Sur et contre la démocratie
Par Butch Cassidyke le lundi, février 18 2008, 14:34 - Politique - Lien permanent
Il y avait il y a quelques jours un dossier intéressant dans Libération sur la démocratie, et particulièrement la remise en cause de cette démocratie :Des intellos qui rejettent la démocratie.
Cela parle notamment d'Alain Badiou et de Slavoj Žižek (qui a même droit à une interview), le tout étant tout de même nuancé par l'éditorial de Laurent Joffrin qui explique sa peur de voir «le champ libre aux nostalgiques des utopies de fer et de sang».
Déjà moi je trouve ça vachement cool parce que je lis presque jamais de philosophes ou de sociologues et tout ça, et que mes lectures en général c'est plus des polars ou de la Fantasy ; sauf que les deux derniers que j'ai lu, ben c'est justement Alain Badiou et Žižek, dont j'ai beaucoup apprécié la lecture quoique quand même pas tout compris. (Et le pire, c'est que j'ai découvert Žižek uniquement à cause du groupe Laibach, sur lequel il faudra aussi que je blogue un de ces quatre)
Derrière ce qui peut paraître choquant (puisque tout le monde est censé être pour la démocratie), ces deux philosophes (tels que je les ai compris) remettent surtout en cause la démocratie bourgeoise et parlementaire, ainsi que le fait qu'on ait pas le droit de critiquer le résultat d'un suffrage.
Ainsi Alain Badiou dans «De quoi Sarkozy est-il le nom ?» :
Le suffrage universel serait la seule chose qu’on aurait à respecter indépendamment de ce qu’il produit? Et pourquoi donc?
Il parle aussi des contradictions de cette doctrine, puisque c'est pourtant au nom de cette sacro-sainte démocratie qu'on va rejetter certaines élections, comme pour le Hamas en Palestine.
Personnellement, j'ai trouvé son bouquin (De quoi Sarkozy est-il le nom), de même que celui de Zizek que j'ai pu lire (Bienvenue dans le désert du réel). Zizek en particulier soulève beaucoup de questions et apporte aussi un certain nombre de réponses, et je trouve que c'est vraiment intéressant à lire.
En dehors de la critique de la démocratie actuelle, il y a quelques points intéressants qui m'ont semblé commun, comme le «il y a un seul monde» d'Alain Badiou (qui veut dire qu'il faut se battre pour qu'il y ait un seul monde, et non pas, comme c'est le cas avec le capitalisme, celui des exclus à part) et la métaphore de Zizek sur le fait que lorsqu'on demande «où tracer la ligne ?» entre «l'inclus» et «l'exclus» (il utilise un autre mot, mais je l'ai oublié :o), la seule réponse valable est de prendre une hache et de tracer la ligne entre la tête et le cou de celui qui tient tant à la voir tracer. Et cela rejoint finalement notre «démocratie», qui prétend répresenter tout le monde... mais qui a longtemps exclu les femmes et exclut toujours les étrangers, les mineurs, ...
En tout cas je trouve que ça fait vachement de bien dans un monde où la société capitaliste dite «démocratique» est présentée comme non pas le meilleur des mondes dans l'absolu mais en tout cas comme le meilleur des mondes possibles (puisque les seules alternatives sont le totalitarisme), où non seulement «communiste» est devenu un gros mot mais où «politique» l'est également.
--- Post-scriptum: oh, et puis quitte à faire affreusement présomptueuse et à me citer parmi ces deux grands philosophes, il y avait un petit extrait de mon roman de Fantasy, «Pas tout à fait des hommes» qui résume assez mon opinion là-dessus:
— Nous sommes pour le pouvoir au peuple.
— Bien sûr, fit la reine. Moi aussi. Cela s’appelle la démocratie. Mais ce n’est pas incompatible avec un système monarchique.
— Démocratie », répéta Edine en insistant sur chaque syllabe, comme s’il les découvrait. « Démocratie. Le pouvoir au peuple, dans une langue morte et oubliée, réservée à quelques érudits. Ce n’est pas ça que nous voulons. Nous voulons le pouvoir au peuple dans une langue vivante que tout le monde comprend. Et ça, ça nous paraît incompatible avec la monarchie.
Bien sûr ça a les limites de la Fantasy, c'est-à-dire qu'on parle de monarchie. Cela dit il me semble que c'est tout aussi vrai si on remplace «monarchie» par «capitalisme». L'ennui c'est que faire un roman de fantasy qui parle vraiment de capitalisme n'est pas évident (et j'avais promis que je bloguerais sur le sujet un jour, d'ailleurs).