Vernis & Sécateur

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lundi, janvier 26 2009

Mon bon monsieur, les extrêmistes sont vraiment extrêmes

Tout à l'heure, entre deux cours, je m'ennuyais un peu, et du coup, en plus de regarder les blogs que je regarde habituellement, j'ai aussi regardé quelques commentaires.

Et bien m'en a pris, car ce fut hautement instructif.

Ceux sur le blog de CSP, notamment, et en particulier les réactions à son compte-rendu de congrès. Sans doute échauffé après sa diatribe contre la mortifère féminisation des textes, le camarade pestait ainsi contre un amendement extrêmiste qui se proposait de parler de binarité de genre et de remettre en question le système hétérosexuel.

Oh Mon Gode, que ne fallait-il pas dire !

Aussitôt, un autre commentateur de répliquer, dénonçant «un courant très radical des féministes». Quelle horreur, de la radicalité, pas de ça chez nous, quand même !

Le même continuait : «je me vois mal expliquer que dans la société socialiste que nous voulons, la norme mec nana doit ête dépassée.»

Alors bien sûr, ça n'a rien de bien étonnant, rien de bien nouveau, finalement, que du désespérément banal. Mais sur un blog d'extrême-gauche, c'est plutôt amusant quand même, parce que bon, c'est assez dur de ne pas voir tous les arguments similaires dénonçant «un courant très radical des gauchistes» ou expliquer qu'on ne ne peut pas parler d'anticapitalisme, car «je me vois mal expliquer que dans la société que nous voulons, les rapports de classe doivent être supprimés».

Mais bien sûr, je suis sans doute purement mesquine et trop radicale. Ça doit juste être que je ne comprends pas, avec mon cerveau atrophié par le manque de testostérone, qu'il y a en réalité une différence fondamentale que je ne vois pas.

Ensuite vient le couplet sur les sales gouines : ainsi, parmi le fameux courant «très radical» des féministes, «il y avait beaucoup de copines lesbiennes là-dedans qui théorisaient leur aversion pour les mecs.».

Et CSP de réagir, face à quelqu'un qui trouvait que ça faisait un peu amalgame : «En l'occurrence, Basile ne parle pas de toutes les gou..lesbiennes, mais d'une frange militante particulièrement remontée. J'ai eu un peu fréquenté un temps un milieu gay militant où elles intervenaient régulièrement, et chaque conversation avec elles devenait vite éprouvante.. .Encore une fois, il y'a le fond, qui est déjà très très discutable, et la forme toujours agressive qui ne procède que par anathème et culpabilisation».

Alors déjà, je vais démontrer que j'ai plus de couilles que la gauche couillue : moi, j'ose même dire «gouine» en entier, je ne me limite pas au truc à deux balles «les gou...lesbiennes», genre «hein on s'est compris mais je ne le dis pas, n'est-ce pas ? *clin d'oeil*».

Et puis alors surtout, on notera : déjà le contenu, bon, très très discutable, mais alors la forme, zéro. Allez hop les gouines, recalées à l'exam' de lutte appliquée.

Après, moi, je compatis quand même un peu pour le pauvre CSP. Les gouines, j'en ai aussi côtoyé un certain nombre, et il faut le reconnaître : ça gueule, ça gesticule, ça ne se laisse même pas couper la parole par les mecs et ça ose, mon dieu ça ose, être agressive, privilège pourtant réservé aux membres agréés de la gente masculine.

Et puis, en plus, bien entendu, les gouines n'aiment pas les mecs. Déjà, bon, elles veulent pas coucher avec, alors à la limite, ça passe, parce qu'on est de gauche, on est tolérants. Mais là, quand même ! Elles les aiment pas, carrément.

Alors que bon, c'est bien connu : le prolétaire est rempli d'amour envers son patron, l'esclave est toujours amoureux de son maître. Jésus l'a bien dit, après tout : si on te frappe sur la joue gauche, tend la joue droite. Eh ben ces sales connasses de gouines, elles veulent même pas. Non, elles «théorisent» leur aversion des mecs. Parce qu'encore, ce serait juste spontané, ça irait encore, mais là, elles ont vaguement réfléchi, en plus. Parce que bon, quand même, il fallait aller chercher bien loin pour aller imaginer que si elles étaient invisibilisées, se voyaient confisquer leur parole, insultées dans la rue, réduites à des boulots précaires et mal payés, agressées, violées et tuées, c'était peut-être, plus ou moins, vaguement lié à la domination masculine. Quelle drôle d'idée !

Là encore, si on était de mauvaise foi, on pourrait dire que tout ça ressemble fort à la critique contre ces salopards de grévistes qui, déjà, ont un message très très discutable à la base, mais qui, en plus, ne sont pas polis et ont théorisé qu'ils n'aimaient pas leur patron alors que celui-ci, bien entendu, se saigne pour eux, le brave monsieur.

Au final, la charge du président de la république contre les méchants grévistes irresponsables de SUD ne sonne pas si différente de la charge contre les vilaines gouines agressives et impolies. On pourrait même voir une similarité dans la façon d'employer les gros mots, mais quand même pas («Descends un peu, si t'as des c... si tu crois...» contre ««pas de toutes les gou..lesbiennes»), histoire de montrer qu'on pourrait être insultant, mais qu'on est bon prince, nous, pas comme l'Autre qui n'est pas très respectable et poli.

Mais bien sûr, dans un cas c'est la droite, la vraie de vraie, alors que dans l'autre c'est la gauche, la vraie de vraie, alors j'imagine que je me trompe et que ça n'a sans doute vraiment rien à voir.

En vrac, un peu plus militant

29 janvier

La population qui lit ce blog est sans doute déjà au courant, mais, le jeudi 29 janvier, il y a une grève interprofessionnelle nationale et une manifestation pour que ce ne soit pas aux travailleuses de payer la crise du capitalisme et au patronat d'empocher nos milliards.

À Lille, si je ne me trompe pas (mais c'est évidemment au moment où je rédige le billet que je ne retrouve plus de tract...), le départ de la manifestation aura lieu à 14h, Porte de Paris.

Lille

Et comme je pense rarement à relayer des infos «locales» sur ce blog, j'en profite pour signaler aux éventuelles lectrices sur Lille intéressées par les questions LGBTI qu'il y aura, comme chaque semaine, une permanence des Flamands roses de 18h30 à 20h, suivie d'une AG (au J'en suis j'y reste, centre gay et lesbien, 19 rue de Condé). Par ailleurs, le jeudi 29 janvier, le soir après la manifestation, donc, il y aura un papotage avec SOS hépatites pour discuter hépatites, modes de transmission, traitements, etc. Toujours au Centre Gay et Lesbien, 19 rue de Condé.

Radio

Par ailleurs, tant que j'en suis à parler du centre gay et lesbien de Lille et des Flamands roses, j'en profite pour faire un peu de publicité pour l'émission de radio animé par cette association, «Homosapiens», qui passe tous les dimanches de 21h à 22h sur Radio Campus Lille, 106.6 Mhz, et qu'on peut aussi écouter sur Internet en direct ou en téléchargeant les archives. Et comme je participe de temps en temps, vous aurez peut-être même le privilège exquis d'entendre ma voix, c'est pas génial ?

lundi, janvier 19 2009

Anticapitalisme, féminisme, et patriarcat

En lien avec le billet précédent : je suis tombée sur un article du blog de John Mullen (camarade du NPA et de la future-ex-LCR), datant de décembre, intitulé «Le Nouveau Parti Anticapitaliste et le féminisme».

Dans cet article, il estime positif que les documents fondateurs du NPA parlent un peu de féminisme (j'imagine que c'est le verre à moitié vide ou à moitié plein, enfin bon, moi je trouve que c'est léger quand même), mais aussi se félicite que ça ne parle pas de patriarcat :

La théorie du patriarcat est simple - il y a deux versions. Version féministe radical : la contradiction première dans notre société, qui fait évoluer la société, est le conflit d'intérêts entre hommes et femmes. Version socialiste-féministe (très répandue au sein de la LCR) : la société avance selon deux principes parallèles : la lutte des classes, et le patriarcat ("rapports sociaux de genre"). Selon cette théorie, il faut lutter contre les deux en même temps, et ils ont une influence comparable sur l'évolution de la société.

Contre ces idées s'élève une version du marxisme (auquel je souscris) qui maintient que les contradictions de classe sont premières, que ce sont ces seules contradictions qui impulse les changements massifs dans notre société (guerres, crises économiques, désastre environnemental).

Il y a aussi le lien vers un article (qu'il a écrit) intitulé «Vivons nous dans une société patriarcale ?», qui est intéressant et que je vous invite à lire (je précise que contrairement à ce que mes citations tronquées pourraient éventuellement laisser croire, il ne s'agit pas de dire que le féminisme ne sert à rien et attendra la révolution).

En tout cas ça m'a fait réfléchir, et, même si je ne suis pas une grande lectrice de théories et serait incapable d'expliquer très en détail ma théorie à moi, je livre ici quelques réflexions.

Il me semble qu'il y a des choses sur quoi je suis au final assez d'accord sur le fond, mais que j'aurais plutôt des divergences de vocabulaire : par exemple la notion de «patriarcat» me semble assez étriquée, puisqu'il considère que comme le pouvoir n'appartient pas aux hommes en général, mais à une minorité de ceux-ci, on ne peut pas parler de patriarcat.

Ce sur quoi je suis en désaccord total : les hommes ont toujours (même si c'est moins qu'à une certaine époque) un certain pouvoir sur les femmes, particulièrement au sein du couple hétérosexuel, ce qui justifie qu'on parle de patriarcat.

Il y a un élement de son texte sur lequel je suis en partie d'accord, qui dit que les discriminations sexistes avantagent la bourgeoisie (qui paye la moitié des travailleuses[1] moins cher, qui n'a pas besoin de fournir un service public pour s'occuper des enfants, etc.) et que les hommes ont aussi intérêt à lutter contre le sexisme :

Quant aux hommes, il est évidemment plus mobilisateur de pouvoir dire « Agissez contre l’oppression des femmes dans tous les domaines - c’est dans votre intérêt » plutôt que « ce n’est pas dans votre intérêt de combattre l’oppression des femmes, mais faites-le quand même ! ».

Le propre du marxisme - le matérialisme militant - parmi toutes les visions de ceux qui veulent changer le monde, est que nous voulons construire un paradis sur terre en partant des intérêts réels de groupes sociaux existants, et pas en partant simplement d’une vision morale, éthique ou volontariste. Ainsi il est crucial de ne pas faire dépendre notre lutte contre l’oppression des femmes sur une vision non- matérialiste qui espère voir les hommes œuvrer contre leurs intérêts. Une telle vision prépare trop souvent l’abandon de la lutte en période de recul.

Je suis donc d'accord avec ça, puisque je trouve un peu irréaliste de demander aux hommes de lutter contre le sexisme même si ce n'est pas leur intérêt, au nom d'idéaux («personne ne sera vraiment libre tant que la moitié de l'humanité sera opprimée»). Pourtant il me semble que c'est là un peu l'excès inverse, et que ça nie le fait que les hommes ont aussi des intérêts au système sexiste.

Il me semble qu'en ce sens il y a un aspect contradictoire : les hommes ont intérêt à la disparition du système sexiste, non seulement pour permettre aux femmes (et aux autres) de lutter avec eux et donc d'avoir une chance de renverser le capitalisme, mais aussi parce que le système sexiste (et patriarcal) est aussi oppresseur envers les hommes. Cependant ils ont aussi un intérêt immédiat à garder certains privilèges : et autant ils ont un intérêt à long terme à la disparition du système sexiste et éventuellement parfois des intérêts à courts termes sur certaines revendications féministes, il n'en reste pas moins qu'ils n'ont pas un intérêt à court terme à abandonner leur statut d'homme. (Et je pense que ça se voit aussi dans les milieux militants : il y a des tas d'hommes qui parlent en se disant féministes, etc, mais qui sont parfois plus réticents lorsqu'il ne s'agit plus de parler mais au contraire de se taire pour ne pas monopoliser la parole).

C'est cette donnée, qui n'est pas un élément complètement séparé du capitalisme (qui a tout intérêt à diviser pour mieux régner, en offrant un peu de pouvoir des hommes sur les femmes, des travailleuses un peu mieux formées sur les travailleuses moins formées, etc.) qui fait que j'estime qu''il y a non seulement une pertinence à parler de patriarcat, non pas en tant que système parallèle mais imbriqué au capitalisme (j'aime bien le terme hétéropatriarcapitalisme, qui est barbare mais met tout ensemble), mais aussi à parler par exemple de «classe de genre», pas forcément au sens marxiste du terme, non seulement pour garder en tête qu'il peut tout de même y avoir des intérêts contradictoire et une nécessité d'avoir une certaine autonomie (notamment non-mixité), mais aussi parce qu'il me semble important de mettre en avant que c'est le sytème de domination patriarcal qui crée les deux catégories hommes et femmes, et pas le sexe biologique[2]

Notes

[1] Féminin neutre.

[2] Et je pense que le fait de ne pas mettre ça en avant fait que certaines revendications légitimes peuvent se retrouver à flirter avec l'essentialisme et à proner la nature différente des fâââmes ainsi que l'injonction à la binarité (par exemple, la parité).

dimanche, janvier 18 2009

Anticapitalisme, féminisme, et narcissisme

Hier, j'étais à une AG pour le congrès de fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste. Donc voilà, depuis le temps qu'on en parlait à la LCR[1], de ce parti anticapitaliste, le voilà sur le point de devenir réalité.

Et, malgré les quelques articles qu'il y a eu dernièrement expliquant que la LCR ne voulait pas filer son «magot» (en réalité, le seul problème est qu'il faut légalement conserver une structure pour redonner les subventions au NPA) ou encore qu'il n'y aurait que 7000 cartes au lieu des 10000 attendues (on verra bien le compte au jour J, étant donné qu'on est assez réputées pour mal centraliser cartes, signatures, etc. et les envoyer au dernier moment ; cela dit, je pense pas que ce soit le plus important), je pense que ça s'annonce plutot pas si mal.

L'AG était assez intéressante. J'ai un peu fait ma transpédegouinofeministe chieuse en monopolisant les votes sur les amendements en reprenants ceux qui étaient proposés par les commissions LGBTI et le secrétariat femmes (ça m'a même value d'être mentionnée dans un article de la Voix du Nord, même si le journaliste m'a orthographiée «Élie»).

Et sur ce sujet, je pense qu'il y besoin de prendre ces questions un peu plus en compte, vu par exemple comment les mecs monopoliser la parole (sauf, donc, pour faire voter les amendements >:) ). J'étais aussi un peu frustrée de me retrouver à défendre certains amendements féministes derrière lesquels je me retrouvais pas complètement puisque je les trouvais assez cishétéroscentrés, mais d'un autre côté c'était sans doute mieux que rien. Frustrée aussi par le fait que le seul engagement féministe soit la parité en interne, et que pour moi la parité homme/femme ça veut bien dire que, si je ne me considère pas comme homme ou femme, je peux toujours me brosser pour être élue un jour.

Prochaine fois, en plus des amendements, je candidaterai rien que pour foutre la merde, tiens.

Il y avait aussi un petit questionnaire anonyme qui demandait différentes informations pour faire une étude sociologique. Une fois encore, ça demandait le sexe. Cela dit, c'était mieux que la dernière fois (en juin dernier), ils demandaien juste "Sexe: ..." au lieu de "Sexe: homme/femme". Du coup, au lieu de me contenter de barrer le formulaire avec "QUESTIONNAIRE TRANSPHOBE = POUBELLE", je me suis contentée de mettre "Shemale" et quelques petits trucs en plus (détail du sexe génétique ("analysez la salive que j'ai déposée ici"), anatomique ("Shemale", donc, qui il me semble est encore ce qui décrit le mieux mon corps actuellement[2]), hormonal ("oestrogéné") et légal ("demandez à sarkozy") ) mais j'ai rempli le reste.

Et du coup il y avait une question que j'ai trouvé interéssante, qui était : «avez vous le sentiment de faire partie d'une classe sociale ? si oui, laquelle ?».

Évidemment, en tant que marxiste, j'ai coché «oui» et «travailleuse». Et puis j'ai hésité un peu, et j'ai timidement ajouté : «femme(oïde)».

Parce qu'autant je n'ai pas clairement une identité de genre «femme», je ne me considère pas forcément comme tel et je trouve ça plutôt aliénant, je dirais que j'ai quand même une «conscience de genre» femme : c'est-à-dire que j'estime que je partage certains intérêts communs avec le groupe (ou la classe) «femme».

Tout comme j'ai des intérêts avec la classe des travailleurs tout en ne me définissant pas vraiment travailleuse, mais plutôt grosse branleuse feignasse.

Du coup je me suis aussi demandée pourquoi, si je me considérais vaguement femme, je ressentais toujours qu'il y ait la parité ou la simple mention «homme/femme» comme une violence. Peut-être que je suis trop chiante ? (Et puis bon, c'est chaud d'expliquer à des gens qui disent le bon pronom sans avoir besoin de leur expliquer qu'en fait oui, tu veux qu'on utilise «elle» pour parler de toi mais que tu ne te définis pas comme femme même si en fait si un peu mais pas vraiment).

Et à la réflexion, je me suis aussi dit que c'était vaguement ironique que ce soit moi qui propose un amendement pour légitimer la non-mixité dans le NPA, alors que pour l'instant ma seule vraie expérience de non-mixité à l'intérieur[3]de la LCR c'était quand même «ce que tu nous demandes en définitive c'est de choisir ton oppression contre celles des femmes».

Après tout, c'était la vieille ligue, ça, il faut tourner la page.

Notes

[1] Et même avant, puisque j'avais auparavant brièvement fait partie d'un petit groupuscule trotskyste, Socialisme par en bas, qui avait plus ou moins intégré la ligue sur ces bases là.

[2] Après c'est connoté porno, mais si on veut savoir ce que j'ai sous mes fringues il me semble assez logique de lier ça au porno.

[3] Avec une expérience très différente et beaucoup plus sympa dans un collectif avec une bonne partie de liguard/e/s, je tiens à le préciser

vendredi, janvier 9 2009

Planning familial

Je me rends compte avec une certaine honte qu'à cause des périodes de «fête» et de ma rentrée un peu laborieuse, j'avais complètement oublié de parler de la situation du Planning Familal, notamment à Marseille.

Le Planning Familial des bouches du rhône 13 est situé dans des locaux vétustes, trop petits par rapport au public reçu, au 3ème étage sans ascenseur, rendant l'accès impossible aux personnes à mobilité réduite. Depuis le 23 décembre, le PF13 a pris la décision, après une succession de problèmes, d'annuler l'accueil dans leur locaux et il y avait une manifestation et un accueil dans la rue le 7 janvier, c'est-à-dire mercredi dernier.

Il y a une pétition que vous pouvez signer pour demander à ce que ce planning familial soit en capacité d'assurer l'accueil individuel aux personnes qui vienent pour bénéficier d'une écoute ou d'un suivi gynécologique gratuit.

Au delà de la situation marseillaise, le Planning Familial a vu ses subventions baisser de 40% entre 2008 et 2009. Dans le même temps, la remontée d'un discours contre l'avortement et la contraception, qu'il s'agisse des fachos qui vont manifester devant un planning familial, protégés par la police, ou des discours du Vatican contre la pilule, pointée comme polluante et responsable du manque de stérilité des pauvres mâles, montre bien qu'il est toujours nécessaire de lutter pour le droit à disposer de son corps (qui ne se limite d'ailleurs pas à l'avortement et à la contraception).

vendredi, décembre 19 2008

Zapping transphobe

Comme c'est un peu les vacances, mais que j'avais envie de maintenir mon rythme de parution des billets de ce blog (bon ça tiendra pas pendant toutes les vacances, soyons claire), j'en profite pour remettre un billet que j'avais en cours depuis un certain temps.

Le principe : noter les différents propos transphobes tenus sur le web. Pas sur tout le web, il faut pas déconner, mais dans deux cadres où a priori, si on était naïve, on pourrait croire qu'il n'y en aurait pas : le cadre «extrême-gauche» d'un côté et le cadre «trans» de l'autre.

Transphobie d'extrême-gauche

Commençons par les forums et sites dits «d'extrême-gauche». J'ai décidé d'anonymiser les citations, vu que le but n'est pas de pointer du doigt des personnes ou des forums, et pour éviter qu'on me tombe trop dessus, mais en gros elles proviennent de forums anticapitalistes, marxistes, trotskystes, anarchistes, ...

Par contre j'ai laissé l'année, à titre indicatif (et l'orthographe).

Un homme c'est comme ça, une femme c'est comme ça

Je pense simple qu'on est né homme ou femme.

(octobre 2005)

il s'agit d'une femme qui a subit des traitements médicaux pour ressembler à un homme. ... ce que j'ai dit est la pure et simple réalité et permet d'expliquer le "miracle" d'un homme "enceint" sans devoir faire appel à un quelconque Dieu. Si cela prouve que je suis transphobe alors c'est la réalité elle même qui est transphobe

(octobre 2008)

Là, c'est ZE postulat transphobe number one : tu nais homme ou femme, et puis voilà. C'est l'exemple le plus classique de la transphobie : on reste comme la Nature ou Dieu nous a créés, basta.

Autrement dit : une femme trans' est un homme, un homme trans' reste une femme.

C*** ******** n’est pas une femme, ce détail très important pour comprendre sa démarche.

(avril 2008)

Là on a un cas plus subtil, qui consiste à nier le genre d'une personne dans le but pour la discréditer. Pour bien comprendre, la personne en question (une femme trans') défendait une certaine prostitution, ce qui en fait forcément un homme.

Je trouve que c'est symptomatique d'une certaine tendance chez des personnes[1], à avoir des comportement corrects avec leurs amis ou les personnes avec lesquelles elles sont d'accord, mais qui ne comprennent pas que la transphobie, le racisme ou le sexisme ne sont pas plus justifiable lorsqu'il s'agit de personnes avec lesquelles elles ne sont pas d'accord.

Bien sûr, ça reste basé sur ZE postulat transphobe : une femme trans' reste un homme.

Oui, mais moi je suis féministe, tu comprends

Nous croyons qu'un genre est simplement une affaire génitale. Et pourtant on a ces types qui courent partout en disant qu'ils se "sentent comme une femme". Qu'est-ce que ça veut bien dire ? Ça veut dire que ces types fétichisent les rapports de genre !

Et c'est simplement réactionnaire !

En tant que communistes, nous voulons nous débarasser des rapports de genre et je pense que c'est des choses négatives comme les rapports de genre qui causent ce type de maladies.

(octobre 2005)

Histoire de continuer dans la transphobie au nom d'un (certain) féminisme : mon dieu, mais quelle horreur, des trans' se «sentent» hommes ou femmes, et c'est anti-féministe.

Parce que bien sûr, aucun individu cisgenre ne se «sent» homme ou femme, il n'y a que les trans' pour faire cela. C'est un peu deux poids deux mesures.

Dans le genre, on admirera aussi :

En quelque sorte, le transexuallisme est il autre chose qu'une manoeuvre machiste pour fabriquer un idéal féminin artificiel à sa convenance, une façon de nier la féminité réelle plutôt que de l’accepter ? une façon de rejeter la Femme réelle avec tous ses défauts, en ne gardant que les "qualités" qui, en l’ocurence sont révélatrices d’une certaine vision de la femme objet ?

(décembre 2008)

ou : le vieux spectre des trans' qui sont des hommes qui ne transitionnent que parce qu'ils ont une vision machiste de la femme. Idée lancée (notamment) par Janice Raymond en 1979 dans son bouquin «The transsexual empire : the making of the she-male». Soit elle est toujours présente 30 ans après, soit il y a des gens qui sont restés coincés dans les années 70.

Oui, mais moi je suis progressiste, tu comprends

On ne peut décemment pas contester les OGM ou le dopage si on s 'affirme transgenre, ou si on les soutient , en ce qui concerne ces différences physiologiques

(octobre 2008)

Parce qu'être progressiste, c'est être contre toute modification de son corps. Avortement ! Contraception ! Et hop tout ça, à la poubelle !

Mais du coup, si je couche avec, je suis gay ?

Comment vous sentiriez-vous si vous découvriez que votre partenaire avait été du genre duquel vous n'êtes pas attiré ?

(octobre 2005)

Je suis peut-être un vieux réac, mais oui. Je connais pas de transformation parfaite d'un sexe à un autre, ne serait ce que physique. Or le sexe, c'est indéniable, a un aspect foncièrement physique... Je ne vois guère que cette distinction d'intéressante, en ce qui me concerne. Et je n'aime pas franchement les relations ambigües. Mais après, c'est vrai que c'est de l'ordre du détail, vu que les trans ne courent pas les rues, je ne suis pas pour l'instant terrorisé à l'idée de draguer une des fausses femmes (sexuellement parlant s'entend)

(mars 2007)

La question anodine : oui mais vous, vous réagiriez comment si vous réalisiez que votre partenaire est trans' ? En soi je ne pense pas que la question soit transphobe (quoique la réponse puisse l'être, comme dans le cas présent en parlant de «fausses femmes»), par contre c'est un peu lourd quand une discussion sur les questions trans' doit forcément tourner là-dessus.

Et encore une fois, on est basé sur ZE postulat transphobe : mon dieu, j'ai couché avec une trans', donc c'est que j'ai couché avec un homme. Et le postulat homophobe : même si ça m'a plu, c'est horrible.

Et les gens qui se prennent pour des animaux, hein ?

Si quelqu'un se prend pour un dinosaure, faut-il s'empresser (même si c'était faisable) de lui retirer sa peau pour lui greffer une peau de reptile avec des écailles sur simple demande, parce que l'envoyer voir un psychiatre serait le stigmatiser ?

(septembre 2007)

On notera la comparaison bien choisie, parce que évidemment, dire que la notion d'homme et de femme est avant tout sociale et donc qu'on peut se sentir homme ou femme en ayant respectivement un vagin ou un pénis, c'est la même chose que de dire que la différence entre un dinosaure et un humain est avant tout sociale.

Quoique, en lisant ça datant de 2007, on se dit qu'il y a certains individus appartenant légalement à l'espèce humains qui n'auraient pas de mal à faire une transition vers «dinosaure».

Oui mais l'état-civil c'est important, quand même

Personnellement, je trouverais très étrange de ne plus avoir la mention féminin ou masculin. En ce qui me concerne, si sur ma carte cette notion disparaîtrait, ça me ferait comme un "choc".

(octobre 2007)

Qu'une personne soit reconnue comme ayant le sexe qu'elle veut est une chose.

Mais pour l'Etat Civil, il n'y en a que deux: alors, l'un ou l'autre!

(juillet 2008)

Un peu étonnant à l'extrême-gauche, plus présent ailleurs: oui mais quand même, il faut garder le H/F sur la carte d'identité, hein. Et tant pis si ça nie l'identité des personnes qui ne sont ni l'un ni l'autre (ce qui est certes loin d'être le cas de tous les trans', qui se définissent en général complètement «homme» ou «femme»). On est révolutionnaire, mais quand même, l'état-civil , c'est sacré.

Je vous mets un peu de lesbophobie avec ça ?

Mais tu admettras que quand deux femmes trans qui se mettent en ménage en se prétendant gouines, cela donne une idée assez confuse de leur amour de la féminité.

(décembre 2008)

Bon en fait c'est le reproche que je trouve un peu confus, pour ma part, mais bon.

Transphobie trans'

Passons maintenant à la catégorie de transphobie suivante : la transphobie trans'. Ça peut paraitre bizarre à première, mais les personnes qui se définissent comme «vrai-e-s trans'» aiment manifestement beaucoup dire du mal des «fau-x-sse-s trans'».

Comme précédemment, je ne mets pas la source, et parfois c'est traduit, mais, comme pour les liens précédents, je promets que ça a vraiment été dit. Juré, craché, ptiouh.

Sans ton genre, tu n'es rien

Je trouves terrifiant, cet univers de personnes informes, aux identités flous, ou inexistantes, que la vie doit ètre triste, quand on est à ce point destructurés et en marge de la société!

Une idée qui rejoint un peu le fait de considérer les homos comme narcissiques parce qu'ils-elles veulent coucher avec «eux-elles même» : la seule chose qui compte, c'est son genre. Tu as une identité de genre floue, voire inexistante, mais c'est TRISTE, c'est horrible, tu n'as pas d'identité.

Une trans', ça ne pénètre pas

Pour moi, transsexuelle et "active", comme disent les gays, c'est antinomique, et mème s'il y a des femmes génétiques lesbiennes qui sont "actives", en utilisant des godes-ceintures, ça reste quand mème qu'un instrument en plastique, mais ça n'a aucune comparaison avec un pénis à soi, c'est son propre sexe que l'on utilises, et en l'occurence un sexe masculin, et qu'on pratiques un acte purement masculin, ou alors j'ai rien compris au film!

Oh My Gode, qu'une femme se serve de son pénis plutôt que d'un gode-ceinture pour être «active», c'est forcément masculin, c'est que ça n'est pas une vraie transsexuelle, et donc...

si tu cherche une trans active passive, mais c'est une shemale alors.

... une «shemale». Shemale, pour les lectrices-lecteurs qui ne connaitraient pas, c'est un terme pour désigner les trans' surtout utilisé dans le porno, généralement pas vu de manière super positive. Par ailleurs des trans' peuvent revendiquer ce terme, mais il y a une grande différence entre dire «je suis une shemale» et «beurk, t'es pas une trans toi, t'es une shemale». Autrement dit...

il faut savoir que celui ci diminue la fabrication de spermatozoide,donc plus d'ejaculation mais n'empeche pas une erection,qui je pensse d'en notre cas ne nous sert a rien!!!!sauf pour certaine,mais dans ce cas la il s'agit de cas psychiatrique!!!!

... une malade mentale. C'est vrai que vouloir se servir d'une partie de son corps pour prendre du plaisir, il faut vraiment être un cas psychiatrique.

Une trans', ça aime les hommes. Point.

Le vrai transexuel est attiré par les hommes et non par les femmes car c'est une femme dans le corps d'un homme que la chirurgie actuelle peut modifier ; on voit de plus en plus de trans lesbiennes, qu'est-ce-que c'est que çà ? une supercherie ? un nouveau fantasme ? Comment devenir une femme à part entière et être lesbienne ? C'est du n'importe quoi !

Certes, il ne s'agit pas à proprement parler de transphobie mais d'homophobie, mais je pense que les deux se combinent parfois de manière particulière.

Un trans', ça n'est pas enceint

Cette personne, pour moi, n'est en aucun un FTM, et un homme, donc, car tout le monde sait qu'il n'y a pas plus masculin et viril qu'un FTM, tellement ils défendent leur identité sexuelle masculine avec fierté, quelques fois excessivement, comme les MTF, concernant leur identité féminine, mais ce sont des hommes avant tout, et les connaissant, je suis sure que ce sont les premiers à ètre choqué par le fait qu'un homme digne de l'ètre, ne donnera jamais la vie, comme une femme, puisque par définition, ce sont des hommes!

En réaction à Thomas Beatie, trans FtM qui était enceint (et qui l'est à nouveau, d'ailleurs, ce sale récidiviste).

Un peu la même logique qu'avec la pénétration pour les trans' MtF : quelle idée de vouloir se servir de son corps, il faut respecter la norme du genre qu'on revendique.

Et bien sûr, dès qu'un-e trans' fait un «écart» par rapport à la norme, il-elle risque de voir son identité de genre remise en question : s'il est enceint, c'est une femme, point.

Un-e trans', ça se fait opérer

D'accord, soyons clair sur quelque chose, là... quelques soit la terminologie raisonnable, qui puisse être utilisée dans une discussion raisonnable, si une personne ne veut pas de «chirurgie génitale» alors elle n'est en aucun sens, significatif et légitime, transsexuelle.

On retrouve un peu le leitmotiv des phrases précédentes : hey, vous êtes pas des vrai-e-s trans', vous !

C'est amusant de voir comment ZE postulat transphobe, qui est «vous n'êtes pas de vrai-e-s hommes-femmes» est finalement intégré par certain-e-s trans' pour devenir «vous n'êtes même pas de vrai-e-s transsexuel-le-s».

Les trans', ça doit être normal

Cest a cause de prssone comme vous que l'on et considérré pour des dingue et des barges les femme a barbe c'est dans les cirque pas ici

Oh Mon Gode, une femme à barbe, mais quelle horreur. Et en plus, ça décrédibilise les trans'.

C'est drôle, quand j'étais un geek libriste déjà, y'avait des types qui venaient nous souler «hey, vous, les barbus (ben ouais j'étais barbue à l'époque, hé), faut faire un effort, vous décrédiblisez les logiciels libres». Finalement, on retrouve la même chose chez les trans'.

Comme quoi la barbe, quelque soit le contexte c'est quand même méchamment pas crédible.

Conclusion

La conclusion est assez simple : surprise, il y a plein de gens transphobes, en fait ! Alors bon c'est que des petits exemples liés à deux contextes particuliers parce que c'est là que je passais du temps sur Internet, et bien sûr ce n'est pas difficile d'en trouver ailleurs (je me rappelle m'être bien poilée sur un blog d'extrême-droite qui parlait de l'existrans, surtout à propos du côté «mon dieu c'est l'apocalypse, les trans' débarquent pour détruire notre belle Nation»... ah, si seulement). Seulement j'avais trouvé ça un peu frustrant de voir des personnes dont a priori j'attendais plutôt le soutien sortir ce genre de choses,

C'est mon côté naïve, que voulez-vous ?

Notes

[1] Sans vouloir accuser un courant particulier, je trouve ça quand même très présent chez les abolitionnistes. M'enfin, hein.

jeudi, décembre 18 2008

Contre la parité

On parle beaucoup de «parité homme/femme». C'est une revendication féministe importante.

Je crois d'ailleurs que ça doit être le point sur lequel on a dû me sortir le plus de fois «oui mais là, avec tes revendications, tu es anti-féministe, hein, alors ta gueule». (Le deuxième, c'est la non-mixité, et j'en (re)parlerai peut-être plus tard.)

Un homme, c'est comme ça, une femme, c'est comme ça, ta gueule, transgenre, tu nous fatigues

Bon, j'admets, en général c'est dit un peu plus subtilement que «ta gueule» mais il n'en reste pas moins que, dans pas certaines organisations prenant en compte le féminisme, j'ai des fois un peu l'impression que l'accessoire indispensable en tant que militante transgenre, c'est ça :

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(Oui, je sais que je suis actuellement paranoïaque, hystérique et que je joue les victimes, mais on va dire c'est parfois difficile de ne pas ressentir que la «libération des femmes» se limite en fait à la «libération des femmes cisgenres».)

Alors, quand je dis «en tant que militante transgenre», c'est faute d'un meilleur mot, mais en gros : ça me gonfle un peu, le binarisme «homme/femme».

Parce que bon, la parité homme/femme, c'est bien beau, mais si on est ni homme ni femme, on fait quoi ? On est gentiment prié/e/s, à défaut de ne pas exister, d'au moins ne pas être dans les directions et les trucs comme ça ?

Au niveau légal, la parité, c'est ce qui m'a valu, aux élections municipales, de quand même être sur une place sur deux «pour mecs» parce que j'avais une bite. Bon alors, on va dire, c'est le niveau légal et quand on parle de parité, on pourrait s'attendre à ce qu'on (sous-entendu, les militant/e/s) ait un principe différent. Cela dit, il y a quand même un suivisme par rapport à l'État: je me rappelle avoir vécu de manière assez violente au moins un tract aux municipales qui annonçait 50 hommes et 50 femmes (chiffres pas exactes, je les ai plus en tête) qui me «reclassait» de fait dans la catégorie «homme», parce que quand même, c'était tout simplement pas envisageable que l'État puisse avoir tort.

(On va me dire que c'était sans doute juste une personne qui ne pensait pas qu'il y avait une trans sur la liste et qui ne pensait pas à mal, mais d'un autre côté, c'est bien le problème du cissexisme : on ne pense jamais que les trans' peuvent exister)

Même si on part sur des bases «autodéterminées», il n'en reste pas moins qu'on est obligé de décider entre «homme» ou «femme». Alors honnêtement, pour beaucoup de personnes, y compris une majorité de trans', ça ne pose pas de problème. Maintenant, la question c'est : est-ce que c'est justifié de renforcer une oppression pour les «autres personnes» ?

La réponse, globalement, c'est quand même : OUI. Parce que bon, elles sont pas beaucoup, ces personnes, et elles ont qu'à la fermer avec leur revendication anti-féministes.

Évidemment, je ne suis pas d'accord, mais je me suis longtemps avouée vaincue. Après tout, qui étais-je pour remettre le Féminisme en cause ? Et puis bon, moi, je ne me dis techniquement pas femme, mais ça ne me pose pas de problème d'être considérée comme «femme» (comme homme oui, par contre, et malheureusement ça reste souvent le cas), alors pourquoi est-ce que je ressentais le besoin de parler de ça ?

Et du coup, un petit coup de bâillon pour fermer sa gueule et puis ça passait bien.

Action positive

Et puis j'ai acheté le dernier bouquin de Christine Delphy, «Classer, dominer», et j'ai vu un texte où elle préférait le terme action positive et de quota.

Et là, ça m'a fait cogiter.

Et du coup, j'ai réfléchi, et je me suis dit qu'en tant que féministe, même si je faisais abstraction de la partie «trans'», j'avais encore plein de problèmes avec la parité :

  • d'abord, la présentation apolitique du truc : de fait on dit rarement «les femmes souffrent d'une oppression, qui font qu'elles sont sous-représentées, et il faut compenser cette oppression en imposant un quota de 50% de femmes». On dit «on va élire tel truc à la parité homme/femme». On ne juge pas important de rappeler pourquoi. Est-ce que c'est pour respecter les traditions quand on dresse la table, d'intercaler un homme et une femme ? Ou pour être sûr que nos directions restent bien hétérosexuelles ?
  • ensuite, et c'est lié, l'aspect symétrique de la chose : la parité homme/femme, c'est 50% d'hommes et 50% de femmes. Or, si on part du principe qu'il faut des quotas de femmes parce qu'elles subissent une oppression qui les empêchent d'arriver à une structure, l'inverse n'est pas vrai. Une structure de direction avec 70% de femmes n'aurait pas du tout la même signification qu'une structure avec 70% d'hommes.
  • enfin, la négation de la non-mixité : en imposant des listes «paritaires», cela veut dire qu'on exclut des listes non-mixtes. Or, là-encore, une liste non-mixtes parce que seuls les hommes ont accès au «pouvoir» d'être candidats n'aurait pas du tout la même signification qu'une liste d'une organisation féministe non-mixte. Qu'il s'agisse du cadre légal ou pas, on voit bien que ni l'un, ni l'autre ne sont possibles au nom de la parité.

Il me semble que proposer à la place le terme d'action positive, avec un quota minimal de 50% de femmes, résout ces problèmes, mais aussi du même coup le problème de binarité : on n'a plus à se positionner pour savoir si on est homme ou femme, on peut être autre chose et ne pas rentrer dans la catégorie «femmes» sans être pour autant catégorisé/e «homme». On pourrait éventuellement, pour mieux faire, insister qu'il s'agit d'un quota minimal de 50% de personnes subissant l'oppression des femmes, ce qui indique clairement qu'il ne s'agit pas d'une question de sexe biologique ou d'auto-définition : une personne peut être opprimée parce qu'elle est catégorisée comme femme tout en rejetant elle-même cette définition, et il me semble qu'elle ne devrait pas avoir à choisir entre avoir une «compensation» (par le mécanisme d'action positive) de cette oppression et un respect de sa façon de se définir.

Mais là, j'en demande peut-être trop.

samedi, décembre 13 2008

Sale temps pour les femmes

Je ne sais pas ce qu'il y a en ce moment, mais ça fait coup sur coup plusieurs mauvaises nouvelles :

D'abord, la censure du film «les bureaux de Dieu» par des anti-avortements (via LeZ Strasbourg) :

CENSURE ET MOUVEMENTS ANTI-CHOIX

Bonjour à toutes et à tous,

Le LEM, petite salle d'Art et Essai de Tassin, s'est vu déprogrammer le film « les Bureaux de Dieu » de Claire Simon par une association catholique car celui-ci serait « blasphématoire » et « prônant l'avortement ».

L'association catholique dirigée par le père Matteo Lo Gioco est bien connue des associations féministes puisqu'il faisait partie des organisateurs des commandos anti-IVG qui ont à plus de 100 reprises, en France, fait entrave aux droits des femmes de disposer librement de leur corps.

Le LEM est lié par une clause du bail stipulant que « le preneur exploitera la salle pour la projection de films de bonne tenue morale choisis par Chrétiens Média ou tout autre organisme qui lui serait substitué par les autorités ecclésiastiques ».

Qu'une salle paroissiale décide de son programme, soit. Mais le LEM fait partie du réseau du GRAC(1) et à ce titre est subventionnée par la Région Rhône-Alpes et la DRAC. Cette censure à cause de convictions religieuses est inadmissible.

Le MFPF du Rhône dénonce cette censure et derrière, la remise en cause d'un droit fondamental pour les femmes.

Le MFPF du Rhône apporte son soutien aux bénévoles et aux salarié-e-s qui ont dénoncé et se sont oppposé-e-s à cette censure.

Le film est reprogrammé cette semaine :

a.. Le jeudi 11 décembre 2008 à 21h00

b.. Le samedi 13 décembre 2008 à 18h30

c.. Le dimanche 14 décembre 2008 à 19h15 en présence de Claire Simon, la réalisatrice, et Françoise Laurent Présidente du MFPF et d'une représentante du MFPF du Rhône.

Cinéma Le Lem

62 avenue du 8 Mai 1945

69160 TASSIN LA DEMI LUNE

L'association catholique et le père Mattéo Lo Gioco seront présents à la séance de dimanche.

Nous vous invitons à dénoncer cette censure, à réaffirmer le droit à l'avortement et plus globalement les droits des femmes et à soutenir les bénévoles et les salarié-e-s en venant débattre avec nous le dimanche 14 décembre 2008.

En ces temps de remise en question des droits individuels et collectifs, nous devons plus que jamais être vigilent-e-s et solidaires.

Amitiés féministes

Pour le MFPF 69

Marion ATHIEL, membre du CA du MFPF du Rhône

et membre du CA Confédéral du MFPF.

(1) Groupement Régional d'Actions Cinématographiques

Malika MEHENNAOUI

MFPF 69

mfpf69m.mehennaoui@laposte.net


Ensuite, un couple de lesbiennes s'est vu, en appel, refuser le partage de l'autorité parentale sur leurs enfants . Entre ça et le «blanchiment» de Vanneste, on dirait que la justice est très sensible à l'homophobie en ce moment...


Enfin, le viol et l'homicide d'une femme à Marseille par quatre personnes, dont visiblement au moins une qu'elle connaissait, qui l'ont forcée à boire (voir articles du Post , du Point et de la Provence). Si cette nouvelle n'était pas suffisante pour nous donner envie de vomir, on pourrait se rabattre avec les commentaires en ligne puant le racisme et la misogynie. Ou encore, ce petit extrait de l'article de la Provence :

Sur le trajet, est-ce de son plein gré que la jeune femme a ingurgité une bouteille entière de vodka ? Ivre morte dès son arrivée à l'hôtel, a-t-elle vraiment accepté de se soumettre aux volontés sexuelles de ces quatre hommes ?

C'est ce qu'affirment les deux mis en cause. Mais Cécilia n'est plus là pour donner sa version. Ce soir-là, de l'aveu même des violeurs présumés, elle va alterner les pertes de connaissance. Ce qui n'empêchera pas ses quatre "partenaires" de poursuivre leurs assauts.»

où l'on pourra noter l'utilisation du terme «violeur présumé» alors qu'ils avouent au moins avoir «poursuivi leurs assauts» après qu'elle ait perdu connaissance : il faudra m'expliquer comment quelqu'un qui a perdu connaissance pourrait donner un consentement.

Certes, ce n'est qu'un «fait divers», mais qui est malheureusement révélateur des violences systémiques contre les femmes... et de la façon dont elles sont traitées.

jeudi, décembre 4 2008

Liberté d'expression, il faut le dire vite

La suspension de la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan vient d'être confirmée en appel. Ce n'est pas forcément une décision très surprenante, mais ça n'en fait pas moins chier.

Je trouve ça quand même ironique, qu'on renvoie un type en détention parce qu'il a osé insinuer qu'il ne crachait pas sur tout ce qu'il avait pu faire, alors que, quelques semaines plus tôt, un type comme Vanneste était être «blanchi» de ses accusations d'homophobie au nom... de la liberté d'expression.

Bien entendu, il fallait comprendre : la liberté pour le dominant d'exprimer son mépris pour les dominé-e-s, la liberté d'expression de celui qui est du côté du manche, la liberté d'expression de l'oppresseur pour dénigrer l'opprimé-e, et jamais l'inverse.

Et pendant ce temps, deux autres personnent restent, elles aussi, en taule, Julien Coupat et Yldune, les terroristes des caténaires, sur des preuves assez fumeuses. Mais il est vrai qu'ils ont édité un bouquin anarchiste, alors...

Liberté d'expression hein ? En tout cas lorsqu'il s'agit de les considérer comme des terroristes ; pas, manifestement, lorsqu'il s'agit de les défendre, comme l'ont démontré les arrestations et perquisitions menées contre un comité de soutien belge aux arrêtés du 11 novembre.

Alors évidemment, ça met en colère, mais je vais éviter de le dire trop fort, pas envie de finir au poste.

Et merci de ne pas laisser de traîner de copies de ce billet près des voies ferrées.

mardi, décembre 2 2008

Transmisogynie, ou de la combinaison entre sexisme et transphobie

Je ne suis pas persuadée que le terme «transmisogynie» ou «trans misogynie» existe en français (en tout cas, google ne renvoie rien, mais ça ne devrait pas tarder à changer) ; cependant, je l'ai vu utilisé à plusieurs reprises sur des blogs en anglais ou dans des extraits de livres (notamment ''Whipping Girl'', de Julia Serano) et je pense qu'il s'agit d'un concept intéressant.

Contrairement au terme «transphobie» qui désigne une discrimination contre les trans', le terme «transmisogynie» cible plus spécifiquement les trans' MtF (ou Mt*), un peu comme le terme «lesbophobie» est plus spécifique que «homophobie». Ce que je vois d'intéressant avec ce mot, ce n'est pas qu'il permet de se différencier des trans FtM qui auraient une vie beaucoup plus facile, mais de visibiliser le fait que la transphobie et le sexisme se combinent chez les femmes trans' d'une manière spécifique et qu'on ne peut pas séparer les deux.

L'essentiel de la transphobie passe par la négation du genre de la personne : un homme trans' reste une femme, une femme trans' reste un homme, et ne parlons même pas des personnes qui revendiquent un genre non-binaire, qui n'existent tout simplement pas. À côté de ça, la misogynie consiste à considérer les femmes comme inférieures, mais aussi à dévaloriser tout ce qui leur est lié, c'est-à-dire tout ce qui est «féminin». Un aspect important de la transmisogynie, c'est-à-dire de la combinaison entre ces deux oppressions, me semble être le refus de comprendre qu'un «homme» (puisqu'on refuse de considérer le genre de la trans') puisse vouloir se «féminiser». Ce refus d'accepter les trans' pour ce qu'elles sont et d'accepter comme légitime une aspiration «féminine» a des conséquences diverses :

  • une hyper-sexualisation des trans' : si une personne ayant un corps soi-disant «masculin» porte des vêtements féminins, c'est forcément pour attirer les hommes dans un but sexuel ;
  • pour certaines féministes, cela entraîne un rejet des MtF qui ne seraient que des fétichistes, voire des agents du patriarcat infiltrés. On citera par exemple Janice Raymond : «Tous les transsexuels violent les corps des femmes en réduisant la véritable forme féminine à un artefact, en s'appropriant ce corps pour eux-mêmes. Les transsexuels coupent simplement le moyen le plus évident d'envahir les femmes , pour qu'ils puissent sembler non-invasifs» ;
  • de manière un peu semblable, j'ai souvent vu apparaître l'idée que les trans' se «féminiseraient» uniquement par contrainte dans des discussions liées à la prostitution (discussions catégorisant par ailleurs régulièrement les femmes trans' dans la «prostitution masculine») ;
  • dans les milieux militants (et pas seulement), la double contrainte : être féminine, au risque de voir son genre nié parce que ne pas être féminine prouve que l'on est en réalité un homme, mais ne pas être féminine, parce que c'est caricatural, être soumise, anti-féministe, fort peu subversif, qu'on limite la femme à la féminité, ce qui prouve que l'on est en réalité un homme.

Un autre aspect non négligeable de la combinaison entre ces deux oppressions est le fait que l'oppression sexiste va passer inaperçue, va être plus excusable, parce qu'on n'est pas vraiment une femme, ce qui, comme disent les anglais, ajoute l'insulte transphobe à la blessure sexiste. Cela est vrai non seulement du point de vue de l'oppresseur mais aussi, malheureusement, de certain-e-s féministes.

  • Pour l'oppresseur, le fait de nier le genre de la personne permet de cacher l'aspect sexiste de l'oppression, et permet d'en rajouter dans les excuses classiques du type «c'est qu'elle le cherchait» (en lien notamment avec l'hyper-sexualisation évoquée précedemment) ou «elle ne s'est pas défendue» (cf le procès du meurtrier présumé de Kellie Telesford, où la défense argumentait que la victime, trans', aurait eu une force d'homme et aurait donc pu se défendre).
  • Concernant le féminisme, le fait que certain-e-s féministes refusent de considérer les femmes trans' comme des femmes exclut ces dernières de certaines possibilités de protection, d'émancipation ou de luttes. Même si, heureusement, l'exclusion officielle des femmes trans' des espaces non-mixtes est de moins en moins courante , l'exclusion des femmes trans' du féminisme ne saurait se limiter à cela et passe aussi par des attitudes ou des comportements (par exemple j'avais très mal vécu qu'un mec cis féministe me fasse la leçon sur ce qu'est l'oppression des femmes, comme si je ne la vivais pas un tout petit peu plus que lui) ainsi que par l'absence de prise en compte globale de cette question.

Enfin, pour terminer, le sexisme sur les femmes trans' est rendu d'autant plus fort par la psychiatrisation, qui tend à n'autoriser les transitions (notamment hormones et chirurgies) que pour les personnes ayant des comportements correspondant parfaitement à des normes de genres qui sont encore bien plus réactionnaires que ce qui va être attendu d'une femme dans la vie de tous les jours. Si cela reste moins vrai qu'il y a 20 ans, notamment grâce au fait qu'il y a des réseaux qui permettent de contre-balancer l'importance des psychiatres, il n'en reste pas moins que ceux-ci restent détenteurs d'une position de pouvoir sur les trans' qui sont de fait dépendant-e-s d'eux-elles. Bien entendu cette normalisation est vraie pour toutes les personnes trans', MtF comme FtM, et elle s'applique en grande partie pareillement aux deux groupes (notamment pour l'injonction à l'hétérosexualité), mais le «féminin» et le «masculin» ne sont pas placés au même niveau et le premier est inférorisé par rapport au second.

Voilà, ce sont quelques idées sur ma vision de la «transmisogynie». Évidemment étant donné l'aspect un peu impressioniste (même si j'ai essayé de généraliser un peu, cela reste quand même fortement basé sur mon vécu) et la spécificité de ce billet, c'est MtF-centré, ce qui ne veut pas dire que je pense les FtM ne vivent pas, eux aussi, une combinaison entre sexisme et transphobie, mais simplement que je ne crois pas être la mieux placée pour en parler :)

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