Zapping transphobe
Par Butch Cassidyke le vendredi, décembre 19 2008, 16:43 - Politique - Lien permanent
Comme c'est un peu les vacances, mais que j'avais envie de maintenir mon rythme de parution des billets de ce blog (bon ça tiendra pas pendant toutes les vacances, soyons claire), j'en profite pour remettre un billet que j'avais en cours depuis un certain temps.
Le principe : noter les différents propos transphobes tenus sur le web. Pas sur tout le web, il faut pas déconner, mais dans deux cadres où a priori, si on était naïve, on pourrait croire qu'il n'y en aurait pas : le cadre «extrême-gauche» d'un côté et le cadre «trans» de l'autre.
Transphobie d'extrême-gauche
Commençons par les forums et sites dits «d'extrême-gauche». J'ai décidé d'anonymiser les citations, vu que le but n'est pas de pointer du doigt des personnes ou des forums, et pour éviter qu'on me tombe trop dessus, mais en gros elles proviennent de forums anticapitalistes, marxistes, trotskystes, anarchistes, ...
Par contre j'ai laissé l'année, à titre indicatif (et l'orthographe).
Un homme c'est comme ça, une femme c'est comme ça
Je pense simple qu'on est né homme ou femme.
(octobre 2005)
il s'agit d'une femme qui a subit des traitements médicaux pour ressembler à un homme. ... ce que j'ai dit est la pure et simple réalité et permet d'expliquer le "miracle" d'un homme "enceint" sans devoir faire appel à un quelconque Dieu. Si cela prouve que je suis transphobe alors c'est la réalité elle même qui est transphobe
(octobre 2008)
Là, c'est ZE postulat transphobe number one : tu nais homme ou femme, et puis voilà. C'est l'exemple le plus classique de la transphobie : on reste comme la Nature ou Dieu nous a créés, basta.
Autrement dit : une femme trans' est un homme, un homme trans' reste une femme.
C*** ******** n’est pas une femme, ce détail très important pour comprendre sa démarche.
(avril 2008)
Là on a un cas plus subtil, qui consiste à nier le genre d'une personne dans le but pour la discréditer. Pour bien comprendre, la personne en question (une femme trans') défendait une certaine prostitution, ce qui en fait forcément un homme.
Je trouve que c'est symptomatique d'une certaine tendance chez des personnes[1], à avoir des comportement corrects avec leurs amis ou les personnes avec lesquelles elles sont d'accord, mais qui ne comprennent pas que la transphobie, le racisme ou le sexisme ne sont pas plus justifiable lorsqu'il s'agit de personnes avec lesquelles elles ne sont pas d'accord.
Bien sûr, ça reste basé sur ZE postulat transphobe : une femme trans' reste un homme.
Oui, mais moi je suis féministe, tu comprends
Nous croyons qu'un genre est simplement une affaire génitale. Et pourtant on a ces types qui courent partout en disant qu'ils se "sentent comme une femme". Qu'est-ce que ça veut bien dire ? Ça veut dire que ces types fétichisent les rapports de genre !
Et c'est simplement réactionnaire !
En tant que communistes, nous voulons nous débarasser des rapports de genre et je pense que c'est des choses négatives comme les rapports de genre qui causent ce type de maladies.
(octobre 2005)
Histoire de continuer dans la transphobie au nom d'un (certain) féminisme : mon dieu, mais quelle horreur, des trans' se «sentent» hommes ou femmes, et c'est anti-féministe.
Parce que bien sûr, aucun individu cisgenre ne se «sent» homme ou femme, il n'y a que les trans' pour faire cela. C'est un peu deux poids deux mesures.
Dans le genre, on admirera aussi :
En quelque sorte, le transexuallisme est il autre chose qu'une manoeuvre machiste pour fabriquer un idéal féminin artificiel à sa convenance, une façon de nier la féminité réelle plutôt que de l’accepter ? une façon de rejeter la Femme réelle avec tous ses défauts, en ne gardant que les "qualités" qui, en l’ocurence sont révélatrices d’une certaine vision de la femme objet ?
(décembre 2008)
ou : le vieux spectre des trans' qui sont des hommes qui ne transitionnent que parce qu'ils ont une vision machiste de la femme. Idée lancée (notamment) par Janice Raymond en 1979 dans son bouquin «The transsexual empire : the making of the she-male». Soit elle est toujours présente 30 ans après, soit il y a des gens qui sont restés coincés dans les années 70.
Oui, mais moi je suis progressiste, tu comprends
On ne peut décemment pas contester les OGM ou le dopage si on s 'affirme transgenre, ou si on les soutient , en ce qui concerne ces différences physiologiques
(octobre 2008)
Parce qu'être progressiste, c'est être contre toute modification de son corps. Avortement ! Contraception ! Et hop tout ça, à la poubelle !
Mais du coup, si je couche avec, je suis gay ?
Comment vous sentiriez-vous si vous découvriez que votre partenaire avait été du genre duquel vous n'êtes pas attiré ?
(octobre 2005)
Je suis peut-être un vieux réac, mais oui. Je connais pas de transformation parfaite d'un sexe à un autre, ne serait ce que physique. Or le sexe, c'est indéniable, a un aspect foncièrement physique... Je ne vois guère que cette distinction d'intéressante, en ce qui me concerne. Et je n'aime pas franchement les relations ambigües. Mais après, c'est vrai que c'est de l'ordre du détail, vu que les trans ne courent pas les rues, je ne suis pas pour l'instant terrorisé à l'idée de draguer une des fausses femmes (sexuellement parlant s'entend)
(mars 2007)
La question anodine : oui mais vous, vous réagiriez comment si vous réalisiez que votre partenaire est trans' ? En soi je ne pense pas que la question soit transphobe (quoique la réponse puisse l'être, comme dans le cas présent en parlant de «fausses femmes»), par contre c'est un peu lourd quand une discussion sur les questions trans' doit forcément tourner là-dessus.
Et encore une fois, on est basé sur ZE postulat transphobe : mon dieu, j'ai couché avec une trans', donc c'est que j'ai couché avec un homme. Et le postulat homophobe : même si ça m'a plu, c'est horrible.
Et les gens qui se prennent pour des animaux, hein ?
Si quelqu'un se prend pour un dinosaure, faut-il s'empresser (même si c'était faisable) de lui retirer sa peau pour lui greffer une peau de reptile avec des écailles sur simple demande, parce que l'envoyer voir un psychiatre serait le stigmatiser ?
(septembre 2007)
On notera la comparaison bien choisie, parce que évidemment, dire que la notion d'homme et de femme est avant tout sociale et donc qu'on peut se sentir homme ou femme en ayant respectivement un vagin ou un pénis, c'est la même chose que de dire que la différence entre un dinosaure et un humain est avant tout sociale.
Quoique, en lisant ça datant de 2007, on se dit qu'il y a certains individus appartenant légalement à l'espèce humains qui n'auraient pas de mal à faire une transition vers «dinosaure».
Oui mais l'état-civil c'est important, quand même
Personnellement, je trouverais très étrange de ne plus avoir la mention féminin ou masculin. En ce qui me concerne, si sur ma carte cette notion disparaîtrait, ça me ferait comme un "choc".
(octobre 2007)
Qu'une personne soit reconnue comme ayant le sexe qu'elle veut est une chose.
Mais pour l'Etat Civil, il n'y en a que deux: alors, l'un ou l'autre!
(juillet 2008)
Un peu étonnant à l'extrême-gauche, plus présent ailleurs: oui mais quand même, il faut garder le H/F sur la carte d'identité, hein. Et tant pis si ça nie l'identité des personnes qui ne sont ni l'un ni l'autre (ce qui est certes loin d'être le cas de tous les trans', qui se définissent en général complètement «homme» ou «femme»). On est révolutionnaire, mais quand même, l'état-civil , c'est sacré.
Je vous mets un peu de lesbophobie avec ça ?
Mais tu admettras que quand deux femmes trans qui se mettent en ménage en se prétendant gouines, cela donne une idée assez confuse de leur amour de la féminité.
(décembre 2008)
Bon en fait c'est le reproche que je trouve un peu confus, pour ma part, mais bon.
Transphobie trans'
Passons maintenant à la catégorie de transphobie suivante : la transphobie trans'. Ça peut paraitre bizarre à première, mais les personnes qui se définissent comme «vrai-e-s trans'» aiment manifestement beaucoup dire du mal des «fau-x-sse-s trans'».
Comme précédemment, je ne mets pas la source, et parfois c'est traduit, mais, comme pour les liens précédents, je promets que ça a vraiment été dit. Juré, craché, ptiouh.
Sans ton genre, tu n'es rien
Je trouves terrifiant, cet univers de personnes informes, aux identités flous, ou inexistantes, que la vie doit ètre triste, quand on est à ce point destructurés et en marge de la société!
Une idée qui rejoint un peu le fait de considérer les homos comme narcissiques parce qu'ils-elles veulent coucher avec «eux-elles même» : la seule chose qui compte, c'est son genre. Tu as une identité de genre floue, voire inexistante, mais c'est TRISTE, c'est horrible, tu n'as pas d'identité.
Une trans', ça ne pénètre pas
Pour moi, transsexuelle et "active", comme disent les gays, c'est antinomique, et mème s'il y a des femmes génétiques lesbiennes qui sont "actives", en utilisant des godes-ceintures, ça reste quand mème qu'un instrument en plastique, mais ça n'a aucune comparaison avec un pénis à soi, c'est son propre sexe que l'on utilises, et en l'occurence un sexe masculin, et qu'on pratiques un acte purement masculin, ou alors j'ai rien compris au film!
Oh My Gode, qu'une femme se serve de son pénis plutôt que d'un gode-ceinture pour être «active», c'est forcément masculin, c'est que ça n'est pas une vraie transsexuelle, et donc...
si tu cherche une trans active passive, mais c'est une shemale alors.
... une «shemale». Shemale, pour les lectrices-lecteurs qui ne connaitraient pas, c'est un terme pour désigner les trans' surtout utilisé dans le porno, généralement pas vu de manière super positive. Par ailleurs des trans' peuvent revendiquer ce terme, mais il y a une grande différence entre dire «je suis une shemale» et «beurk, t'es pas une trans toi, t'es une shemale». Autrement dit...
il faut savoir que celui ci diminue la fabrication de spermatozoide,donc plus d'ejaculation mais n'empeche pas une erection,qui je pensse d'en notre cas ne nous sert a rien!!!!sauf pour certaine,mais dans ce cas la il s'agit de cas psychiatrique!!!!
... une malade mentale. C'est vrai que vouloir se servir d'une partie de son corps pour prendre du plaisir, il faut vraiment être un cas psychiatrique.
Une trans', ça aime les hommes. Point.
Le vrai transexuel est attiré par les hommes et non par les femmes car c'est une femme dans le corps d'un homme que la chirurgie actuelle peut modifier ; on voit de plus en plus de trans lesbiennes, qu'est-ce-que c'est que çà ? une supercherie ? un nouveau fantasme ? Comment devenir une femme à part entière et être lesbienne ? C'est du n'importe quoi !
Certes, il ne s'agit pas à proprement parler de transphobie mais d'homophobie, mais je pense que les deux se combinent parfois de manière particulière.
Un trans', ça n'est pas enceint
Cette personne, pour moi, n'est en aucun un FTM, et un homme, donc, car tout le monde sait qu'il n'y a pas plus masculin et viril qu'un FTM, tellement ils défendent leur identité sexuelle masculine avec fierté, quelques fois excessivement, comme les MTF, concernant leur identité féminine, mais ce sont des hommes avant tout, et les connaissant, je suis sure que ce sont les premiers à ètre choqué par le fait qu'un homme digne de l'ètre, ne donnera jamais la vie, comme une femme, puisque par définition, ce sont des hommes!
En réaction à Thomas Beatie, trans FtM qui était enceint (et qui l'est à nouveau, d'ailleurs, ce sale récidiviste).
Un peu la même logique qu'avec la pénétration pour les trans' MtF : quelle idée de vouloir se servir de son corps, il faut respecter la norme du genre qu'on revendique.
Et bien sûr, dès qu'un-e trans' fait un «écart» par rapport à la norme, il-elle risque de voir son identité de genre remise en question : s'il est enceint, c'est une femme, point.
Un-e trans', ça se fait opérer
D'accord, soyons clair sur quelque chose, là... quelques soit la terminologie raisonnable, qui puisse être utilisée dans une discussion raisonnable, si une personne ne veut pas de «chirurgie génitale» alors elle n'est en aucun sens, significatif et légitime, transsexuelle.
On retrouve un peu le leitmotiv des phrases précédentes : hey, vous êtes pas des vrai-e-s trans', vous !
C'est amusant de voir comment ZE postulat transphobe, qui est «vous n'êtes pas de vrai-e-s hommes-femmes» est finalement intégré par certain-e-s trans' pour devenir «vous n'êtes même pas de vrai-e-s transsexuel-le-s».
Les trans', ça doit être normal
Cest a cause de prssone comme vous que l'on et considérré pour des dingue et des barges les femme a barbe c'est dans les cirque pas ici
Oh Mon Gode, une femme à barbe, mais quelle horreur. Et en plus, ça décrédibilise les trans'.
C'est drôle, quand j'étais un geek libriste déjà, y'avait des types qui venaient nous souler «hey, vous, les barbus (ben ouais j'étais barbue à l'époque, hé), faut faire un effort, vous décrédiblisez les logiciels libres». Finalement, on retrouve la même chose chez les trans'.
Comme quoi la barbe, quelque soit le contexte c'est quand même méchamment pas crédible.
Conclusion
La conclusion est assez simple : surprise, il y a plein de gens transphobes, en fait ! Alors bon c'est que des petits exemples liés à deux contextes particuliers parce que c'est là que je passais du temps sur Internet, et bien sûr ce n'est pas difficile d'en trouver ailleurs (je me rappelle m'être bien poilée sur un blog d'extrême-droite qui parlait de l'existrans, surtout à propos du côté «mon dieu c'est l'apocalypse, les trans' débarquent pour détruire notre belle Nation»... ah, si seulement). Seulement j'avais trouvé ça un peu frustrant de voir des personnes dont a priori j'attendais plutôt le soutien sortir ce genre de choses,
C'est mon côté naïve, que voulez-vous ?
Notes
[1] Sans vouloir accuser un courant particulier, je trouve ça quand même très présent chez les abolitionnistes. M'enfin, hein.
Commentaires
Il y a aussi le magnifique et perfide "les luttes LGBTI sont des luttes individualistes (= égoïstes), il faut laisser la priorité à la lutte des classes, collective, elle (= altruiste)". Ou comment chier en bonne conscience révolutionnaire sur les discriminéEs quand on ne l'est pas soi-même. Et comment nier le concept même de convergence des luttes. (je me demande d'ailleurs si "on" oserait répondre la même chose face aux luttes anti-racistes...)
Quant à la transphobie intra-trans', elle n'est pas nouvelle du tout : c'est une des multiples manifestations de la transphobie intériorisée, qu'on adopte pour bien se faire voir par l'oppresseur.
J'ai été à la fois frustré/accablé par autant de bêtise, mais hilare devant le désarmement que tu leur a infligé avec tant d'humour, merci. :)