Voilà une petite nouvelle (qui est très inspirée de la scène d'intro de Pulp Fiction et d'une citation d'Al Capone) sur le «passing» chez les trans' (oui, dernièrement, ce blog ne parle plus que de trans'. Désolée.)


Assis l’un en face de l’autre à la petite table d’un café, l’homme et la femme discutaient. Ils parlaient de la notion que les personnes transgenres appellent passing, c’est-à-dire le fait d’être perçu dans le genre désiré.

George, le garçon, y arrivait sans problème, mais Mathilde était fréquemment appelée « monsieur ».

La serveuse ne fit pas exception à la règle lorsqu’elle leur apporta leur café. Cela fit soupirer la jeune trans’.

« Pour passer, il faut être à l’aise, expliqua George. Les gens le sentent.

— Que dalle. Je suis à l’aise. »

Ils se disputèrent sur le sujet pendant quelques minutes, tout en avalant leur boisson.

« Je pense que c’est la voix, hasarda Mathilde. J’ai une voix de mec.

— C’est parce que t’es pas à l’aise.

— T’arrêtes de me casser les couilles avec ça ?

— Ça t’arrangerait bien, qu’on te casse les couilles, répliqua George en souriant.

— Je sais pas. Je crois que j’ai fini par m’y attacher. »

George termina son café, posa la tasse vide et tourna la tête à droite et à gauche.

« Bon, on y va ? demanda-t-il.

— D’acc », répondit simplement Mathilde.

Le couple se baissa de concert vers les sacs qu’ils avaient laissés à leurs pieds, sous la table. Puis ils se levèrent, chacun avec un pistolet à la main.

« Ceci est un putain de braquage ! gueula Mathilde. Le premier qui bouge se fait exploser la cervelle, pigé ? »

La peur se répandit comme une traînée de poudre sur le visage des clients et des serveurs. Une dame se mit à implorer :

« Je vous en prie, madame. Ne nous faites pas de mal. »

Le fait qu’elle l’ait appelée « madame » plut à Mathilde, qui arbora un sourire triomphant à destination de George.

« On passe mieux en étant à l’aise et armée qu’en étant juste à l’aise. »