Vernis & Sécateur

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mardi, décembre 21 2010

Révolution avec un vampire (partie 1)

Comme annoncée dans le billet précédent, voici la première partie de Révolution avec un vampire, une nouvelle qui date un peu mais que je n'ai jamais publiée, légèrement inspirée comme son nom l'indique d'Entretien avec un vampire, d'Anne Rice, mais quand même d'assez loin...


1

« Alors, vous voulez que je vous raconte l’histoire de ma vie ? »

John dévisage son interlocutrice ; il semble un peu intimidé. Puis il sort un magnétophone numérique et le pose sur la table.

« Oui. Ça me semblerait intéressant. Surtout dans la période actuelle.

— Vous êtes journaliste, c’est ça ?

— Je travaille pour le New York Worker. »

La jeune femme — ou en tout cas, elle paraît jeune — hoche la tête. Elle connaît le journal, de nom.

« Vous aurez assez de batterie ? demande-t-elle. J’ai peur qu’on n’ait pas de courant avant un jour ou deux. »

John acquiesce. La seule chose qui l’ennuie, c’est l’absence de lumière dans l’appartement ; ainsi que l’absence de chauffage, surtout que les vitres des deux fenêtres de la pièce ont été brisées. Sur un mur et au plafond, des impacts de balles donnent un indice sur la façon dont elles l’ont été.

« Vous m’avez suivie ici, hein ? demande la femme.

— Oui. Je suppose qu’on peut dire ça. Vous aviez l’air... fascinante, dans l’assemblée. Vous vivez ici ?

— Non. C’est juste pour ce soir. On commence ?

— D’accord.

— D’abord, je suis une vampire. »

John incline la tête.

« Oui. Je m’en doutais.

— Je commence par cette partie ? Comment j’en suis devenue une ?

— Comme vous voulez.

— Tout a commencé en 2120. J’étais plus jeune que vous ne l’êtes. J’étais déjà une femme, à l’époque. »

John fronce les sourcils, intrigué par la formulation de la phrase.

« Comment ça, déjà une femme ?

— La transformation en vampire a été ma deuxième... révolution personnelle. »

2

Cette seconde transformation, celle qui m’a vue passer du côté des créatures de la nuit, a eu lieu deux ans après la première.

Je suis née de sexe masculin. Je ne me suis jamais sentie bien comme un garçon. J’ai commencé à me travestir assez tôt, sauf que « travestir » n’est pas le bon terme, parce que pour moi, c’était m’habiller normalement. Les changements sérieux ont commencé à vingt-et-un ans, quand je me suis procurée des hormones et que j’ai abandonné le prénom que m’avaient donné mes parents pour « Léna ».

En 2120, cela faisait deux ans. Cette époque n’est pas le passage le plus agréable de mon existence. Dans l’impossibilité de trouver un emploi normal, j’étais plus ou moins forcée de me prostituer. J’avais vécu à Paris même, à un moment, mais j’avais été exclue de la ville et inscrite sur la liste noire à cause de ça. La prostitution n’était pas bien vue, ici. Ce n’est qu’il y a quelques mois que j’ai pu à nouveau mettre les pieds dans la capitale.

3

« Je vais peut-être trop vite ? demande la jeune femme, voyant que son interlocuteur a l’air de ne pas suivre.

— C’est juste... il était possible de vous exclure d’une ville ?

— Ah, c’est vrai, vous êtes américain. Ça ne fonctionne pas pareil, là-bas. C’est un pays vampiriste, c’est ça ?

— Oui. Mourir pour en nourrir un est vu comme un honneur. Et comme une chance : c’est la possibilité d’en devenir un à son tour.

— Le rêve américain... Ce n’est pas vu comme ça en Europe. Depuis que les vampires ont commencé à apparaître, ils ont toujours été chassés. Les grandes villes se sont protégées en se fermant à l’extérieur. Elles ont construit de grandes murailles et ont mis des postes à l’entrée pour empêcher les morts-vivants d’y pénétrer. Ensuite, il n’a pas fallu longtemps pour se rendre compte qu’il n’y avait pas que les buveurs de sang qu’on pouvait bannir de cette manière : les délinquants, les criminels, les traîtres... Pour les prostituées, ça variait beaucoup d’une ville à l’autre. »

4

Après mon exclusion de Paris, j’avais dû me réfugier en banlieue. C’était un vrai désert, le far-west. Il y avait tous les exclus, les marginaux. La plupart des immeubles étaient vétustes, peu avaient l’électricité. Je vivais dans un appartement pas très différent de celui dans lequel on se trouve actuellement, mais c’était en permanence. Et je n’étais pas une vampire, à l’époque. J’avais froid.

Je me suis faite agresser à de nombreuses reprises, verbalement et physiquement. C’était dur.

Le pire, c’était d’avoir à me prostituer. Pas l’acte sexuel en lui-même, finalement, mais les heures et les heures passées à me geler, la nuit, sous les neiges et les tempêtes, avec ma mini-jupe pour attirer les clients.

Un soir, un homme bien sapé est venu me voir. Il avait l’air un peu bourgeois. Ce n’était pas si rare, en fait : beaucoup de types sortaient de la capitale fortifiée pour aller voir des putes. Je pense que les femmes et les amis d’un paquet d’entre eux auraient été étonnés de ce qu’ils me demandaient de faire avec ce que j’avais encore entre les jambes, vous voyez ce que je veux dire ?

Celui-là m’a amenée à côté d’une station de métro en ruine, avant de me faire monter des escaliers métalliques vers une vieille usine désaffectée depuis longtemps.

J’avais déjà couché avec un client là-bas, parce qu’il n’y avait personne, d’ordinaire. La seule fois où j’avais vu du monde, c’est quand un groupe punk industriel était venu faire un concert devant cinquante personnes.

La seule fois... avec ce soir en question : à l’intérieur de l’usine, il y avait une trentaine de personnes. La majorité était des hommes, mais il y avait aussi quelques femmes. J’ai commencé à flipper, évidemment, mais au départ je pensais que ça allait être sexuel.

J’ai réalisé que je me trompais quand je les ai vus sourire, parce que les humains n’ont pas des dents comme ça.

C’est à ce moment que j’ai vu avec horreur qu’il y avait déjà deux cadavres par terre. Je me suis mise à crier, j’ai essayé de me débattre, mais l’homme qui m’avait amenée m’a bloqué les bras. Un autre homme — enfin, un vampire — s’est approché de moi et m’a giflée pour me faire taire. Je me suis mise à sangloter tandis qu’il déchirait mon haut, exposant ma poitrine. Elle n’était pas très généreuse, mais il a quand même mordu dedans.

5

« Les vampires mordent vraiment ? demande John. J’ai toujours cru que c’était une légende.

— Vous avez raison. Les dents... bon, disons que ça fonctionne quand il n’y a rien d’autre. La plupart du temps, un scalpel ou une seringue sont plus pratiques. Ça laisse moins de marques et on en... on en perd moins.

— C’est bien ce qu’il me semblait.

— Les traditionalistes, par contre, refusent d’utiliser autre chose. Ils considèrent qu’il n’y a pas autant d’osmose avec sa proie, que ce n’est pas aussi sauvage. »

6

Je paniquais, évidemment. J’essayais de donner des coups de coude, de pied, mais l’homme qui me bloquait avait une telle force que ça ne servait à rien. Mon énergie vitale me quittait par la blessure que j’avais à la poitrine. Il y avait du sang partout sur mes vêtements, je le sentais couler, chaud et gluant, le long de mon ventre et de mes jambes. L’homme qui m’avait mordue en avait avalé une partie et un de ses camarades léchait ce qui coulait.

Une femme s’est approchée de moi par le côté et m’a pris le poignet gauche. Elle m’a mordue à son tour et a commencé à avaler le flux qui sortait de la coupure. À ce moment là, celui qui me tenait a planté ses dents dans mon cou. C’est là que j’ai réalisé que j’allais mourir. Avant, je pouvais encore me persuader qu’ils se contenteraient de me prélever un peu de sang, mais le cou, c’était fini.

J’ai perdu conscience relativement rapidement, mais ça a été bizarre. J’étais horrifiée, j’avais mal, je pleurais, mais il y avait aussi une sorte de plaisir, de soulagement. Une fois que j’ai su que j’allais mourir, que je m’y suis résignée, vous comprenez ?

7

John hoche la tête. Il sort une cigarette de son manteau et la met dans sa bouche.

« Vous permettez ? demande-t-il.

— Bien sûr. Allez-y. »

Il allume sa cigarette. Inspire une bouffée de tabac. La souffle.

En face de lui, la jeune femme a arrêté de parler. Elle cherche ses mots, ou peut-être hésite-t-elle sur ce qu’elle doit dire.

« Ce que vous dites sur le plaisir, dit John. J’ai vu ce témoignage de la part de beaucoup de personnes, même si la plupart n’étaient pas allées aussi... loin... que vous. C’est souvent comparé à un orgasme.

— Je dirais plutôt que je planais. Mais c’est peut-être aussi parce que j’avais perdu beaucoup de sang.

— Et ensuite ? Vous vous êtes réveillée ?

— Oui. J’ai fait partie de la fraction qui se relève. Il n’y en a pas beaucoup.

— Ça dépend de quoi ?

— Je crois que personne n’en sait trop rien. La plupart du temps, les victimes de vampires meurent. Parfois, certains... sont des non-morts. On sait comment éviter ça — la décapitation ou le pieu dans le cœur — mais c’est à peu près toute l’étendue de nos connaissances. Des miennes, en tout cas.

— Et votre réveil ? Il a été comment ? »

8

Douloureux.

Extrêmement douloureux.

Si j’avais pu hurler, je l’aurais fait, mais je n’arrivais pas à bouger le moindre muscle. C’est souvent le cas : il y a une période de quelques minutes pendant lequel le cerveau doit s’habituer au changement. Ce n’est pas un moment agréable, croyez-moi. C’était l’enfer, sauf que j’étais toujours dans mon corps.

Petit à petit, la douleur s’est atténuée et j’ai pu ouvrir les yeux. Je gisais par terre, maculée de sang. J’entendais mes agresseurs, mais je ne les voyais pas. Ils semblaient être dans la pièce voisine, ou peut-être à l’étage. Ils parlaient dans une langue que je ne comprenais pas. Peut-être du latin, quelque chose comme ça. C’était un de ces groupes de vampires vieux jeu.

Je suis parvenue à bouger à nouveau et j’ai essayé de me relever, remerciant le Ciel d’être encore en vie ; même si je n’y avais jamais cru.

J’espérais pouvoir m’enfuir discrètement et aller trouver de l’aide. Même dans une ville sans foi ni loi, ce n’était jamais totalement impossible de tomber sur un type honnête qui vous filerait un coup de main dans la perspective de pouvoir abuser de vous par la suite.

Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Je me suis écroulée par terre, lamentablement. Je n’arrivais pas à contrôler précisément mes mouvements. Je ne sentais rien dans mes doigts.

Là, j’ai réalisé avec horreur que j’étais devenue une zombie.

9

John fait tomber sa cendre dans un gobelet en plastique, tout en regardant la jeune femme qui se trouve en face de lui. Même s’il la distingue mal dans l’obscurité, il la trouve belle.

« Vous ne ressemblez pas à une zombie.

— Il n’y pas vraiment de différence entre vampire et zombie. Mis à part peut-être les goûts culinaires : certains se contentent du sang, d’autres mangent aussi les organes. Pour certaines personnes, c’est une différence de classe.

— De classe ?

— Les vampires sont les morts-vivants bourgeois ; ou aristocrates, c’est selon. Les zombies sont les prolétaires.

— Vous préférez que je vous appelle « zombie » ? » demande John.

La mort-vivante sourit et secoue la tête.

« Je m’en fiche. Pour moi, c’est juste deux mots pour dire la même chose. Mais à ce moment là, je craignais d’être devenue une caricature de zombie sans cerveau, incapable de marcher correctement. En réalité, c’était juste une conséquence de l’adaptation à mon nouveau corps. Il ne faut que quelques minutes pour réapprendre à bouger ses membres, mais plusieurs jours pour le faire aussi précisément qu’avant. »

10

J’ai finalement réussi à me relever à peu près et à boitiller vers la sortie. J’espérais ne pas avoir fait trop de bruit, que les vampires ne m’auraient pas remarquée.

Quand je suis arrivée à l’air libre, me préparant à l’épreuve délicate qui consistait à descendre les escaliers, je me suis retrouvée nez à nez avec une vingtaine de types en uniforme noir. Ils étaient armés de mitraillettes et portaient un brassard blanc à l’épaule, avec une croix rouge dessus.

Quand je dis une croix rouge, je ne sais pas si c’est clair. Ce n’était pas la croix rouge de la Croix Rouge, vous voyez ? C’était celle des templiers.

Malgré ça, même si j’avais déjà entendu parler de ce genre de groupe fanatique et qu’ils ne m’inspiraient pas trop confiance, j’ai cru qu’ils allaient m’aider.

C’était oublier ma nouvelle condition.

« C’est l’une d’entre eux ! » a hurlé le chef.

Ils ont commencé à tirer.

De manière étonnante, dès que je l’ai entendu parler, j’ai compris que ça allait mal tourner et j’ai eu un semblant de réflexe ; le seul problème c’est que, je vous le rappelle, je ne maîtrisais pas vraiment mon corps.

Dans l’idéal, si j’avais été un de ces vampires à l’agilité d’un chat, j’aurais sauté au-dessus de la rampe et me serais rétablie impeccablement quatre mètres plus bas. Là, j’avais plutôt l’agilité d’un chat à qui on aurait coupé les moustaches. J’ai essayé de passer par dessus mais j’ai foiré mon coup et les types ont commencé à me canarder.

Le mauvais côté, c’est que ça a achevé de me démolir. Le bon coté, c’est que le recul a suffi à finir de me faire basculer et que j’ai pu m’enfuir comme ça. Plus ou moins.

La suite, sur le coup, je ne l’ai pas trop comprise, parce que j’ai fermé les yeux, vaguement senti un choc qui aurait dû me tordre de douleur et entendu un tonnerre de tous les diables ; quand j’ai rouvert les yeux, un peu après, il faisait sombre.

C’est plus tard que j’ai réalisé que j’étais tombée sur une bouche d’aération de métro, que l’impact — aidé par la rouille — avait fait s’écrouler la grille et que j’avais terminé ma chute une dizaine de mètres plus bas.

Sur le coup, j’étais surtout K.O.

Quand j’ai un peu repris mes esprits, j’avais mal, il y avait des coups de feu au-dessus de moi et j’ai réalisé que, plus près, trois personnes avaient des armes pointées vers moi.

« Ça va, a fait une voix derrière eux. Je m’en occupe, on s’en tient au plan prévu. »

Ils sont repartis en courant dans le couloir et une femme s’est agenouillée à côté de moi.

« Ngrk », ai-je gargouillé.

Elle m’a regardée dans les yeux et j’ai pu voir qu’elle n’en avait qu’un de valide. L’autre était tout simplement blanc. C’était étrange, parce qu’il semblait quand même regarder quelque chose. Je pense que c’était à cause de sa façon de bouger, comme s’il suivait quelque chose que personne ne pouvait voir.

« Ngrk aussi, a-t-elle dit. Tu permets que je regarde tes quenottes ? »

Elle a introduit ses doigts sous mes lèvres et a hoché la tête en connaisseuse.

« Elles sont petites, mais ça m’a l’air de dents de mort-vivant. Mort-vivante toute fraîche, je dirais. Tu as de la chance, tu sais ? »

Je n’ai rien essayé de répondre. Je n’étais pas persuadée de partager son point de vue. Elle a semblé s’en rendre compte.

« D’accord, ce n’est peut-être pas ce que tu te dis pour le moment. Mais disons que t’as de la chance de m’être tombée dessus. Littéralement, en plus. Bouge pas, d’accord ? »

J’ai obéi. Je n’aurais rien pu faire d’autre, de toutes façons. L’essentiel de mes os avaient dû être brisés pendant la chute et j’étais déjà à moitié morte avant.

Elle est revenue, une trousse à pharmacie à la main. Elle a sorti un scalpel et une pince.

« C’est comme dans les westerns, a-t-elle dit. Il faut que je te retire les balles. »

11

« Je peux vous poser une question ? » demande John.

La mort-vivante hoche la tête et se lève.

« Allez-y. Vous voulez quelque chose à boire ? »

Le journaliste la suit du regard tandis qu’elle se dirige vers la cuisine. Il semble hésiter.

« Il y a quoi ? demande-t-il.

— De l’eau. Si ça n’a pas été coupé aussi.

— Ça fera l’affaire, je suppose.

— C’était quoi, votre question ? demande la jeune femme en revenant avec deux verres à la main.

— Je croyais que vos blessures guérissaient seules. Il faut quand même que vous retiriez les balles ?

— Normalement, non. Mais ceux qui sont confrontés à des vampires et ont les moyens utilisent des munitions en argent. Elles neutralisent nos pouvoirs et nous sont toxiques. Là, il fallait enlever celles qui n’étaient pas ressorties. »

12

La femme a commencé par se couper au poignet avec le scalpel et m’a fait boire une quantité importante de sang. Je me suis remise à planer. Le sang a cet effet-là sur nous, quand on le prend en grande quantité. Vampires, zombies, pas de différence : nous sommes tous des junkies.

Ça m’a servi d’anesthésiant, sur le coup, et je n’ai presque pas senti quand elle m’a retiré la demi-douzaine de balles qui s’étaient réparties à différents endroits de mon organisme. Mes synapses n’avaient pas non plus dû finir de se reconnecter après ma transformation post-mortem, ce qui, au moins pour la douleur, a été un soulagement. Les fois suivantes où j’ai dû me faire retirer des projectiles, ça a été plus douloureux.

Ensuite, elle m’a soutenue et m’a aidée à me lever. J’ai alors réalisé qu’il y avait un train blindé sur les rails du métro. C’était une vision surprenante, surtout que j’étais presque sûre que le tunnel était bouché un peu plus loin. Il y avait deux wagons en plus de la locomotive. L’engin était impressionnant.

Elle m’a conduite à l’intérieur et m’a fait m’asseoir sur un siège métallique. Je me suis dit que j’allais mettre du sang partout et que ça allait tacher. Vu ma situation, ce n’était pas forcément le problème le plus prioritaire, mais on ne contrôle pas vraiment le fil de ses pensées.

Une fois assise, j’ai regardé un peu la décoration. C’était un beau foutoir, il y avait des sacs et des armes un peu partout. Quelques écrans étaient disposés sur le mur et montraient des images prises par des caméras situées à l’avant, à l’arrière et sur les côtés du train. À côté d’elles, il y avait une affiche politique qui disait :

« Qu’ils soient vampires ou humains.... contre tous les oppresseurs ! »

En dessous, il y avait une étoile rouge et noire et les lettres « CS5I ». Je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait bien vouloir dire, à ce moment.

« Bon sang, qui êtes-vous ? ai-je demandé.

— Moi ? Je m’appelle Éléonore Trotsky. Ce soir, je suis un peu une Valkyrie.

— Hein ?

— Je relève les camarades morts au combat et les envoie combattre pour le Ragnarok, a-t-elle expliqué. Ou pour le Grand Soir, en fait. Et toi ? C’est quoi, ton nom ?

— Léna.

— J’aime bien. »

Comme elle me dévisageait un peu, ce qui était un peu flippant à cause de son œil mort, j’ai cru qu’elle se demandait si j’étais une femme biologique ou pas, et je me suis sentie obligée de me justifier. Je n’aimais jamais ça, mais avec les clients, c’était nécessaire : si un de ces types payait pour me baiser et réalisait en baissant ma culotte que j’avais un pénis, il risquait de s’énerver et c’était dangereux.

« Léna, ce n’est pas vraiment mon vrai nom... quand je suis née...

— Je me moque de ce que tu as été, a coupé Éléonore. Ou même de ce que tu es. Ce qui compte, c’est ce que tu fais. Et puis, » a-t-elle ajouté en souriant, « tu crois vraiment que Trotsky, c’est mon vrai nom ? »

mardi, novembre 30 2010

Noir & Blanc (Roman)

Depuis que j'ai fait une légère refonte de mon site «littéraire», Rêveries, j'essaie de remettre en ligne des écrits relativement anciens tout en les relisant un peu avant afin d'éviter de mettre des trucs que je trouverais vraiment trop pourries maintenant.

Dans cette optique relativement laborieuse, j'ai le plaisir de vous annoncer que Noir & Blanc est à nouveau disponible.

Pour sa première enquête sur un meurtre, Mélanie est servie.

Non seulement son amie (ou était-ce ennemie ?) d'enfance est apparemment impliquée dans cette sombre histoire, mais en plus il ne s'agit jpas d'un évènement isolé.

Mais le plus gênant, c'est que «Lumière Blanche», secte vouée à l'élimination des démons et autres créatures maudites, a décidé de reprendre l'affaire en main pour faire le ménage.

Son enquête va mener Mélanie plus loin qu'elle ne l'aurait pensé et qu'elle ne l'aurait voulu.

Plutôt une novella (à mi-chemin, niveau taille, entre le roman et la nouvelle) qu'un véritable roman, Noir & Blanc est basé sur le tout premier texte que j'avais écrit, il y a maintenant pratiquement dix ans, et qui était à l'époque une longue nouvelle que j'avais écrite dans l'univers du jeu de rôle In Nomine Satanis/Magna Veritas.

Vous pouvez télécharger tout ça sur le site Rêveries, ou si vous avez la flemme :

lundi, septembre 6 2010

Sortie du roman de fantasy «Pas tout à fait des hommes»

(Copié/collé depuis Rêveries.info)

J'ai le plaisir de vous annoncer que Pas tout à fait des hommes est enfin disponible en version papier et peut être commandé sur ILV Édition au prix de 15€ (il est, par ailleurs, évidemment toujours téléchargeable gratuitement sur ce site) et devrait rapidement pouvoir être acheté sur d'autres sites de vente par correspondance ou commandé en librairie.

Du coup, pour me la jouer vaguement professionnelle, voici un pseudo-communiqué que vous pouvez faire circuler si vous en avez l'envie :


Sortie du roman «Pas tout à fait des hommes», d'Élisabeth Henry.

«Pas tout à fait des hommes», le premier roman publié d'Élisabeth Henry, est disponible dès maintenant.

Se situant dans un univers médiéval fantastique, ce roman raconte l'histoire de l'elfe Kalia qui, après sa rencontre avec la voleuse démoniaque Axelle, va voir sa vie chamboulée et devra composer avec, en vrac, des orcs révolutionnaires, un vampire schizophrène, une épée sacrée, une prophétie obscure et une multitude d'autres choses potentiellement mortelles.

«Pas tout à fait des hommes» est disponible à la vente et peut notamment être commandé sur le site de l'éditeur, ILV Édition, au prix de 15 euros. Une version électronique est également téléchargeable gratuitement.

Élisabeth Henry est née en 1983 et vit actuellement à Lille. Pour son premier roman publié en auto-édition, elle mêle humour, aventure et amour lesbien sur fond de complots et de révolution.

Liens :

Contact: Élisabeth Henry - elly at reveries.info

samedi, août 21 2010

Le test de Rorschach

Voilà un texte que j'ai écrit rapidement et un peu pour «délirer» , entre trois et cinq heures du matin, et qui doit quand même être le troisième texte que j'écris où une trans va voir un psy. Il faudrait que je me renouvelle un peu.


La jeune femme ouvrit d’un geste timide la porte du psychiatre et s’installa en face sur le siège en face de lui.

« Hum, bonjour », fit-elle pour attirer son attention.

Il était effectivement en train de fouiller de façon agitée dans un tas de papiers et n’avait pas semblé se rendre compte de la présence de sa patiente.

« Un instant, madame...

— Dupond.

— Dupond », répéta le psychiatre en fouillant dans la pile de papiers. « Dupond, Dupond, Dupond, Dupond... Ah ! Dupond ! »

Il se tourna d’un air satisfait vers la jeune femme, lui montrant fièrement qu’il avait retrouvé son dossier.

Elle lui rendit son sourire par politesse. Visiblement, ce psy-là semblait encore plus à côté de ses pompes que les autres qu’elle avait eu l’occasion de croiser. Au moins, il avait l’air souriant et était plutôt sexy, avec ses rouflaquettes et son costume bleu. Un peu maigrichon, peut-être.

« Alys Dupond, lut le médecin.

— C’est moi, fit la jeune femme. Et vous êtes le docteur... ?

— Le docteur... répéta le psychiatre. Voyons, vous venez pour... « Dysphorie de genre ». C’est quoi, ça ? Dysphorie de genre ?

— C’est le nom médical pour la transsexualité.

— Oh !

— En fait, il faudrait que vous me signez un papier pour autoriser mon opération.

— D’accord. »

Alys sourit. Au moins, ce psy-là était cool.

« C’est bon ? demanda-t-elle. Vous êtes d’accord ?

— On va faire un test avant, quand même ? Allons, je suis sûr que je les ai vus par là... Ah ! Voilà ! »

Le psychiatre brandit triomphalement une série de planches et les tendit à sa patiente.

« C’est le test de Rorschach ? constata-t-elle. Vous allez vous baser là-dessus pour autoriser mon opération ou pas ? Tout le monde sait que c’est du flan !

— Il a de jolis images, répondit le docteur avec un air bête. J’aime bien les images. Vous voyez quoi ? »

Alys soupira et examina la première planche.

« On dirait une sorte de créature venue d’une autre dimension.

— Vraiment ? demanda le psychiatre en jouant avec le réglage de son fauteuil.

— Ou d’une autre planète, peut-être. Ensuite... Deux clones qui se tapent dans la main. Ou deux frères jumeaux. Sœurs jumelles. Deux personnages pareils, quoi. Rorschach_inkblots.jpg

— Hum-hum », répondit le docteur, qui avait entre temps abaissé le dossier de son fauteuil au maximum.

« Ensuite... Facile ! Deux sorcières transsexuelles ! »

Le psychiatre se redressa et fronça les sourcils, l'air étonné.

« Comment vous savez que ce sont des sorcières ?

— Le chaudron au milieu, montra Alys.

— Ah ! Oui ! Brillant ! fit-il avec un grand sourire.

— Ensuite, un vaisseau spatial rudimentaire. Et puis, un gros papillon. »

Alys reposait l’une après l’autre les planches qu’elle avait déjà examinées sur le bureau.

« Vous êtes sûre que ce n’est pas aussi une créature extra-terrestre ? suggéra le psychiatre.

— Peut-être, admit la jeune femme. Ça expliquerait pourquoi il tient deux fusils.

— Probablement. Vous voulez quel genre d’opération, exactement ?

— Ça ne vous regarde pas », rétorqua Alys sur un ton sec, avant de réaliser qu’elle parlait au psychiatre qui devait décider si, oui ou non, elle aurait droit à cette opération.

« Oh, fit le docteur. Désolé.

— La suivante, reprit Alys, espérant changer de sujet. Je suppose que c’est une sorte de fissure. Une faille. Avec quelque chose qui en sort.

— Vraiment ? demanda le psychiatre en attrapant la planche à son tour. Moi ce que je vois, c’est plutôt...

— Quoi ? demanda la jeune femme.

— Un... enfin... », fit le psychiatre, l’air embarrassé, avant de secouer la tête en grimaçant. « Non, ce n’est pas important. Continuez.

— Des dents. Avec des canines vraiment bizarres. Et la suivante... Hum, je dirais deux mondes qui se chevauchent. Deux mondes parallèles, en quelque sorte. Vous voyez ? »

Le docteur examina la planche et fit une grimace qui voulait sans doute dire non. En tout cas, c’est l’interprétation qu’Alys en fit.

« Vous devez avoir raison.

— Ensuite... Un peu la même chose, sauf que cette fois-ci ils se rentrent dedans. Comme si des bouts d’un monde passaient dans l’autre. Chaque monde étant identique à l’autre, mais en même temps différents.

— Oh, ça, fit le psychiatre sur un ton léger. Ça doit être parce que l’hôpital est bâtie sur une fissure dans le temps et l’espace.

— Vraiment ? demanda Alys.

— Ouais, fit le docteur en faisant tourner son fauteuil. Pas forcément hyper malin de la part des architectes, si vous voulez mon avis. Et cette dernière planche ? »

La jeune femme l’examina un instant, puis fronça les sourcils.

« L’explosion du vortex du temps.

— Quoi ? s’exclama le docteur en lui arrachant la planche des mains. Ce n’est pas possible. Le vortex du temps, c’est quelque chose de solide, de costaud. Il ne peut pas exploser comme ça ! »

Alys haussa les épaules.

« Ce n’est pas de ma faute. C’est ce que je vois.

— C’est mauvais, répondit le psychiatre en chaussant ses lunettes avec un air préoccupé. C’est très, très mauvais.

— Vous êtes vraiment psy ? demanda Alys alors qu’il sortait de la poche intérieur de sa veste un engin bizarre de la taille d’un gros stylo.

— Je suis le Docteur, répondit-il en brandissant devant lui son engin qui faisait maintenant des bruits étranges. Et je crois que nous devrions courir. »


Quelques remarques pour conclure : j'espère que ceux et celles qui connaissent l'auront compris et que ce n'est pas trop obscur pour celles et ceux qui ne connaissent pas, mais le Docteur est supposé être celui de Doctor Who - c'est à dire effectivement pas un psychiatre, mais un Seigneur du Temps.

Je ne pense pas faire de ce texte une vraie nouvelle complète, parce que je ne suis pas très «fanfiction», mais l'idée était évidemment que tout ce qu'Alys voit se produise ensuite.

Bref, je sais pas comment ça rend pour les lecteurs/ices, mais en tout cas moi ça m'a amusée de l'écrire.

mercredi, août 11 2010

Mes personnages ont une mauvaise influence sur moi (partie 1)

J'avais un peu envie de reparler de choses plus lié à l'écriture sur ce blog, vu que j'ai moins pris le temps d'y mettre des (extraits de) nouvelles depuis le lancement d'Enfants de Mars et de Vénus. J'avais notamment envie d'aborder le sujet de mon rapport à mes personnages, à la fois de manière générale, et aussi en particulier en prenant quelques personnages en exemple.

D'abord, je pense qu'il y a un postulat qui me semble partagé par beaucoup de gens, c'est que la plupart des auteur·e·s mettent une part d'eux·elles même dans leurs personnages ; parfois de manière directe et évidente, et parfois de manière plus détournée (par exemple avec un personnage qui peut être l'antithèse de l'auteur·e mais qui de fait reflète aussi ce qu'est l'auteur·e).

Évidemment, c'est un truc que je fais aussi (comme, je suppose, à peu près tou·te·s les personnes qui créent des personnages de fiction), à la fois de façon consciente et inconsciente. Et du coup, le fait de mettre des trucs de manière un peu inconsciente, sans me rendre compte que ça correspond à un truc qui m'est propre, ça fait que des fois des personnages peuvent avancer des choses bien avant que moi je n'ose le formuler.

Et du coup je trouve que dans mon cas (c'est à dire en tant que gouine trans qui écrivait des fictions avant de me rendre compte que j'étais gouine ou trans) c'est intéressant de lier ça à la thématique placard, parce que je me rends compte qu'à la fois pour ce qui est du placard gouine ou du placard trans, mes personnages étaient «out» bien plus tôt que moi.

L'exemple le plus flagrant de ça c'est sans doute Alys, qui est un personnage qui a pas mal évolué mais dont j'ai globalement eu l'idée à l'origine en 2004 et qui a pris à peu près la forme qu'on lui connaît actuellement (c'est-à-dire celle d'une transgirl blonde avec rangers (aux lacets rouges) et bas résille, avec un côté que je qualifierais de «pseudo-sorcière bourrine»), quoique avec une orthographe légèrement différente (à l'époque c'était «Alysse») début 2006.

Ce qui est intéressant, c'est qu'à cette époque là, même si je commençais à poser le mot «trans» pour parler de moi, j'étais encore complètement dans le placard et je ne pensais pas vraiment que je ferais une transition un jour.

Un an plus tard, j'avais à peu près le même look que mon personnage (en tout cas quand je le pouvais), sauf pour la couleur des cheveux et la taille XXL, et ça m'a amenée des fois à plaisanter en disant qu'elle avait eu une mauvaise influence sur moi.

Évidemment c'est plutôt que j'avais osé mettre dans de la fiction ce que je n'osais pas encore affirmer dans la vie réelle, et écrire des textes avec Alys m'a sans doute aidée à m'affirmer, ou en tout cas à imaginer que ça pouvait être possible. À un moment elle était clairement pour moi un modèle positif de meuf trans que je n'avais pas vraiment réussi à trouver ailleurs dans la fiction.

Mon seul regret, c'est que du coup je n'ai jamais osé[1] prendre pour moi le prénom que je lui avais filé, alors que je l'aimais bien. Mais bon, Ellie c'est pas si mal non plus, finalement.

Notes

[1] J'ai toujours eu peur que commencer à me faire appeler pareil qu'un personnage (important) qui figurait dans ce que j'écrivais, ne m'entraine forcément dans une sorte de confusion entre réel et réalité où je croirais vivre dans mes propres fantasmes. On peut se dire que je n'ai pas une grande confiance dans ma santé mentale, mais le pire c'est que des fois je me demande si ce n'est pas déjà le cas...

mercredi, juin 16 2010

Pour celles que ça intéresse : mes projets littéraires en cours

Voilà un billet un peu auto-centré, mais en même temps je sais qu'il y a des personnes qui sont intéressées par mes textes de fiction...

Donc voilà les quelques projets en cours sur lesquels je travaille plus ou moins en ce moment...

Enfants de Mars et de Vénus

Ce roman est toujours en cours de publication sous forme de feuilleton sur le site Enfants de Mars et de Vénus, avec maintenant 13 16 épisodes de publiés et les trois quatre premiers chapitres de complets (que vous pouvez par exemple télécharger d'un coup sur cette page).

Par ailleurs le travail de réécriture/relecture (suivant les chapitres) que je fais en amont de la publication avance plutôt bien (à l'heure actuelle j'ai quatre chapitres d'avance) et je commence à croire que je vais pouvoir éliminer la plus grande partie des grosses incohérences. Du coup comme ça se passe bien, j'ai décidé de passer à deux épisodes par semaine : un le lundi, et un le jeudi (bon en pratique c'était souvent plutôt dans la nuit du lundi au mardi).

Sinon, s'il y a des gens qui connaissent un éditeur qui accepterait ce genre de bouquins et qui ne serait pas rebuté par le fait qu'il ait d'abord été publié sur Internet, je ne suis pas désinteressée...

Ignominieuses Travelottes

Bon, ce n'est plus vraiment un projet en cours, mais j'en profite pour faire le bilan et constaté qu'il y a eu une bonne centaine de téléchargements de la version PDF et une vingtaine d'exemplaires papiers de distribués à prix libre, ce qui n'est pas si mal vu le nombre de lieu de diffusion limité (c'est-à-dire, le centre LGBT de Lille).

Bref, ça m'a plutôt motivée sur l'expérience de fanzinat et je réfléchis un peu à quelle suite donner à ça.

Pas tout à fait des hommes

J'avais un peu laissé tomber ma relecture de ce roman de fantasy qui commence à dater un peu maintenant, mais j'ai finalement relancé un peu la machine et ce n'est pas impossible que j'essaie de l'auto-éditer pour que ce soit possible de le commander en version papier. En attendant vous pouvez lire le texte intégral (qui n'intègre pas encore les modifications de ma dernière relecture, mais bon...) en PDF ou en HTML.

Hell B!tches

Et enfin, un petit projet qui est pour le coup encore vraiment à l'état de conception (mais qui reprendrait un extrait de nouvelle qui avait été publié ici il y a quelques temps) et qui consisterait à une forme de série de nouvelles, basée sur le principe d'une série télé avec des épisodes plus ou moins indépendants, mettant en scène un gang de gouines surnaturelles méchantes.

Voilà, j'espère que vous n'aurez pas trouvé ce billet trop emmerdant, mais tout ça pour dire que ce n'est pas parce qu'il n'y a plus beaucoup de nouvelles publiées sur ce blog que je ne fous plus rien côté écriture...

samedi, février 20 2010

Teaser

mars_venus.png

Voilà, ce petit teaser à la pertinence douteuse pour dire que, ça y est, je me suis décidée à publier Enfants de Mars et de Vénus sous forme de feuilleton en ligne avec un épisode hebdomadaire, sur le site http://enfants-terribles.net (j'ai hésité à prendre l'adresse www.mars-venus.net, mais je me suis dit que j'aurais tous les fans de John Gray et que ça allait me gaver).

Je vais peut-être regretter (parce que c'est quand même un engagement), mais en attendant ça me motivera sûrement à me booster un peu.

Le premier épisode sera donc publié le 8 mars, et ensuite ce sera tous les lundis. En attendant je devrais mettre un peu de contenu «bonus» si j'ai pas trop la flemme.

Voilà pour l'instant, je remettrai sans doute un peu plus d'infos d'ici quelques jours.

mercredi, février 3 2010

Vampires & Loups-garous, ou : un peu de féminisme post-moderne

Bon, vous l'aurez peut-être remarqué, les vampires sont assez à la mode ces derniers temps, qu'il s'agisse du film Twilight, de la série télé True blood ou de tous les bouquins sur les vampires qu'on peut trouver à la Fnac.

Vous l'aurez peut-être remarqué aussi, mais je suis quand même un peu une fashion-victim (et accessoirement que si j'étais hétéra ou pédé que je serais plutôt attirée par Spike), et du coup j'avais un peu commencé moi-même à écrire une nouvelle (ou, car c'était plus ambitieux, une série de nouvelles) avec des vampires, dont le tout début est lisible ici.

Vous l'aurez peut-être également remarqué en constatant que les images très jolies de plans cadrés uniquement sur les lèvres ensanglantées ne concernaient que les vampires de genre féminin ou que les trucs du genre «dictionnaire amoureux des vampires» érotisaient à 95% les vampires femmes, le traitement des vampires n'est pas exactement dépourvu de sexisme.

Du coup ça me questionne un peu sur moi comment j'ai envie de traiter ça. De fait j'ai déjà eu plusieurs personnages vampiriques dans des textes, mais je me dis que les placer dans des univers contemporain pose les questions de façon un peu différente.

Ce qui me semble intéressant avec les vampires, c'est que l'acte du «buvage de sang» a souvent été très liée avec la sexualité, et notamment avec l'homosexualité, qu'il s'agisse des scènes lesbiennes de Carmilla ou de la relation entre Louis et Lestat dans Entretien avec un Vampire. Ça a souvent aussi été associée à l'idée de tabou et de désir subversif et pas acceptable par la société, ce qui pour moi peut aussi servir de métaphores à des pratiques BDSM ou considérées anormales ou «extrêmes».

Un autre aspect que je trouve intéressant c'est la notion de consentement et de responsabilité. Les vampires sont souvent présentés comme étant complètement rongés par le désir et incontrôlables, et du coup pas vraiment responsables de leurs actes. Quelque part si on se fait mordre parce qu'un vampire n'a pas pu résister à votre décolleté et au battement de votre coeur, c'est que vous l'avez un peu cherché. J'avoue que ce genre de portrait du vampire me questionne, surtout quand par ailleurs c'est dur de ne pas voir une analogie avec la justification des violences commises par des hommes : c'est la faute à la testostérone, ils ont été provoqués, le désir est incontrôlable, etc. Du coup le fait de présenter ce «désir incontrôlable» du vampire comme parfaitement naturel et une hypothèse de base non discutable de l'univers de fiction me pose problème.

Du coup c'est là-dessus que j'aurais envie de travailler dans mon univers à moi, même si j'avoue que je ne sais pas encore exactement sur quelles bases. Par ailleurs je trouve qu'il y aurait aussi un parallèle à faire entre le paradigme apparu dans certaines oeuvres récentes du vampire acceptable par la société tant qu'il ne boit pas de sang humain, et par exemple les homos accepté·e·s tant qu'ils et elles ne font pas trop folles ou trop gouines, les trans accepté·e·s tant qu'on les prend pour des cisgenres, ou encore des immigré·e·s qu'on tolère à condition qu'ils·elles oublient leur culture d'origine.

Concernant les loups-garous, j'ai un peu moins de réflexion, même s'il y a certains thèmes qu'il me semble qu'on retrouve en commun avec les vampires, notamment concernant l'aspect «incontrôlable», même si le loup-garou de base va plutôt être violent que sensuel. Par ailleurs, le loup-garou qui peut garder une conscience humaine le reste du temps va être plus prompt à soit regretter ses actes (mais avec la logique que, quand même, il n'est pas vraiment responsable), soit vivre complètement une double vie.

Un autre thème qui me semble abordé dans les oeuvres de fiction récentes c'est la question de la meute et des rapports de domination/soumission, non pas cette fois-ci dans un style BDSM mais comme un mode de fonctionnement naturel.

Bizarrement, il me semble qu'il y a moins de sexualisation de loups et de louves garous, alors que perso j'aurais tendance à trouver que le fait de pouvoir se retrouver à mi chemin entre humain et animal, avec plein de poils, des griffes et tout ça, peut donner des idées de butch-garou assez... hum, je m'égare... De fait, il me semble qu'il y a, à part dans quelques utilisations des changements à la pleine lune comme métaphore des règles, beaucoup moins d'imagerie de louves-garous qu'il ne peut y en avoir de femmes vampires. À croire que la butchitude est vue par les mecs hétéros comme moins sexy que des visages super féminins et parfaitements lisses.

Voilà, ça peut paraître un billet un peu décousu et hors-sujet, mais je trouvais intéressant pour une fois de ne pas partager uniquement la version complète et rédigée d'un texte de fiction, mais aussi les réflexions préliminaires sur la construction de l'univers. Autant j'admets complètement utiliser les vampires, les loups-garous et autres créatures surnaturelles avant tout comme une façon d'apporter quelque chose d'un peu fun, de, osons le dire, exotique et sexy, mais aussi (ça c'est mon côté flemmarde) pour rendre le côté «pas spécialement réaliste» plus claire dès le départ ; autant je pense que c'est quand même important de se questionner un peu sur les choses qu'on reproduit dans des textes de fictions, et de savoir si on veut les reproduire ou pas, plutôt que de se servir de la fiction surnaturelle pour, au final, «naturaliser» des comportements[1].

Notes

[1] Pour reprendre un exemple évoqué plus haut, le fait de dire «ben oui, dans mon univers les vampires sont incontrôlables et donc pas responsables, je dis pas que c'est pareil pour les humains mais dans mon univers c'est comme ça», ou dans un autre cadre de dire «ben oui, dans la Fantasy il y a des races bien clairement séparées, dont certaines sont par essences mauvaises et maléfiques, mais rien à voir avec le racisme dans le vrai monde» me paraissent pour le moins un peu facile et une façon de se dédouaner de sa responsabilité sous couvert de fiction.

samedi, décembre 12 2009

Extrait de nouvelle : Rouge

Un petit extrait d'une nouvelle en cours, qui reprend la thématique des vampires, puisque c'est à la mode. Le personnage principal ressemble pas mal à Lev ; c'est pas uniquement parce que j'aime le recyclage de perso en changeant juste le nom, mais aussi parce qu'au départ j'avais une idée d'un ensemble de nouvelles l'impliquant avec un gang de nanas[1], et que finalement je me suis rendue compte que ça rendait mieux de placer ça dans un univers fantastique/fantasy.


« Tu es sûre que tu veux venir ? » m’a demandée Sandy pour la quinzième fois, alors qu’on marchait dans une rue silencieuse.

Je me suis retenue de grogner. Ça ne lui plaisait manifestement pas que je l’accompagne à son petit meeting. Je ne savais pas trop si c’était par honte de moi ou parce qu’elle avait peur qu’en tant que simple mortelle je me fasse déchiqueter par un loup-garou ou un vampire.

À la réflexion, c’était peut-être un peu des deux.

Là, par une nuit sans lune, sous la seule lumière de l’éclairage public, Sandy ressemblait à une fille ordinaire. Cheveux châtains et longs, pantalon moulant, bottes montantes et manteau long. L’ensemble était noir, la couleur de reconnaissance des surnats. Je n’avais jamais trop su si c’était une question de style ou si c’était pour pouvoir se déplacer dans la nuit sans se faire repérer.

Les nuits de pleine lune, Sandy était en général différente. Plus poilue, pour commencer.

Ma copine était une louve-garou, même si on pouvait avoir tendance à l’oublier une bonne partie du mois. C’était aussi une gouine, et c’était comme ça qu’on s’était rencontrées.

Moi, j’étais pour le coup une fille on ne peut plus ordinaire. Une nat, comme on les appelait maintenant, comme diminutif de « naturelle », en opposition aux diverses créatures surnaturelles. C’était un terme que certaines personnes trouvaient problématique, parce qu’il revenait à poser un groupe comme « normaux » et l’autre comme... ben, autre. Quelques surnats utilisaient le mot infra, mais il était jugée insultants pour les pauvres humains normaux, qui ne voyaient par contre pas ce qu’il y avait d’insultant à se considérer comme seuls représentants de l’humanité et de la normalité.

Perso, ça m’amusait toujours qu’on me dise que j’étais naturelle. Comme si je vivais dans une petite cabane en forêt, ou je ne sais trop quoi, alors que je bossais toute la journée dans un garage et que je me nourrissais quasiment exclusivement de nourriture industrielle.

Quant à normale, n’en parlons même pas.

« Tu sais, a repris Sandy, il y a peu de chances pour qu’il y ait beaucoup de sauvages, mais je voudrais quand même que tu fasses un peu gaffe à ce que tu dis. »

Les sauvages, c’était comme ça qu’on appelait les surnats qui rejetaient leur humanité et préféraient, disons, chasser en forêt pour les loups-garous, et chasser en ville pour les vampires.

Du coup, d’un point de vue étymologique les sauvages étaient un peu à l’exact opposé des naturels, ce que j’avais toujours trouvé débile.

« Ça va, ai-je dit. Je ne vais insulter personne. Et j’ai pris mon crucifix pour éloigner les vampires qui voudraient me percer la carotide.

— Ceux qui sont là-bas ne boivent pas de sang humain. Seulement, Bull, sans vouloir te vexer, des fois, t’as un peu tendance à faire des gaffes.

— Ne t’en fais pas, ai-je répliqué. Avec un peu de chance, personne ne réalisera que je suis une nat. »

Après tout, j’étais tout en noir, moi aussi. Et en cuir : le blouson, les gants, le pantalon et les bottes. J’avais bien le look pour entrer dans ce genre de soirées, après tout.

Et dans les clubs de bikers, accessoirement.

Quand on est arrivée devant la salle, où des gens commençaient à entrer, la première chose que j’ai remarqué, c’est d’ailleurs la Harley-Davidson qui était garée un peu à côté de la porte.

« Waow, ai-je fait à Sandy. Regarde-moi ça. »

Ma copine a grogné en me voyant me diriger vers la moto d’un air hypnotisé.

« Purée, j’ai dit. Le dernier modèle Nighster.

— Bull, a fait Sandy. Il faut qu’on y aille.

— Arrête, regarde-moi ce moteur. Mille deux cents centimètres cubes, c’est quand même autre chose que ma pauvre 125.

— Bull ! » a-t-elle grogné en me tirant par le bras, et j’ai réalisé alors qu’elle jetait des coups d’œil pas très à l’aise autour d’elle.

« Putain, qu’est-ce qu’il y a ?

— C’est la bécane d’une suceuse, m’a-t-elle expliqué.

— Une suceuse ? Tu veux dire, une hétérosexuelle ? »

Elle a levé les yeux au ciel, en essayant toujours de m’éloigner de la moto. Je me disais bien que c’était pas ça. Ça faisait plus bécane de gouine que d’hétéra, quand même.

« Suceuse de sang. Une des vampires qui boit du sang humain et qui en est fière. Je ne comprends pas qu’on la laisse venir à ce genre d’évènements. On essaye de montrer qu’on n’est pas dangereux et... »

Elle s’est tue, et s’est immobilisée également un instant. J’ai cherché ce qu’elle regardait, et mes yeux se sont fixés sur une grande nana aux cheveux roux qui nous regardait en souriant.

J’étais hypnotisée par ses deux canines supérieures qu’elle découvrait légèrement. C’était la première fois que je voyais des dents de vampires. D’habitude, ils les cachaient.

« C’est elle ? ai-je demandé alors qu’elle recommençait à me traîner vers l’entrée.

— Oui. On y va. »

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la vampire, qui regardait Sandy essayait de m’éloigner d’elle. Elle devait trouver ça drôle.

« Hé ! Suceuse de sang ! ai-je soudainement crié dans sa direction. Jolie bécane ! »

Sandy m’a jeté un regard horrifié et m’a tirée plus fort. Je crois que c’était le genre de gaffes que j’avais promis de ne pas faire ce soir.


Je sais pas ce que je trouve le plus flippant : m'engager sur encore un autre projet de nouvelles alors que je n'arrive pas à avancer mes projets en cours, ou de réaliser que c'est le premier extrait depuis.... ouh, longtemps, qui ne contient aucune trans[2], ou encore de constater que les textes que j'écrits sont à 95% influencés par les séries que je regarde[3].

Notes

[1] Qui s'appelle provisoirement les Hell Butches, mais si quelqu'une a un meilleur nom, je suis preneuse.

[2] Et encore, le passage sur les termes surnats et nats est tout de même une métaphore pas très subtile sur l'ineptie du terme bio.

[3] En ce moment, c'est Buffy et Sons of Anarchy, d'où les vampires en Harley. Heureusement que je n'ai pas vu Twilight.

dimanche, novembre 29 2009

Refonte du site Reveries.info

Pour information, après des années à l'avoir laissé un peu à l'abandon, j'ai changé le site consacré à mes écrits de fiction, Rêveries,en le passant notamment sous Dotclear avant de passer au Web 2.0 et tout le tintouin.

Du coup je pense que la plupart de mes extraits de romans, nouvelles, etc. seront à l'avenir plutôt diffusés là-bas, exception faite des textes qui abordent des thématiques en lien avec ce blog (c'est-à-dire qui parlent de rangers et/ou de transidentité, de lesbianisme, de féminisme, etcaetera.).

Encore que, on verra, je ne suis pas encore très fixée.

Par ailleurs, suite à des remarques de certaines personnes, je tiens à préciser certaines choses :

  • Si vous voulez télécharger des versions définitives de mes textes de fiction, je vous recommande vraiment d'aller chercher sur Rêveries plutôt qu'ici, puisque quand il y a correction je mets à jour les fichier là-bas mais rarement les billets que j'ai postés sur ce blog.
  • S'il y a des liens morts (c'est-à-dire, des erreurs 404), ça peut être sympa de me les signaler, parce que dans tout le fatras je ne doute pas avoir commis quelques pintaderies.
  • Un certain nombre d'anciens textes apparaissent encore avec «Fred Nera» en tant qu'auteure ; c'est le pseudonyme que j'utilisais il y a un certain temps et qui est donc toujours présent sur les textes que je n'ai pas modifiés depuis.
  • Même si je n'ai pas pris le temps de relire tout ce que j'avais écrit, je pense qu'un certain nombre de vieux textes peuvent, par ailleurs, ne pas être terrible sur certains sujets. J'ai tendance à les y laisser quand même[1], mais disons que sur les thématiques de genre, de féminisme et tout ça je recommande plutôt les textes récents, même si j'ai toujours vachement de mal à assumer politiquement mes textes de fiction.

Notes

[1] Même si actuellement, à cause de la transition (du site, pas de la mienne), ils ne sont pas si évidents à trouver.

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