Vernis & Sécateur

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mercredi, juin 3 2009

Coming-out

Il faut le reconnaître : depuis tout ce temps, tous ces billets et toutes ces années, je me fais passer pour ce que je ne suis pas. C'est un travestissement (aha) de la réalité. Ni plus, ni moins.

Je fais croire que je suis une féministe, subversive, gouine, queer, révolutionnaire et toutes le tintouin dans le genre.

Pas une vraie fâme, vous y croyiez vraiment ? Une trans et fière de l'être, qui ne cherche pas à «passer» ?

La vérité, c'est que je paierais cher pour pouvoir «passer» pour que personne, absolument personne, ne puisse se douter que je sois trans. La seule raison qui fait que je ne me paye pas ce genre de chirurgie, c'est, en dehors de l'aspect financier, toute la transphobie intériorisée qui dit que les trans qui font de la chirurgie, c'est Maaal.

La vérité, c'est que je suis tellement sûre du fait que je n'ai rien à prouver en tant que trans que la moindre remarque, même en blaguant, sur mon physique ou mon éducation masculine me fera chialer une heure dans mon lit comme une conne.

Fière, gouine, moche et masculine. Ben tiens.

La vérité, c'est que je passe mon temps à me regarder dans le miroir pour vérifier si, par hasard, je ne serais pas devenue un peu moins moche.

Pas honte de mes rondeurs ?

La vérité, c'est que je déteste être grosse. Mais bon, c'est plus facile de dire «je suis grosse et fière» que d'admettre que je bouffe de la merde pour compenser le vide sidéral de mon existence et qu'ensuite, je me fais vomir, en espérant que ça me permettra d'éviter la punition de la balance. Et que, malheureusement, ça ne marche même pas.

Les trucs comme quoi je suis courageuse, prête à me défendre en donnant des coups de rangers ?

La vérité, c'est que je suis tout juste capable de raser les murs et de changer de trottoir parce que j'ai peur des réflexions qu'on me fera.

La vérité, c'est que la seule personne que j'ai jamais réussi à blesser physiquement après avoir subi une agression, c'est moi-même.

Toutes les blagues sur le cul, le jeu sur le BDSM, le côté comme quoi je serais vachement libérée ?

La vérité, c'est que je suis incapable d'avoir la moindre relation affective qui va au-delà des blagounettes parce que je déteste trop mon corps et que j'ai un manque totale de confiance en moi.

La vérité, c'est que je suis vierge à 26 ans.

Tous les trucs comme quoi il n'y a pas à avoir honte ?

La vérité, c'est que la seule raison pour laquelle je n'ai jamais eu le courage d'en finir en m'ouvrant les veines c'est, précisément, que je n'ai pas de courage.

Bref, de manière générale, la vérité, c'est que tout ce que je raconte sur ce blog est une véritable farce, tant ma vie est à l'opposé.

Ma seule consolation c'est qu'il y en a qui y ont eu cru. Aha. Je vous ai bien eus. Mais rassurez-vous : la minute de lucidité ne devrait pas durer, et demain, je serais sans doute à nouveau capable de m'imaginer que je suis féministe et libérée.

lundi, avril 27 2009

Comment je suis devenue lesbienne (ou : trans et lesbophobie intériorisée)

Dans un billet précédent, j'avais fait une citation de la «féministe» transphobe Sheila Jeffreys, qui disait notamment à propos des trans lesbiennes la chose suivante :

Le lesbianisme a été vu comme une forte détermination à aimer et valoriser des femmes, les citoyennes de seconde classe de la suprématie masculine.

Le transsexuel masculin-vers-féminin-construit qui s'appelle lui-même une lesbienne a un sens très différent pour ce mot. (...) Il n'a pas dépassé la haine de la société envers les lesbiennes pour aimer une autre personne comme lui.

Même si j'ai assez rarement, dans la vraie vie ou sur l'internet francophone[1], rencontré de personnes pour expliquer qu'une trans' restait forcément un homme et ne pouvait pas être lesbienne, j'ai quand même souvent vu l'idée qu'une trans' lesbienne était hétérosexuelle avant sa transition et conservait naturellement son attirance pour les femmes sans vraiment rencontrer de «problème».

Je ne doute pas que cela puisse être le cas pour certaines personnes, mais ce n'est pas mon vécu.

En effet, dans ma prime jeunesse, j'étais attirée par les femmes, ce qui faisait donc techniquement de moi un garçon hétérosexuel ; si l'on compare par rapport à maintenant, où je suis lesbienne, on pourrait considérer que tout est allé facilement et que non seulement mon orientation sexuelle est restée relativement constante au cours de ma vie mais aussi qu'elle n'a jamais été «découragée».

Pourtant, quelques années avant de transitionner, j'ai commencé à me sentir un peu obligée d'être attirée par les garçons. Je pourrais le formuler d'une autre manière, en disant que j'ai pu exprimer une attirance latente ou quelque chose comme ça, mais a posteriori j'ai le sentiment que je me suis quand même gentiment un peu forcée à le faire. Ce qui est assez drôle puisque je n'exprimais pas de désir de transition à l'époque. J'imagine que c'est dû à une volonté de m'écarter du «vrai mec» sans être encore capable d'assumer ce que ça voulait dire pour moi (ou peut-être au fait que j'avais beaucoup de mal à envisager de me servir de ma bite de manière traditionnelle pour un «mec» dans une relation hétérosexuelle, et qu'il était encore plus facile pour moi d'imaginer être passive dans une relation avec un mec que d'être dans une relation avec une fille sans pénétration pénienne) .

Cela colle à peu près au moment où j'ai commencé, sinon à militer activement, à être relativement proche du «milieu» LGBT. Le fait que je me sois plus ou moins sentie «LGBT» sans pour autant formuler à l'époque le fait d'être trans' (ni donc d'être lesbienne, puisque je me considérais encore vaguement comme garçon) a sans doute contribué à me faire estimer que je devais être, par élimination, gay ou bi.

Je ne veux pas dire par là que je n'ai ressenti du désir pour des mecs UNIQUEMENT parce que je me sentais «obligée» de le faire (je ne suis pas sûre que ça aurait marché) ; simplement, le fait est que j'ai ressenti que je DEVAIS être attirée par des hommes, et même si c'est à un moment où je ne m'identifiais pas formellement comme «elle» (quoique ça doit correspondre à la période où j'ai commencé à utiliser des pseudos féminins sur Internet), je pense que ce n'est pas sans lien avec une certaine intériorisation de la norme hétérosexuelle et de la lesbophobie.

Évidemment, cette pression a augmenté quand j'ai commencé ma transition. Non seulement il n'était pas concevable que je sorte à un psy que j'étais plutôt attirée par les femmes, mais cela ne se limitait pas à ça : exprimer une attirance pour tel ou tel acteur, tels joueurs de foot (oui, bon, hein) en compagnie des copines hétéros était une façon de faire «valider» mon genre féminin.

Je ne pense absolument pas que ces copines en question auraient arrêté de me considérer comme «elle» si j'avais dit que j'étais attirée par telle ou telle fille ; mais on vit dans un système hétérosexiste et il est facile d'intérioriser la norme pour «s'intégrer». En effet, la norme hétérosexuelle fait qu'on est aussi en partie définie comme homme ou femme si on est dans une relation avec une personne de l'autre genre. En ce sens, à un moment donné, vouloir être avec un mec, c'était aussi, d'une certaine manière, pouvoir me sentir «femme».

Mais l'intériorisation de l'hétérosexisme et de la lesbophobie sont allées plus loin que favoriser mon attirance pour les hommes : il s'agissait aussi de considérer une relation avec une femme comme impossible. Comment aurait-on pu coucher ensemble ? Si je n'avais aucun mal à imaginer que des lesbiennes, entre elles, puissent coucher ensemble et faire plein de choses, je n'arrivais pas vraiment à me projeter dans une telle relation. Le fait que j'étais trans', sans envie de me faire opérer, compliquait encore les choses : comment une lesbienne pourrait-elle vouloir toucher une bite bio ? Comment est-ce que j'aurais pu me dire lesbienne en n'étant pas, justement, dégoutée moi-même par cette bite ? Et bien sur, vouloir être avec une fille jetait des doutes supplémentaires sur le bien-fondé de ma transition, qui n'avait pourtant pas besoin de ça pour être suspecte.

Bizarrement, ce qui m'a poussée au final à franchir le pas et à me définir lesbienne n'est pas tant l'aspect sexualité que le reste, que ce soit d'une part dans une idée de lutte féministe mais aussi d'autre part dans une certaine expression de genre, parce qu'en un sens, «les lesbiennes ne sont pas des femmes», et qu'être lesbienne était à un moment donné une façon d'échapper au modèle de «la femme» qui s'imposait plus ou moins à moi depuis que j'avais quitté la catégorie «homme». Et puis bien sûr, côtoyer des groupes de lesbiennes féministes m'a aussi permis de lever une bonne partie de la lesbophobie que j'avais pu intérioriser.

Bref, aujourd'hui tout va relativement bien, en tout cas pour ce qui est de me définir[2] (pour ce qui est de pratiques concrètes, après, c'est autre chose), mais tout ça pour dire que s'assumer comme lesbienne quand on est trans' n'est pas forcément aussi évident que ça peut le paraître à première vue (en tout cas pour moi ça ne l'a pas été, après il y a sans doute des personnes pour qui ça a été complètement différent).

Notes

[1] En anglais, par contre...

[2] Enfin, sauf dans les moments où je pense que je vais détransitionner pour devenir pédé, évidemment.

lundi, mars 30 2009

Toilettes

Un jour, il faudrait que je me décide à aller dans les toilettes des filles quand j'ai envie de faire pipi.

Bon, en fait j'y vais de temps en temps, genre quand c'est à des évènements où je me sens en sécurité, ou quand je suis avec des potes, d'autres trans ou des personnes LGBT, etc.

Mais bon, globalement, je vais encore majoritairement chez les garçons.

C'est un peu une question d'habitude, je suppose, mais aussi beaucoup que j'ai parfois un peu tendance à me dire que «oh non ça va pas, je le fais mal, je suis trop nulle, j'y arriverais jamais», et c'est valable aussi pour mon «passing».

Autrement dit : je suis persuadée qu'on va voir qu'en «réalité» je suis biologiquement de sexe masculin, et comme j'ai pas envie de me faire jeter hors des toilettes des femmes, ben je vais chez les hommes.

Sauf qu'en fait, ben, je suis pas sûre que ce soit forcément le moins «dérangeant».

J'ai eu de la chance : j'ai beau ne pas savoir me retenir et par conséquent aller faire pipi très souvent, je n'ai jamais eu de remarque désobligeante, que ce soit dans des toilettes de femmes ou d'hommes. Ce n'est pas forcément le cas de tout le monde : j'en profite d'ailleurs pour signaler le blog «Let us pee» qui donne des témoignages anglo-saxons de personnes LGBT ayant eu des problèmes d'accès aux toilettes.

Mais bon, même sans remarques désobligeantes, il y a les regards pour le moins étonnés. Ou encore le mec qui entre, me voit en train de remettre un peu de maquillage dans le miroir, et ressort vérifier qu'il y a bien le logo «bonhomme avec pantalon» sur la porte.

Mais le truc qu'il faudrait vraiment que j'évite d'utiliser, c'est les urinoirs. L'autre fois par exemple, j'étais encore une fois entrée dans les toilettes des mecs malgré ma jupe (et donc le fait que techniquement j'étais plus proche du logo «bonhomme avec jupe»), et toutes les toilettes fermantes étaient occupées.

Du coup, comme il n'y avait personne dans les urinoirs, ben je vais là, logique. Pis voilà, je fais mon affaire tranquillement, en me disant que j'ai de la chance vu que personne ne vient à côté de moi.

Pis je tire la chasse et je me retourne, et là y'a quatre mecs qui étaient entrés et qui attendent pour aller faire pipi, le regard un peu horrifié, sans oser aller à côté de moi.

Je crois que je leur ai fait peur.

(Heureusement, maintenant que je me suis achetée un pisse-debout, au moment où je me retourne, je peux le sortir et faire croire que ahah, mais non, je ne suis pas trans', qu'allez-vous imaginer ? C'est l'élément de passing ultime auquel on ne pense pas, ça.)

Voilà, donc maintenant, promis, j'essaierai d'aller dans les toilettes «bonhomme avec jupe». En plus, comme ça, je me sentirai vraiment «fâme» et j'arrêterait d'avoir des doutes à la con sur ma transition.

Ou pas.

mardi, mars 24 2009

Questions idiotes du dimanche soir à une heure du mat

Sauf qu'en fait il est même plus dimanche soir ni une heure du mat, mais je m'en fous, je garde le titre quand même.

  • Pourquoi est-ce que dans la FNAC la plus proche de chez moi, la catégorie «films gays et lesbiens» ne contient que les films gays, alors que les films lesbiens sont rangés dans la catégories «films érotiques» ?
  • Pourquoi est-ce que j'ai un jour eu la #&@! d'idée à la con de transitionner ?
  • Pourquoi est-ce que malgré le fait que je me demande si je ferais pas mieux d'arrêter tout ça, ça me fait mal quand on m'appelle «monsieur» ?
  • Est-ce que je peux vraiment me dire lesbienne alors que je n'ai pas envie de me «faire opérer» de l'excroissance bizarre que j'ai entre les jambes ?
  • Si oui, est-ce qu'il y a une chance que ça marche comme dans Bound si je fais tomber ma boucle d'oreille dans l'évier du centre gay et lesbien (et bi et trans', mais je les invisibilise) ?
  • Pourquoi est-ce que les outils qui classent les blogs (le dernier en date étant blogonet, mais peu importe) me rangent dans la catégorie «divers» et pas, mettons, «politique» ? (à cause de billets dans ce genre ?)
  • Qu'est-ce que je s/f/erai dans un an ?

Sérieusement, en ce moment je me pose pas mal de questions, j'ai plein de doutes. Ce qui se voit pas forcément, mais voilà. Je me demande si j'ai «transitionné» pour de bonnes raisons, et en même temps je me dis qu'on s'en fout des raisons, mais bon, des fois je sais pas, j'ai l'impression que c'était limite un accident, une erreur. Et puis, y'a toute cette histoire par rapport à l'Opération, aussi. Moi, j'en veux pas, mais j'ai l'impression que, quand même, pour une MtF, surtout lesbienne, ben quand même, c'est un peu supposé comme allant de soi. Je pense que je suis hypersensible en ce moment, mais j'ai du mal à encaisser qu'on suppose tout le temps que je tienne à m'en débarrasser, que les remarques sur comment une bite c'est trop horrible sont pas censées me toucher, etc.

Des fois, je me dis que j'aurais mieux fait d'être «juste» une pédée travelottée, que là au moins j'aurais pas les problèmes par rapport au fait d'avoir une bite bio. Ou juste de pas transitionner, de me concentrer sur ma thèse que j'aurais peut-être pu finir au lieu d'abandonner.

Mais bon, on fait des choix, on paie le prix.

Et après on déprime doucement en s'empiffrant de junk food et en écoutant de la musique sombre et en s'en voulant, en plus du reste, de faire sa gothique dépressive boulimique (qui blogue dessus, en plus, c'est vraiment la loose).

jeudi, mars 12 2009

Ma rencontre avec la police de genre, ou comment je suis devenue une créature de la nuit

Au début de ma transition, j'avais envisagé de passer par une équipe «officielle», c'est-à-dire celle de Mireille Bonierbale à l'hopital Sainte-marguerite à Marseille. Pas envisagé très sérieusement, mais j'avais envie de voir ce que ça donnait, à moitié par curiosité et à moitié par masochisme.

Depuis, j'ai laissé tomber, parce que c'était naze. J'avais écrit un compte-rendu le jour-même que je n'avais pas mis en ligne, au cas où j'aurais eu besoin d'un feu vert de cette psy pour autre chose (oui je suis peut-être un peu parano mais bon, c'est quand même pas de l'ordre de l'impossible qu'une psychiatre sache utiliser google), puis ensuite parce que j'avais oublié.

Voilà le témoignage à peu près tel que je l'avais écrit le jour même, avec juste quelques modifs.


J'ai rendez-vous à 12h15. J'arrive un peu avant (11h45) par peur d'être en retard et du temps qu'il faudra au niveau administratif. J'avais raison et j'avais tort.

Raison, parce qu'il me faudra effectivement passer un peu plus d'une demi-heure à donner la carte de sécu et à donner des infos sur moi. Je note que l'infirmière qui s'occupe de l'enregistrement dans le pôle transsexualité me demande le prénom que j'utilise (j'en utilise pas (à l'époque), juste un diminutif androgyne de mon «vrai» prénom) et est plutôt respectueuse de mon choix de genre. Cela me semblait loin d'être évident.

J'avais aussi tort, parce que madame Bonierbale ne me recevra finalement que vers 13h30.

Je lui donne la lettre de mon autre psy, elle regarde les papiers que m'a fait remplir l'infirmière et tape quelques trucs sur son ordinateur.

Ensuite, elle me prend en photo. Je ne vois pas trop l'intérêt mais j'accepte, surtout qu'on ne me donne pas vraiment le choix. On m'explique cependant qu'elle ne sera pas sur Internet. Soit. Ça fout vachement en confiance et on n'a pas l'impression d'être considéré comme un extra-terrestre ou au zoo.

Je parle de moi, on discute. Ce n'est pas aussi désagréable que je le craignais : ma psy m'avait prévenue que des fois elle pouvait être fort agressive, là ce n'est pas trop le cas.

Enfin, le truc se termine et elle m'explique un peu vaguement ce qui va se passer pour la suite. Elle n'est pas apparemment trop convaincue par ce que je lui ai raconté : j'ai visiblement d'autres troubles comportementaux, une posture renfermée et je suis timide. Qui plus est, mon projet après ma thèse est de trouver un job de developpeur(euse?) informatique, ce qui me permettrait d'éviter de côtoyer les gens. Il faut donc travailler là-dessus avant d'envisager quoique ce soit parce que ce serait pire après et que c'est possible que ma transition soit une «fuite» pour cacher ça et qu'il faut «stabiliser» ça (je n'ai pas compris en quoi ma timidité était instable, mais je ne poserai pas la question). Surtout que les hormones changent le caractère alors voilà.

Rorschach
Test de Rorschach.
Mais qui psychiatrise les psychiatres ?

De toutes façons il faut que je remplisse plein de tests psychologiques (test de Rorschach notamment. L'infirmière me parle de 6h de tests.), sans compter les problèmes physiques (c'est vrai que j'ai un problème de poids). De toutes façons il y a toujours un minimum d'un an avant la première dose d'hormone. Et puis c'est peut-être pas le bon moment pour moi. En plus vu que j'ai eu le malheur de dire que j'avais rencontré des trans' et que ça m'avait aidé, je vais devenir une créature de la nuit. Un peu interloquée, je lui demande ce qu'elle veut dire et elle me répond qu'en général les trans' vivent la nuit et qu'en gros il y a un phénomène d'auto-suggestion et tout.

Willow vampire
Créature de la nuit.
Sorte de junkie assoiffée d'oestrogènes,
elle est obligée d'obtenir sa dose
en buvant le sang de femmes innocentes.

(Parce que, quand une trans' discute avec une autre trans', c'est de l'auto-suggestion. Quand un psy discute avec un autre psy... non évidemment, là c'est différent ?)

Je lui demande si pour le laser c'est possible avant. Elle me dit en substance que je fais ce que je veux (ma question concernait le remboursement, surtout) mais que ça ne servira à rien si je ne prends pas d'anti-androgène, surtout que de toutes façons mes poils sont clairs.

Du coup, je me dis que non seulement je suis pas d'accord avec le fait de laisser à des gens décider à ma place ce qui est bon pour moi, mais que même au niveau visuel on doit pas être construit pareil, parce que pour moi, le noir, c'est pas exactement «clair».

Heureusement pour elle, mon côté timide me laissera béate face à ce qu'elle dit et me fera partir minablement, plutôt que de protester et d'ouvrir ma gueule.

Je ne l'ai jamais revue depuis. Je ne le regrette pas. Par contre, je ne regrette pas d'être allée voir ce que donnait les équipes officielles : maintenant, dès que je vais dans une soirée goth, je peux crâner en disant que j'ai été diagnostiquée «créature de la nuit» par une psychiatre.

mardi, février 10 2009

Adieu LCR, bonjour NPA (... et au revoir)

Voilà, pour celles qui ne seraient pas au courant, c'était le week-end dernier la dissolution de la LCR et la création du NPA.

Je n'ai pas encore eu accès à tous les textes tels qu'ils ont été amendés au final ; j'espère que cette fois-ci, n'en déplaise à certaines camarades, comme CSP, ils seront correctement féminisés[1], et surtout que les amendements LGBTI et féministes auront été adoptés. J'imagine.

À part ça, on garde le nom : Nouveau Parti Anticapitaliste, ce qui n'est peut-être pas franchement génial, mais pas dramatique non plus. Pour le reste, si ça vous intéresse je vous conseille par exemple le compte-rendu de John Mullen, qui me paraît celui de plus intéressant sur la blogosphère (quoique je ne suis pas forcément au courant de toute la blogosphère, Dieue m'en préserve).

Quant à moi, ça peut paraître étrange au moment de cette création, mais j'ai décidé de prendre du recul par rapport au NPA. Non pas que je trouve qu'il y ait eu quoi que ce soit de très dommageable à ce congrès qui me vaudrait de partir en claquant la porte, mais comme j'ai moi-même une ligne politique assez fluctuante, il se trouve que je ne me retrouve plus vraiment dans la logique «NPAesque», que ce soit pour des questions un peu générales sur l'organisation, la politique, le fait que porter des drapeaux noirs dans les manifs ben au final ça me plaît bien, et puis bien sûr par rapport au féminisme, entre le côté «parité homme/femme» dans laquelle je suis incapable de me retrouver, l'obsession à demander le «sexe» sur les documents malgré tous mes cris d'hystérique, le rapport aux travailleuses du sexe, le côté pas très pris en compte des trans' et lesbiennes, etc.

Alors voilà, je sais pas encore si c'est une démission franche ou juste un break, et puis peut-être que dans deux jours je vais changer d'avis et essayer de lancer une fraction «translesbianisme et anarchie», mais en attendant, ben j'ai envie d'aller tester un peu d'autres choses, et même si ça me fait un peu un vide, l'idée m'excite bizarrement.

Notes

[1] Mise à jour : eh bien pour les statuts au moins, la réponse est non. Prochaine fois, virez la parité homme/femme et envoyez quelques personnes pas trop binaires : qui seront un peu habitué-e-s à être féminisé-e-s quand ils/ellent parlent. Bon, blague à part, je trouve plus gênant que mon joli amendement (et y'avait pas que le mien, mais le mien était objectivement le meilleur) sur la non-mixité ait pas été intégré. Peut-être que je devrais plus en avoir grand-chose à foutre, mais ça me fait quand même chier. Re: Mise à jour : en fait, bien que cela n'apparaisse pas dans les statuts, un amendement permettant la non-mixité «des femmes» a bien été adoptée. Par contre mon amendement permettant la non-mixité de toute personne subissant une oppression spécifique a été rejeté.

mercredi, février 4 2009

Pourquoi je suis (vaguement) «fem»

Étant donné le débat dans les commentaires (pour ce blog, ça explose le record précédent) [en réponse au billet consacré aux mots «Butch» et «Fem»|/post/2009/01/22/Les-mots-du-jour-%3A-Butch/Fem|fr], et puis parce que j'avais un peu prévu de toute façon, voici ma vision de la «femitude» qui n'est pas forcément partagée par grand-monde, mais qui explique pourquoi moi j'aime bien ce mot et cette identité.

Ce que j'y vois personnellement, c'est une sorte de «féminité» mais qui n'est pas la bonne féminité officielle : sans doute trop féminine pour être vraiment honnête, et puis un peu bizarre quand même, et en plus même pas destinée à plaire aux mecs, alors que cela semble pourtant être la définition même de la féminité.

Bref, de la féminité qui n'en est pas vraiment.

On retrouve ça au niveau du mot lui-même : le mot anglais pour désigner une «fem» est «femme». Autrement dit, en anglais, une fem est vaguement une sorte de femme, mais dans une langue différente. On a au final aussi ça en français, d'une certaine façon : une fem est une forme de femme, mais avec une prononciation différente.

Au niveau vocabulaire toujours, j'avais vu que certaines personnes utilisaient le terme «female-to-femme» (ou «female-to-fem»), que je trouve également intéressant dans ce sens : être une «fem» n'est pas «spontané», même pour une femme qui a toujours été élevée pour devenir une femme, mais nécessite une forme de transition.

C'est peut-être à cause de mon vécu de travelotte que je me sens proche de cette identité, à la fois pour le côté «trop féminine» et «pas féminine comme il faut».

Pour le côté «trop féminine» c'est évidemment l'image qui veut que les trans' veulent toutes être des caricatures de femmes qui portent des jupes et des talons aiguilles tout le temps et être super-féminines. L'accusation de «mauvaise féminité» est liée : les travelottes font trop «putes» pour être de vraies femmes comme il faut, et puis en plus, on voit bien que ce ne sont pas de vraies femmes. Sans compter, évidemment, que si on est une MtF qui commence sa transition mais qu'on n'a envie de coucher qu'avec des nanas, ça doit bien vouloir dire qu'on n'est pas franchement très clair et qu'on n'est pas une vraie trans', et encore moins une vraie femme.

Bref, il ne faut pas être trop féminine (mais un peu quand même) et il faut l'être bien. Et c'est quelque chose que j'ai ressenti y compris dans les groupes LGBT et y compris dans les groupes juste T, avec deux variantes :

  • la première, c'est que quand même, si t'es assez sûre de ton identité, que t'es une fâââme à l'intérieur, ben t'as pas besoin de jupe ou de maquillage. Du coup c'est quand même dur de ne pas percevoir la contraposée : si t'es tout le temps en jupe et maquillée, t'es peut-être pas franchement une femme, au fond, hein ? Et puis, ces travelottes habillées comme des putes donnent une si mauvaise image des trans'...
  • la seconde, plus féministe, où en gros être tout le temps en jupe c'est signe de binarité, hétérosexiste, être une caricature patriarcale de femme, etc.

Et au final pour moi me dire «fem» c'est simplement dire «ben oui, je suis par certains aspects «féminine», et pas comme il faut, et je suis pas une vraie femme, et je vous emmerde».

Même si je pense que c'est important de critiquer les normes qui font qu'on devrait être en rose parce qu'on est une femme, il me semble qu'il y a malheureusement une tendance à considérer ce qui est censé être féminin comme une source par essence d'aliénation, alors que l'aliénation me semble plutôt être que ce qui est vu comme féminin est vu comme «autre», non neutre, disponible au bon vouloir des mecs, etc.

Moi, j'ai envie de revendiquer une forme de mauvaise féminité et dire que, ben non, c'est pas parce que je suis en jupe et en bas résille que j'ai envie d'être draguée par un gros lourd de mec, et qu'inversement c'est pas parce que je n'ai pas envie d'être emmerdée que je vais me résigner à m'habiller «décemment».

Voilà, pour moi le mot «fem», notamment, ça permet de dire ça. Après, il y a sans doute d'autres personnes pour qui ça a un sens très différent, mais au final c'est vrai pour toutes les identités dont je me revendique plus ou moins, donc je vois pas pourquoi ce serait moins légitime.

mercredi, janvier 28 2009

Planning familial en danger

Je copie/colle un communiqué du Planning Familial qui, avec une amputation de plus de 40% de son budget affecté au conseil conjugal et familial voit une partie importante de ses activités menacées.


Quand l’Etat abandonne le conseil conjugal et familial Le Planning Familial se meurt !

En diminuant de 42 % pour 20091 le montant affecté au conseil conjugal et familial, activité « historique » du Planning Familial, l’Etat programme à très court terme la suppression totale des acteurs intervenant sur le droit à la sexualité.

« Par cette décision, l’Etat affiche sa volonté ne plus avoir d’exigence quant à l’accueil, l’information et l’orientation pour la contraception, la fécondité, la sexualité. Il ne souhaite plus contribuer à la préparation des jeunes à la sexualité, à leur vie de couple et à la fonction parentale. Il se désintéresse de l’accueil et du conseil aux personnes lors des accueils collectifs ou en entretiens individuels alors que cette mission a clairement été organisée et confiée par la Loi Neuwirth aux associations » explique Françoise Laurant, Présidente Nationale du Planning Familial.

La conséquence immédiate pour Le Planning Familial, si cette politique se confirme, est la disparition annoncée d’un tiers des associations départementales, intervenant au plus prés des publics concernés.

« Qu’en sera-t-il pour 2010, 2011 s’interroge Françoise Laurant, nous craignons le pire. D’autres de nos associations seront contraintes de fermer définitivement leurs portes. Est-ce ainsi que l’Etat conçoit la mission d’utilité publique qu’il nous a confié ? » « A ce jour, poursuit-elle, nous n’avons aucune certitude que nos nouvelles associations dont c’est le cœur de métier pourront bénéficier de ces moyens »

Pourtant l’information, l’accueil, l’écoute, l’éducation à la sexualité restent des missions d’utilité publique dans une société où les relations filles-garçons se tendent, où les campagnes nationales de prévention et d’information nationales ont besoin des relais locaux pour être efficaces ! L’accueil réservé au film de Claire Simon « Les Bureaux de Dieu » en a démontré la pertinence, la nécessité et l’actualité. La réalisatrice a d’ailleurs tenu à être à nos cotés lors de la conférence de presse de ce jour.

L’auteur de la loi de 1967, Lucien Neuwirth, excusé, nous a assuré de son soutien. L’ancienne Ministre Yvette Roudy, de nombreux élus du Sénat, de l’Assemblée Nationale et de collectivités locales, des associations, par leur présence, ont confirmés leur engagement à nos cotés.

Le Planning Familial, c’est 70 associations départementales implantées en France et les DOM, c’est 450.000 personnes rencontrées chaque année, c’est prés de 1.000 bénévoles et 420 salariéEs qui se mobilisent aujourd’hui pour expliquer au public pourquoi la poursuite de leurs missions d’accueil et d’informations est essentielle pour toutes et tous.

Amputer ainsi les ressources de nos associations (8 euros pour une heure de conseil conjugal et familial réalisée) est une petite et fausse économie pour le budget de l’Etat mais une grande mise en danger de l’information sur les droits sexuels et reproductifs. Une telle mission ne peut et ne doit pas être libéralisée !

Le Planning Familial lancera dés le 29 janvier 2009 une pétition en ligne pour défendre le droit à l’information, à l’éducation à la sexualité pour tous à l’adresse suivante : www.planning-familial.org


Voir aussi le tract qui appelle à manifester jeudi prochain.

lundi, janvier 26 2009

En vrac

Cours

Ça y est, j'ai commencé à donner des cours.

Globalement, c'est pas la fête.

J'ai suivi les bons conseils de mon chef et j'ai rangé bas résilles, jupes, maquillages, vernis, boucles d'oreilles, bracelets et colliers pour y aller «en garçon», histoire de pas avoir à gérer à la fois la transphobie et mon manque pathologique d'autorité.

Ouais, la bonne idée.

La plupart des copines/copains avec qui j'ai discuté de ça m'ont sorti, en général, quelque chose du genre «mais, euh, t'entends quoi par y aller en garçon ? Parce que bon, euh, tu vas pas être trop crédible, hein».

Ben ouais, mais maintenant que j'ai commencé, faut bien continuer.

Mais du coup, ce que j'avais pas prévu, c'est que je pourrais croiser des élèves en dehors du taf. Et du coup, je psychote, et j'ose plus sortir en jupe de peur qu'un de mes élèves ne me voit comme ça (quoique je me demande si ça n'a pas déjà été le cas, je saurai vendredi prochain, je suppose). (Et j'ose pas me mettre en tee-shirt en cours de peur qu'on voit que j'ai vaguement des seins, et du coup j'ai chaud.)

Jusqu'ici, je n'irai pas jusqu'à dire que tout va bien, mais on survit, on fait aller. Mais j'ai quand même la méchante impression d'aller droit dans le mur, et que ça va se finir à coup de lame de rasoir ou d'anti-dépresseurs.

Bah, on verra bien.

Über-femitude

Du coup, comme j'ose plus porter de jupe, et que j'ai quand même pas envie de mettre un pauvre jean quand je vais voir des potes en week-end, j'ai ressorti mon beau treillis (enfin, modèle de chez Tati) que j'avais encore pas trop porté.

Je trouve que ça me va bien, en fait, plus que je ne l'aurais cru, c'est peut-être le bon côté de l'histoire.

Après, je me définis toujours très binairement comme Fem (MiliFem ?), mais ça m'amuse assez de pouvoir jouer potentiellement à «plus viriliste que moi, tu meurs» avec mes copains de la gauche sévèrement burnée (bon, mes camarades loca-ux-les du NPA sont pas trop sur ce modèle, j'ai l'impression, mais j'ai quand même croisé un redskin qui m'a regardé avec un drôle d'air).

Enfin, au niveau du look seulement, parce que bon, je continue à pousser des petits cris au moindre truc et à faire ma pouffe, faut pas déconner.

Fantasme

Sinon, avec ces discussions sur Butch/fem, d'un côté, et que féminiser avec des e partout, ça fait chier, ben je me disais que quand même, autant ça me faisait chier d'être grammaticalement masculinisée de force par la langue française, autant je fantasmais vachement sur le fait de me faire, au niveau du look, masculiniser de force (enfin genre BDSM, de force mais quand tu peux arrêter quand même, pas de force, de force, quoi, hein ?).

(Par une butch, évidemment, ou un FtM à la limite, d'un côté histoire d'avoir quelqu'un qui puisse être capable de faire, et de l'autre parce que si c'est un mec cis, c'est plus un fantasme, mais un cauchemar. Et pis bon, c'est peut-être binaire, mais dans les fantasmes, on a le droit, non ?)

jeudi, janvier 22 2009

Boucler la boucle

Bon ben voilà, j'étais ce soir à une AG pour le congrès de dissolution de la LCR.

Ça fait bizarre, quand même. Surtout que ça vient pratiquement jour pour jour cinq ans après le congrès de dissolution de SPEB. Ça me rappelle des souvenirs, du chemin parcouru, et je me dis que même si j'ai eu quelques frustrations à la ligue ces derniers mois, et même si ça m'a boufé un temps monstrueux (et des cotis', aussi, accessoirement) pour aboutir à des résultats qui semblaient pas souvent très tangibles, ben je me dis que quand même, ça m'a apporté vachement, l'air de rien.

Et comme je ne trouve rien d'autre à dire, je vous fais partager mon petit délire d'une heure du mat :

npa-ftp.png

Et j'ajouterai que ça symbolise vachement ma relation vis à vis de la ligue ces derniers temps : d'un côté si je m'amuse à fantasmer sur une "fraction trans'", c'est aussi parce que j'ai pas mal de difficulté à trouver ma place dans le NPA/la LCR actuellement , et d'un autre côté, peut-être que je pourrais pas être aussi critique sur certaines choses s'il y avait pas eu la ligue dans ma vie à un moment donné. J'imagine que c'est un peu ça, le mot «dialectique» que je n'ai jamais vraiment bien trop compris.

(Je sens que c'est encore le genre de post que je vais trouver tout pourri demain et qui va me faire sentir obligée d'en poster vite plein d'autres pour le faire sortir de la première page, mais c'est pas grave.)

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