped that the ruling in her case "furthers the lives of transgender folks and helps prevent others from going through this."
Many transgender people seek legal name changes in order to accurately reflect their gender identity and the gender they live as. By exercising their legal right to change their names, transgender people can surmount potential barriers in workplaces, education, and many other institutions that require a legal name on file.
Although many trans people do seek medical treatment and/or psychiatric counseling as part of a gender transition, not all do, especially since access to health care is far from universal. Furthermore, many trans people begin the process of transitioning socially and legally before starting medical treatment.
The Sylvia Rivera Law Project (SRLP) is a non profit legal organization dedicated to serving low income transgender, intersex, and gender non-conforming people of color. SRLP works to guarantee that all people are free to self-determine their gender identity and expression, regardless of income or race, and without facing harassment, discrimination, or violence.
http://srlp.org/node/257
Merci pour l'info !
Bravo pour ce post que je viens de lire depuis le forum du NPA. Je pense aussi qu'il y a un vrai probleme politique dans le fait de classer les femmes trans' et en particulier quand elles sont travailleuses du sexe dans la classe des opprimeurs. Comme si les heteros et cis n'etaient pas eux aussi dans leur genre une caricature du sexe.
Quand j'encule un mec je me sens totalement femme.
C'est interessant ce que tu dis Gouine MUm parce que quand je me fais enculer je me sens souvent plus homme..