(Désolée pour le titre bidon).

Jeudi, c'est la journée internationale contre l'homophobie. Bien sûr c'est très important de lutter contre l'homophobie, la lesbophobie, et la transphobie, qui non seulement sont toujours présentes, mais toujours relayées par l'état, avec la discrimination au niveau du mariage et de la parentalité, la psychiatrisation des trans et les difficultés à les reconnaître dans le genre choisi.

Cela dit, je ne vais pas vous parler de ça aujourd'hui (tout au plus, par souci boutiquier, vous aiguillerai-je vers l'article de Rouge en parlant).

En fait, c'est le site qui parle de cette journée (je ne sais pas si c'est un site «officiel» ou quoi, mais à vrai dire peu importe) qui me fait réagir, et surtout leurs affiches montrant un bébé portant un bracelet «homosexuel» avec le slogan «On ne choisit pas son orientation sexuelle».

Leur texte développe un peu plus :

L’homosexualité est innée ou acquise? Vient-on au monde avec son orientation sexuelle ou devient-on homosexuel, lesbienne, bisexuel ou bisexuelle selon ses expériences, son éducation ou au gré d’influences? Plusieurs chercheurs ont voulu trouver une explication à l’homosexualité. Ainsi, de nombreuses études ont été menées sur la question. De multiples théories sont avancées, mais il n’y a pas de consensus. Peu importe les théories, on peut affirmer qu’il y a consensus sur le fait que l’on ne choisit pas son orientation sexuelle

Déjà, bon, je trouve que leur affiche est complètement en porte-à-faux vis à vis de ce texte, vu qu'un bébé a assez peu d'expérience, d'éducation, ou d'influence et que du coup l'étiqueter dès la naissance revient un tout petit peu à considérer que c'est génétique, ce qui est un peu étonnant, vu que ceux qui ont sorti ce genre de trucs récemment, je les rangeais pas tellement dans la catégorie des défenseurs des homosexuels (notamment un type qui refuse d'exclure un homophobe condamné de son partie, suivez mon regard).

Mais bon, soit, restons-en sur le texte fort heureusement plus nuancé.

«on peut affirmer qu’il y a consensus sur le fait que l’on ne choisit pas son orientation sexuelle»

Alors bon, on peut peut-être affirmer qu'il y a consensus, n'empêche que moi, je suis pas trop d'accord.

Bon déjà, orientation sexuelle, je ne sais pas trop ce que ça veut dire exactement. Par exemple, est-ce qu'être homosexuel c'est

  • coucher ou avoir couché (en appréciant) avec une personne de même sexe ?
  • avoir envie de coucher / être attiré par une personne de même sexe ?

La deuxième catégorie est plus vaste que la première. Et c'est vrai que si on part de là ça paraît pas aberrant à prime abord de dire qu'on choisit pas. J'en suis pas persuadée pour autant, parce qu'il me semble que dans pas mal de cas en se remettant en question, et notamment en question les préjugés qui font que par défaut on est quand-même plutôt hétéro, on va de fait s'ouvrir éventuellement à un désir avant. Alors bon certes on peut dire que c'et juste une découvert et pas un choix, qu'on a pas choisi, au final, d'apprécier l'expérience ou pas. Mais bon, je pense que déjà le fait de remettre en question certaines choses, de se dire «tiens, je suis toujours parti du principe que j'étais pas attiré par les mecs, mais si j'essayais un coup de voir si je pouvais pas être attiré par un gars ?», bref, d'essayer sans partir du principe qu'on va pas aimer, c'est déjà, je trouve, un choix en soi. Mais bon, cela dit si l'homosexualité c'est juste l'attirance d'une personne du même genre , ben je peux comprendre qu'on dise que c'est pas un choix. (Ça me parait quand même pas très malin de mettre le dessin d'un bébé, mais bon, soit).

Bon si c'est la première définition, ça me paraît assez évident de dire qu'au final c'est un choix, même si on peut dire que y'a toujours un déterminisme et que rien n'est vraiment un choix, mais dans ce cas faudrait mettre comme slogan «Rien n'est un choix» plutôt que «L'homosexualité n'est pas un choix» ; donc je vais pas m'attarder dessus.

Maintenant, que ce soit un choix ou pas, ce qui est finalement très philosophique, et à mon avis, ne peut PAS avoir de réponse de manière scientifique (puisque dans un cas extrême comme dans l'autre, il suffit de dire d'un côté «c'est un choix inconscient même si on a pas l'impression de choisir» ou «c'est un choix illusoire».), et, moi j'aurais tendance à dire qu'il peut y avoir des cas où il y a un choix et des cas où non, pas vraiment. Par exemple, c'est pas l'orientation sexuelle mais je pense que c'est lié, mon identité de genre j'ai l'impression qu'il y a tout de même un choix, peut-etre pas le choix de pas me sentir bien le rôle masculin, mais celui de ne plus chercher à rentrer dedans et à essayer de m'y sentir bien. Je sais qu'il y a aussi beaucoup de trans qui disent «la transsexualité n'est pas un choix», mais moi, mon ressenti, c'est que je ne sais pas trop si dans 20 ans je serai un homme, une femme, ou quelque chose entre les deux, mais je pense qu'il y aura eu une part de choix (un choix contraint, mais un choix quand meme) dedans.

Mais bon, finalement, que ce soit un choix ou pas, c'est pas la question.

J'ai pratiqué des jeux de rôle à une époque ; au moment où ça commençait à ne plus être trop mal vu mais où ça l'était encore pas mal. Y'a jamais eu de grande campagne contre la rolistephobie, bien sûr, mais les arguments employés par les rolistes, les revues, etc., c'était que ce n'était pas dangereux d'etre roliste, qu'on ne faisait de mal à personne, et, merde foutez nous la paix. À aucun moment personne n'a songé à dire qu'on ne choisissait pas les jeux de rôle ou pas. Pourtant, à mon avis, on choisit pas plus d'apprécier une partie de Donjons&Dragons que d'être attiré par les hommes.

Je joue encore pas mal aux jeux vidéos, et il y a toujours, voire de plus en plus, une espèce de son de cloche chez certains pour dire que les jeux vidéos c'est dangereux. Les arguments pour la défense des jeux, ça n'a jamais été de dire que c'est pas un choix d'aimer les jeux vidéos ou pas.

Du coup, je trouve assez étrange de mettre en avant le fait que ce ne soit pas un choix spécifiquement pour l'homosexualité ; et derrière ça, meme si je pense pas que ce soit la volonté des rédacteurs de l'affiche, je lis un peu «excusez-nous, on en a honte, mais c'est pas de notre faute, on n'a pas le choix» ; que s'il y avait le choix, finalement, on pourrait discriminer les homos, ce serait pas gênant.

Alors qu'à mon avis, ce qu'il faudrait dire en substance, c'est que, que ce soit un choix ou pas, que ce soit conscient ou inconscient, s'il y a des gens que ça défrise que d'autres couchent avec des personne de même genre ou vivent dans un genre qui n'est pas ceui associé à leur sexe, et bien qu'ils aillent au Diable.