Un (autre) mariage annulé
Par Butch Cassidyke le mardi, juin 10 2008, 22:27 - Politique - Lien permanent
Oui mais attention, c'est pas pareil. Là, je doute que beaucoup ne se mette à râler. Je sais pas pourquoi, je ne dois pas avoir la foi en l'humanité (et très honnêtement, j'ai même pas foi en Rouge, là-dessus).
Donc, il y a aurait eu un mariage annulé parce que le mari s'est révélé transsexuel.
Je dis «aurait» parce que je n'ai vu qu'une source (l'AP), même si l'information a été reprise sur des sites plutôt fiables comme Le Figaro. Bon OK on peut trouver que le Figaro c'est un peu à droite et par conséquent pas tellement fiable vu que c'est la voix du Kapital, mais c'est soit ça soit un blog du Front National (bon, j'exagère un peu, je l'ai vu aussi sur un autre site et sur 20 minutes, mais je retrouve plus).
Donc, conditionnel.
L'article en lui-même est déjà intéressant, je trouve. Prenons le titre :
« Marne: le futur marié était une femme»
Et hop, on est déjà dans le bain de la transphobie journalistique ambiante. Y'a eu quelques articles sur les trans' dernièrement (par exemple sur le licenciement condamné, voire billet précédent) et rien qu'en voyant si les journalistes en parlent dans le bon genre on peut voir la sensibilité.
C'est-à-dire qu'en général les journaux de gauche font une ou deux erreurs en mettant un "il" au lieu d'un "elle" ou vice-versa, souvent sur le mot «transsexuel» (par exemple en parlant d'«un transsexuel» alors que pour le reste de l'article ils disent «elle»).
Pas Le Figaro. À vrai dire, même le texte du blog du Front National est moins pire (bon ils ont juste recopié l'article de «L'union», il faut dire). Tout du long, on a droit à «cette femme» et au féminin.
Bref, le fond de l'histoire, pour ceux qui auraient pas lu: un mariage était prévu, et quelqu'un s'est rendu compte que le mari était en fait de sexe féminin ; et non pas «une femme» comme le sortent les connards de journalistes racoleurs, puisqu'apparemment le subterfuge était parce qu'il ne pouvait pas se payer une opération pour avoir droit au changement d'état-civil légal.
Le maire a donc illico annulé le mariage prévu (qui n'avait pas eu lieu, donc pas besoin de passer devant un juge), et le mari se retrouve accusé de faux et usage de faux.
Alors, bon, pour la femme c'est vrai que c'est pas super cool puisqu'apparemment elle n'était pas au courant. J'espère pour eux que leur histoire ensemble s'arrêtera pas là à cause de ça, parce que si on aime vraiment quelqu'un c'est dommage de s'arrêter à juste une histoire d'organes génitaux.
Mais à vrai dire, ce qui me paraît le plus important, c'est cette histoire de faux et d'usage de faux.
Je pense que, si cette histoire est avérée et n'est pas juste un fantasme cauchemardesque du Figaro (je pense pas que ce soit ça, quand même), nous devrions nous mobiliser là-dessus.
Parce que, oui, il y a «faux» et «usage de faux», ça ne fait pas de doute. Mais ce n'est qu'en réaction à la transphobie de l'état. Ce faux et usage de faux, c'est presque de la désobéissance civile, c'est dire que ton genre n'est pas celui que ce putain d'état a défini pour toi.
Il se trouve que moi aussi, je pourrais être condamnée pour «faux» (pas usage de faux, parce qu'on me demande jamais mes papiers vu que je suis bien blanche) puisque j'ai grossièrement modifiée ma carte d'identité (bon avec un bon avocat le fait que ça soit grossier et qu'on puisse difficilement le prendre pour un vrai devrait m'éviter la prison, mais n'empêche) pour dire que merde, «enlevez votre sexe de mon état-civil», pour reprendre un slogan que j'avais vu sur une pancarte des Panthères Roses.
Alors je ne sais pas si toute la communauté politique se lévera en choeur pour défendre ce gars (ni même s'il voudra se défendre, ce que j'espère, en tout cas pour cette histoire de faux et usage de faux) ; j'en doute un peu, mais je crois honnêtement que le sujet le mériterait.