Vernis & Sécateur

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mardi, janvier 3 2012

Oh, mince

Je suis tombée là-dessus, via un certain réseau social : Ducon, euh, pardon, Dukan (vous savez, le gars qui vous vend ses régimes choc et qui partagera sans doute une cellule avec le fabriquant du Mediator dans quelques années quand on se sera rendu compte qu'en fait, c'est pas très bon pour la santé), qui écrit une lettre ouverte à Sarkozy, pour, en gros, lui suggérer notamment que les gros·se·s perdent des points au Bac parce qu'ils sont gros·se·s, histoire, dit-il, «de sensibiliser les ados à l'équilibre alimentaire».

Bon, déjà, même si l'époque du lycée ça commence à remonter, il y a deux objections que je peux formuler :

  1. les gros·se·s qui perdent des points au bac parce qu'ils et elles sont gros·se·s, ça existe déjà : ça s'appelle les cours de sport.
  1. il faut quand même être assez bisounours pour croire que donner des notes, mettre des points et des barèmes permet vraiment «de sensibiliser les gens» à quoi que ce soit.

Cela dit, pour les gens qui sont vraiment préoccupée par l'idée de faire maigrir les gros·se·s, moi j'ai une idée de régime que je trouve assez classe, là, comme ça : on me met toutes les semaines dans un espace clos, moi et juste un gars qui veut me faire maigrir, moi avec une batte, et je suis persuadée que je serai assez fortement motivée pour dépenser quelques-unes de ces calories superflues que j'ai tendance à emmagasiner.

lundi, janvier 2 2012

En vrac

Comme je n'ai pas trop le courage de faire des billets politiques en ce moment (crise de foi, peut-être), ni de raconter ma vie qui est franchement assez inintéressante, quelques news en vrac sur des projets passés, en cours ou à venir :

Écriture

Hell B☠tches : Bain de soleil

Cet été, j'avais écrit une nouvelle très courte qui se situait dans l'univers des Hell B☠tches (c'est-à-dire, des textes où les protagonistes sont des gouines motardes surnaturelles pas très portées sur le respect de la loi. Ça s'appelle Bain de soleil et vous pouvez le lire sur le site Rêveries. Pour situer le contexte, c'était à la base une nouvelle que je voulais envoyer à l'appel à textes «Vampire malgré lui», que je n'ai, comme la plupart des nouvelles que j'écris pour des appels à textes, jamais envoyée.

Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)

Pour les personnes qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents : Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) est un roman/recueil[1] que j'ai sorti il y a quelques mois (sous le nom de Lizzie Crowdagger), et qui se situe aussi dans l'univers des Hell B☠tches citées précemment. Pour résumer brièvement, il y a des gouines, des motos, de la magie, des explosions, des flingues, des hormones, des vampires et des louves-garous. Ah, et des chatons, aussi.

Donc, quoi de nouveau ? Déjà, vous pouvez voir quelques images des principales protagonistes sur le site de Rose Butch, qui a réalisé les illustrations pour le livre. Il y a également quelques petits extraits pour certains personnages. Par ailleurs, Rose Butch a aussi fait les illustrations du recueil «S'lame de Fond» (recueil de slame féministe fait par des transpédégouines, dont j'avais déjà parlé), que vous pouvez également trouver sur son site.

Sinon, comme il fallait que je gagne de l'argent pour me payer mes cadeaux de Noël, il y a maintenant une version électronique d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) que vous pouvez acheter pour le prix «modique» de 2€99 si vous avez un Kindle et que vous achetez sur Amazon. Je ne sais pas s'il y a des gens qui ont un Kindle et qui achètent sur Amazon qui me lisent, mais bon, voilà.

(Bon, en vrai ça me plaît assez moyennement comme solution, et je ne suis pas très fan du format (MOBI) utilisé par Amazon, mais pour l'instant je ne vois pas grand-chose d'autre comme solution pour faire des ventes électroniques. Après, à terme, je pense que je mettrai une version en PDF gratuite sur Internet, mais j'attends d'avoir fini de payer les traites de ma nouvelle Harley les frais d'impression.[2])

Informatique

Et sinon, ça n'a pas grand-chose à voir, et je n'ai rien à montrer pour l'instant[3], mais comme avec des copines on passait beaucoup de temps à jouer au tarot, ben j'ai commencé à écrire un petit jeu de tarot qui est pour l'instant assez merdique, soyons honnête, mais vala. Vala, c'est d'ailleurs le langage dans lequel il est écrit. Je connaissais pas avant, le Vala, et je trouve ça assez chouette, comme langage, d'ailleurs.

Sinon, ça s'appellera sûrement Tini 'Nux Tarot, ce qui est un peu con parce que c'est pas spécialement conçu pour Linux, mais j'avais envie que ça fasse «TNT» et je voyais pas d'autre truc intéressant qui commençait par un N.

Pour finir...

Et sinon, tout de même, parce que c'est de saison, je vous souhaite une bonne année 11111011100 (ben ouais, je suis très binaire, moi.)

Notes

[1] Pour être précise, il s'agit de trois histoires assez longues qui sont vaguement indépendantes mais ont quand même une continuité forte puisqu'on y retrouve les mêmes personnages. Dans ma tête je verrais assez ça comme une saison composée de trois épisodes, mais je crois pas qu'il y ait des mots équivalents pour les bouquins.

[2] Après, si vraiment vous n'avez pas de quoi payer les 12€ pour acheter le bouquin en version papier (ni pour vous payer un Kindle) et que vous avez quand même vraiment envie de lire ce magnifique livre, quitte à ce que ce soit au format PDF, vous pouvez m'envoyer un mail et il y a moyen de s'arranger. Enfin, si j'oublie pas de répondre à mes mails, évidemment.

[3] Pour les textes en cours d'écriture je peux mettre des extraits, mais je ne suis pas sûre que copier/coller une vingtaine de lignes de code ne soit vraiment pertinent.

mercredi, décembre 28 2011

Y'a pas que des soutifs que j'ai envie de brûler

Ce que j'aime bien, avec les fêtes de Noël, c'est aller faire les magasins, parce que je suis une sale consumériste aliénée. Ben ouais, j'assume. Et j'aime bien m'acheter des fringues. Sauf qu'en fait, pour ça, faut que je puisse, d'un point de vue technique, m'acheter des fringues. Ce qui ne marche pas quand les vendeurs de fringues sont des gros minces bâtards grossophobes, c'est-à-dire dans 95% des cas (surtout que, comme le deuxième truc que j'aime bien avec les fêtes de Noël, c'est la bouffe, bon, je vous fais pas un dessin).

Prenons les soutifs, par exemple. J'ai un scoop, pour les fabriquants de soutifs : le fait d'être grosse sans avoir de gros einss[1] ne veut pas dire que j'aime le beige ou le blanc. J'ai un certain standing, tout de même.

Par ailleurs, je crois qu'il y a une chose qui m'énerve plus que les saloperies de magasins à brûler qui ne vendent que des fringues qui s'arrêtent au 40, c'est les magasins qui affichent sur leur devanture un joli panneau «rayon grandes tailles», et qui ont effectivement plein de fringues en L, XL et tarpin-de-X-L, et pour qui un truc «XXXL», c'est, genre, du 42-44.

Non, mais sérieux, quoi. Ça fait vraiment «non seulement je ne vais pas m'abaisser à vendre des fringues pour toi, sale grosse, mais en plus je vais bien te faire comprendre que ton tour de taille est absolument inenvisageable y compris dans un rayon grande taille».

(Oui, je sais, vu la période ça aurait peut être été plus pertinent politiquement de faire un billet pour critiquer les fêtes de Noël, aspect capitaliste, valorisation de la famille, tout ça, mais comme le père Noël est gros je l'épargne pour cette année.)

Notes

[1] Voire d'être grosse tout court, mais j'ai l'impression que pour mon tour de poitrine, il y a un tout petit peu de choix un bonnet au-dessus.

dimanche, novembre 27 2011

Billet girly

Avec ma nouvelle Debian, je me sens belle comme un kernel <3

debian-lesbian.png

Oui, c'est un billet complétement inintéressant, mais ça faisait hyper longtemps que je n'avais pas installé de Debian, que je n'avais plus de Debian sur mon ordi (bon, une Ubuntu c'est quand même un peu une Debian, mais de loin), et je m'étais pas rendue compte à quel point ça me ferait du bien d'en remettre une. Je veux dire, j'ai rien contre Ubuntu, c'est plutôt pas mal, mais Debian j'imagine qu'il y a un aspect affectif et du coup je suis toute contente.

Après, j'imagine bien que vous vous en foutez, et ça a pas grand-chose à voir avec le reste de ce blog, mais au milieu de tous les trucs pourris, ben je me suis dit que pour une fois que quelque chose me fait dire que la vie est belle (quoique pas toujours tout à fait user-friendly), autant le partager.

jeudi, novembre 24 2011

Il va falloir trouver un terme plus fort que «LGTeuBé»

Le conseil d'administration de L'Egide a décidé à l'unanimité d'intégrer SOS PAPA Nord Picardie au sein de sa maison régionale.

Pour celles qui ne connaissent pas forcément, L'Egide se définit comme «Maison régionale des associations Lesbiennes Gays Bis Trans», à Lille.

Sos Papa, de son côté, c'est une association masculiniste.

Donc voilà, faut vraiment trouver un terme plus forte que «LGTeuBé», parce que là, ça ne suffit plus à décrire la situation.

Chiotte, même sur le site de Têtu, pourtant pas forcément une référence de conscience féministe chez les LGBT, on trouve des articles qui montre que SOS Papa, c'est pourri... (Il faut dire que, oh, quelle surprise, ils sont homophobes aussi...)

dimanche, novembre 20 2011

Journée du souvenir trans

Aujourd'hui, c'est le 20 novembre, journée du souvenir trans (Trans Day Of Remembrance en anglais), pour se rappeler de toutes les personnes trans assassinnées.

Pas le courage de faire un vrai billet cette année, alors juste une petite image :

tdor2011-small.png

Et, plus sérieusement, un morceau d'un texte que j'avais écrit il y a maintenant trois ans ; je l'écrirais peut-être un peu différemment maintenant, mais vu que maintenant tout de suite je suis un peu trop blasée pour écrire, c'est mieux que rien.


Les meurtres des personnes trans' ne sont pas des évènements isolés, mais sont révélateurs de l'omniprésence de la transphobie. Alors qu'une étude aux USA montre que les trans' ont 18 fois plus de chances que la moyenne de se faire assassiner, les peines obtenus pour les meurtriers sont souvent légères : ainsi le 14 août 2008, au Royaume-Uni, le meurtrier présumé de Kellie Telesford était acquitté après que la défense soit parvenue à jeter le discrédit sur la victime ; le 23 août, aux États-Unis, le meurtrier d'Alexis King obtenait des circonstances atténuantes ; un an plus tôt, dans le même état, le meurtre d'Erica Keel, heurtée à quatre reprises par la voiture de son assassin, était considéré comme un accident, tandis qu'au Portugal en 2006 les meurtriers de Gilberta Salce avaient été condamnées à des peines légères de 11 à 13 mois.

S'il ne s'agit que d'exemples, ces jugements affirment que les trans' n'ont pas les même droits que les autres être humains, qu'assassiner une personne parce qu'elle est trans' n'est pas un crime de haine mais une circonstance atténuante. La défense place le blâme sur les victimes, qui «se font passer pour ce qu'elles ne sont pas» et l'ont forcément un peu cherché. La majorité des médias va également dans ce sens, s'acharnant à utiser les prénoms et le genre assignés à la naissance pour parler des personnes trans', légitimant ainsi la défense des meurtriers.

Mais le vecteur principal de transphobie vient encore des états eux-mêmes, qui, en plus de ne pas reconnaître la transphobie comme une discrimination, rendent généralement extrêmement difficile le changement d'état-civil, requiérant, pour changer la mention du sexe, des opérations chirurgicales de «réassignation sexuelle»ou, comme en Belgique, la stérilisation. En plus de mettre des bâtons dans les roues des trans', ce refus de changer l'état-civil peut avoir des conséquences catastrophiques, en risquant de les «outer» dans un milieu transphobe ; un autre exemple dramatique où l'état est directement complice des violences transphobes est la situation dans les prisons, où les femmes trans' sont enfermées avec des hommes, en faisant des cibles privilégiées d'humiliations, de violences et de viols.

La médecine n'est pas en reste puisque, la transsexualité étant considérée comme une maladie mentale, l'accès pour les trans' aux hormones ou à la chirurgie dépend du bon vouloir des psychiatres et des médecins, tandis que les trans' subissent également des discriminations dans les accès aux soins.

Les trans' sont aussi des victimes particulières du capitalisme puisque, discriminé-e-s à l'embauche, ils et elles sont souvent dans des situations précaires. Un nombre important de femmes trans' doit ainsi recourir à la prostitution, ce qui les expose encore plus particulièrement aux risques de violence.

Même dans les espaces progressistes et de soutien, la transphobie est parfois présente : par exemple, si les femmes trans' subissent, autant que les autres femmes, le sexisme et la misogynie, les espaces réservés aux femmes (qu'il s'agisse d'espaces militants ou de centres d'accueil ou d'écoute pour des femmes ayant subi des violences) leur sont parfois fermés, les placant dans des situations de vulnérabilité accrue et les privant d'un soutien vital.

Pourtant, même les violences spécifiques aux trans' ne concernent pas qu'eux et elles : donner des circonstances atténuantes à un meurtrier parce que sa victime l'a «trompé» sur son «vrai sexe» ou parce qu'elle avait «une force d'homme» lui permettant de se défendre, c'est aussi légitimer les argumentations patriarcales rendant responsables les victimes de violences et de viols ; permettre à des psychiatres de donner ou pas leur feu vert en fonction de l'«adéquation» au genre désiré, c'est légitimer les normes de genre pour tout le monde ; exclure une trans' d'un espace non-mixte parce qu'elle a un pénis, c'est légitimer le fait de réduire les femmes à leurs organes génitaux ; refuser aux trans' l'accès à des traitements hormonaux ou chirurgicaux, ou au contraire leur en imposer pour obtenir un changement d'état-civil, c'est attaquer le droit de tou-te-s à disposer de son corps.

La haine des trans' ne nait pas de rien ; elle est le fruit du système patriarcal qui impose à tout le monde, en fonction d'un détail anatomique, un genre rigide qui doit déterminer toute notre vie : rose ou bleu, jupe ou pantalon, attirée par les hommes ou attiré par les femmes, opprimée ou privilégié. La lutte pour la libération des trans', comme celle des homosexuel-le-s ou des intersexes, n'est par conséquent pas dissociable du combat féministe et doit être pleinement prise en compte dans le combat pour un monde sans oppressions.

mercredi, novembre 16 2011

Bingo universitaire

Toi aussi, tu te fais régulièrement chier dans des conférences organisées par des universitaires où tu ne comprends strictement rien ?

Alors, voici la solution : le bingo universitaire !

bingo_universitaire.png

Le principe est simple : à chaque mot prononcé qui est inscrit sur ton bulletin de bingo, tu le coches, et lorsque tu as réussi à en aligner cing sur une ligne, une colonne, ou une diagonale, tu peux crier «Bingo!».

Comme ça, tu comprendras pas plus l'exposé, mais au moins tu t'ennuieras un peu moins.

Une petite image

headbanging.png

(Si je ne peux pas headbanger, ce n'est pas ma révolution)

Blagounette

  • Quelle est la différence entre une féministe et une banque ?
  • Une banque, ça épargne.

vendredi, novembre 11 2011

Le non-binarisme me rend malade

Quand j'ai découvert les questions trans, et les différents mots pour parler de ça, le mot «transgenre» me parlait plus que «transsexuel·le», qui me semblait plus médical, plus «binaire», tout ça. C'était aussi le moment où je découvrais le queer, que je trouvais trop bien, le «non-binarisme», qui me parlait vachement, etc.

Aujourd'hui, j'ai pas spécialement envie de faire mon autocritique, mais en tout cas le moins qu'on puisse dire est que j'ai changé d'avis. Parce que, ouais, le terme «transsexuel·le» a une origine médical. Certes, et c'est bien pour ça que je lui préfère le mot plus simple «trans». Sauf qu'au moins, si le mot «transsexuel·le» a des défauts, il au moins l'avantage d'avoir un sens. Ce qui n'est pas vraiment le cas du mot «transgenre», qui peut être utilisé pour tellement de choses qu'il ne veut plus rien dire. D'ailleurs, c'est un peu ce qui est revendiqué : on veut pas faire de «hiérarchie», il n'y a pas besoin de «différencier», c'est un terme «parapluie» pour regrouper tout le monde.

Si on est queer, on peut voir dans cet usage une volonté de «non-binarisme», de «déconstruction». Sinon, on peut trouver que ça ressemble quand même un peu à notre bon vieil universalisme républicain.

Un peu de terminologie

Bon, il faut être honnête : dans la galaxie trans-pouet-pouet, il n'y a pas vraiment consensus sur les sens à donner à chaque mot. Personnellement, je suis assez d'accord avec les définitions données sur Un bruit de grelot, que je ne citerai pas (c'est bon, vous êtes capables de cliquer sur un lien) mais où «transsexuel·le» désigne le fait d'être d'un genre différent de celui assigné à la naissance, tandis que «transgenre» désigne le fait d'avoir une expression de genre qui n'est pas conforme aux critères du genre dans lequel on vit. À l'inverse, «cissexuel·le» désigne le fait de ne pas être «transsexuel·le» (donc être du même genre que celui assigné à la naissance) et «cisgenre» désigne le fait de ne pas être «transgenre» (donc d'avoir une expression de genre correspondant à peu près à la norme du genre dans lequel on vit).

On peut donc être à la fois cissexuel·le et transgenre, ou à l'inverse transsexuel·le et cisgenre, voire être très insipide et cumuler cissexuel·le et cisgenre.

Voilà, ça c'est les définitions qui seraient reconnues dans un monde idéal. Cela dit, comme on n'est pas vraiment dans le monde idéal, le sens de ces mots n'est pas toujours aussi bien défini, et s'il y a à peu près consensus pour le mot «transsexuel·le» (à part quelques crétin·e·s qui pensent que la différence transsexuel·le/transgenre est une question d'opération), le moins qu'on puisse dire est que le mot «transgenre» est devenu un terme «parapluie» qui peut désigner à peu près tout et n'importe quoi (et si vraiment on rentre pas dedans, il suffit de mettre un peu de rouge à lèvres ou une moustache postiche pour le devenir).

Comme cet élargissement du terme ne suffisait pas à ce qu'il ne veuille plus rien dire, certaines personnes pensent qu'il faut viser encore plus large, et parler non plus de «trans» (ça veut encore dire quelque chose, c'est chiant) mais de «trans*». Non, n'allez pas cherchez la note de bas de page, l'astérisque est compris dans le nom (et, non, c'est pas des personnes trans qui se prennent pour Asterix), histoire de signifier que ça inclut un peu tous les mots qui commencent par trans[1] : transgenre, transidentitaire[2], transsexuel·le, transformiste, tra(ns)vesti, transfuge, transylvanien·ne, translucide, transport·eur·rice, transistor, etc.

(Néo?)-essentialisme

Les autres sigles à la mode étant Ft* et Mt*, pour Female-to-N'importe-Quoi ou Male-to-N'importe-quoi. Une grande avancée censée être «non-binaire» et «déconstruire le genre», qui, quand on y réfléchit trois secondes, revient surtout à ne définir des personnes que par... leur genre assigné à la naissance. Mais non, c'est pas essentialiste, c'est queer, on t'a dit. Du coup, hop, tou·te·s les Mt* dans la même catégorie, que ce soit les mecs qui vivent à 99,9% du temps en tant que mec mais mettent une jupe de temps en temps, ou les meufs qui, ben, vivent tout le temps en tant que meufs ; hop, tou·te·s les Ft* idem, de la nana qui s'habille parfois de façon vaguement androgyne au gars, qui vit à temps plein en mec.

Moi, je crois que je suis une Matérialiste qui Trouve ça Foireux.

Invisibilisation trans

Par ailleurs, ce qui est bien dans l'élargissement du mot trans*, c'est que du coup, tout le monde peut être «un peu trans», c'est cool, c'est hype, youpi. Du coup, ça permet que les personnes qui sont vraiment trans, et pour qui c'est pas un truc fun qu'on peut enlever quand on rentre de soirées LGBT, sont complétement invisibilisées. Ça permet aussi d'avoir plein de cis qui parlent au nom des trans parce qu'ils sont «un peu trans» ou «trop transgenres, tu vois», ou «bio-trans», etc.

Dissimulation des privilèges

Un autre avantage d'avoir plein de termes qui veulent rien dire, mais aussi de brandir une posture «non-binariste», c'est que ça permet de dissimuler pas mal de ses privilèges, et du coup d'invisibiliser des oppressions :

Privilège masculin

Le privilège masculin, d'abord. Parce que le côté «ouais, tu vois, moi je suis trop non-binaire», ça permet de dire qu'on ne se définit pas comme mec, parce que c'est binaire et réac ; et du coup, de dire qu'on ne bénéficie pas de privilèges de mecs, y compris quand on est identifié par tout le monde comme un gars et qu'on bénéficie de privilèges grâce à ça.

Exemples :

  1. tous les gars trans qui ont un super bon passing en tant que mec, sont toujours «pris» pour des mecs, ne portent jamais le moindre vêtement ou attribut féminin, sont d'ailleurs pour la plupart hétéros (mais sans forcément se définir comme tels), mais ne bénéficient trop pas de privilèges de mec grâce à ça parce qu'ils ne sont pas binaires, tu comprends ?
  2. les gars cissexuels qui se mettent du rouge à lèvres et une jupe dans les soirées LGBT, parlent au féminin quand c'est pour dire qu'ils sont «connes» ou «salopes», et par conséquent ne se définissent pas comme mec et n'ont pas les privilèges associés. Du tout.
Privilège cissexuel

Le deuxième privilège dissimulé par ce «mélange des genres» est le privilège cissexuel, c'est à dire le privilège conféré par fait de vivre dans le même genre que celui qui nous a été assigné à la naissance.

Dissimulation puisque, en considèrant qu'est trans tout le monde qui est «un peu transgenre», ça permet d'éviter de se questionner sur les privilèges qu'on peut conserver quand, certes, on a une expression de genre qui ne correspond pas à la norme, mais qu'on reste, sortons les gros mots, cissexuels.

Exemples :

  1. les personnes «FtX queer» qui restent relativement à l'aise quand iEls sont assignéEs dans le genre féminin, qui sont beaucoup mieux acceptées chez les lesbiennes que les lesbiennes transsexuelles, mais qui vont expliquer qu'il n'y a pas de transphobie quand ces dernières la dénoncent, parce qu'euxelles ont leur place tu vois
  2. les drag-queens et les travs qui ne vont pas respecter le pronom d'une meuf trans en début de transition, parce que si eux s'en foutent du genre (et ont le privilège de pouvoir le faire), pourquoi est-ce que ça lui importe, hein ?
Privilège cisgenre

Le troisième privilège dissimulé, et qui peut paraître étrange, c'est le privilège cisgenre. Autrement dit, le privilège conféré par le fait d'avoir une expression de genre correspondant (à peu près) aux normes du genre dans lequel on vit.

Ça, ça peut paraître contradictoire avec le mot transgenre, mais ai-je mentionné que c'est devenu un terme «parapluie» qui du coup ne veut plus dire grand-chose, à la fois parce que ça désigne des choses bien différentes et parce que «ne pas correspondre aux normes de genre», ça peut être interprété de façon tellement large que ça peut englober à peu près 99,9% de la planète.

Exemples :

  1. tous les gars trans de tout à l'heure qui ont toujours un super bon passing en tant que mec, sont toujours «pris» pour des mecs, ne portent toujours pas le moindre vêtement ou attribut féminin, sont encore pour la plupart hétéros (mais sans forcément se définir comme tels), mais ne sont trop pas dans les normes de genre parce qu'ils ne sont pas binaires, tu comprends ?
  2. les meufs trans qui ont eu leur changement d'état-civil, ont une apparence dans les normes d'une féminité raisonnable (ni trop ni pas assez), mais qui ont une telle posture «transgenre» et «non-binariste» qu'elles peuvent donner des leçons, y compris à une butch pour le coup pas forcément dans les normes de «féminité», mais bon, hein, le non-binarisme est un sport de combat : ce qui compte c'est d'avoir une bonne posture.

Conclusion

Bref, tout ça pour dire que cette nouvelle politique du «non-binarisme» à tout crin mais qui ne veut strictement rien dire (ou tout, c'est selon) a, à mon sens, les mêmes travers que le queer.

Cela dit, ça veut pas dire que je méprise les personnes qui sont vraiment sur une identité non-binaire, intergenre, ou transgenre (selon la définition que je trouve pertinente donnée plus haut) qui vivent en permanence des trucs sans doute super complexes (et je suis pas sûre que le fait que tout le milieu LGTeuBé devienne «non-binaire», y compris les derniers des cissexuels cisgenres à trois sesterces, aide vraiment) ; ce qui me fait caguer, c'est plus cette mode du «non-binarisme» où ça devient une espèce de posture complétement déconnectée de toute réalité, une espèce de course à la «subversivité» uniquement basée sur l'auto-proclamation.

Notes

[1] En tant que geek, je dois bien dire que le seul interêt que je trouve à ce mot est qu'il popularise les Regexp.

[2] Non, c'est pas la section trans du bloc identitaire.

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