Rangers & Bas résille

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samedi, mars 6 2010

Rassemblement 8 mars à Lille devant le palais de justice contre l'expulsion d'un homo

Nouveau copié/collé urgent


APPEL À RASSEMBLEMENT LUNDI 8 MARS 2010 à 9H30 DEVANT LE PALAIS DE JUSTICE AVENUE DU PEUPLE BELGE à LILLE EN SOUTIEN À M.S. HOMOSEXUEL SÉNÉGALAIS ARRÊTÉ A LILLE ET EN PROCÉDURE D'EXPULSION.

Nous, les Flamands Roses, invitons à une rassemblement devant le Palais de Justice de Lille ce lundi 8 mars 2010 à 9h30 pour soutenir M.S., homosexuel de nationalité sénégalaise, actuellement au centre de rétention de Lesquin. M.S est membre des Flamands Roses. Il a été arrêté ce vendredi 5 mars 2010 en début d'après-midi dans le quartier de Wazemmes à Lille et a été placé en garde à vue avant d'être transféré dans la journée de samedi au centre de rétention de Lesquin. Une mobilisation est urgente car M.S. risque d'être expulsé à tout moment : il sera présenté le lundi 8 mars à 10h devant le Juge des Libertés et de la Détention qui se prononcera sur son expulsion.

M.S. est arrivé en France en octobre 2009 car il a fui le Sénégal où il se trouvait en danger à cause de son homosexualité. Comme cela a été largement médiatisé en France et en Europe, le contexte social est très défavorable aux homosexuels au Sénégal : suite à la publication en février 2008 dans la presse sénégalaise d’un article accompagné de photos au sujet d’une fête lors de laquelle aurait été célébré un “mariage gay”, de nombreux représentants politiques ou religieux avaient exprimé publiquement leur hostilité contre les homosexuels. Ceci avait conduit la population à se livrer à une véritable chasse aux homosexuels dans le pays, laquelle dure encore aujourd’hui.

Lorsqu'il était encore au Sénégal, M.S. a été l’objet de menaces et de persécutions : il a reçu des lettres de menaces, son appartement a été saccagé, et le 3 octobre 2009 il a été violemment agressé par un groupe de personnes en raison de son homosexualité.

Arrivé en France en octobre 2009, il a formulé une demande d’asile qui lui a malheureusement été refusée. Suite à une première arrestation par la police, il lui a été notifié un APRF (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière). Suite à une seconde arrestation aujourd'hui vendredi 5 mars, il se trouve actuellement en garde à vue et doit passer devant le juge qui se prononcera sur son expulsion.

Nous, les Flamands Roses, exigeons la libération immédiate de M.S. Nous, les Flamands Roses, exigeons que la France accorde le droit d'asile à M.S. Nous appelons toutes les personnes et toutes les organisations à se mobiliser en faveur de M.S.

RASSEMBLEMENT DEVANT LE PALAIS DE JUSTICE AVENUE DU PEUPLE BELGE à LILLE LUNDI 8 MARS à 9H30.

Ci-dessous un modèle de lettre à envoyer ou à faxer à la Préfecture du Nord et au Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale.

Les Flamands Roses 03 20 52 28 68 lesflamandsroses@yahoo.fr 19 rue de condé 59000 Lille

Modèle de lettre

Monsieur le Préfet,

Nous venons d'apprendre l'arrestation à Lille de M.S, de nationalité sénégalaise, membre des Flamands Roses. Il a été arrêté ce vendredi 5 mars 2010 en début d'après-midi dans le quartier de Wazemmes à Lille et a été placé en garde à vue, puis au centre de rétention de Lesquin. Il sera présenté devant le juge qui se prononcera sur son expulsion ce lundi 8 mars à 10h.

M.S. est arrivé en France en octobre 2009 car il a fui le Sénégal où il se trouvait en danger à cause de son homosexualité. Comme cela a été largement médiatisé en France et en Europe, le contexte social est très défavorable aux homosexuels au Sénégal : suite à la publication en février 2008 dans la presse sénégalaise d’un article accompagné de photos au sujet d’une fête lors de laquelle aurait été célébré un “mariage gay”, de nombreux représentants politiques ou religieux avaient exprimé publiquement leur hostilité contre les homosexuels. Ceci avait conduit la population à se livrer à une véritable chasse aux homosexuels dans le pays, laquelle dure encore aujourd’hui.

Lorsqu'il était encore au Sénégal, M.S. a été l’objet de menaces et de persécutions : il a reçu des lettres de menaces, son appartement a été saccagé, et le 3 octobre 2009 il a été violemment agressé par un groupe de personnes en raison de son homosexualité.

Arrivé en France en octobre 2009, il a formulé une demande d’asile qui lui a malheureusement été refusée. Suite à une première arrestation par la police, il lui a été notifié un APRF (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière). Suite à une seconde arrestation aujourd'hui vendredi 5 mars, il se trouve actuellement en garde à vue et doit passer devant le juge qui se prononcera sur son expulsion.

Nous exigeons la libération immédiate de M.S. et exigeons que la France accorde le droit d'asile à M.S. : conformément à l’article 6 de la directive 2004/83/CE, le statut de réfugié, au titre de l’asile conventionnel ou de la protection subsidiaire, doit être accordé aux personnes LGBT ayant été ou risquant d’être persécutées par les pouvoirs publics de leur pays d’origine, ou par quelque autre acteur non étatique.

Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de notre considération militante.

à envoyer et à faxer à :

Préfecture du Nord :

Préfet du Nord-Pas-de-Calais : Jean Michel BERARD Fax 03 20 30 52 52 prefecture.nord@nord.pref.gouv.fr

Directeur de cabinet du Préfet du Nord : marc.chappuis@nord.pref.gouv.fr

Secrétaire général de la Préfecture du Nord salvador.perez@nord.pref.gouv.fr

Ministère de l’immigration et de l'Identité Nationale :

Fax ministère : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00

Secrétaire général du Ministère :

secretariat.general@iminidco.gouv.fr stephane.fratacci@iminidco.gouv.fr

fax : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00

Ministre : eric.besson@iminidco.gouv.fr

lundi, février 1 2010

Chronologie d'une transition

Même si ça apparaît parfois en filigrane, j'aborde quand même assez rarement sur ce blog des choses spécifiques liées à ma transition, en tout cas dans le vécu quotidien : je n'ai pas blogué mon premier rendez-vous psy (sauf celui avec une psychiatre d'une équipe officielle, parce qu'un truc comme ça, ne pas le bloguer, ça aurait été gâcher), ni ma première prescription d'hormones, ni ma première discussion avec mes parents, etc.

Ce qui n'est sans doute pas franchement un mal en soi, mais je me suis dit que ça pouvait intéresser éventuellement des gens d'avoir un condensé du vécu de ma transition jusqu'à l'instant T actuel (je sais que c'est le genre d'infos qui m'intéressait quand je me posais des questions).

Évidemment, ça reflète uniquement mon parcours personnel, mais ça peut donner peut-être une idée sur une façon possible dont peut «murir» l'idée d'une transition, puis comment ça peut se passer effectivement. Je n'ai pas hiérarchisé et ai parfois mis des trucs qui n'avaient pas grand chose à voir, et au contraire j'en ai oublié plein d'autres, mais voilà.

Pour être honnête, ça fait un peu trois mois que ce post est dans la file d'attente de ce blog et que j'hésite à le poster, à la fois parce que j'ai l'impression d'oublier plein de trucs et aussi parce que ça me fait un peu peur de parler de trucs persos, voire intime, en public et en ne sachant pas trop qui va bien lire ça. Mais bon, il paraît que le privé est politique...

J'ai séparé en deux parties : la seconde (2003-2009) concerne clairement la découverte, le questionnement du fait que je sois trans ainsi que le déroulement de ma transition, tandis que la première partie est préliminaire et correspond à des choses qu'on peut mettre en rapport mais qui, pour moi, ne veulent pas forcément dire que j'étais déjà trans à l'époque ou que j'allais forcément le devenir.

  • 1994/5 (?) : déjà en surpoids à l'époque, je vis assez mal (et en même temps... je ne sais pas, c'était assez ambivalent) le fait qu'un camarade de classe me dise que j'ai plus de poitrine qu'une fille. Pendant un moment, j'aurai une sorte de vague peur (honte ? culpabilité ?) de «devenir une fille», que je lie bizarrement avec une peur d'être «pédé». Ce qui est drôle c'est que ça correspond au vécu de certaines personnes trans qui disaient qu'à la puberté, elles pensaient que leur corps allaient se développer «naturellement» dans leur genre ressenti, sauf que pour moi c'était plus une peur qu'un espoir (même si, là encore, c'est pas forcément aussi clair).
  • 199? : premier rêve super réaliste où je fais l'amour en tant que fille (hétéro, mais bon, j'étais jeune). Gros sentiment de déception au réveil[1].
  • 199? : autre rêve, où je participe à l'anniversaire de quelqu'un. D'après mon souvenir (flou), je suis vaguement un garçon, mais je passe pour une fille et j'apprécie beaucoup ça, voire je voudrais le faire en permanence.
  • 199? : à cause de mes cheveux longs, quelques personnes se plantent parfois sur mon genre. J'aime bien.
  • 199? ou 200? : à la lecture du Silence des Agneaux, je me sens vraiment mal en lisant les passages où le méchant de l'histoire se cache le pénis entre les jambes sous la douche, vu que je le fais régulièrement aussi. J'ai un peu peur de devenir un tueur en série psychopathe.
  • 2003, juin : je commence à utiliser un pseudo féminin régulièrement sur Internet et à parler de moi au féminin via ce média.
  • 2003, ?: première expérience de plaisir anal, et je réalise que même sans forcément me définir clairement «gay», «bi», et peut-être encore moins «trans» à l'époque (quoique...), je ne suis pas un mec hétéro.
  • 2004, avril : première participation à une manifestation LGBT. J'ai le sentiment d'avoir quelque chose en commun avec les trans et travestis, même si je n'ose pas trop l'affirmer.
  • 2004, ? : je commence à lire des témoignages de trans sur Internet.
  • 2004, août : première idée de personnage trans (qui deviendra plus tard Alys) pour un premier projet de roman qui ne verra jamais le jour[2].
  • 2004, décembre : malgré mon apparence masculine, je corrigue vaguement des copains geeks qui me connaissent via Internet pour qu'ils parlent de moi au masculin.
  • 2005, ? : premiers essais de «féminisation», à coup de rouge à lèvre et d'épilation des jambes et bras.
  • 2005, juin : première participation à une marche des fiertés. Les gouines en moto qui ouvrent la marche ont vraiment trop la classe <3
  • 2005, ? : je suis de plus en plus mal à l'aise quand je dois me désigner «homme». Le problème se pose notamment lors d'une remise de carte de la LCR, que je ne prendrai finalement pas cette année[3].
  • 2006, février : premier contact (bref sur ce coup-là) avec deux copines de l'association Sans Contrefaçon
  • 2006, mars : je m'inscris sur le forum de Sans Contrefaçon et y lit avidemment témoignages et discussions.
  • 2006: je commence à être plus investi dans les milieux LGBT et féministes et je visibilise un peu plus le fait que je ne suis pas un mec hétéro (même si au début ça passe plus par de la visibilité pédée).
  • 2006, octobre : je prends la décision de transitionner. Ça vient comme ça, en quelques jours, après mal de temps à tergiverser. Il s'agit à ce moment là, pour moi, d'un choix conscient. Actuellement, je n'en suis plus si sûre.
  • 2006, novembre : je fais mon premier «coming-out» (peu assuré, plus en questionnement) sur le forum de Sans Contrefaçon
  • 2006, décembre : premiers achats de vêtements féminins et première (et courte) sortie en jupe, en écoutant Keny Arkana dans le baladeur pour me donner du courage.
  • 2006, ? : ma décision de prendre des hormones et de faire de l'épilation laser est prise, même si pas forcément claire.
  • 2006? 2007?: première rencontre et discussion sérieuse dans la vraie vie, avec une personne trans , sur ce sujet.
  • 2007, premier semestre : premières sorties en jupe chez des ami-e-s (hétéros).
  • 2007, juin : premier rendez-vous avec une psychiatre.
  • 2007, juillet : première participation aux UEEH, et premières occasions d'être considérée en tant que fille et en tant que trans, alors qu'avant je n'étais visible ni comme l'une ni comme l'autre.
  • 2007, juillet (pendant les UEEH, mais en dehors) : première véritable agression.
  • 2007, août: première participation à l'université d'été de la LCR, qui sont une autre occasion de vivre quelques jours en étant en fille/travelotte.
  • 2007, second semestre : premières sorties en jupe au travail.
  • 2007, octobre : première participation à l'Existrans.
  • 2007, décembre : coming-out à mes camarades loca-ux-les de la LCR, à la fin d'un mail sur le bilan des actions LGBTI.[4]
  • 2008, janvier : coming-out à ma mère.
  • 2008, février (?) : la psychiatre de l'équipe officielle de Marseille refuse de donner son feu vert à mon traitement hormonal : je suis trop «énorme»(sic) et trop timide.
  • 2008, mai : première ordonnance d'anti-androgènes, seuls (ce qui, je crois, n'est pas super recommandé, mais passons...) par un endocrinologue.
  • 2008, juin : première ordonnance d'estrogènes, par le même endocrinologue.
  • 2008, juin : premier dragueur hétéro bien relou.
  • 2008, juin : première paire de docs.
  • 2008 : à ce stade, je commence à être appelée «madame» ou «mademoiselle» relativement régulièrement, et à subir les emmerdes qui vont parfois (souvent) avec.
  • 2008, juillet : seconde participation aux UEEH. Première participation à un espace non-mixte lesbien, sans me sentir hyper à l'aise, surtout qu'à ce moment là je me définis pas encore tout à fait lesbienne (plutôt bi), mais ça m'aide vachement à réaliser que je suis gouine.
  • 2008, octobre : seconde participation à l'existrans.
  • 2008, novembre : déménagement à Lille, découverte des Flamands Roses et du Centre LGBT (dont j'avais déjà croisé quelques membres). Du coup je ne cotoye plus que des gens qui ne m'ont jamais connue avant ma transition.
  • 2008, novembre : achat de mon premier treillis.
  • 2008, novembre : première agression à caractère sexuel, même si j'ai du mal à mettre ce mot-là dessus.
  • 2008, décembre : achat de ma première paire de vraies rangers.
  • 2008, décembre : premier Noël familial où je suis «en fille». Mon oncle me sort «ah oui, j'ai vu qu'il y avait une association des hommes en jupe». Je réplique (trop) froidement : «je suis pas un homme».
  • 2008, ? : je prends plus conscience des identités Butch et Fem et du fait que je me reconnais dedans
  • 2009, janvier : première utilisation de prénom choisie sur des documents administratifs
  • 2009, février : je m'identifie comme «vaguement fem».
  • 2009, mars: première séance d'épilation au laser (non, j'ai pas exactement commencé tôt)
  • 2009, mars: je me mets en pause du NPA, ce qui de fait se traduit plutôt par un départ. Conséquence concrète, dans la majorité des lieux où je milite ou parmi les personnes avec qui je suis potes il y a maintenant une faible minorité de mecs hétéros.
  • 2009, juillet : troisième participation aux UEEH. J'apprends à faire un noeud de cravate et décapsuler les bières avec un briquet. Il y a deux ans, je me sentais «bébé trans» ; là, je me sens «bébé gouine» :o
  • 2009, décembre : j'ai un acte de notoriété qui me permet plus ou moins d'utiliser le prénom Élisabeth par les administrations. (Pour Pôle emploi, je suis ainsi «monsieur Élisabeth»).
  • 2010, janvier : je me définis maintenant comme «Butch travelotte» (en plus de Fem, qui a dit que c'était binaire ?). Par contre je suis de plus en plus ambivalente sur mon identité «trans».

Si je devais faire le bilan de tout ça, c'est qu'au départ je me projetais plus dans une identité transgenre/genderqueer, ni homme ni femme, je m'attendais à ne jamais «passer», etc., et qu'au final j'ai quand même l'impression de me retrouver un peu malgré moi catégorisée chez les nanas. Du coup, par rapport à ce que j'escomptais, j'ai l'impression d'avoir un peu moins subi de transphobie de la part de personnes dans la rue, de mes proches, etc, que prévu ; et par contre, beaucoup plus de sexisme (non pas que je pensais que le sexisme n'existait pas, mais que je ne m'attendais pas à en être victime aussi vite). Le fait d'être catégorisée en tant que «femme» a été d'un côté une source de satisfaction parce que c'était une façon de ne plus être reconnue comme un mec, mais aussi de l'autre une oppression et une source de violences assez hard à vivre, ce qui, paradoxalement, m'a rendue encore plus douloureux les moments où on me considérait comme un mec, parce que pour moi c'était (et c'est toujours) nier ce vécu.

L'identité gouine, ou les identités gouines, ça a été un peu la bouffée d'oxygène là-dedans et ça m'a permis de vivre des moments chouettes et de rencontrer des copines super cools qui m'ont vachement aidée à me construire dans un truc qui soit pas (trop) le modèle de la fâme®.

Voilà, j'espère que ce post n'était pas trop désordonné ni trop chiant, mais c'était aussi peut-être pour moi une façon de faire le point sur mon parcours :o

Notes

[1] Parce qu'à l'époque, je vivais encore en garçon, pas parce que je me suis réveillée en gouine, je précise.

[2] À cette date, je crois que j'en suis au quatrième.

[3] Pas pour cette raison, mais parce que c'était le boxon et que je démenage pour Marseille.

[4] Le mail disait : «Ah, et toujours tant que j'y suis. vu, que c'est un peu dans le sujet, j'en profite pour faire mon «coming-out» (vu que c'est pas aussi évident pour les autres que je le pensais et que c'est pas forcément facile de corriger quand quelqu'un parle, surtout que je parle pas assez fort) : je suis trans' et je prefère qu'on parle de moi au féminin. Voilà, merci,»

mercredi, décembre 23 2009

Les psys et moi

La première fois que j'ai rencontrée une psy - une psychologue, je crois, un truc comme ça, mais je n'en suis pas sûre - je devais avoir neuf, dix ans. Je ne sais pas exactement les raisons qui ont motivé ça (on n'a pas trop pris la peine de m'expliquer, ou alors j'ai oublié) mais il me semble que c'était parce que je ne jouais pas assez avec les autres enfants, des trucs comme ça. Dans l'ensemble, ce n'était pas très pénible : ça se passait à l'école, pendant les heures de cours et heureusement c'était plutôt ludique et pas «mon enfant, veux-tu faire le test de Rorschach ?». Je me rappelle qu'il y avait une histoire où il fallait que j'arrête de dire «je ne sais pas» et plus exprimer ce que je voulais. J'ai jamais été trop douée pour ça, je dois dire.

La deuxième fois, c'était un peu après, et c'était vachement plus chiant, notamment parce que ça me bouffait une partie du mercredi après-midi au lieu du cours de français. Là encore, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n'est que c'était un mec et que je ne l'aimais pas trop. J'ai arrêté d'aller le voir assez rapidement, et c'était très bien comme ça.

La troisième fois, je devais avoir quinze ans, et là ça prenait vraiment la forme d'une «vraie» psy qui ne faisait pas le minimum d'effort pour qu'un enfant fasse un peu d'attention à lui. Résultat : je me contentais surtout de rester silencieuse, sans trop savoir quoi dire, et on se regardait en chien de faïence pendant une demi heure. C'était assez pénible, l'un dans l'autre. Pourquoi est-ce que j'avais été envoyée là ? À cause de mes problèmes de poids, parce que ça devait forcément venir d'un malaise dans ma tête. Peut-être, je n'en sais rien, mais du coup je ne suis pas persuadée que m'imposer une psy ait été vraiment le meilleur moyen de résoudre ça. Un peu après, ma médecin généraliste a constaté qu'effectivement, ça ne marchait pas, et a décidé de plutôt me prescrire des anti-dépresseurs (du prozac). Ben ouais, y'avait pas encore la pillule Alli, elle faisait comme elle pouvait.

La quatrième, c'était il n'y a pas si longtemps, quand j'ai commencé ma transition. En soi, c'était toujours quelque chose d'imposé - je m'en serais bien passée si j'avais pu faire autrement - mais c'était quand même moi qui avait fait la démarche (même si c'était dans l'objectif avoué d'avoir une autorisation pour des hormones), ce qui était une première. Dans l'ensemble elle était relativement cool et assez à l'écoute, même si par moments elle ne pouvait pas s'empêcher de sortir ses conseils destinés à la transsexuelle type qui, la plupart du temps, tombaient à plat[1]. Le truc dommage c'est qu'il y a plein de choses dont je n'osais pas parler parce que je savais qu'elle était dans une certaine position de pouvoir par rapport à l'obtention ou non d'un traitement hormonal[2].

La cinquième, c'était celle de l'équipe auto-proclamée officielle de Marseille, spécialiste ès transsexualité, qui était un sacré numéro (dont j'ai un peu parlé ici). Je ne l'ai vu qu'une fois, mais elle a eu le temps de me dire que j'étais trop «énorme» pour être trans et que j'allais devenir une créature de la nuit[3].

Dans l'ensemble, toutes ces personnes étaient sans doute plutôt différentes les unes des autres et n'avaient pas grand-chose en commun. Certaines étaient cools, d'autres moins. Dans l'ensemble, je continue à penser qu'aller voir un psy peut parfois aider, mais je ne peux toujours pas m'empêcher de trouver craignos que leur seul point commun ait été que j'ai été d'une façon ou d'une autre, obligée d'aller les voir.

Notes

[1] Par exemple, elle m'a expliqué plusieurs fois que les femmes, dans la vraie vie, ne portaient pas des talons aiguilles tout le temps, mais uniquement par exemple pour les soirées ou les trucs comme ça. Je me contentais d'hocher la tête, en m'abstenant de répondre que ma philosophie, dans la vie, c'était que les rangers allaient avec tout et que, par conséquent, je ne voyais pas pourquoi j'aurais mis autre chose.

[2] Ne serait-ce que par rapport au fait d'être gouine, même si elle avait l'air assez cool, ben je savais quand même que beaucoup de psy refusaient encore aux trans homo d'avoir des hormones.

[3] D'accord, techniquement, en ce moment je regarde des Buffys jusqu'à quatre heures du mat, alors j'imagine qu'elle n'avait pas complètement tort

lundi, décembre 14 2009

Dialogues

Ce que j'aime le plus avec le fait d'être une fille, maintenant, c'est que cela permet de rencontrer des gens charmants à des moments complètement inopinés et d'avoir des discussions super enrichissantes.

Par exemple, avant, quand j'étais considérée comme un garçon, les dialogues que j'avais dans le métro se résumaient très souvent à :

<--- Ceci est un vide symbolisant de manière très post-moderne[1] l'absence de discussion.

Alors que maintenant, en étant une fille, j'ai l'occasion d'échanger sur ma vie avec des personnes géniales. Par exemple :

— Oh, mademoiselle !

— ...

— Oh, tu suces ?

— ...

— Salope !

Ma vie en tant que garçon me conduisait aussi à marcher à pied une fois qu'il n'y avait plus de métro. Alors que maintenant, je peux profiter de l'aimable galanterie toujours désintéressée des hommes :

— Madame, vous voulez que je vous raccompagne ?

(Sentant venir le truc foireux) — Euh, non merci.

— Allez, on va faire l'amour !

Mais ce qui est vraiment génial, c'est qu'en plus de ces échanges certes intenses mais finalement peu approfondis, c'est parfois l'occasion d'avoir de longues discussions sur l'avancée des luttes LGBT :

— Oh, je t'avais vu, toi. C'était une soirée plutôt de pédés, d'ailleurs.

(Pédagogique) — Euh, pédé, c'est un peu une insulte, quand même.

— Mais toi, t'es un pédé, hein ?

(Là, c'est un peu l'inconvénient de la tenue pantalon/rangers/blouson en cuir, c'est que ça nuit à mon passing. Ce qui est en fait un peu un avantage parce que ça permet parfois d'éviter les «tu suces». Malheureusement, ça n'est pas efficace à 100%...)

— Euh, non, je suis gouine.

— Ça veut dire quoi ?

— Euh, lesbienne. Je suis une nana qui aime les nanas.

(Bon, en fait ça a pris plus de temps que ça, l'explication, parce que c'était entrecoupé de «non, mais faut que j'y aille, là, j'ai un métro à prendre» et de «non, mais je vais te suivre, je suis cool» «euh mais t'es pas obligé, etc. qui ne sont pas vitaux à la compréhension de la discussion)

— Et du coup t'aimes pas les mecs ?

(La question piège, où on a envie de répondre «Carrément, je veux leur extinction». Fort heureusement, ma formation de préparation aux entretiens d'embauche offerte par Pôle emploi (et qui mériterait un billet à part) m'a permis de répondre de manière plus... euh... hypocrite ?)

— Ben, non, c'est pas ça, c'est juste que je n'ai pas de relation sexuelle avec eux.

— Ouais, moi tu vois je couche avec tout le monde, je m'en fous.

— Euh, ben, moi pas.

— Mais tu veux pas que je te raccompagne quand même ?

— Euh, non.

— Tiens, prends mon numéro quand même.

— Euh, d'accord, si t'insistes... (Je compresse encore un peu la discussion, là, parce que c'était plutot genre une demi heure pour m'en débarasser)

— Mais t'es sure que tu veux pas coucher avec moi ? Je te ferai pas de mal...

Voilà, c'est quand même trop cool d'être une nana, on peut avoir l'assurance qu'un mec va pas nous faire de mal (et quand ce mec nous suit depuis un certain temps et a une attitude hyper dominante, il n'y a vraiment aucune raison de mettre sa parole en doute). Bon, le concept de «nana qui couche avec des nanas» a quand même étrangement plus de facilité à passer que celui de «nana qui ne couche pas avec des mecs», mais je suis persuadée que des mecs aussi attentionnés que ça finiront par le comprendre et que c'est juste parce que c'est quand même un peu compliqué.

Et c'est quand même mieux que de s'ennuyer en rentrant toute seule chez soi le soir, il n'y a pas à dire.

Bref, être une fille c'est vraiment trop génial, je le conseille à tout le monde.

Notes

[1] Je suis fan de ça en ce moment, au cas où vous n'auriez pas remarqué.

samedi, décembre 5 2009

En vrac : Zemmour et la domination masculine / Ma vie / Et vous, vous coucheriez avec une trans ?

Zemmour et la domination masculine

Je ne ferai pas de long commentaire détaillé sur le film la domination masculine, parce que même si je l'ai vu et qu'il est sans nulle doute intéressant, je suis vraiment nulle en critique cinéma, surtout pour les documentaires[1].

Zemmour, lui, par contre, il a pas aimé. Du tout[2]. Et on apprend même qu'il veut faire arrêter la diffusion de ce film.

Comme quoi, Zemmour contre la domination masculine, on aura tout vu.

C'est un mec ou une nana ? (ma vie)

Un petit schéma valant mieux qu'un long discours :

transphobie.png

Eh oui, comme je suis une fashion victim, la mode bûcheron a fait trois victimes :

  • mon porte-feuilles
  • mon identité Fem
  • mon passing[3]

(Et, non, les estrogènes n'ont pas un effet magique. C'est la différence entre corrélation et cause.)

Et vous, vous coucheriez avec une trans ?

C'est marrant, sur internet, notamment dans les forums, y compris ceux qui se veulent un peu progressistes, je suis tombée pas mal de fois sur des discussions du type «et vous, vous coucheriez avec une trans, hein ?». Je ne dégenre pas, parce qu'en général c'était surtout des mecs qui discutaient de savoir s'ils toléreraient une fille trans dans leur lit.

La question, en général, ne s'adressait pas vraiment aux nanas, pas plus qu'aux personnes trans. À chaque fois, les mecs hétéros cisgenres étaient les sujets de la discussion, tandis que les nanas et les trans ne pouvaient en être que le complément d'objet direct.

Bref, je n'ai pas fait de recensement à titre sociologique, mais il me semble que je peux tout de même formuler quelques questions :

  • est-ce que cette façon d'avoir une sorte de peur panique à l'idée que la fille qu'on drague n'ait, oh mon Dieu, pas de vagin, ne devrait pas être interrogée en parallèle de la tendance des mecs hétéros à réduire les nanas, précisément, à leur vagin ?
  • est-ce que ces mecs hétéros qui ont si peur que la fille qu'ils draguent soit trans ne pourraient pas, finalement, éviter les problèmes en évitant de se sentir obligés de draguer tout ce qu'ils rangent dans la catégorie «nana» ?
  • pourquoi, dans l'éventualité où la «révélation» de la transidentité de la nana a lieu alors que la relation est déjà bien engagée, on part du principe que c'est elle qui lui a «caché» qu'elle était trans et, pas que lui lui a caché qu'il était transphobe ?
  • et enfin, surtout, le truc que je ne comprends pas : pourquoi je vois tellement plus passer la question «et vous, vous coucheriez avec une trans ?» que celle, tout de même vachement plus pertinente à mon goût : «et vous, vous écraseriez des mecs hétéros cisgenres sous les chenilles de votre bulldozer, si vous en aviez un ?»

Notes

[1] Par exemple, j'ai l'impression que ce n'est pas forcément approprié de dire «ouais, ça manquait un peu de suspens quand même». Même si, honnêtement, c'est quand même un peu vrai.

[2] Ouais, là aussi le suspens est à chier, en fait.

[3] En fait, pas tant que ça chez les gens polis, par contre mon chez les mecs relous je suis passée de «sale pute» à «oh, on dirait un mec».

jeudi, septembre 17 2009

Madame ou mademoiselle ?

Et oui, c'est toujours la question, qui est particulièrement pénible quand elle vient d'un relou qui cherche en gros à classifier entre «disponible» ou «réservée». (Bizarrement quand tu réponds «mademoiselle», ça leur viendrait pas à l'idée que si tu t'es pas casée avec un mec après tout ce temps, c'est ptet parce que t'en as pas envie).

Et c'est aussi la plaie quand c'est sur les formulaires. Par exemple, pour mon adhésion à «Pôle emploi» (ça fait vachement plus classe que ANPE, il paraît, enfin bon), j'avais benoîtement choisi la case «mademoiselle» d'une parce que, ben non, j'ai jamais été à un mec, et je compte bien jamais l'être, et de deux parce que le «mademoiselle» fait un peu diminutif et donne un espèce de côté «madame en plus petite» qui je trouve va très bien avec ma corpulence (y'a pas encore la case «madamasse», dommage). Pis bon, je me dis toujours que quand je serais grande, je mettrais madame, mais j'ai vachement de mal à admettre que je commence à être supposée avoir entré l'âge adulte depuis un certain temps.

Bon et puis évidemment le jour même, tout se passe bien au début, «bonjour madame» à l'accueil (où on me demande pas pour le coup «c'est madame ou mademoiselle ?»), je patiente, ding, entretien.

Et là, c'est le drame.

Parce qu'en fait, bizarrement, on a beau dire «madame ou mademoiselle, ça a aucune valeur légale, tu mets ce que tu veux», ben quand t'es trans, t'as le système informatique qui te regarde de travers quand t'essaie de rentrer ton numéro de sécu qui commence par un "1"[1]. Et là, boum, l'inscription qui peut pas se continuer parce que la dame peut pas modifier, faut aller voir je sais pas qui pour faire je sais pas quoi...

Une demi-heure plus tard, ding, me voilà réassigné «monsieur» parce que c'est l'état qui l'a dit, c'est marqué sur la carte d'identité (alors que j'ai beau regarder la carte d'identité dans tous les sens, c'est marqué «monsieur» nulle part, mais bon), c'est comme ça, et ce n'est pas la faute de la dame (qui est très gentille, soit dit en passant), mais du système informatique.

Bref, je finis par ressortir (en ayant au passage appris que le pôle emploi ne me paierait pas mon chômage, vu que c'était l'éducation nationale, mais que par contre ça prendrait plus de temps...si c'ets aussi rapide que les remboursements de frais de transports, je suis mal barrée) avec un dossier «réassigné».

Prochain rendez-vous semaine prochaine (déjà), où j'aurais un numéro informatiquement correct mais où je vais sûrement devoir expliquer à la dame de l'accueil que, non, je viens pas pour mon frère ou mon mari. C'est les joies d'être trans : même si, par lassitude, tu finis par laisser tomber l'idée farfelue que ton identité de genre soit respectée, tu sais toujours très bien que cocher la case «M» ou «F» revient au final toujours à jouer à une version de pile ou face où tu ne peux gagner que si ça tombe sur la tranche.

Enfin, quand je serai grande, je mettrai «madame».

Notes

[1] Par contre dans l'autre sens, il y a la réponse ministérielle sur l'utilisation du «madame ou mademoiselle» qui dit que «personne -organisme ou individu - ne peut imposer à une femme la mention madame ou mademoiselle.» Donc je suis désolée, mais avec une vision logique du «ou», ça veut dire qu'une femme a légalement le droit de se faire appeler monsieur, Plus sérieusement, j'aimerais bien savoir s'il y a quoique ce soit dans la loi qui dit qu'on doit avoir comme civilité «monsieur» si on a un sexe masculin à l'état-civil, et «madame» ou «mademoiselle» si on a un sexe féminin. J'en suis pas persuadée.

vendredi, septembre 11 2009

Ma vie passionnante : Ellie va chez le coiffeur

Voilà, je me disais que ça faisait trop longtemps que j'avais pas fait de billet typiquement bloguesque, donc afin de satisfaire mon côté narcissique, en voici un.

Hier, donc, je suis allée chez le coiffeur. Ça faisait un certain temps que j'avais envie de changer un peu de coiffure ; cette envie avait culminé la nuit de la veille, à deux heures du matin, quand j'ai décidé de me couper les cheveux moi-même.

Alors les conseil beauté d'Ellie pour se couper les cheveux, en fait, c'est assez simple :

  1. On mouille tout (le shampooing est accessoire)
  2. Pour la frange, on rassemble toute la frange en une espèce de grande mèche au milieu. Ensuite on sort les ciseaux, et on coupe.
  3. En théorie, une fois qu'on resépare la mèche, ça permet d'avoir un joli dégradé (les cheveux loin du centre sont un peu plus longs que ceux au centre). En pratique, il y a toujours des mèches qui arrivent à dépasser, mais on vit avec.
  4. Pour couper derrière, c'est tout aussi facile : il suffit d'attacher les cheveux avec un élastique, et puis on reprend les ciseaux et on coupe juste après l'elastique. Là aussi, c'est censé donné un joli dégradé ; là non plus, ça ne marche pas vraiment en pratique.

Bref, toujours est-il que j'étais moyennement satisfaite du résultat, et que j'ai décidé de laisser faire les pros.

Donc, je suis allée chez un coiffeur où y'avait pas besoin de rendez-vous, et c'est une coiffeuse qui s'est occupée de moi. Alors là, je me dis que c'est un peu comme chez la dentiste, où j'étais retournée après des années d'évitement, je me suis dit qu'on allait me reprocher le laisser-aller et l'état déplorable dans lequel j'étais[1].

Alors d'abord, il y a le shampooing. Normal, quoi. Sauf que, là, elle veut me faire un soin en plus. Comme je sais pas dire non, ben, je dis pas non, pis comme ça en plus j'aurais les cheveux châtoyants et resplendissants. Et là, y'a la question : «vous faites des soins, de temps en temps» ?

Là, je me dis que, bon, ça a vaguement l'air de rendre les cheveux châtoyants vu le nom, j'ai aucune idée de ce que c'est. D'où une hésitation dans la réponse :

  1. C'est pas faux (mais là je suis quand même censée répondre par «oui ou non»)
  2. Ben, je mets du shampooing, c'est déjà pas mal, non ? (mais là je passe vraiment pour la plouc de service)
  3. Oh oui, bien sûr (mais là vu qu'elle est pro du cheveu elle va peut-être voir qu'en fait mes cheveux sont pas super bien soignés et que du coup me fous de sa gueule)
  4. Euh, pas souvent.

J'opte sagement pour la réponse 4, qui me permet d'accéder à la partie coupe, qui se passe sans problème.

Ensuite, elle me demande si je veux qu'elle me les lisse. Et je me dis «cool, j'ai toujours rêvé d'avoir les cheveux lisses». Donc je dis oui.

Là, vient encore une question piège : «vous les lissez régulièrement ?» et là, ahah, je suis quand même vachement fière, parce que je m'étais achetée un machin à lisser pas cher (alors que j'ai encore jamais sorti mon sèche cheveux de la cantine depuis mon dernier déménagement, mais bon...), et que je m'amusais de temps en temps à me lisser les mèches de devant (pas le reste, trop chiant). Donc je suis en mesure de répondre : « Oui, j'ai un lisseur, mais pas souvent.» Ce à quoi elle m'explique qu'effectivement, ça les abime et qu'il faut éviter, ce qui me fait dire que c'était vraiment la bonne réponse («Oui, mais j'ai la flemme» l'aurait peut-être moins fait).

Enfin bref, tout ce billet absolument inintéressant pour dire qu'hier, j'avais les cheveux super lisses. Et que je me suis rendue compte que c'est comme dans les contes de fée, où quand les voeux se réalisent ils tournent super mal : en fait, j'aime pas avoir les cheveux lisses. J'ai l'impression d'avoir une perruque, ça fait chelou. Je me suis quand même prise en photo avant de commencer à essayer de les secouer dans tous les sens pour les délisser, mais rien n'y a fait avant que je prenne une nouvelle douche.

Voilà, et donc pour vous récompenser d'avoir lu toutes ces réflexions inutiles, une photo (inutile aussi) de la coiffure en question [2] :

PENTAX Image

Notes

[1] Bon, le passage «coiffeur» était moins pénible que le passage «dentiste», surtout que j'en ai toujours pas fini ; même s'il y a un côté excitant à voir quelqu'une enfiler un gant en latex et annoncer «avec celui-là, ça va vibrer».

[2] De dos toujours, parce que, 1) la coiffure fait un peu plus butch de dos, et que j'intériorise vachement le truc comme quoi il faut pas que je sois trop féminine, et tout ça et, 2), parce que je suis parano et que montrer mon visage sur mon blog public, non merci.

dimanche, juillet 26 2009

Post rapide depuis les UEEH

Quelques notes très rapides et très en vrac, vu que je suis actuellement pas trop dispo pour internet :

  • du coup, je dois avoir un bon millier de mail en attente, donc 99% de spam. Si vous avez envoyé un mail faisant partie du pourcent restant, désolée, mais n'espérez pas de réponse immédiate ;)
  • je suis très déçue de la non-mixité gouine et du rapport aux trans. J'avais entendu parler de rumeurs de "vérification de contenu de culotte" pour les trans, et c'est un peu ce qui m'interessait, mais en fait pas du tout. C'est quand meme vachement frustrant.
  • c'est d'ailleurs drole comment je peux dire "il faut etre explicite pour dire qu'on inclut les trans sinon ça exclut de fait" et faire exactement l'inverse quand c'est à moi de rédiger le truc. Je ferai peut-etre un billet plus détaillé la-dessus, tiens.
  • je suis assez contente d'avoir réussi à oser faire un atelier, finalement intitulé "transgirls vs féminisme", et je ferai sans doute un billet plus détaillé la-dessus aussi.
  • et il y aurait plein d'autres trucs à dire, mais là, pas le temps.

mercredi, juin 3 2009

Coming-out

Il faut le reconnaître : depuis tout ce temps, tous ces billets et toutes ces années, je me fais passer pour ce que je ne suis pas. C'est un travestissement (aha) de la réalité. Ni plus, ni moins.

Je fais croire que je suis une féministe, subversive, gouine, queer, révolutionnaire et toutes le tintouin dans le genre.

Pas une vraie fâme, vous y croyiez vraiment ? Une trans et fière de l'être, qui ne cherche pas à «passer» ?

La vérité, c'est que je paierais cher pour pouvoir «passer» pour que personne, absolument personne, ne puisse se douter que je sois trans. La seule raison qui fait que je ne me paye pas ce genre de chirurgie, c'est, en dehors de l'aspect financier, toute la transphobie intériorisée qui dit que les trans qui font de la chirurgie, c'est Maaal.

La vérité, c'est que je suis tellement sûre du fait que je n'ai rien à prouver en tant que trans que la moindre remarque, même en blaguant, sur mon physique ou mon éducation masculine me fera chialer une heure dans mon lit comme une conne.

Fière, gouine, moche et masculine. Ben tiens.

La vérité, c'est que je passe mon temps à me regarder dans le miroir pour vérifier si, par hasard, je ne serais pas devenue un peu moins moche.

Pas honte de mes rondeurs ?

La vérité, c'est que je déteste être grosse. Mais bon, c'est plus facile de dire «je suis grosse et fière» que d'admettre que je bouffe de la merde pour compenser le vide sidéral de mon existence et qu'ensuite, je me fais vomir, en espérant que ça me permettra d'éviter la punition de la balance. Et que, malheureusement, ça ne marche même pas.

Les trucs comme quoi je suis courageuse, prête à me défendre en donnant des coups de rangers ?

La vérité, c'est que je suis tout juste capable de raser les murs et de changer de trottoir parce que j'ai peur des réflexions qu'on me fera.

La vérité, c'est que la seule personne que j'ai jamais réussi à blesser physiquement après avoir subi une agression, c'est moi-même.

Toutes les blagues sur le cul, le jeu sur le BDSM, le côté comme quoi je serais vachement libérée ?

La vérité, c'est que je suis incapable d'avoir la moindre relation affective qui va au-delà des blagounettes parce que je déteste trop mon corps et que j'ai un manque totale de confiance en moi.

La vérité, c'est que je suis vierge à 26 ans.

Tous les trucs comme quoi il n'y a pas à avoir honte ?

La vérité, c'est que la seule raison pour laquelle je n'ai jamais eu le courage d'en finir en m'ouvrant les veines c'est, précisément, que je n'ai pas de courage.

Bref, de manière générale, la vérité, c'est que tout ce que je raconte sur ce blog est une véritable farce, tant ma vie est à l'opposé.

Ma seule consolation c'est qu'il y en a qui y ont eu cru. Aha. Je vous ai bien eus. Mais rassurez-vous : la minute de lucidité ne devrait pas durer, et demain, je serais sans doute à nouveau capable de m'imaginer que je suis féministe et libérée.

lundi, avril 27 2009

Comment je suis devenue lesbienne (ou : trans et lesbophobie intériorisée)

Dans un billet précédent, j'avais fait une citation de la «féministe» transphobe Sheila Jeffreys, qui disait notamment à propos des trans lesbiennes la chose suivante :

Le lesbianisme a été vu comme une forte détermination à aimer et valoriser des femmes, les citoyennes de seconde classe de la suprématie masculine.

Le transsexuel masculin-vers-féminin-construit qui s'appelle lui-même une lesbienne a un sens très différent pour ce mot. (...) Il n'a pas dépassé la haine de la société envers les lesbiennes pour aimer une autre personne comme lui.

Même si j'ai assez rarement, dans la vraie vie ou sur l'internet francophone[1], rencontré de personnes pour expliquer qu'une trans' restait forcément un homme et ne pouvait pas être lesbienne, j'ai quand même souvent vu l'idée qu'une trans' lesbienne était hétérosexuelle avant sa transition et conservait naturellement son attirance pour les femmes sans vraiment rencontrer de «problème».

Je ne doute pas que cela puisse être le cas pour certaines personnes, mais ce n'est pas mon vécu.

En effet, dans ma prime jeunesse, j'étais attirée par les femmes, ce qui faisait donc techniquement de moi un garçon hétérosexuel ; si l'on compare par rapport à maintenant, où je suis lesbienne, on pourrait considérer que tout est allé facilement et que non seulement mon orientation sexuelle est restée relativement constante au cours de ma vie mais aussi qu'elle n'a jamais été «découragée».

Pourtant, quelques années avant de transitionner, j'ai commencé à me sentir un peu obligée d'être attirée par les garçons. Je pourrais le formuler d'une autre manière, en disant que j'ai pu exprimer une attirance latente ou quelque chose comme ça, mais a posteriori j'ai le sentiment que je me suis quand même gentiment un peu forcée à le faire. Ce qui est assez drôle puisque je n'exprimais pas de désir de transition à l'époque. J'imagine que c'est dû à une volonté de m'écarter du «vrai mec» sans être encore capable d'assumer ce que ça voulait dire pour moi (ou peut-être au fait que j'avais beaucoup de mal à envisager de me servir de ma bite de manière traditionnelle pour un «mec» dans une relation hétérosexuelle, et qu'il était encore plus facile pour moi d'imaginer être passive dans une relation avec un mec que d'être dans une relation avec une fille sans pénétration pénienne) .

Cela colle à peu près au moment où j'ai commencé, sinon à militer activement, à être relativement proche du «milieu» LGBT. Le fait que je me sois plus ou moins sentie «LGBT» sans pour autant formuler à l'époque le fait d'être trans' (ni donc d'être lesbienne, puisque je me considérais encore vaguement comme garçon) a sans doute contribué à me faire estimer que je devais être, par élimination, gay ou bi.

Je ne veux pas dire par là que je n'ai ressenti du désir pour des mecs UNIQUEMENT parce que je me sentais «obligée» de le faire (je ne suis pas sûre que ça aurait marché) ; simplement, le fait est que j'ai ressenti que je DEVAIS être attirée par des hommes, et même si c'est à un moment où je ne m'identifiais pas formellement comme «elle» (quoique ça doit correspondre à la période où j'ai commencé à utiliser des pseudos féminins sur Internet), je pense que ce n'est pas sans lien avec une certaine intériorisation de la norme hétérosexuelle et de la lesbophobie.

Évidemment, cette pression a augmenté quand j'ai commencé ma transition. Non seulement il n'était pas concevable que je sorte à un psy que j'étais plutôt attirée par les femmes, mais cela ne se limitait pas à ça : exprimer une attirance pour tel ou tel acteur, tels joueurs de foot (oui, bon, hein) en compagnie des copines hétéros était une façon de faire «valider» mon genre féminin.

Je ne pense absolument pas que ces copines en question auraient arrêté de me considérer comme «elle» si j'avais dit que j'étais attirée par telle ou telle fille ; mais on vit dans un système hétérosexiste et il est facile d'intérioriser la norme pour «s'intégrer». En effet, la norme hétérosexuelle fait qu'on est aussi en partie définie comme homme ou femme si on est dans une relation avec une personne de l'autre genre. En ce sens, à un moment donné, vouloir être avec un mec, c'était aussi, d'une certaine manière, pouvoir me sentir «femme».

Mais l'intériorisation de l'hétérosexisme et de la lesbophobie sont allées plus loin que favoriser mon attirance pour les hommes : il s'agissait aussi de considérer une relation avec une femme comme impossible. Comment aurait-on pu coucher ensemble ? Si je n'avais aucun mal à imaginer que des lesbiennes, entre elles, puissent coucher ensemble et faire plein de choses, je n'arrivais pas vraiment à me projeter dans une telle relation. Le fait que j'étais trans', sans envie de me faire opérer, compliquait encore les choses : comment une lesbienne pourrait-elle vouloir toucher une bite bio ? Comment est-ce que j'aurais pu me dire lesbienne en n'étant pas, justement, dégoutée moi-même par cette bite ? Et bien sur, vouloir être avec une fille jetait des doutes supplémentaires sur le bien-fondé de ma transition, qui n'avait pourtant pas besoin de ça pour être suspecte.

Bizarrement, ce qui m'a poussée au final à franchir le pas et à me définir lesbienne n'est pas tant l'aspect sexualité que le reste, que ce soit d'une part dans une idée de lutte féministe mais aussi d'autre part dans une certaine expression de genre, parce qu'en un sens, «les lesbiennes ne sont pas des femmes», et qu'être lesbienne était à un moment donné une façon d'échapper au modèle de «la femme» qui s'imposait plus ou moins à moi depuis que j'avais quitté la catégorie «homme». Et puis bien sûr, côtoyer des groupes de lesbiennes féministes m'a aussi permis de lever une bonne partie de la lesbophobie que j'avais pu intérioriser.

Bref, aujourd'hui tout va relativement bien, en tout cas pour ce qui est de me définir[2] (pour ce qui est de pratiques concrètes, après, c'est autre chose), mais tout ça pour dire que s'assumer comme lesbienne quand on est trans' n'est pas forcément aussi évident que ça peut le paraître à première vue (en tout cas pour moi ça ne l'a pas été, après il y a sans doute des personnes pour qui ça a été complètement différent).

Notes

[1] En anglais, par contre...

[2] Enfin, sauf dans les moments où je pense que je vais détransitionner pour devenir pédé, évidemment.

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