Rangers & Bas résille

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vendredi, avril 2 2010

Quelques extraits du SCUM Manifesto

Quelques extraits du SCUM Manifesto, écrit par Valérie Solanas en 1967. Étant donné que dans mon billet précédent daté du 1er avril j'avais promis de ne plus verser dans la mysandrie, je tiens à préciser que si je trouve ce que je cite intéressant, je ne souscris pas forcément à tout ce qui y est dit. Ainsi, étant donné la crise écologique actuelle, je suis loin d'être certaine des bienfondés de l'automatisation à tous les niveaux.

Sinon, le texte complet est disponible en ligne en français et en anglais.

Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin.

(...)

Rongé qu’il est de culpabilité, de honte, de peurs et d’angoisses, et malgré la vague sensation décrochée au bout de ses efforts, son idée fixe est toujours : baiser, baiser. Il n’hésitera ni à nager dans un océan de merde ni à s’enfoncer dans des kilomètres de vomi, s’il a le moindre espoir de trouver sur l’autre rive un con bien chaud. Il baisera n’importe quelle vieille sorcière édentée, n’importe quelle femme même s’il la méprise, et il ira jusqu’à payer pour ça. Et pourquoi toute cette agitation ? Si c’était pour soulager une tension physique, il lui suffirait de se masturber, et puis s’il va jusqu’à violer des cadavres et des bébés, ce n’est sûrement pas pour combler son ego. Alors pourquoi ? Complètement égocentrique, incapable de communiquer et de s’identifier aux autres (voir plus haut), n’existant que par une sexualité endémique et diffuse, le mâle est psychiquement passif. Et parce que sa propre passivité lui fait horreur, il tente de s’en débarrasser en la projetant sur les femmes. Il postule que l’homme est Actif, et s’attache ensuite à démontrer qu’il est actif, donc qu’il est un Homme. Et pour ce faire, il baise ! (Moi je suis un Vrai Mec et j’ai une Grosse Queue et comment que je Tire mon Coup). Mais comme ce qu’il cherche à démontrer est faux, il est obligé de toujours recommencer. Alors baiser devient un besoin irrépressible, une tentative désespérée de prouver qu’il n’est pas passif, qu’il n’est pas une femme.

(...)

Sa recherche frénétique de compensations - parce qu’il n’est pas une femme - combinée avec son incapacité fondamentale à communiquer et à compatir, a permis à l’homme de faire du monde un gigantesque tas de merde. Il porte l’entière responsabilité de :

LA GUERRE

Le système de compensation le plus courant du mâle, savoir dégainer son gros calibre, se révélant notoirement inefficace, puisqu’il ne peut le sortir qu’un nombre très limité de fois, il dégaine sur une échelle franchement massive, donc sublime, prouvant ainsi au monde entier qu’il est un « Homme ». Du fait de son incapacité à éprouver de la compassion pour les autres, à les comprendre ou à s’identifier à eux (voir plus haut), il trouve que l’affirmation de sa virilité vaut bien toutes sortes de mutilations et de souffrances, et il la fait passer avant un nombre incalculable de vies humaines, la sienne comprise. Pour ce que vaut celle-là, il préfère mourir ébloui de gloire que de se traîner lugubrement cinquante ans de plus.

(...)

LA PATERNITÉ ET LA MALADIE MENTALE (peur, lâcheté, timidité, humilité, insécurité, passivité)

(...)

L’effet de la paternité sur les garçons, notamment, est d’en faire des « Hommes », c’est-à-dire de développer en eux un système de défenses farouches contre leur tendances à la passivité, à l’hystérie « grande-folle », et contre leur désir d’être des femmes. Tous les garçons veulent imiter leur mère, être elle, fusionner avec elle, mais Papa interdit de telles choses. C’est lui la mère. Lui, fusionne avec elle. Alors, plus ou moins directement il dit au petit garçon de ne pas faire la « mauviette » et de se conduire en « homme ». Le petit garçon qui chie dans son froc devant son père, autrement dit le « respecte », se soumet et devient un vrai petit Papa, ce modèle de Virilité, ce rêve américain : le lourd crétin qu’est l’hétérosexuel bon teint.

(...)

LE CONFORMISME

Tout en désirant être un individu, l’homme a peur de ce qui pourrait le différencier un tant soit peu des autres. Il craint de n’être pas vraiment un « Homme », d’être passif et déterminé par la sexualité, tous soupçons qui le bouleversent. Si les autres hommes sont « A » et qu’il ne l’est pas, alors il ne doit pas être un homme. Il doit être une pédale, selon ses termes. Alors il essaye d’affirmer sa Virilité en ressemblant aux autres hommes. Mais toute différence constatée chez les autres le menace aussi bien : ce sont eux les « pédales » qu’il doit éviter à tout prix et il fait tout pour les obliger à rentrer dans le rang.

L’ENNUI

La vie, dans une société créée par et pour des créatures à la sensibilité plus que limitée, donc profondément ennuyeuses, lorsqu’elles ne sont pas sinistres et déprimantes, ne peut être que profondément ennuyeuse, lorsqu’elle n’est pas sinistre et déprimante.

(...)

SCUM exterminera tous les hommes qui ne feront pas partie de l’Auxiliaire Masculin de SCUM. Font partie de l’Auxiliaire Masculin les hommes qui s’emploient méthodiquement à leur propre élimination, les hommes qui pratiquent le bien, quels que soient leurs motifs, et entrent dans le jeu de SCUM. Exemples de ce qu’on peut trouver dans l’Auxiliaire Masculin de SCUM :

- les hommes qui en tuent d’autres ;

- les chercheurs en biologie qui travaillent à des recherches constructives (au lieu de préparer la guerre biologique) ;

- les écrivains, les rédacteurs en chef les éditeurs et les producteurs qui répandent et favorisent les idées susceptibles de servir les buts de SCUM ;

(...)

- les pédés qui par leur exemple magnifique encouragent les autres hommes à se démasculiniser et à se rendre ainsi relativement inoffensifs ;

(...)

- les hommes qui disent ce qui est (jusqu’à présent il n’y en a pas eu un seul) et ont une attitude juste avec les femmes, qui révèlent la vérité sur eux-mêmes, donnent aux écervelées des phrases correctes à répéter et leur disent que le but premier d’une femme devrait être d’écraser le sexe masculin

jeudi, février 25 2010

Raisons d'être féministe quand on est trans'

Tiens, voilà un vieux billet non publié (qui date d'avril 2009), concernant une ébauche de «bonnes raisons d'être féministes». Inspirée des 10000 raisons d'etre féministe et des 500 bonnes raisons d'en finir avec le patriarcat, on en avait aussi reprises/réinventées dans le cadre de prise de paroles des Flamands Roses, et je m'étais prises au jeu en cherchant des raisons spécifiques quand on est trans...

Du coup comme j'ai retrouvé ce brouillon, je me suis dit que ça n'était pas trop tard pour le publier, même si y'a des trucs que j'écrirais plus pareil (genre, maintenant, je suis super allergique au terme MtF/FtM, alors qu'à l'époque non).

  1. Parce que j'en ai marre d'être considérée comme «en réalité» un homme
  2. Parce qu'une MtF transitionne forcément «par masochisme», alors qu'un FtM le fait forcément «pour avoir plus de privilèges»
  3. Parce que ça me soule qu'on me demande si je suis opérée ou pas
  4. Parce que, non, le fait de porter des vêtements féminins alors que j'ai été un garçon ne veut pas dire que j'ai forcément envie de me taper n'importe quel mec, tout le temps, n'importe où
  5. Pour ne pas avoir à prétendre que je suis hétérosexuelle devant mon psychiatre ; et pour ne plus avoir à passer obligatoirement devant un psychiatre, d'ailleurs
  6. Parce que, non, ça ne me plaît pas spécialement que, pour respecter mon identité de genre féminine, on se sente obligé d'être sexiste avec moi
  7. Parce que les gens «tolérants» se remettent à parler de moi au masculin dès que je ne suis pas assez soumise à leur goût, ou lorsqu'ils ne sont pas d'accord
  8. Parce que quand on ne m'emmerde pas parce que je suis une fille, on m'emmerde parce que je n'en suis pas une vraie
  9. Parce qu'une personne trans' a environ 18 fois plus de chance de se faire tuer qu'une personne cis'
  10. Pour ne plus être considérée comme une malade mentale
  11. Pour ne plus être obligée d'être stérilisée pour changer d'état-civil
  12. Pour que les médecins arrêtent de m'expliquer qu'il ne peuvent pas me prendre en charge parce qu'ils ne gèrent pas les trans', même quand je viens pour une gastro
  13. Parce que, contrairement à une psychiatre d'une équipe officielle, non, je ne considère pas que pouvoir vivre dans le genre féminin ou pas est lié au fait de ne pas être trop «énorme»
  14. Parce que ça me gave que pour déterminer si j'ai «réussi» ma transition, la question la plus importante soit : «est-elle baisable ?»
  15. Parce que, non, je ne suis pas «plus femme que femme» ; je suis juste aussi infâme que les infâmes féministes

jeudi, novembre 26 2009

Monique Wittig : La catégorie de sexe (extrait)

C'est assez rare que je fasse des copiers/coller de textes de fond, mais j'avais envie de partager quelques extraits du bouquin de Monique Wittig, la pensée Straight, qui est quand même vachement classe.

Je ne connais pas exactement la loi sur le droit à la copie et aux citations, mais j'espère qu'avec ces extraits, qui correspondent au début et à la fin de La catégorie de sexe, chapitre I de La pensée straight, je reste dans le domaine de la citation autorisée et que je ne verse pas dans le piratage grossier.

Le livre dans son ensemble s'intitule donc La pensée straight, de Monique Wittig, et est disponible aux Éditions Amsterdam.

À noter que les extraits suivants sont une transcription manuelle à partir du bouquin et que par conséquent, les éventuelles fautes de frappe ou d'orthographe doivent m'être reprochées et pas à Monique Wittig.

La pérennité des sexes et la pérennité des esclaves et des maîtres proviennent de la même croyance. Et comme il n'existe pas d'esclaves sans maîtres, il n'existe pas de femmes sans hommes. L'idéologie de la différence des sexes opère dans notre culture comme une censure, en ce qu'elle marque l'opposition qui existe sur le plan social entre les hommes et les femmes, en lui donnant la nature pour cause. Masculin/féminin, mâle/femelle sont les catégories qui servent à dissimuler le fait que les différences sociales relèvent toujours d'un ordre économique, politique et idéologique. Tout système de domination crée des divisions sur le plan matériel et sur le plan économique. Par ailleurs, les divisions sont rendues abstraites et mises en concepts par les maîtres, et plus tard par les esclaves, lorsque ceux-ci se révoltent et commencent à lutter. Les maîtres expliquent et justifient les divisions qu'ils ont créées en tant que résultat de différences naturelles. Les esclaves, lorsqu'ils se révoltent et commencent à lutter, lisent des oppositions sociales dans ces soi-disant différences naturelles.

Car il n'y a pas de sexe. Il n'y a de sexe que ce qui est opprimé et ce qui opprime. C'est l'oppression qui crée le sexe et non l'inverse. L'inverse serait de dire que c'est le sexe qui crée l'oppression ou de dire que la cause (l'origine) de l'oppression doit être trouvée dans le sexe lui-même, dans une division naturelle des sexes qui préexisterait (ou qui existerait en dehors de) la société.

Bon, c'est dur de s'arrêter car on aurait envie de tout recopier, mais comme je n'ai pas vu de symbole copyleft je vais me contenter de dire que Wittig parle ensuite de lutte des classes hommes/femmes (et de matérialisme dialectique), du fait que les opprimées ont tendance à ne pas pouvoir voir l'oppression car «Les pensées de la classe dominantes sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes»[1]. Elle explique que la catégorie de sexe est une catégorie politique justifiée par les dominants par différentes approches (notamment métaphysique, scientifique, mais aussi marxiste). Elle parle de l'obligation de reproduction imposée aux femmes, toujours avec la justification de la «nature», de l'appropriation du travail domestique des femmes, du contrat de mariage, et du fait que les violences conjugales ne sont pas perçues comme de vraies violences puisque la femme appartient à son mari.

La catégorie de sexe est le produit de la société hétérosexuelle qui fait de la moitié de la population des êtres sexuels en ce que le sexe est une catégorie de laquelle les femmes ne peuvent pas sortir. Où qu'elles soient, quoi qu'elles fassent (y compris lorsqu'elles travaillent dans le secteur public), elles sont vues (et rendues) sexuellement disponibles pour les hommes et elles, seins, fesses, vêtements doivent être visibles. Elles doivent arborer leur étoile jaune, leur éternel sourire jour et nuit. On peut dire que toutes les femmes, mariées ou non, doivent effectuer un service sexuel forcé, un service qui peut être comparé au service militaire et qui peut durer, c'est selon, un jour, un an, vingt-cinq ans ou plus. Quelques lesbiennes et quelques religieuses y échappent, mais elles sont très peu nombreuses, bien que leur nombre augmente. Si les femmes sont très visibles en tant qu'êtres sexuels, en tant qu'êtres sociaux, elles sont totalement invisibles et en tant que telles elles doivent se faire aussi petites que possible et toujours s'en excuser. Il suffit de lire les interviews de femmes exceptionnelles dans les magazines pour entendre leurs excuses. Et de nos jours encore, les journaux rapportent que «deux étudiants et une femme», ou «deux avocats et une femme», ou «trois voyageurs et une femme» ont été vus faisant ceci ou cela. Car la catégorie de sexe est la catégorie qui colle aux femmes parce qu'elles ne peuvent pas être conçues en dehors de cette catégorie. Il n'y a qu'elle qui ne sont que sexe, le sexe, et sexe elles ont été faites dans leur esprit, leur corps, leurs actes, leurs gestes ; même les meurtres dont elles font l'objet et les coups qu'elles subissent sont sexuels. Vraiment, la catégorie de sexe tient bien les femmes.

C'est que la catégorie de sexe est une catégorie totalitaire qui, pour prouver son existence, a ses inquisitions, ses cours de justice, ses tribunaux, son ensemble de lois, ses terreurs, ses tortures, ses mutilations, ses exécutions, sa police. Elle forme l'esprit tout autant que le corps puisqu'elle contrôle toute la production mentale. Elle possède nos esprits de telle manière que nous ne pouvons pas penser en dehors d'elle. C'est la raison pour laquelle nous devons la détruire et commencer à penser au-delà d'elle si nous voulons commencer à penser vraiment, de la meme manière que nous devons détruire les sexes en tant que réalités sociologiques si nous voulons commencer à exister. La catégorie de sexe est une catégorie qui régit l'esclavage des femmes et elle opère très précisément grâce à une opération de réduction, comme pour les esclaves noirs, en prenant la partie pour le tout, une partie (la couleur, le sexe) au travers de laquelle un groupe humain tout entier doit passer comme au travers d'un filtre. Il est à remarquer qu'en ce qui concerne l'état civil, la couleur comme le sexe doivent être «déclarés». Cependant, grâce à l'abolition de l'esclavage, la «déclaration» de la «couleur» est maintenant considérée comme une discrimination. Mais ceci n'est pas vrai pour la «déclaration» de «sexe» que même les femmes n'ont pas rêvé d'abolir. Je dis : qu'attends-on pour le faire ?

Notes

[1] Karl Marx & Friedrichs Engels, in L'idéologie allemande

dimanche, mai 17 2009

Déclassification de la transsexualité comme maladie mentale

À la veille de la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, Bachelot a annoncé qu'elle allait demander à la HAS de déclassifier la transsexualité comme maladie mentale. Première mondiale ?

Ou arnaque ?

J'avoue que je n'ai pas encore fait mon choix définitif. Déjà, pour être honnête, la crédibilité de Bachelot est sévèrement entamée vu qu'elle a annoncé en grande pompe qu'elle allait permettre le don du sang aux gays, avant de justifier leur exclusion quelques mois plus tard. On peut donc légitiment se demander si l'annonce concernant la déclassification sera vraiment autre chose qu'une annonce.

Mais admettons. Qu'est-ce que cette déclassification changerait concrètement ?

«Cette déclassification ne veut pas dire absence de recours à la médecine, ni renonciation au diagnostic médical des troubles de l’identité de genre ou abandon du parcours de prise en charge, explique-t-on avenue de Ségur, mais c’est un signal très fort adressé à l’ensemble de la communauté LGBT. Cette mesure emblématique va permettre de lutter contre la transphobie.»

En gros, on pourra lutter contre la transphobie en disant qu'on est plus malades, mais... on sera toujours inféodé/e/s aux psys, puisqu'on garde toujours un «diagnostic médical».

Ce n'est donc plus une maladie, mais il faut la diagnostiquer quand même. En gros, la seule chose qui changera vraiment, c'est qu'on pourra avoir droit à une ALD (affection longue durée) dans la catégorie «non spécifiée» plutôt que dans «trouble psychiatrique».

Cela étant dit, je n'ai pas plus de détail sur la façon dont cette déclassification aurait lieu, mais il est sûr que, si on veut être cohérent, il faut donc immédiatement balancer le rapport de la Haute Autorité de Santé à la poubelle, puisqu'il base justement son diagnostic sur le DSM-IV et la CIM-10 qui considèrent la transsexualité comme maladie mentale.

Ou alors, on arriverait au summum d'hypocrisie où la France serait «gentille» avec ses trans en ne les considérant pas comme malade, mais en se basant sur les bibles psychiatriques qui les considèrent comme tel.

Seulement, moi, je ne veux pas que mon oppresseur soit plus gentil avec moi, que mon psychiatre veuille bien ne pas me considérer comme «malade» mais uniquement «souffrant d'un trouble non spécifié». Je veux que mon oppresseur ne le soit plus, oppresseur. Et donc notamment que les psychiatres et les équipes officiels n'aient plus le pouvoir de décider à ma place si je vais avoir droit d'être officiellement trans.

Et, même si ce n'est que ma première impression et que c'est sans doute parce que je suis parano, chiante, et jamais contente, j'ai l'impression qu'on s'achemine vers la validation d'un rapport dangereux (et pas «insuffisant» comme le relayent les médias ou je ne sais quelle association dont je n'ai jamais entendu parler avant) avec en contrepartie pour faire passer la pilule le fait de ne plus être labelé «malade mental», ce qui n'aura en fait aucun effet concret sur la vie des trans, mais permettra sans doute de donner bonne conscience à nos alliés d'un jour qui pourront se vanter d'avoir fait beaucoup pour les trans et continuer comme avant à nous invisibiliser.

Et la France, un des pires pays d'Europe en matière de contrôle psy, de changement d'état-civil, etc., pourra se vanter d'être à l'avant-garde des droits de l'homme.

Ouais, je suis cynique et pessimiste, mais cela dit, j'espère vraiment me tromper.

mercredi, mai 6 2009

Sexisme et informatique

Aujourd'hui j'ai lu deux articles, concernant tous deux le sexisme dans le milieu informatique, il est vrai dominé par les hommes.

Le premier, sur le blog Olympe et le plafond de verre, dénonce le fait que certaines publicités dans des revues informatiques montrent plus des femmes en lingerie que, ben, des choses liées à l'informatique. Il faut reconnaître que ce n'est pas nouveau : depuis un certain temps, dans la publicité, on vend des femmes dénudées pour vendre des voitures, du déodorant, etc.

Le second article, sur The F Word, montre que certains informaticiens semblent trouver cela insuffisant. Ainsi, un conférencier à un congrès portant sur le développement Ruby, a estimé qu'il était de bon goût d'utiliser dans ses slides de présentation une métaphore prolongée avec la pornographie.

Ce qui, en soi, ne me choque à vrai dire pas plus que ça : par exemple utiliser le Dr Manhattan (le géant bleu et nu de Watchmen, qui a effectivement un certain côté pornstar) pour illustrer un slide sur la taille en mémoire, ou encore des pilules viagre pour un slide sur la fiabilité, je trouve que c'est potache mais pas spécialement choquant.

Par contre, le fait est qu'ensuite le conférencier a cru bon de mettre quantité de filles plutôt dénudées dans des positions plutôt soumises afin sans doute de récupérer l'attention de son public à 97% masculin. Ce qui me pose plus problème.

Mais peut-être pas autant que la réaction de certaines personnes aux critiques, comme le créateur de Ruby on rails qui ne voit vraiment pas le problème.

Malheureusement, ça me rappelle certaines expériences que j'avais pu voir à l'époque où j'étais plus ou moins impliquée dans le milieu du logiciel libre, c'est-à-dire que formuler une critique sur ce genre de sujet revient rapidement à s'exposer à se faire traiter de suppôts du «politiquement correct» ou de liberticides. Certes, c'est quelque chose qu'on retrouve un peu partout (les méchantes féministes castratrices), mais dans le milieu geek j'ai l'impression qu'il y avait un aspect «je te montre que j'en sais plus que toi» très relou (par exemple, le gars qui se sent obligé de montrer qu'il connait bien le français ©académie française et te corrige quand tu dis auteure avec un e au bout (oh mon gode) ou, pire, que tu emploies des formes féminisées), sans compter l'aspect «je rentre pas dans les normes de socialité» qui se traduit parfois par «je suis fier d'être un gros con» (particulièrement dans les échanges en ligne, dans la vraie vie en général c'était quand même plus cool).

Cela dit, il y a peut-être quand même une certaine évolution des mentalités depuis, comme le montrent l'apparition de certains groupes concernant les questions de genre et d'inclusivité au sein de certains projets. Ou le fait que suite à ce genre de réactions sus-mentionnées, un des «rails activists» a décidé de démissionner. Alors je ne sais pas exactement ce que ça représente que d'être «rail activist», mais je trouve intéressant qu'un type trouve ce problème suffisamment important pour remettre en cause sa participation dans un projet.

Et peut-être qu'un jour, il y aura moins de 98% de mecs parmi les développeuses de logiciel libre.

Télé-réalité, grossophobie et valorisation du harcèlement

Les sites Feministe et Feministing dénoncent la bande-annonce d'une nouvelle émission de télé-réalité en anglais intitulée I want to save your life.

Le principe, comme on le voit sur ce «teaser», est qu'un mec (le «héros» de l'émission), avec la complicité d'un proche (en l'occurrence le copain) va suivre une nana considérée comme trop grosse pour aller lui faire la morale et lui «sauver la vie».

En plus de l'aspect super moralisateur des personnes en soi-disant surpoids, parce que bien sûr les filles dite rondes n'attendent que l'intervention d'un mec bien comme il faut pour les sauver d'elles-même et de leur tentation vers la glace, je trouve ça super grave de présenter le harcèlement d'une femme comme parfaitement normal et légitime.

Je crois pas qu'on ait déjà ça en France, mais je ne doute pas que TF1 ou M6 vont rapidement s'employer à rattraper leur retard et qu'on aura droit aussi à ce genre de message fabuleux.

jeudi, avril 30 2009

DSM-V: La transsexualité est-elle une maladie sexuellement transmissible ?

Pendant qu'en France la HAS soumet son rapport sur la situation de la transsexualité en France, aux USA, dans le cadre de la révision du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, en gros la référence pour savoir ce qui constitue une maladie mentale ou pas et comment la diagnostiquer), le groupe de travail sur les troubles sexuels et de l'identité de genre a fait un rapport provisoire dont un compte-rendu est disponible sur le blog de Kelley Winters concernant le trouble tranvestite.

Si l'ensemble est inquiétant et va toujours dans le sens de la pathologisation des trans' et de tout ce qui sort des normes des genres, et si par ailleurs il faudrait que je fasse un billet plus détaillé sur la notion d'autogynéphilie que des psychiatres comme Blanchard essaient d'inclure[1], c'est un passage spécifique qui a attiré mon attention :

First, Dr. Blanchard broadly expanded the definition of paraphilia to include,

“any intense and persistent sexual interest other than sexual interest in genital stimulation or preparatory fondling with phenotypically normal, consenting adult human partners.”

Donc Blanchard suggère que la paraphilie devienne quand même super large, et inclut tout ce qui n'est pas «stimulation génitales ou préliminaires avec des adultes consentants, adultes et phénotypiquement normaux».

Si bien sûr on sent la morale réactionnaire pointer derrière (le sexe est fait pour se reproduire, donc seules les stimulations génitales comptent), je trouve assez drôle la référence au «phénotypiquement normal», qui revient si j'ai bien compris aux personnes cissexuelles et pas intersexes.

Autrement dit : non seulement dans le DSM-V la transsexualité sera probablement toujours une maladie mentale, mais avec cette proposition coucher avec une personne trans' en serait une aussi.

Bref, avec le DSM-V, la transsexualité va devenir une maladie mentale sexuellement transmissible.

On n'arrête pas le progrès.

(Via Transgender Community)

Notes

[1] En très bref ça distingue grosso-modo, pour les MtF, les trans' «homosexuels» (donc attirées par les hommes) et les trans' «autogynéphiles» : si tu n'es pas sexuellement entièrement consacrée au plaisir du mec, mais aussi au tien, c'est donc que tu es autogynéphile. Parmi les critères retenus par un des psys en faveur de cette théorie pour repérer les «vraies femmes» des autogynéphiles, on notera : «Would some of your male friends find this person sexy?» Soit, si on traduit l'idée plutôt que mot à mot, «est-ce que votre patiente est baisable ?»

samedi, février 28 2009

Y'a des coups de tronçonneuse qui se perdent

Je suis tombée via The F Word sur un article en anglais assez édifiant.

Il est sobrement intitulé «Working women almost certainly caused the credit crunch» soit, en français, quelque chose comme «les femmes travailleuses ont de manière pratiquement certaine causé la crise du crédit».

La thèse de l'auteur est la suivante : d'abord, les femmes prennent le travail des hommes, alors qu'elles seraient plus heureuses à la maison.

Mais l'auteur ne propose pas simplement de virer les femmes pour donner les boulots à des hommes. Non, il propose aussi d'abolir leur travail :

It would be ludicrous to suggest that women should be sacked purely to give men their jobs. In many cases, their jobs should be abolished as well.

Women are twice as likely as men to work in the public sector. They account for two-thirds of the Civil Service and three- quarters of all public employees.

Yet they are barely represented in the useful public services of firefighting and arresting people. Encouraging women to leave the workforce would go a long way towards addressing the budget deficit without any downside whatsoever.

Traduit sommairement : les femmes sont plus susceptibles que les hommes de travailler dans le secteur public. Là on sent déjà venir la logique libéralo-patriarcale : faisons d'une pierre deux coups, supprimons le secteur public, et les femmes au foyer.

En plus, les femmes qui bossent dans le public ne bossent même pas dans les «services publics utiles» qui ne sont pas, évidemment, l'éducation ou la santé, mais «arrêter les gens» (et combattre le feu, sans doute déclenché par les gens qu'on a arrêté).

Et donc, encourager les femmes à ne plus bosser permettrait de réduire le déficit du budget.

L'auteur conclut avec la conclusion suivante, que je ne m'abaisserai pas à traduire :

The time has come to build a more sustainable, equitable and progressive society. Why not make a start by telling your other half to quit her job? She can ask you for the housekeeping on Friday.

J'avoue que, ne connaissant ni l'auteur ni le journal (pis en plus c'est de l'anglais), je ne sais pas si c'est sérieux ou une sorte d'humour, haha, lol, mais je pense malheureusement que c'est assez révélateur (que ce soit sérieux ou une forme de dénonciation) d'une tendance à utiliser la crise pour renforcer les vieilles idées réactionnaires, qu'elles soient racistes, sexistes, antisémites, homophobes, etc. Espérons (rêvons) qu'en face, la gauche (et l'extrême-gauche en particulier, je n'attends rien du PS) sera capable de dénoncer et lutter efficacement contre cela, en commençant notamment par éviter de jouer à la gauche sévèrement burnée face à la droite dure mais au contraire en pointant du doigts que toutes nous avons intérêt à lutter contre ce système hétéropatriarcapitaliste pourri.

(Alors on pourra dire que parler de tronçonneuse face à la gauche sévèrement burnée ça fait quand même un peu phallique, ce à quoi je répliquerai que non, pas du tout, la tronçonneuse étant au contraire symbolique de la dialectique de genre, puisque si la lame fait certes «phallique» elle est aussi symbole de castration : c'est donc à la fois le phallus et la négation du phallus, symbole du système qui engendre sa propre annihilation.

Non ?)

jeudi, février 19 2009

Débats

Soirée sur le genre à Arras

Le groupe d'Arras du CGL de Lille (oui ça fait un peu bizarre dit comme ça) organisait jeudi 12 une soirée sur le genre, avec d'abord un atelier drag-king puis un débat.

Je n'ai malheureusement pas pu participer à l'atelier drag-king (dommage, j'aurais bien aimé me refaire des favoris comme quand j'essayais d'être un mec) mais le débat sur le genre était super intéressant, avec les personnes qui expliquaient ce qu'elles ressentaient dans cet atelier, mais aussi les rapports au genre de chacun, les question de masculin/féminin, de domination masculine, du rapport entre sexualité et politique, etc.

Ce serait long de tout raconter, surtout que je n'ai pas pris de notes, et que du coup j'ai pu oublié pas mal, mais en tout cas c'était super intéressant.

Au niveau anecdote personnelle, un des (rares) mecs présents m'a dit qu'il ressentait surtout de la masculinité en moi (faut dire que pour une fois, j'avais mis un pantalon). Comme d'habitude, je sais pas trop comment le prendre, entre «bouhouhouhou je suis encore un mec» ou «ben ouais, je suis gouine quand même».

(Mise à jour : mince, j'avais oublié de préciser la nouvelle la plus importante : à Arras, "butch" se prononce "beutche" et pas "boutche")

Débat «féminisme et antiracisme» à Paris

J'ai aussi assisté à un débat samedi 14 à Paris sur «le féminisme peut-il être antiraciste» avec Christine Delphy, organisé par Collectif Féministe Pour l'Égalité.

Bon déjà c'était en non-mixité, du coup je psychotais, parce que je psychote un peu facilement, sur le fait qu'en tant que trans' je serais peut-être pas acceptée et tout ça. Bon en fait ça s'est bien passé, mais après je me suis interrogée sur le fait que «non-mixité» c'était pas précisé quoi, et que pour un débat sur «féminisme et antiracisme» ben ça aurait peut-être aussi pu être aussi une non-mixité de personnes racisées, et que du coup le fait que je stressais en tant que trans' parce que je n'étais pas une vraie fâââme mais que je n'imaginais même pas qu'en tant que blanche ça pouvait poser problème c'était peut-être révélateur sur l'intégration d'une oppression d'un côté et d'un privilège de l'autre... Voilà ça c'est pour ma réflexion perso.

Après le débat était là aussi intéressant, même si la salle était petite et qu'on était toutes serrées. Ça a pas mal tourné autour de la loi sur le voile et de la notion de laïcité très étendue, l'utilisation du féminisme et des droits des femmes à des fins impéralistes/racistes/colonialistes (ce qui est en fait une arnaque, d'un point de vue féministe, vu que stigmatiser les «autres» (notamment arabes) comme sexistes c'est aussi, tel que c'est fait, une bonne façon de faire croire que le patriarcat n'existe plus chez les bons blancs), mais aussi par exemple sur la nécessité (ou pour certaines le risque) d'avoir des statistiques «raciales» pour être capable de mesurer des discriminations.

Pareil, je n'ai pas pris de notes, donc c'est un compte-rendu très succint.

samedi, février 14 2009

Du droit à disposer de son corps

Le droit à disposer de son corps est au coeur du féminisme et en est, à mon avis, un des slogans les plus importants.

Seulement, bien souvent, l'application concrète du droit à disposer de ce corps devient, en pratique : avortement et contraception libres et gratuits.

Alors, qu'on ne me méprenne pas : je trouve effectivement la défense du droit à l'avortement et à la contraception extrêmement importants.

Par contre, ce qui m'emmerde, c'est que pour moi, le droit à disposer de son corps, c'est un peu plus que ça.

Pour prendre un ordre "chronologique" dans la vie potentielle d'une personne, on pourrait commencer par les mutilations génitales qui sont une atteinte évidente à ce droit à disposer de son corps, qu'il s'agisse de l'excision parce qu'un clitoris est une monstruosité, ou des opérations faites aux enfants intersexes parce qu'un sexe mutilé est bien mieux qu'un sexe pas vraiment mâle ni vraiment femelle (mais bien sûr, le fait de mettre ces deux pratiques sur la même ligne ne veut pas dire qu'elles sont semblables. Il est évident que nos chirurgiens occidentaux savent ce qu'ils font et n'ont rien à voir avec les bouchers des pays barbares).

Pour continuer, on pourrait ne pas limiter la prise d'hormones aux traitements contraceptifs : qu'il s'agisse des trans (mais là on va dire que je défends mon beefsteack) qui sont obligées de rentrer dans une certaine norme pour avoir droit à un traitement hormonal, mais aussi des cis' à qui des médecins donnent parfois sans informer beaucoup leurs patientes sur leurs effets secondaires des traitement destinées à rendre plus "normale" des femmes trop poilues, par exemple. (Il est d'ailleurs amusant de voir que le traitement contre-nature donnée aux femmes trans est à peu de choses près le même que le traitement naturel pour les femmes poilues).

On pourrait parler chirurgie, aussi , et du fait qu'il est tout à fait possible pour une femme de se faire augmenter les seins, mais pas d'avoir une mastectomie... à moins de passer par le parcours transsexuel : ne pas avoir de poitinre, ce n'est évidemment possible que si l'on devient un homme. Et de manière plus générale, le fait que toutes les chirurges liées aux trans ne sont possibles que si l'on se conforme à une certaine norme de genre.

On pourrait aussi parler du droit à avoir un enfant tout comme du droit à ne pas en avoir, et notamment de l'accès à la procréation médicalement assistée interdite aux lesbiennes, ou encore du fait que les trans doivent être stérilisées pour avoir le droit de changer d'état civil. On pourrait aussi parler du rapport plus général aux médecins, qui sont en général dans une position hiérachique qui fait que le droit à l'information et à disposer de son corps est souvent bafoué ou en tout cas bien incomplet, particulièrement lorsqu'on est lesbienne, trans, etc.

On pourrait élargir un peu le sujet, et parler aussi des agressions sexuelles, qui ne sont rien d'autre que s'arroger le droit à disposer le corps d'autrui, ou encore du rapport parents-enfants qui brident souvent le droit à disposer de son corps.

Bref, on pourrait faire le lien entre différentes oppressions qui sont souvent invisibilisées au sein du féminisme classique.

Si j'étais mauvaise langue, je pourrais croire que c'est peut-être justement pour ça que le "droit à disposer de son corps" se limite, en général, à la contraception et à l'avortement.

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