Rangers & Bas résille

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mercredi, juin 16 2010

Pour celles que ça intéresse : mes projets littéraires en cours

Voilà un billet un peu auto-centré, mais en même temps je sais qu'il y a des personnes qui sont intéressées par mes textes de fiction...

Donc voilà les quelques projets en cours sur lesquels je travaille plus ou moins en ce moment...

Enfants de Mars et de Vénus

Ce roman est toujours en cours de publication sous forme de feuilleton sur le site Enfants de Mars et de Vénus, avec maintenant 13 16 épisodes de publiés et les trois quatre premiers chapitres de complets (que vous pouvez par exemple télécharger d'un coup sur cette page).

Par ailleurs le travail de réécriture/relecture (suivant les chapitres) que je fais en amont de la publication avance plutôt bien (à l'heure actuelle j'ai quatre chapitres d'avance) et je commence à croire que je vais pouvoir éliminer la plus grande partie des grosses incohérences. Du coup comme ça se passe bien, j'ai décidé de passer à deux épisodes par semaine : un le lundi, et un le jeudi (bon en pratique c'était souvent plutôt dans la nuit du lundi au mardi).

Sinon, s'il y a des gens qui connaissent un éditeur qui accepterait ce genre de bouquins et qui ne serait pas rebuté par le fait qu'il ait d'abord été publié sur Internet, je ne suis pas désinteressée...

Ignominieuses Travelottes

Bon, ce n'est plus vraiment un projet en cours, mais j'en profite pour faire le bilan et constaté qu'il y a eu une bonne centaine de téléchargements de la version PDF et une vingtaine d'exemplaires papiers de distribués à prix libre, ce qui n'est pas si mal vu le nombre de lieu de diffusion limité (c'est-à-dire, le centre LGBT de Lille).

Bref, ça m'a plutôt motivée sur l'expérience de fanzinat et je réfléchis un peu à quelle suite donner à ça.

Pas tout à fait des hommes

J'avais un peu laissé tomber ma relecture de ce roman de fantasy qui commence à dater un peu maintenant, mais j'ai finalement relancé un peu la machine et ce n'est pas impossible que j'essaie de l'auto-éditer pour que ce soit possible de le commander en version papier. En attendant vous pouvez lire le texte intégral (qui n'intègre pas encore les modifications de ma dernière relecture, mais bon...) en PDF ou en HTML.

Hell B!tches

Et enfin, un petit projet qui est pour le coup encore vraiment à l'état de conception (mais qui reprendrait un extrait de nouvelle qui avait été publié ici il y a quelques temps) et qui consisterait à une forme de série de nouvelles, basée sur le principe d'une série télé avec des épisodes plus ou moins indépendants, mettant en scène un gang de gouines surnaturelles méchantes.

Voilà, j'espère que vous n'aurez pas trouvé ce billet trop emmerdant, mais tout ça pour dire que ce n'est pas parce qu'il n'y a plus beaucoup de nouvelles publiées sur ce blog que je ne fous plus rien côté écriture...

samedi, février 20 2010

Teaser

mars_venus.png

Voilà, ce petit teaser à la pertinence douteuse pour dire que, ça y est, je me suis décidée à publier Enfants de Mars et de Vénus sous forme de feuilleton en ligne avec un épisode hebdomadaire, sur le site http://enfants-terribles.net (j'ai hésité à prendre l'adresse www.mars-venus.net, mais je me suis dit que j'aurais tous les fans de John Gray et que ça allait me gaver).

Je vais peut-être regretter (parce que c'est quand même un engagement), mais en attendant ça me motivera sûrement à me booster un peu.

Le premier épisode sera donc publié le 8 mars, et ensuite ce sera tous les lundis. En attendant je devrais mettre un peu de contenu «bonus» si j'ai pas trop la flemme.

Voilà pour l'instant, je remettrai sans doute un peu plus d'infos d'ici quelques jours.

mercredi, février 3 2010

Vampires & Loups-garous, ou : un peu de féminisme post-moderne

Bon, vous l'aurez peut-être remarqué, les vampires sont assez à la mode ces derniers temps, qu'il s'agisse du film Twilight, de la série télé True blood ou de tous les bouquins sur les vampires qu'on peut trouver à la Fnac.

Vous l'aurez peut-être remarqué aussi, mais je suis quand même un peu une fashion-victim (et accessoirement que si j'étais hétéra ou pédé que je serais plutôt attirée par Spike), et du coup j'avais un peu commencé moi-même à écrire une nouvelle (ou, car c'était plus ambitieux, une série de nouvelles) avec des vampires, dont le tout début est lisible ici.

Vous l'aurez peut-être également remarqué en constatant que les images très jolies de plans cadrés uniquement sur les lèvres ensanglantées ne concernaient que les vampires de genre féminin ou que les trucs du genre «dictionnaire amoureux des vampires» érotisaient à 95% les vampires femmes, le traitement des vampires n'est pas exactement dépourvu de sexisme.

Du coup ça me questionne un peu sur moi comment j'ai envie de traiter ça. De fait j'ai déjà eu plusieurs personnages vampiriques dans des textes, mais je me dis que les placer dans des univers contemporain pose les questions de façon un peu différente.

Ce qui me semble intéressant avec les vampires, c'est que l'acte du «buvage de sang» a souvent été très liée avec la sexualité, et notamment avec l'homosexualité, qu'il s'agisse des scènes lesbiennes de Carmilla ou de la relation entre Louis et Lestat dans Entretien avec un Vampire. Ça a souvent aussi été associée à l'idée de tabou et de désir subversif et pas acceptable par la société, ce qui pour moi peut aussi servir de métaphores à des pratiques BDSM ou considérées anormales ou «extrêmes».

Un autre aspect que je trouve intéressant c'est la notion de consentement et de responsabilité. Les vampires sont souvent présentés comme étant complètement rongés par le désir et incontrôlables, et du coup pas vraiment responsables de leurs actes. Quelque part si on se fait mordre parce qu'un vampire n'a pas pu résister à votre décolleté et au battement de votre coeur, c'est que vous l'avez un peu cherché. J'avoue que ce genre de portrait du vampire me questionne, surtout quand par ailleurs c'est dur de ne pas voir une analogie avec la justification des violences commises par des hommes : c'est la faute à la testostérone, ils ont été provoqués, le désir est incontrôlable, etc. Du coup le fait de présenter ce «désir incontrôlable» du vampire comme parfaitement naturel et une hypothèse de base non discutable de l'univers de fiction me pose problème.

Du coup c'est là-dessus que j'aurais envie de travailler dans mon univers à moi, même si j'avoue que je ne sais pas encore exactement sur quelles bases. Par ailleurs je trouve qu'il y aurait aussi un parallèle à faire entre le paradigme apparu dans certaines oeuvres récentes du vampire acceptable par la société tant qu'il ne boit pas de sang humain, et par exemple les homos accepté·e·s tant qu'ils et elles ne font pas trop folles ou trop gouines, les trans accepté·e·s tant qu'on les prend pour des cisgenres, ou encore des immigré·e·s qu'on tolère à condition qu'ils·elles oublient leur culture d'origine.

Concernant les loups-garous, j'ai un peu moins de réflexion, même s'il y a certains thèmes qu'il me semble qu'on retrouve en commun avec les vampires, notamment concernant l'aspect «incontrôlable», même si le loup-garou de base va plutôt être violent que sensuel. Par ailleurs, le loup-garou qui peut garder une conscience humaine le reste du temps va être plus prompt à soit regretter ses actes (mais avec la logique que, quand même, il n'est pas vraiment responsable), soit vivre complètement une double vie.

Un autre thème qui me semble abordé dans les oeuvres de fiction récentes c'est la question de la meute et des rapports de domination/soumission, non pas cette fois-ci dans un style BDSM mais comme un mode de fonctionnement naturel.

Bizarrement, il me semble qu'il y a moins de sexualisation de loups et de louves garous, alors que perso j'aurais tendance à trouver que le fait de pouvoir se retrouver à mi chemin entre humain et animal, avec plein de poils, des griffes et tout ça, peut donner des idées de butch-garou assez... hum, je m'égare... De fait, il me semble qu'il y a, à part dans quelques utilisations des changements à la pleine lune comme métaphore des règles, beaucoup moins d'imagerie de louves-garous qu'il ne peut y en avoir de femmes vampires. À croire que la butchitude est vue par les mecs hétéros comme moins sexy que des visages super féminins et parfaitements lisses.

Voilà, ça peut paraître un billet un peu décousu et hors-sujet, mais je trouvais intéressant pour une fois de ne pas partager uniquement la version complète et rédigée d'un texte de fiction, mais aussi les réflexions préliminaires sur la construction de l'univers. Autant j'admets complètement utiliser les vampires, les loups-garous et autres créatures surnaturelles avant tout comme une façon d'apporter quelque chose d'un peu fun, de, osons le dire, exotique et sexy, mais aussi (ça c'est mon côté flemmarde) pour rendre le côté «pas spécialement réaliste» plus claire dès le départ ; autant je pense que c'est quand même important de se questionner un peu sur les choses qu'on reproduit dans des textes de fictions, et de savoir si on veut les reproduire ou pas, plutôt que de se servir de la fiction surnaturelle pour, au final, «naturaliser» des comportements[1].

Notes

[1] Pour reprendre un exemple évoqué plus haut, le fait de dire «ben oui, dans mon univers les vampires sont incontrôlables et donc pas responsables, je dis pas que c'est pareil pour les humains mais dans mon univers c'est comme ça», ou dans un autre cadre de dire «ben oui, dans la Fantasy il y a des races bien clairement séparées, dont certaines sont par essences mauvaises et maléfiques, mais rien à voir avec le racisme dans le vrai monde» me paraissent pour le moins un peu facile et une façon de se dédouaner de sa responsabilité sous couvert de fiction.

samedi, décembre 12 2009

Extrait de nouvelle : Rouge

Un petit extrait d'une nouvelle en cours, qui reprend la thématique des vampires, puisque c'est à la mode. Le personnage principal ressemble pas mal à Lev ; c'est pas uniquement parce que j'aime le recyclage de perso en changeant juste le nom, mais aussi parce qu'au départ j'avais une idée d'un ensemble de nouvelles l'impliquant avec un gang de nanas[1], et que finalement je me suis rendue compte que ça rendait mieux de placer ça dans un univers fantastique/fantasy.


« Tu es sûre que tu veux venir ? » m’a demandée Sandy pour la quinzième fois, alors qu’on marchait dans une rue silencieuse.

Je me suis retenue de grogner. Ça ne lui plaisait manifestement pas que je l’accompagne à son petit meeting. Je ne savais pas trop si c’était par honte de moi ou parce qu’elle avait peur qu’en tant que simple mortelle je me fasse déchiqueter par un loup-garou ou un vampire.

À la réflexion, c’était peut-être un peu des deux.

Là, par une nuit sans lune, sous la seule lumière de l’éclairage public, Sandy ressemblait à une fille ordinaire. Cheveux châtains et longs, pantalon moulant, bottes montantes et manteau long. L’ensemble était noir, la couleur de reconnaissance des surnats. Je n’avais jamais trop su si c’était une question de style ou si c’était pour pouvoir se déplacer dans la nuit sans se faire repérer.

Les nuits de pleine lune, Sandy était en général différente. Plus poilue, pour commencer.

Ma copine était une louve-garou, même si on pouvait avoir tendance à l’oublier une bonne partie du mois. C’était aussi une gouine, et c’était comme ça qu’on s’était rencontrées.

Moi, j’étais pour le coup une fille on ne peut plus ordinaire. Une nat, comme on les appelait maintenant, comme diminutif de « naturelle », en opposition aux diverses créatures surnaturelles. C’était un terme que certaines personnes trouvaient problématique, parce qu’il revenait à poser un groupe comme « normaux » et l’autre comme... ben, autre. Quelques surnats utilisaient le mot infra, mais il était jugée insultants pour les pauvres humains normaux, qui ne voyaient par contre pas ce qu’il y avait d’insultant à se considérer comme seuls représentants de l’humanité et de la normalité.

Perso, ça m’amusait toujours qu’on me dise que j’étais naturelle. Comme si je vivais dans une petite cabane en forêt, ou je ne sais trop quoi, alors que je bossais toute la journée dans un garage et que je me nourrissais quasiment exclusivement de nourriture industrielle.

Quant à normale, n’en parlons même pas.

« Tu sais, a repris Sandy, il y a peu de chances pour qu’il y ait beaucoup de sauvages, mais je voudrais quand même que tu fasses un peu gaffe à ce que tu dis. »

Les sauvages, c’était comme ça qu’on appelait les surnats qui rejetaient leur humanité et préféraient, disons, chasser en forêt pour les loups-garous, et chasser en ville pour les vampires.

Du coup, d’un point de vue étymologique les sauvages étaient un peu à l’exact opposé des naturels, ce que j’avais toujours trouvé débile.

« Ça va, ai-je dit. Je ne vais insulter personne. Et j’ai pris mon crucifix pour éloigner les vampires qui voudraient me percer la carotide.

— Ceux qui sont là-bas ne boivent pas de sang humain. Seulement, Bull, sans vouloir te vexer, des fois, t’as un peu tendance à faire des gaffes.

— Ne t’en fais pas, ai-je répliqué. Avec un peu de chance, personne ne réalisera que je suis une nat. »

Après tout, j’étais tout en noir, moi aussi. Et en cuir : le blouson, les gants, le pantalon et les bottes. J’avais bien le look pour entrer dans ce genre de soirées, après tout.

Et dans les clubs de bikers, accessoirement.

Quand on est arrivée devant la salle, où des gens commençaient à entrer, la première chose que j’ai remarqué, c’est d’ailleurs la Harley-Davidson qui était garée un peu à côté de la porte.

« Waow, ai-je fait à Sandy. Regarde-moi ça. »

Ma copine a grogné en me voyant me diriger vers la moto d’un air hypnotisé.

« Purée, j’ai dit. Le dernier modèle Nighster.

— Bull, a fait Sandy. Il faut qu’on y aille.

— Arrête, regarde-moi ce moteur. Mille deux cents centimètres cubes, c’est quand même autre chose que ma pauvre 125.

— Bull ! » a-t-elle grogné en me tirant par le bras, et j’ai réalisé alors qu’elle jetait des coups d’œil pas très à l’aise autour d’elle.

« Putain, qu’est-ce qu’il y a ?

— C’est la bécane d’une suceuse, m’a-t-elle expliqué.

— Une suceuse ? Tu veux dire, une hétérosexuelle ? »

Elle a levé les yeux au ciel, en essayant toujours de m’éloigner de la moto. Je me disais bien que c’était pas ça. Ça faisait plus bécane de gouine que d’hétéra, quand même.

« Suceuse de sang. Une des vampires qui boit du sang humain et qui en est fière. Je ne comprends pas qu’on la laisse venir à ce genre d’évènements. On essaye de montrer qu’on n’est pas dangereux et... »

Elle s’est tue, et s’est immobilisée également un instant. J’ai cherché ce qu’elle regardait, et mes yeux se sont fixés sur une grande nana aux cheveux roux qui nous regardait en souriant.

J’étais hypnotisée par ses deux canines supérieures qu’elle découvrait légèrement. C’était la première fois que je voyais des dents de vampires. D’habitude, ils les cachaient.

« C’est elle ? ai-je demandé alors qu’elle recommençait à me traîner vers l’entrée.

— Oui. On y va. »

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la vampire, qui regardait Sandy essayait de m’éloigner d’elle. Elle devait trouver ça drôle.

« Hé ! Suceuse de sang ! ai-je soudainement crié dans sa direction. Jolie bécane ! »

Sandy m’a jeté un regard horrifié et m’a tirée plus fort. Je crois que c’était le genre de gaffes que j’avais promis de ne pas faire ce soir.


Je sais pas ce que je trouve le plus flippant : m'engager sur encore un autre projet de nouvelles alors que je n'arrive pas à avancer mes projets en cours, ou de réaliser que c'est le premier extrait depuis.... ouh, longtemps, qui ne contient aucune trans[2], ou encore de constater que les textes que j'écrits sont à 95% influencés par les séries que je regarde[3].

Notes

[1] Qui s'appelle provisoirement les Hell Butches, mais si quelqu'une a un meilleur nom, je suis preneuse.

[2] Et encore, le passage sur les termes surnats et nats est tout de même une métaphore pas très subtile sur l'ineptie du terme bio.

[3] En ce moment, c'est Buffy et Sons of Anarchy, d'où les vampires en Harley. Heureusement que je n'ai pas vu Twilight.

dimanche, novembre 29 2009

Refonte du site Reveries.info

Pour information, après des années à l'avoir laissé un peu à l'abandon, j'ai changé le site consacré à mes écrits de fiction, Rêveries,en le passant notamment sous Dotclear avant de passer au Web 2.0 et tout le tintouin.

Du coup je pense que la plupart de mes extraits de romans, nouvelles, etc. seront à l'avenir plutôt diffusés là-bas, exception faite des textes qui abordent des thématiques en lien avec ce blog (c'est-à-dire qui parlent de rangers et/ou de transidentité, de lesbianisme, de féminisme, etcaetera.).

Encore que, on verra, je ne suis pas encore très fixée.

Par ailleurs, suite à des remarques de certaines personnes, je tiens à préciser certaines choses :

  • Si vous voulez télécharger des versions définitives de mes textes de fiction, je vous recommande vraiment d'aller chercher sur Rêveries plutôt qu'ici, puisque quand il y a correction je mets à jour les fichier là-bas mais rarement les billets que j'ai postés sur ce blog.
  • S'il y a des liens morts (c'est-à-dire, des erreurs 404), ça peut être sympa de me les signaler, parce que dans tout le fatras je ne doute pas avoir commis quelques pintaderies.
  • Un certain nombre d'anciens textes apparaissent encore avec «Fred Nera» en tant qu'auteure ; c'est le pseudonyme que j'utilisais il y a un certain temps et qui est donc toujours présent sur les textes que je n'ai pas modifiés depuis.
  • Même si je n'ai pas pris le temps de relire tout ce que j'avais écrit, je pense qu'un certain nombre de vieux textes peuvent, par ailleurs, ne pas être terrible sur certains sujets. J'ai tendance à les y laisser quand même[1], mais disons que sur les thématiques de genre, de féminisme et tout ça je recommande plutôt les textes récents, même si j'ai toujours vachement de mal à assumer politiquement mes textes de fiction.

Notes

[1] Même si actuellement, à cause de la transition (du site, pas de la mienne), ils ne sont pas si évidents à trouver.

samedi, novembre 21 2009

Teaser : Tendrement dialectique

Comme promis, un teaser débile sur le matérialisme dialectique, après le post-modernisme.


Alys était en train de se maquiller avec concentration devant un gigantesque miroir. Elle avait déjà enfilé une robe de soirée et lissé consciencieusement ses longs cheveux blonds, et était actuellement occupée à se passer du mascara sur les cils.

« Le problème, avec la sorcellerie, a-t-elle commencé alors qu'elle me tournait toujours le dos, c'est que la plupart des gens qui en ont l'usage sont ancrés dans des conceptions complètement idéalistes. »

Elle s'est arrêtée de parler quelques instants alors qu'elle passait à la pose de son rouge à lèvres. Lorsqu'elle a eu fini, elle a repris la parole, tout en se passant du blush sur les joues.

« Ils croient que le pouvoir de la sorcellerie se situe dans les rêves et les fantasmes, sous le prétexte fallacieux que c'est là qu'elle est le plus spectaculaire. Ils s'imaginent pouvoir tout résoudre comme ça et en viennent à nier complètement la matérialité du monde réel.»

Elle s'est tournée vers moi et m'a regardée d'un air interrogateur.

« Je suis comment ? a-t-elle demandé.

- Pas mal, ai-je répondu. Cela dit, les chaussures, c'est pas encore trop ça. »

Elle a baissé la tête vers ses grosses bottes de paras et s'est assise sur un tabouret pour les enlever.

« Il n'y a qu'une seule possibilité pour une véritable sorcière, a-t-elle repris, si elle veut comprendre vraiment ce qu'elle fait plutôt que de tenter un dangereux aventurisme onirique. »

Elle a laissé tomber négligemment ses grosses godasses et a entrepris d'enfiler à la place des talons aiguille.

« Pour moi, il n'y a pas de doute, une sorcière digne de ce nom, se doit de maîtriser les rouages du matérialisme dialectique. »

Elle s'est levée et m'a à nouveau interrogée du regard. Je me suis approchée d'elle et ai légèrement soulevé sa robe, afin de remonter de quelques centimètres l'étui à pistolet qu'elle avait fixé contre la cuisse, histoire qu'on ne l'aperçoive pas lorsqu'elle marcherait.

« Ça va ? a-t-elle demandé.

- Tu ressembles à un loup déguisé en agneau. »

Elle a eut un petit sourire hautain.

« Bien sûr, a-t-elle dit. C'est dialectique. »


Bon d'accord, ça n'a pas beaucoup de sens, mais comme le passage précédent je l'avais écrit en étant un peu fatiguée après une discussion sur le post-modernisme et le matérialisme dialectique à laquelle, rappelons-le, je n'avais pas tout pané.

Et puis en plus c'est un teaser, et pour le coup les teasers c'est normal qu'on ne comprenne pas, c'est une copine qui me l'a dit.

Bref, ce coup-ci, contrairement avec le post-modernisme, je n'ai pas trouvé de moyen de retomber sur Buffy contre les vampires (j'ai cherché, pourtant), donc je ne vais pas vraiment parler de matérialisme dialectique.

À la place, je voudrais donc faire une sorte d'étude de marché concernant ce roman en cours : en fait, je commence à vraiment envisager de le publier en ligne en feuilleton (avec des petits épisodes posés régulièrement), histoire de donner un peu mieux que des extraits dans le désordre, et puis avec l'idée que ça me motiverait un peu plus à bosser dessus.

Du coup, ce que je me dis, c'est que je vois trois options :

  • le mettre ici, vu que j'ai déjà un blog ça m'évite de créer un autre endroit à mettre à jour. Le problème c'est que ça risque de «polluer» le reste et accessoirement de pas être super lisible (genre, si je lis un roman en ligne j'imagine que je pourrais trouver ça un peu relou d'avoir, au plein milieu d'une scène d'action, un tract des flamands roses ou une discussion sur comment cirer ses rangers) ;
  • créer un autre blog spécialement rien que pour ça, ce qui peut avoir ses avantages pour avoir un thème, une ambiance, un titre plus adapté[1]. D'un autre côté ça demande plus de boulot, et puis du coup y'aura peut-être moins de lect·eur·ice·s, et une fois que l'histoire est finie c'est un peu poubelle.
  • créer un autre blog, mais pour mettre tous les textes de fictions de manière plus large, tant qu'à faire. Du coup c'est un peu la solution bâtarde par rapport aux deux premières, avec certains avantages et inconvénients des deux (je vous laisse trouver lesquels).

Voilà, donc si vous avez un avis, ne vous gênez pas.

Par ailleurs j'hésite aussi sur le nom, genre «Enfants de Mars et de Vénus», y'a en fait une référence tordue que j'aime bien mais ça fait quand même un peu «Les butches viennent de Mars et les fems de Vénus» et du coup c'est pas vraiment ce que je veux renvoyer. Sinon je pensais à un truc du genre «Hystériques collectives», mais bof. Ou «The Good, The Butch, and The Tranny», mais il me manque un personnage, du coup.

En tout cas voilà, ce post est un peu inutile, mais c'est juste pour dire que si j'ai pas mis grand chose en vrais extraits de romans dernièrement, il devrait quand même y avoir du nouveau pour bientôt.

Notes

[1] Quoique Rangers & Bas résille ça irait aussi pour ça, c'est ça qui est bien avec mon côté monomaniaque.

vendredi, novembre 13 2009

Nouvelle : l'infiltrée

Comme c'est la seule nouvelle présente dans Ignominieuses Travelottes qui n'avait pas été publiée sur ce blog, voilà l'occasion de corriger cela. Et pour avoir l'ensemble en PDF, c'est ici.


Anne regarde d'un air dégoûté Léna, la trans qui dort encore à côté d'elle, sur le même lit. Elle se sent sale en pensant qu'elle lui a fait l'amour juste avant de s'endormir. Le gode-ceinture qu'elles ont utilisée traîne encore négligemment à côté du lit.

Anne a des nausées lorsqu'elle voit la preuve indéniable que la trans qui lui a menti sur ce qu'elle était.

Pourtant, leur relation avait bien commencé. Elle a rencontré Léna pour la première fois dans une manifestation, et plus exactement dans un cortège anarchiste. Elle se sont tout de suite appréciées mutuellement.

C'est quelque semaines plus tard, dans une soirée de soutien à des victimes de violence policière, qu'elles ont commencé à sortir ensemble. Et ce soir, elles ont fait l'amour pour la première fois. Ça partait bien : Léna était partante pour se servir d'un harnais, ce qui plaisait bien à Anne, vu que sa précédente partenaire avait toujours refusé. Et puis, avant de se déshabiller, Léna a demandé d'un air timide à sa partenaire si celle-ci était au courant qu'elle était trans.

Évidemment, Anne était au courant : son amie était une militante qui assumait plutôt ouvertement ce qu'elle était.

C'est après coup qu'Anne a réalisé la tromperie.

Et maintenant, elle a des nausées lorsqu'elle regarde la fesse droite de la personne avec qui elle vient de coucher ; et plus précisément, le tatouage qu'il y a dessus. Une faucille avec un marteau, et un «4» à l'intérieur, symbôle de la Quatrième Internationale.

Anne vient de coucher avec une putain de trotskyste.

Il y a vraiment de l'entrisme partout.

mardi, octobre 27 2009

Ignominieuses Travelottes

Ça y est, mon petit recueil «Do It Yourself» de nouvelles est sorti et porte le nom d'Ignominieuses Travelottes.

inglourious.png

Il contient les textes suivants, qui ont pour la grande majorité été publiés précédemment sur ce blog (même si certains ont pu subir quelques retouches cosmétiques, vous pouvez comparer si vous voulez) :

Tout ça prend la forme d'une petite brochure de 20 pages A5 que vous pourrez trouver à prix libre à l'infokiosque lors du festival Ô mots des Flamands Roses, dont le programme est disponible ici. Sinon, si vous n'êtes pas sur Lille, vous pouvez aussi le técharger en format PDF :

vendredi, octobre 2 2009

Nouvelle : Mais...

Un texte assez ancien, mais que je crois n'avoir jamais posté sur ce blog...


Il est vingt heures, et je suis au bar PMU d’un patelin paumé. Accoudée au bar, je mange un sandwich jambon-beurre en regardant distraitement la télé.

C’est le journal. Ça parle des résultats des matches de la coupe du monde.

« Ah », lance un des types à coté de moi, en m’envoyant un coup de coude dans les côtes. « On n’est pas folichons, cette année. »

Je ne mentionne pas le fait que je n’aime pas le foot, et que je n’ai absolument rien à carrer des résultats de notre équipe nationale. Il y a des endroits et des périodes où il vaut mieux éviter.

« Bah, renchérit un type rougeaud. Vu tous les noirs et les arabes qu’il y a, est-ce qu’on peut encore parler d’équipe de France ? »

Son voisin acquiesce avec la tête, l’air grave.

« Ouais. Attention, hein ? Je n’ai rien contre les immigrés, mais... »

Mais. Le mot qui veut tout dire. Lorsque quelqu’un commence par « je ne suis pas raciste » ou « je n’ai rien contre les noirs », on peut s’attendre au pire pour le reste de la phrase, parce qu’en général il y a un « mais ».

Là, ça n’y coupe pas. Les immigrés piquent les emplois des français de souche, explique le bonhomme.

Je baisse la tête, et je mange en silence, un peu honteuse. Je me trouve lâche, mais je n’ai pas envie de conflit. Pas ce soir. Pas ici.

À la télé, le sujet change, alors, par mimétisme, le sujet de conversation dans le PMU change aussi. Enfin, quand je dis changer, c’est une façon de parler, parce qu’il s’agit maintenant de parler des musulmans d’un aéroport interdits de travailler parce que soupçonnés d’être des islamistes. Il va sans dire que dans le bar, les commentaires nauséabonds continuent. Je vais aux toilettes, pas encore pour vomir, mais parce que ça me donnera quelques minutes de répit entre les remarques racistes.

Enfin, c’est ce que je crois, mais la porte des chiottes est pleine de graffitis anonymes encore pire que les commentaires à haute voix, du genre «Les arabes dehors », « À mort les bougnoules », je ne retranscris pas les fautes d’orthographe. Là, je ne vois pas de raison d’être lâche, et je m’en donne à coeur joie avec mon marqueur pour remplacer « arabes » et « bougnoules » par « fascistes » et « racistes ».

Quand je reviens devant ma bière, la télé parle d’une manifestation d’enseignants, et les fins commentateurs politiques du coin des privilèges de ces sales branleurs de fonctionnaires payés à ne rien faire.

Et puis, sans transition, le présentateur passe à la Gay Pride. Je hausse les épaules. Je trouve ça un peu nul de continuer à parler de « Gay Pride » alors que ça fait un bout de temps qu’on essaie de parler de Lesbiennes-Gays-Bi-Trans.

Mes voisins de comptoir, eux, parlent plutôt de « pédés ». Et puis rapidement de « pédophiles ». Quelqu’un lance un :

« J’ai des amis homos, mais... »

Le « j’ai des amis », c’est le même principe que « je n’ai rien contre » : un certain nombre de personnes voient ça comme une sorte de caution qui dédouanerait de tous les propos à gerber tenus dans le reste de la phrase.

« Le pire, c’est les travelos. Au moins, les homos qui font ça chez eux, discrètement... »

Et ça continue, dans la même veine. Ces types sont des champions. Ils confondent tout, ils mélangent tout, mais ils parlent comme s’ils étaient les plus au courants. Selon leur logique, les transsexuels sont des homosexuels qui se travestissent en femme pour berner les hommes hétérosexuels.

Le gros type rougeaud qui pue l’alcool a l’air d’avoir peur de se faire violer par un homosexuel qui se déguiserait en femme pour l’attirer dans un traquenard. À croire que non seulement les transsexuels sont des homosexuels travestis trompeurs et fourbes, mais qu’en plus ils sont attirés par des types repoussants.

Perdue dans mon élucubration, je n’ai pas remarqué que tous leurs regards s’étaient tournés vers moi. Je me rends compte alors que mon verre a explosé entre mes doigts. Du sang coule un peu de ma paume. Je souris, et je retire lentement les morceaux.

« Je ne suis pas violente », dis-je.

Puis mon sourire s’agrandit. Des fois, ça m’arrive de sourire sincèrement, et que ça ait l’air gentil, mais, ces derniers temps, c’est devenu plutôt rare.

Là, j’arbore plutôt mon autre sourire, un poil plus méchant. Les gens se sentent moins à l’aise, quand ils le voient. Un jour, un flic m’a collé un outrage à agent à cause de ce sourire, et sans vouloir me vanter, je pense que c’était pas complètement immérité.

Souriante donc, j’ajoute en faisant craquer mes jointures :

« MAIS. »

dimanche, septembre 20 2009

Nouvelle : tromperie sur la marchandise

23h54

Dans la salle de réunion du conseil des sages de la sororité des sorcières, la grande aiguille de la vieille horloge fit un mouvement presque imperceptible et vint indiquer qu’il était minuit moins six.

« Il est temps de passer au vote ! » annonça la doyenne Morgane. « Concernant la radiation à caractère rétroactif de Vénus pour nous avoir trompées sur sa véritable identité, qui est pour ? »

À l’extérieur de la pièce, ne pouvant voir ni entendre ce qui se déroulait à l’intérieur, une femme aux cheveux tondus et à la carrure de championne de rugby fumait nerveusement une cigarette malgré le panneau l’interdisant en face d’elle.

Vénus regarda sa montre d’un air anxieux. Plus que cinq minutes. Elle priait tous les dieux pour que les résultats de la délibération soient ceux qu’elle espère.

18h02

Alors que l’on attendait les dernières retardataires pour commencer a réunion du solstice d’hiver, il y eut des regards surpris lorsque Vénus entra, accompagnée de Sally. Cette dernière paraissait tendue, ou peut-être en colère.

« Mesdames, lança-t-elle d’un air polie. J’ai conscience que c’est un peu cavalier, mais la jeune « demoiselle » ici présente aurait une déclaration à faire. »

Vénus baissait la tête, l’air embarrassée.

« J’ai, euh... »

L’ensemble des aînées se tournaient vers elle, et Vénus dut inspirer un grand coup pour oser se lancer.

« Durant toutes ces années, il y a quelque chose que je n’ai pas osé vous dire, et les circonstances actuelles font que je souhaiterais clarifier ma situation aujourd’hui. »

Il était vrai, songea-t-elle amèrement, que le faire demain risquerait d’être plus compliqué.

Il y eut des réactions de stupéfaction lorsqu’elle annonça qu’elle était transsexuelle. Elle dut expliquer de quoi il s’agissait, pourquoi diable elle avait voulu « devenir une femme », et répondre à beaucoup de questions.

Puis elle expliqua pourquoi être considérée comme une sorcière était si important pour elle, tout en n’ayant pas à cacher ce qu’elle était.

Finalement, Vénus sortit pour laisser le conseil délibérer en privé.

22h39

Sally continuait à haranguer le petit groupe de sorcières réunies autour d’elle, qui devait décider du sort de Vénus. Elle mettait beaucoup d’énergie à convaincre son auditoire que la sorcière incriminée devait être non seulement radiée, mais aussi considérée comme n’ayant jamais été une sorcière.

« Elle — enfin, si l’on peut dire — nous a menti pendant toutes ces années ! Il faut voir la vérité en face : il s’agit d’un homme qui s’est moqué de nous. Est-ce qu’on va laisser passer ça ? Elle n’a jamais requis les conditions pour être une sorcière ! »

C’était la première fois que le cas d’une sorcière transsexuelle se posait vraiment à la Sororité, et Sally était bien déterminée à ce que celle-ci tranche avec le maximum de sévérité. Elle était l’une des Aînées les plus influentes et les plus respectées mais, malgré ça, elle sentait des réticences. Vénus avait, après tout, consacré ses dix dernières années à la sorcellerie, et il fallait admettre qu’elle ne ressemblait pas exactement à l’image qu’on se faisait du travelo.

Étrangement Sally avait été l’une de ses amies les plus proches, et sa réaction intriguait la doyenne Morgane. Peut-être avait-elle mal vécu cette révélation brutale ? À moins qu’il n’y ait quelque chose d’autre entre elles ?

04h32

Assise dans le noir, une cigarette à la bouche, Vénus regardait dormir Vesper, la femme qu’elle aimait.

Devant elle, sur la petite table, un cendrier rempli de mégots et une collection de bouteilles de bières vides témoignait du temps qu’elle avait passé dans la pièce.

C’était la troisième nuit qu’elle veillait Vesper, et elle savait que ce serait la dernière. C’était la vie, songea Vénus, amère : à la fin, on mourait.

Sauf que ce n’était pas juste : Vesper était trop jeune, trop gentille, pour mourir comme ça.

D’un air déterminé, Vénus écrasa sa cigarette dans la pile de mégots. Ce n’était pas non plus comme si elle ne pouvait rien faire.

06h11

Vénus grimaça quand elle sentit le tissu de la réalité se distendre légèrement, et que le prince des enfers apparut.

Il n’était pas monstrueux, comme on le présentait souvent. À vrai dire, il était plutôt beau, bien habillé, et terriblement impressionnant.

« Vous êtes venu chercher son âme en personne, commenta Vénus sans se lever de sa chaise.

— Bien sûr, Amour, répondit le Diable avec un sourire carnassier. Je savais que tu serais là. Je voulais voir ton expression à l’idée que la personne que tu aimes le plus au monde serait tourmentée en Enfer. »

Vénus grimaça. Elle avait joué avec le feu, durant les années passées, et si Vesper était condamnée à l’Enfer, c’était sans doute en bonne partie à cause d’elle. C’était dur de ne pas se sentir un peu coupable.

« Tu as joué au con, Beauté », souffla le Diable en approchant son visage de celui de la sorcière. « Tu as utilisé de la magie noire, tu as trompé des démons, tu en as renvoyé en Enfer. Tu as joué au con, Vénus, et tu le payeras. Quand ton heure viendra, tu souffriras mille tourments. Considère aujourd’hui comme une petite mise en bouche. »

La sorcière eut un petit sourire, et elle plongea son regard dans celui du Diable.

« Pourquoi attendre ? demanda-t-elle. On pourrait faire un marché. Laisse-la, et prends moi à sa place.

— Oh ? fit le Diable d’un air railleur. Toi, jouer les altruistes. J’ai du mal à y croire. »

Vénus haussa les épaules d’un air las.

« Je ne suis plus aussi jeune qu’avant. Je suis fatiguée de voir mourir les gens que j’aime. Prends moi à sa place. »

Le Diable éclata d’un rire sonore. Puis il fit un sourire horrible et plaça son visage à quelques millimètres de celui de Vénus, qui dut lutter pour ne pas reculer.

« L’amour ne rend pas qu’aveugle, on dirait. Cela dit, moi, ça m’arrange. Son âme ne m’intéresse pas plus que ça, mais la tienne... Tu vas adorer ce que je vais te faire.

— J’ai deux conditions. D’abord, je veux que tu soignes Vesper. Cela doit être dans tes capacités. Ensuite, je veux avoir une dernière journée pour laisser les choses en ordre. En échange de quoi, ce soir, quand l’horloge sonnera le dernier coup de minuit, tu pourras prendre l’âme de la sorcière Vénus. Ça te va ? »

Le Diable parut réfléchir, puis il hocha la tête d’un air satisfait.

« Marché conclu ; mais tu es vraiment stupide, ma belle. »

Il disparut dans un éclair rouge, puis l’obscurité revint. Vénus alluma alors la lampe de chevet, et aperçut Vesper qui se réveillait.

« Mon dieu, qu’est-ce que tu as fait ? demanda cette dernière.

— Dans le jargon, répondit Vénus en posant la main sur celle de son amante, on appelle ça jouer au con. »

23h58

Vénus attendait toujours, et elle commençait à être vraiment nerveuse, lorsque la porte s’ouvrit enfin.

La doyenne Morgane sortit de la pièce et se tourna vers elle, manifestement mal à l’aise.

« Je suis désolée, annonça-t-elle, mais nous avons procédé au vote et la majorité a tranché en faveur de votre radiation. »

Vénus grimaça, l’air déçue.

« Étant donné les circonstances, reprit la doyenne, il a également été décidé que vous n’aviez jamais rempli les conditions nécessaires pour être une sorcière. Par conséquent, notre décision est rétroactive. »

Vénus ne dit rien, se concentrant manifestement sur sa respiration pour digérer la nouvelle.

« Je suis désolée », répèta la doyenne alors que les douze coups de minuit commençaient à retentir. « Je dois y aller, j’ai encore des papiers à signer. »

La sorcière rentra à nouveau dans la salle du conseil, tandis que Vénus s’assit sur un banc, la tête entre les mains.

« C’est l’heure ! » annonça alors joyeusement le Diable, qu’elle n’avait pas vu apparaître cette fois-ci. Pas assez concentrée, sans doute.

« Écoute, fit Vénus d’un air embarrassé. Je ne sais pas comment dire ça, mais je ne vais pas venir. »

Le Diable eut un petit sourire joyeux, puis toute élégance disparut chez lui et ses mains griffues se resserrèrent autour de la gorge de Vénus, qu’il plaqua contre le mur.

« On a fait un marché, Beauté. Tu vas me suivre en bas. Tu vas voir. Ça te plaira.

— Le marché... dit Vénus en devant lutter pour parler. C’était que tu aurais l’âme... de la sorcière Vénus... »

Le Diable émit un grognement d’approbation et se passa la langue sur les lèvres.

« C’est cela même, ma Belle. Aux douze coups de minuit. Il est temps d’y aller.

— Sauf que... protesta Vénus avec un sourire déformé par l’étranglement. Il n’y a pas... de sorcière... Vénus... »

Le Diable fronça les sourcils, sans comprendre.

« Elle a raison, fit Sally, qui venait de sortir de la pièce. Elle n’a rien d’une sorcière. Nous avons décidée qu’elle était née homme et, par conséquent, ne pouvait prétendre au titre. »

Le démon grogna, et montra ses dents à Vénus.

« Tu te fous de moi ? demanda-t-il.

— Suis née... en vie... répondit-elle dans un grognement, en présentant un doigt d’honneur au Diable. Je compte... le rester... »

Le prince des enfers continua à serrer quelques secondes, murmurant quelques mots à l’oreille de Vénus que seule celle-ci put entendre, puis il disparut dans une explosion de soufre et de fumée, et celle qui n’avait jamais été une sorcière s’écroula par terre.

« Qu’est-ce qu’il a dit ? » demanda Sally d’un ton détaché, tandis que Vénus, à genoux, essayait péniblement de reprendre son souffle.

Avant de répondre, la transsexuelle prit le temps de respirer un peu, et de s’asseoir sur le banc. Elle avait de grosses marques rouges autour de la gorge.

« Comme d’habitude, dit-elle finalement en sortant une cigarette de la poche de son blouson. La diatribe du loser aigri qui promet une vengeance.

— Tu sais, le vote était serré. Pour un peu, tu te retrouvais vraiment en Enfer. »

Vénus haussa les épaules.

« Je n’aurais pas pris le nom de l’étoile du matin si je n’étais pas prête à prendre ce genre de risques.

— Certaines personnes diraient que renier une partie importante de son identité pour sauver sa peau, ça ne vaut pas mieux.

— Je ne sais pas, répondit Vénus en se levant. Les morts ne donnent pas beaucoup de leçons de morale. Merci pour le coup de main, en tout cas.

— Joyeux solstice.

— Ouais. Toi aussi. »

Vénus sortit du bâtiment de la sororité et grimaça en constatant qu’il pleuvait légèrement. Elle entreprit d’allumer une cigarette et dut s’y reprendre à trois reprises, à cause du vent.

Lorsqu’elle put enfin inspirer une bouffée du tabac, elle fit le point sur sa journée. Le futur ne s’annonçait pas vraiment joyeux : elle ne serait maintenant plus considérée comme une sorcière, et le Diable avait dorénavant d’excellentes raisons de lui en vouloir personnellement.

En attendant, son amie était toujours en vie, et elle aussi. Elle avait joué au con ; cela aurait sans doute des conséquences brutales dans un avenir proche, mais, ce qui comptait surtout pour l’instant, c’était qu’elle avait plus ou moins gagné.


Voilà, une petite nouvelle que je reconnais pas mal inspirée par Hellblazer (Constantine), que je trouve pas franchement satisfaisante sur certains points, mais j'avais envie de faire une histoire pseudo-complète avec Vénus. (Pour rappel, Vénus était apparue dans un extrait ici)

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