Pourquoi je suis trans'
Par Butch Cassidyke le samedi, novembre 10 2007, 08:07 - Personnel - Lien permanent
Si globalement les revendications trans' commencent doucement à être un tout petit peu prises en compte, il y a l'air de rien une question qui revient de temps en temps : «pourquoi ?».
Les explications au pourquoi de la transsexualité sont en fait diverses. Personnellement, je pense que ça n'a pas vrai grande importance ; mais, d'un autre côté, c'est un blog, alors...
Bien sûr, c'est sommaire ; bien sûr, c'est basé sur du vécu et des impressions, mais voilà, en tout cas à cet instant T, mon explication à cela. Pas pourquoi des gens sont trans' en général ; pourquoi moi, je le suis.
Et la raison tient, en fait, en quelques mots : «parce qu'on m'a élevée pour être un homme».
Ce n'est pas «parce qu'on m'a élevée pour être un homme alors que je me sentais femme à l'intérieur». C'est de la connerie que je peux sortir à un psy, mais ce n'est pas vrai. Je ne suis pas née en ayant une «âme» féminine. Non. Juste «parce qu'on m'a élevée pour être un homme».
Entendons-nous bien. Si j'avais eu un vagin et qu'on m'avait élevée pour être une femme, je pense que ça reviendrait au même. Ou pas vraiment, puisque je serais «ftm» (female-to-male) au lieu de «mtf » (male-to-female). Ou «fto» (female-to-other) au lieu de «mto» (male-to-other), bien que ce soit moins usité.
Ce n'est pas une question de nature de mon âme ou de quoi que ce soit.
C'est simplement que l'assignation de genre pue.
Qu'on m'empêche de mettre des jupes ou qu'on me force à en mettre, ça revient au même : on décide à ma place. La société décide que j'ai un pénis et que par conséquent je dois parler au masculin. La société décide que j'ai un pénis et que par conséquent je dois parler au féminin.
Qu'ils aillent au diable.
C'est politique.
Ce n'est pas que politique, parce qu'il y a aussi un vrai malaise à être considéré comme un homme. Mais c'est aussi politique. C'est juste une réaction à la coercition de genre.
Bien sûr, c'est une théorisation. Des fois, ça m'arrive de me dire «ah, si j'étais une femme biologique». Ou simplement «ah, si je n'avais pas des épaules aussi larges, un poids aussi important et aussi peu de chance pour passer pour une femme biologique».
Mais, à mon avis, la source de tout ça est la coercition de genre. [1] S'il m'arrive de désirer être une «vraie» femme (au lieu de simplement une femme trans' comme c'est le cas la plupart du temps), ce n'est pas parce que j'ai un cerveau féminin, que mes parents m'ont fait porter des jupes quand j'étais petite ou parce que je suis un homosexuel refoulé. C'est parce que je ne suis pas un homme. Je suis mâle, oui, mais toute mon adolescence a été conduite à me montrer que je n'étais pas un vrai homme. Je ne pense pas que grand-monde le soit, en fait. C'était juste un peu plus le cas que pour d'autres. Je n'étais pas un garçon effeminé. Je n'étais juste.. ben, pas viril non plus. Et ça pose déjà problème.
J'aurais pu vivre avec, je pense. Honnêtement. Je ne vis pas si mal que ça en homme. Ça m'énerve un peu, c'est tout.
Seulement, et c'est là éminemment politique, je pense que j'avais un choix. Le choix entre vivre en homme, pas franchement bien mais pas desespérement mal non plus, en compensant sur la nourriture ou en m'échappant dans des livres, films et jeux vidéos : ça m'allait plutôt bien (et je ne compte pas tant que ça arreter les livres, films et jeux vidéos, en fait :p) ; ou alors, vivre en trans', avec tous les problèmes que ça peut entraîner, notamment au niveau de l'emploi et du rapport aux proches, mais avec un avantage certain : me sentir peut-être mieux (pas gagné) et, surtout, dire MERDE à ce système essentialiste binaire.
Honnêtement, je ne pense pas que j'aurais fait le second choix si je n'avais pas été révolutionnaire. (Ou peut-être que je l'aurais fait, mais plus tard. Ou peut-être que le monde entier n'aurait rien à voir à cause de ça. Ce qui est bien avec des hypothèses, on peut tout se permettre). En ce qui me concerne ce n'est pas vraiment deux choses que je peux séparer.
Notes
[1] Voire, pour être un peu provoc', le totalitarisme de genre. Totalitarisme ça fait tout de suite extrême, mais j'avais entendu quelqu'un qui expliquait que la différence entre une dictature et un totalitarisme, c'est qu'une dicatuture impose des choses, tandis que le totalitarisme va plus loin : il impose qu'on soit d'accord avec elles. Or, c'est bien ça : le simple fait de ne pas montrer une adoration pour le genre dans lequel on a été assigné peut valoir d'être discriminé, du mauvais regard au meurtre en passant par le refus d'embauche.
Commentaires
Moi je trouve ca trop courageux comme attitude. C'est a dire que c'est de l'anti-totalitarisme fait de maniere totalitaire : "je refuse ce role, et pour la peine je vais prendre son oppose, ca leur apprendra a essayer de me dresser". C'est peut-etre efficace pour forcer la societe a changer (et encore, on peut se demander si ca risque pas d'etre contre-productif en provoquant de l'anti-anti-totalitarisme totalitaire), mais d'un point de vue individuel (egoiste) et rationnel, c'est excessif. Il y a des moyens plus "doux" de se liberer d'une coercition. D'ailleurs, finalement, en choisissant l'autre role propose par le systeme, tu restes dans une forme de coercition : ce n'est pas une voie choisie de maniere entierement libre. M'enfin, apres, on en arrive a des problematiques de libre-arbitre : est-il possible de se liberer de toute coercition ou est-on determine par son environnement, etc.
Cest quand meme mieux que Miss France :)