La démocratie, ce n'est pas le pouvoir au peuple
Par Butch Cassidyke le samedi, novembre 10 2007, 13:08 - Politique - Lien permanent
Avec le début d'agitation sur les facs et le commencement de quelques blocages s'agite déjà le spectre de la démocratie.
Bloquer une fac, dit-on, ce n'est pas démocratique.
C'est quoi, pourtant, la démocratie ?
Démocratie, ça vient du grec. Demos, c'est le peuple, et cratos, la puissance, le pouvoir.
Sauf qu'on ne dit jamais «le pouvoir du peuple», «le peuple au pouvoir» ou «le pouvoir au peuple». Parce que le truc, c'est que si on emploie un mot d'une langue morte, ça se voit moins que c'est du foutage de gueule.
Les AGs sur les facs me semblent, en ce sens, ne sont pas de la démocratie. Elle sont un tout petit, minuscule embryon de pouvoir au peuple dans une langue vivante.
Oh, ça reste ridicule. Le seul pouvoir de l'AG, finalement, est de bloquer ou pas la fac. Ce nest pas encore les soviets. Mais c'est déjà pas mal, parce que c'est prendre des décisions de manière collectives plutôt que d'élire un homme fort pour nous guider.
Alors, bien sûr, les AGs ne sont pas parfaites. Notamment, elles ne sont pas assez représentatives - encore que sur certaines facs, ça commence à s'étendre un peu. Mais elles ne peuvent évidemment pas le devenir d'un coup et c'est quelque chose qui doit se construire.
La critique de cette représentativité peut me paraître fondée, même si je ne vois pas comment on peut y remédier à part en poussant les gens à y participer.
Cette critique est bien évidemment, comme les autres qui peuvent exister, relayée par le gouvernement, et là je pense particulièrement à Valérie Pécresse, ministre de l'éducation supérieur et de la recherche, qui reproche notemment au mouvement d'être politique... et oui, politique, c'est un mot sale, berk, caca, certainement pas quelques choses que les étudiants devraient faire[1]. Un autre truc que le gouvernement reproche au mouvement, à part le simple fait d'exister, c'est de vouloir faire la jonction avec les autres mouvements sociaux. C'est marrant, parce que dans toutes mes études on m'a soûlée sur le fait qu'il fallait un rapprochement entre le monde universitaire et le monde de l'entreprise... manifestement, on ne veut pas que ce rapprochement se fasse dans la rue.
Bref, la critique de la représentativité est reprise par le gouvernement, mais là, je trouve que ça fait carrément l'hôpital qui se fout de la charité. Parce que déjà, la LRU contre laquelle il y a mobilisation, elle a été expédiée pendant l'été. Bizarrement. Évidemment absolument pas pour que les étudiants ne puissent pas en discuter et se mobiliser contre elle. Si le seul problème du mouvement des étudiants c'est le côté démocratique, il y a un moyen simple de trancher : faire un referendum. Là il y aurait peu à y redire a priori. Pourtant, je doute que ce soit ce que le gouvernement fasse...
À propos de referendum, c'est amusant de noter que pendant ce temps, le parlement va bientôt approuver la constitution européenne. Vous savez, celle qui a été refusée par un referendum ? Oh bien sûr elle ne s'appelle plus constitution européenne, les articles ont été séparées pour les mettre dans des amendements aux traités précédents. Ça ne s'appelle plus pareil, mais ça fait la même chose.
Donc récapitulons :
- décider en AG sur les facs ce n'est pas démocratique, parce que ce n'est pas représentatif
- par contre, décider à l'assemblée nationale, qui est une assemblée élue avec un nombre important d'abstention et avec un suffrage indirect absolument pas proportionnel, de se torcher le cul avec le vote direct de la population, c'est démocratique.
On peut donc en déduire que la démocratie, ce n'est pas le pouvoir au peuple.
Bientôt, le gouvernement va sans doute aussi nous faire la démonstration que la guerre, c'est la paix, que la liberté, c'est l'esclavage (quoiqu'on a déjà eu droit à «le travail, c'est la liberté»), et que l'ignorance, c'est la force.
Notes
[1] Sur ce sujet, je suggère la lecture du très bon article sur le blog de Vive le Feu