Vernis & Sécateur

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vendredi, mai 11 2012

Nouvelle : Route de nuit (2/2)

(La première partie, c'est ici, et le texte complet de la nouvelle, c'est là.)


Claire expliqua toute l’histoire avec moult détails à Lise, qui l’écoutait beaucoup plus sérieusement que son frère. Mais plutôt que de se mettre à avoir peur, comme elle s’y était attendue, elle paraissait surexcitée : il fallait barricader la maison, fabriquer des armes, aller au garage chercher de quoi faire des cocktails molotov.

« Du calme, répliqua Claire, qui ne l’était pas vraiment. Si on tient jusqu’au lever du soleil, je pense que tout ira bien.

— Ah, fit Lise, manifestement un peu déçue de l’avortement de la première guerre vivants/zombies.

— Il faudrait trouver un endroit où on soit en sécurité, ajouta Claire.

— Hmmm, réfléchit Lise. La cave ? On pourrait se barricader dedans.

— Mais on serait coincées.

— C’est vrai. Hmmm. On pourrait demander à mon oncle.

— Votre oncle ? s’étonna Claire. Où est-il ?

— Qu’est-ce que j’en sais ? La baraque est plutôt grande, si vous n’avez pas remarqué. »

Claire soupira. Malgré la gravité de la situation, cette fille commençait à lui taper sur les nerfs avec sa façon de tout prendre à la légère.

« Bon, fit-elle. Il n’est apparemment pas au premier. On va voir au rez-de-chaussée. »

Les deux jeunes femmes se dirigèrent donc vers le bout du couloir, Claire avançant prudemment en tête, poursuivant sa quête obsessionnelle pour allumer toutes les lumières, Lise fermant la marche, criant régulièrement « Tonton ? Tonton ! ».

Elles finirent pas arriver au bout du couloir où se trouvaient d’autres escaliers, et redescendirent au rez-de-chaussée avec précaution, le chat noir toujours à côté d’elles.

Claire sentit un vent froid la parcourir alors qu’elle allumait l’interrupteur du bas. Elle se tourna, et aperçut qu’une porte menant à un jardin était ouverte.

« Merde, lâcha-t-elle.

— Oh, c’est normal, répliqua Lise, elle a toujours mal fermé.

— Mais ils ont pu rentrer ! hurla Claire, paniquée.

Zen, répondit Lise, inébranlable. Rien ne dit qu’ils l’ont fait. Allons chercher mon oncle. »

Claire inspira et souffla profondément, tentant, d’une part, d’enrayer le sentiment de panique qu’elle éprouvait et, d’autre part, de ne pas s’énerver contre Lise.

Elle la rattrapa alors qu’elle entrait dans une autre pièce, apparemment la cuisine.

« Je ne sais pas vous, fit-elle joyeusement en ouvrant le réfrigérateur, mais moi, les films d’horreur, ça me donne faim. »

Comme pour les autres pièces, Claire se précipita vers l’interrupteur, et en quelques secondes les néons s’allumèrent, illuminant toute la cuisine.

Et, accessoirement, le couple de morts-vivants qui se tenaient juste derrière Lise, les bras tendus vers elle.

Claire poussa un cri d’horreur.

Lise, avec une rapidité surprenante, plongea dans le réfrigérateur, en ressortit un carton de jus de pomme dans une main et une barquette de steacks hachés dans l’autre, puis fit un petit pas en arrière juste à temps pour éviter le bras d’un zombie.

Elle tendit le carton à Claire qui l’attrapa, médusée, et elle se mit à déchirer fébrilement le plastique qui enveloppait les steacks. Elle les lança devant les morts-vivants qui, comme elle l’avait espéré, se précipitèrent dessus.

« Si c’est pas malheureux », râla-t-elle alors qu’elle sortait de la cuisine, toujours un steack haché à la main, tandis que Claire fermait la porte et la bloquait, « gâcher de la nourriture comme ça.

— Tu t’en es gardé un ? demanda Claire, atterrée, en désignant le steack qu’elle avait à la main.

— Je me disais, plutôt que ce soit le chat qui le bouffe qu’une de ces bestioles », répondit-elle en tendant la viande au chat, qui s’en empara en ronronnant.

Claire secoua la tête, alors que ses mains tremblaient.

« Tu te rends compte qu’ils auraient pu te tuer ? demanda-t-elle. Que ce sont des putain de mort-vivants ? On n’est pas dans un film !

Cool, répondit Lise en attrapant le carton de jus de pomme. J’aurais aussi pu me faire dévorer par un monstre à neuf dimensions, mais ce n’est pas le cas. Je suis en vie, et j’ai soif et faim. »

Claire dut faire plusieurs exercices de respiration, pendant que Lise buvait bruyamment à la bouteille.

« Bon, dit finalement Lise, je pense qu’il faudrait aller dans le garage.

— Le garage ?

— Par là, expliqua Lise en montrant une porte. Ça mène au garage. Léonard y est peut-être.

— Léonard ?

— Mon oncle.

— Et tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? »

Lise se contenta de hausser les épaules.

« Je ne savais pas que son nom était si important pour vous.

—- Je veux dire, qu’il était au garage !

— Je n’en suis pas certaine. Mais il travaille souvent là-bas. Ça lui sert d’atelier.

— Il travaille à quatre heures du matin ?

— Aucune idée, je n’ai pas de montre. »

Lise avala quelques nouvelles gorgées de jus de pomme pendant que Claire essayait de se calmer. Lorqu’elle eut fini de boire, elle annonça :

« Bon, il faudrait aussi aller chercher mon frangin. Pour qu’on soit plus efficace, je propose qu’on se sépare.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, répliqua Claire, horrifiée. C’est la meilleure manière d’y passer toutes les deux.

— Mais non », répondit Lise en commençant à avancer dans le couloir, sans prendre la peine d’allumer la lumière. « Ils font toujours ça dans les films d’horreur, et ils ont de l’expérience dans le domaine. »

*****

Claire dut se contenter de regarder, hallucinée, Lise s’éloigner dans le couloir sombre.

Elle n’aurait pas dû la laisser partir seule. Elle n’aurait surtout pas dû la laisser l’abandonner. Au moins, le chat était toujours là, en train de finir de manger son steack, mais Claire ne misait pas énormément sur son potentiel protecteur.

D’un autre côté, peut-être que l’oncle serait moins cinglé que son neveu et sa nièce. Peut-être qu’il ne s’agissait que d’un problème d’âge.

Claire ouvrit donc la porte menant au garage et se précipita vers l’interrupteur, le bâton prêt à la défendre. Elle commençait à être habituée à ce manège.

Elle descendit les escaliers de pierre avec précaution. Lorsque, arrivée en bas, elle actionna l’interrupteur, elle fut surprise de ce qu’elle vit.

Elle s’était attendue à voir un joyeux foutoir, avec éventuellement un « oncle Léonard » travaillant au milieu ; elle ne s’était pas attendue à voir un avion.

Ce n’était pas un avion de ligne, évidemment, juste un vieux modèle à hélice, mais cela faisait tout de même incongru. Elle s’approcha un peu, impressionnée.

« Monsieur Léonard ? » appela-t-elle.

Elle eut le temps d’entendre un petit bruit derrière elle, se retourna, et se retrouva nez à nez avec le canon d’un fusil à pompe.

De l’autre côté se tenait un type à l’allure étrange : il portait une espèce de chapeau de cow-boy, un vieux blouson d’aviateur et des lunettes de soleil. Mais le pire, c’est que les traits de son visage, à l’exception d’une épaisse moustache qui descendait de part et d’autre de sa bouche, étaient les mêmes que ceux de Lise et Ludovic.

« Monsieur Léonard ? répéta Claire, un peu plus nerveuse.

— Ah, répondit-il, vous n’êtes pas un de ces foutus zombies. »

Sa voix sonnait mal. Elle avait un côté viril, mais il paraissait artificiel, comme s’il se forçait. Et malgré ça, elle restait trop aiguë, comme la voix de Ludovic.

« Lise ? ne put s’empêcher de demander Claire, tellement Léonard lui rappelait la jeune femme.

— Ah, fit l’oncle en baissant son arme, vous avez vu ma nièce. Beau brin d’fille, hein ? Ravi de savoir qu’elle va bien. »

Claire ne répondit pas, et espéra que Lise allait toujours bien. De toute façon, après les dernières minutes passées en présence de cette fille, elle n’était plus certaine que cette dernière serait celle à plaindre si elle venait à croiser une meute de morts-vivants.

« Vous êtes au courant, pour les zombies ? demanda Claire.

— Évidemment. L’un d’entre eux a essayé de me bouffer. Mais c’est à mon Remington qu’il a goûté ! »

Il éclata de rire en terminant sa phrase, alors que Claire se mordait nerveusement les lèvres. Léonard ne s’annonçait pas plus facile à vivre que sa nièce.

« D’où est-ce que vous venez ? demanda-t-il.

— J’étais perdue, répondit Claire. J’allais à un mariage, et...

— C’est ce qui s’appelle une pleine lune de miel », coupa Léonard, avant d’éclater de rire une nouvelle fois.

Non seulement sa blague était exécrable, mais en plus son rire sonnait faux. Claire commençait sérieusement à se demander si ce n’était pas Lise déguisée.

« Et vous êtes venue en voiture ? demanda Léonard, redevenu sérieux.

— Oui, répondit Claire. Vous n’avez pas entendu les coups de klaxon, tout à l’heure ?

— Non. Faut croire que le garage est bien isolé. Peu importe. Vous voulez mon avis ? »

Claire ne répondit pas, mais son interlocuteur n’attendait pas de réponse.

« Faudrait repartir en voiture. À cinquante à l’heure, les zombies nous emmerderont pas. Je sortirais bien l’avion, mais j’crois pas qu’ils nous laisseraient le temps de décoller.

— D’accord », répondit Claire, sans objecter que, pour elle, il s’agissait plutôt d’un retour au point de départ. Cela dit, elle était toujours vivante, le lever de soleil était maintenant un peu plus proche et elle n’était plus seule.

C’était déjà ça.

*****

Le retour vers le hall principal aurait pu se faire sans encombre si Léonard n’avait pas subitement décidé, comme sa nièce, de faire un brusque détour par la cuisine.

Il ne parut que légèrement surpris lorsqu’il se retrouva nez à nez avec les deux morts-vivants.

« Crénom de Dieu », lâcha-t-il en levant son Remington calibre 12.

Il y eut une détonation assourdissante et des éclaboussures de sang lorsqu’il tira en plein ventre du mort-vivant le plus proche, qui vacilla sous le choc et reprit immédiatement sa marche.

Nouvelle détonation, cette fois-ci dans les jambes de la créature, qui s’écrasa par terre, mais continuait à ramper vers Léonard.

« La tête, bon sang ! hurla Claire, les larmes aux yeux et les mains sur les oreilles. Tout le monde sait qu’il faut viser la putain de tête !

— Ah ! répliqua Léonard. C’est la tradition. La tête, c’est pour les dernières balles. »

Et, comme il ne lui restait plus que deux balles dans son fusil, il les utilisa pour faire exploser dans des grande gerbes de sang les têtes des deux morts-vivants, ce qui parut le satisfaire pleinement. Et fit vomir Claire.

Léonard parcourut la cuisine à grande enjambées, marchant avec ses grandes bottes dans le sang des deux cadavres qui ne se relèveraient plus, alluma le gaz au maximum et ressortit, donnant au passage une tape dans le dos de Claire pour qu’elle se reprenne.

« Vous avez fait quoi, avec le gaz ? demanda-t-elle nerveusement en s’essuyant la bouche, et en essayant de suivre Léonard qui se dirigeait vers le couloir où avait disparu Lise quelques minutes plus tôt.

— Ah ! fit joyeusement Léonard. Tout va sauter ! Finis, ces putain de zombies !

— Et nous avec, marmonna Claire.

— Pas si on se dépêche, miss. »

Et, en effet, le retour vers le hall principal fut plus rapide que l’aller. Mais lorsque le trio — le chat, en effet, les suivait toujours, même si personne ne lui prêtait vraiment attention — débarqua dans le hall, il n’y trace ni de Lise, ni de Ludovic. L’ordinateur portable de ce dernier était maintenant éteint.

« Merde ! fit Claire. Et l’autre con qui a allumé le gaz à fond !

— Restez polie, miss, répondit Léonard avec une voix qui semblait toujours aussi peu naturelle. Allez donc démarrer la voiture, je me charge de mes neveux.

— Mais..., protesta faiblement Claire.

— Pas d’objections, répliqua-t-il d’une voix autoritaire. Allez-y. Maintenant. »

Claire obéit, sans trop savoir pourquoi — peut-être quelque chose dans le ton de l’homme —, et se précipita vers la voiture, après un bref coup d’œil pour vérifier qu’il n’y avait pas de zombies sur le chemin.

Derrière elle, un coup de vent fit claquer la porte.

Léonard sourit en entendant le moteur démarrer après quelques essais infructueux. Il plongea sa main dans une poche de son vieux manteau, en sortit un cigare. Puis il plongea son autre main dans une autre poche et en tira une boîte d’allumettes.

Il alluma le cigare. Rangea les allumettes. Caressa distraitement le chat qui se frottait à ses pieds.

Puis il tira une longue bouffée, avant de le jeter, d’un geste théâtral, vers le couloir.

*****

Malgré la distance, l’explosion secoua la voiture. Claire eut le temps de se demander si Lise, Léonard et Ludovic avaient eu le temps de sortir de la maison. Puis elle s’écroula, inconsciente.

*****

Léonard s’approcha un peu de la voiture et jeta ses lunettes de soleil sur le sol, révélant des yeux verts à l’intensité étrange.

Puis il s’assit sur un petit muret en pierres qui se trouvait juste à côté et retira sa fausse moustache, avant d’ouvrir son vieux blouson d’aviateur et de défaire la bande qui lui comprimait la poitrine.

Lise — ou quel que fût son nom — conserva néanmoins le chapeau de cow-boy. Elle trouvait qu’il lui allait bien.

Le chat sauta à son tour sur le muret et s’allongea à côté de la jeune fille.

« Alors ? demanda cette dernière. Tu en penses quoi ? J’ai mon examen ?

Je ne sais pas trop quoi penser. D’accord, tu as atteint l’objectif, admit le chat. Mais les méthodes...

— Quoi, les méthodes ? demanda la jeune fille en souriant. Tant qu’à faire un boulot, autant le faire avec style.

Je trouve que tu as fait ça avec beaucoup de légèreté.

— Légèreté et subtilité, c’est ma devise, répliqua la demoiselle.

Je n’ai pas parlé de subtilité.

— Mais ça a marché, non ? J’ai pourri le cauchemar jusqu’à la moelle et, demain, quand elle se réveillera, tout ça aura disparu et elle se dira qu’elle a fait un mauvais rêve. Ce qui ne sera pas tout à fait faux, n’est-ce pas ?

Ça a marché, admit le chat. Mais tout de même. Les méthodes...

— On ne peut plus efficaces.

Mais pas très académiques. Tu étais censée lui faire prendre confiance en elle, lui apprendre à lutter contre l’adversité, ce genre de choses. C’est comme ça qu’on fait, d’habitude.

— Elle avait besoin d’apprendre à se contrôler, répliqua Lise. Et de se décoincer un peu. Je suis sûre que ça lui sera bénéfique, plus tard. Elle stressera moins.

D’accord, dut admettre le chat. Tu es qualifiée pour le boulot. C’est indéniable.

Cool, fit la jeune fille. Je suis prête pour la police onirique.

Je t’ai déjà dit de ne pas utiliser ce terme. Ça n’a rien à voir avec la police.

— D’accord, d’accord, admit Lise. Pompier onirique, si tu préfères. »

Il y eut un silence, pendant lequel le chat comme la jeune fille regardèrent le manoir qui brûlait toujours.

« Peut être pas pompier, d’accord, admit-elle. Allez viens, on va voir s’il reste des trucs à grailler dans la cuisine. »

Elle observa deux morts-vivants, au loin, qui semblaient en train de manger quelque chose. Était-ce un cadavre d’humain ? Vu la distance, c’était dur à dire.

« La prochaine fois, je crois que je viendrai en zombie. Eux, au moins, ils mangent.

Ce n’est pas un jeu, objecta le chat.

— Ouais, ben ça ne veut pas dire qu’on doit forcément crever de faim, hein ? »

Et pendant que Ludovic-Lise-Léonard, suivie du chat, faisait le tour du manoir en flammes afin de voir s’il n’y avait pas de quoi se faire un petit repas à la bonne flambée, dans la vieille 205, éclairée par le clair de lune, Claire dormait.

Paisiblement.

jeudi, mai 10 2012

Nouvelle : Route de nuit (1/2)

Voici une nouvelle que j'avais écrite il y a assez longtemps (vers 2005, si je me souviens bien). À la base, elle devait être publiée dans une anthologie, mais comme celle-ci n'avait pas vu le jour en sept ans, je me suis dit qu'il était assez improbable qu'elle le soit maintenant et j'estime qu'il n'est pas moralement indécent que je la publie sur Internet. Il s'agit d'une nouvelle fantastique, vaguement «horreur» mais avec un traitement plutôt humoristique.

Bon, par rapport à des textes plus récents, il y a moins de thématiques féministes, lesbiennes, trans, etc., mais d'un autre côté il y a des zombies et un chat. Ce qui prouve bien que mes centres d'intérêt vraiment importants restent les mêmes au fil du temps.

Sinon, le texte complet est déjà disponible sur Rêveries, avec pas mal d'autres nouvelles et romans, donc si vous êtes trop impatient·e d'avoir la suite, n'hésitez pas, c'est juste que c'est un peu long pour mettre tout le texte dans un seul article.


Dans la vieille 205 éclairée par le clair de lune, Claire dormait, ou, en tout cas, essayait. Elle avait roulé toute la soirée pour se rendre à un mariage, s’était perdue en pleine campagne, et avait décidé de renoncer jusqu’à l’aube, jugeant qu’il serait plus facile, une fois reposée, de se repérer lorsque le soleil serait levé.

L’ennui, c’était que la voiture ne valait pas un lit. Claire se retourna afin de trouver une position moins inconfortable sur son vieux siège pourri ; sans succès. Elle retira ses chaussures et essaya de baisser le dossier, mais il était déjà au plus bas.

Trois heures du matin, elle ne dormait toujours pas. Elle se retourna une nouvelle fois, puis une autre, se redressa un peu, et hésita à reprendre le volant.

C’est alors qu’elle aperçut une silhouette devant la voiture. Quelqu’un approchait.

Claire sentit une vague de panique s’emparer d’elle, mais parvint à se calmer. Il n’y avait rien de bien anormal ; juste un type qui se baladait.

Un type qui se baladait sur une départementale, à trois heures du matin. Rien d’anormal.

Elle prit une profonde inspiration, espérant calmer les battements de son cœur. Sans grand succès. Surtout qu’elle devinait, derrière la silhouette qui était maintenant à quelques mètres de la voiture, d’autres ombres se déplaçant lentement.

Mais peut-être rêvait-elle ? Peut-être n’étaient-ce que les ombres des arbres qui attisaient son imagination ?

Il n’y avait qu’un moyen de savoir. Elle alluma les phares.

Claire poussa un cri d’horreur en découvrant ce qu’avait révélé la lumière jaune : devant elle se trouvaient une demi-douzaine de personnes, hommes et femmes, aux vêtements déchirés, aux regards de drogués, qui se dirigeaient vers la voiture d’une démarche hésitante, trébuchant régulièrement.

Des zombies.

« Oh mon Dieu », murmura Claire d’une voix faible.

Après être restée pétrifiée quelques instants, elle se décida à faire démarrer la voiture. Qui cala. Elle songea avec une ironie distante que cela faisait vraiment mauvais film d’horreur. Il lui fallut quatre essais, avant que la voiture ne se décide enfin à s’ébranler.

Les zombies — car il s’agissait bien de mort-vivants, il n’y avait pas de doutes là-dessus : il manquait même de la peau sur certains d’entre eux — étaient maintenant à quelques centimètres de la voiture.

« Merde ! » hurla Claire, paniquée, en manquant de renverser un des cadavres ambulants. Elle ne pouvait quand même pas les écraser. Et puis, elle réalisa le ridicule de la situation : ils étaient déjà morts, de toute façon.

Tremblante, elle appuya sur l’accélérateur et renversa un zombie, qui roula sur le capot avant de tomber au sol.

Elle put voir un instant son regard mort la fixer, ce qui la révulsa encore plus et lui donna envie de vomir, d’être ailleurs, et surtout de se réveiller de ce cauchemar horrible.

Elle roula quelques minutes droit devant elle, en essayant de se calmer un peu. À l’intersection suivante elle aperçut, à quelques centaines de mètres, une maison éclairée. « Maison » était sans doute un peu léger pour désigner l’endroit. « Manoir » aurait été plus exacte, mais Claire préférait évacuer ce terme de son esprit. C’était juste une grande maison.

*****

À son grand soulagement, Claire arriva à la grande maison sans rencontrer de nouveaux monstres.

Elle arrêta la voiture à quelques mètres de la porte, déverrouilla sa portière et se préparait à sortir lorsqu’un mauvais pressentiment la poussa à s’interrompre. Bien sûr, il y avait de la lumière, mais... qu’est-ce qui lui disait que la maison n’était pas déjà pleine de ces créatures ?

Elle décida que le mieux était de klaxonner. S’il y avait des résidents à l’intérieur, ils finiraient bien par venir voir ce qu’il se passait. Elle espérait juste que les morts-vivants, s’il y en avait, ne réagiraient pas ; ou, au moins, plus lentement.

Une minute passa et rien ne se produisit. Puis une autre minute.

Finalement, la porte s’ouvrit. Claire retint son souffle, et espéra qu’il ne s’agissait pas d’un zombie.

C’était en fait un jeune type d’une vingtaine d’années, aux cheveux longs, au visage boutonneux et à l’air pas très réveillé. Il avait un tee-shirt qui disait « I see fragged people », des lunettes et un caleçon. S’il ne donnait pas forcément, à premier abord, l’impression d’avoir une véritable vie, il n’avait en tout cas pas l’air d’être un non-mort.

Claire sortit de la voiture et se demanda un moment comment expliquer la situation.

« Vous voulez quoi ? demanda le garçon avec une voix aiguë.

— Je peux entrer ? Je me suis perdue, et dehors il y a des... »

La phrase mourut dans sa bouche. Elle ne pouvait pas prononcer le terme « zombie » sans se sentir un peu ridicule. « Mort-vivant » ne sonnait pas beaucoup mieux.

« Ça roule », fit le garçon, en entrant dans la grande maison.

Claire le suivit, mal à l’aise. Elle referma la porte derrière elle, et se tourna vers le jeune homme d’un air implorant.

« Il vaudrait mieux fermer à clé, peut-être ? S’il vous plaît ?

— Si vous voulez, répondit le jeune homme en verrouillant la porte. Au fait, moi c’est Ludovic. »

« Claire », fit Claire tandis qu’il s’asseyait à côté d’une antique table en bois sur laquelle était posé un ordinateur portable, beaucoup moins antique et beaucoup moins en bois. « Ça va vous paraître fou, mais dehors il y avait des... » La situation lui paraissait idiote, à présent qu’elle était au chaud, à la lumière, en face d’un type qui pianotait sur un ordinateur.

« Des quoi ? demanda Ludovic. On croirait que vous avez vu un fantôme.

— C’était des zombies, répondit Claire d’une voix faible.

— Ah, fit Ludovic, sans trésaillir.

— Je suis sérieuse ! ajouta Claire.

— Oh, je n’en doute pas, répondit le jeune homme. J’ai lu les news. »

Claire fronça les sourcils.

« Les news ?

— Sur Internet, expliqua le garçon. Il paraîtrait que les morts se relèvent. »

Claire essaya de digérer l’information. Ce n’était donc pas une hallucination. Ce n’était pas non plus, a priori, un phénomène localisé. Et ce stupide garçon boutonneux qui paraissait s’en moquer !

« Mon Dieu, lâcha-t-elle. Il faut faire quelque chose.

— Parlez-en à ma sœur, répliqua le garçon. C’est elle qui est accro à ce genre de trucs. Moi, tant qu’ils ne bouffent pas les ordis...

— Votre sœur ? demanda Claire. Où est-elle ? »

Ludovic fit un geste vague de la main.

« Quelque part à l’étage, répondit-il. Elle va adorer cette histoire. Maintenant, excusez-moi, mais cet algorithme ne va pas s’écrire tout seul, si vous voyez ce que je veux dire.

— Mais votre vie est en danger, bon sang ! s’exclama Claire.

— On vit dans un monde dangereux, répliqua calmement Ludovic. Mais ça n’empêche pas que le code ne s’écrit pas tout seul. Moi, tant que les programmes morts ne se relèvent pas... »

Claire haussa les épaules et décida qu’il valait peut-être mieux laisser ce boutonneux asocial à son ordinateur et partir à la recherche de sa sœur.

Elle se dirigea vers les escaliers, attrapant au passage un bâton de randonnée qui traînait contre le mur. Ça pouvait toujours être utile.

*****

Alors que Claire montait les vieux escaliers en bois avec précaution — ce qui ne les empêchait pas de grincer abominablement, elle sentit quelque chose contre sa jambe.

Son cœur manqua quelques battements, mais lorsqu’elle baissa les yeux, elle put se rendre compte qu’il ne s’agissait que d’un chat noir qui se frottait contre elle.

Soulagée, elle se baissa pour le caresser. Juste un chat ordinaire, se dit-elle alors que son cœur se calmait. Pas de quoi paniquer.

Elle se remit à grimper les escaliers et posa le pied sur le parquet du premier étage. C’était vraiment une grande maison. Le couloir partait à gauche et à droite et elle ne savait pas trop où aller.

Quelques mètres en dessous d’elle, Ludovic pianotait toujours sur son ordinateur, sans paraître le moins du monde se soucier de sa visiteuse.

« Comment s’appelle votre sœur ? lui demanda Claire en criant.

— Lise, répondit Ludovic après un petit moment.

— Et où est-elle ?

— Je vous l’ai dit, au premier étage.

— Ça a l’air grand.

— Elle est peut-être dans la salle de bains. Vers la droite », répondit-il finalement, comme à contrecœur. Et peut-être pas, ajouta-t-il en marmonnant.

Claire se dirigea donc vers la droite, en brandissant son bâton d’un air menaçant. Ou, plus exactement, d’un air pathétique qui se voulait menaçant.

« Lise ? appela Claire. Lise ? »

Pas de réponse. Tout cela lui paraissait bizarre. D’abord les zombies, puis cette maison, puis ce type...

Elle espérait au moins que Lise prendrait cette affaire au sérieux. Ça ne résoudrait pas vraiment le problème, mais au moins, elle ne s’inquiéterait plus seule.

Claire avançait lentement en faisant bien attention à allumer systématiquement toutes les lumières : le mieux ce serait éclairé, le mieux elle se sentirait. Elle était suivie par le chat qui se frottait régulièrement aux meubles ou à ses jambes. Lise ne répondait toujours pas.

Peut-être dormait-elle ? Mais était-ce possible, avec tout le boucan qu’elle avait fait ?

Soudainement, un cri lui glaça le sang. Elle se précipita vers la chambre d’où il semblait provenir, ouvrit la porte d’un geste brusque et resta pétrifiée.

*****

La fenêtre de la chambre avait été brisée. Il y avait des éclats de verre dans la moitié de la pièce. Au milieu de ceux-ci, à genoux, se trouvait celle qui devait être Lise, la tête en sang, assaillie par une demi-douzaine de gros corbeaux qui paraissaient bien décidés à faire d’elle leur dîner.

Claire parvint à sortir de sa stupeur et alla agiter son bâton au milieu des oiseaux qui se dispersèrent. Elle attrapa ensuite le bras de la jeune fille et la tira vers le couloir, fermant brusquement la porte derrière elles.

« Merci », fit Lise en essuyant la trace de sang qui lui coulait du front.

La première chose que remarqua Claire, c’est que, contrairement à ce qu’elle avait cru en l’apercevant, la blessure était plutôt légère : le front de la jeune fille était bien un peu abîmé, mais à part ça, elle était indemne.

La seconde chose que remarqua Claire, c’est que Lise ressemblait trait pour trait à son frère. Bien sûr, elle était plus féminine, mais elle avait le même visage, les mêmes yeux verts étranges, les mêmes cheveux noirs. Un moment, elle se demanda si elle était aussi socialement inadaptée que lui.

Niveau tee-shirt, c’était le même genre : « I see fragged people » était remplacé par un plus politique « One solution, Revolution » — Claire se demanda d’ailleurs furtivement pourquoi une fille qui portait un tel tee-shirt vivait dans une gigantesque maison. En revanche, Claire nota que Lise était vêtue d’un pantalon. Il y avait donc du progrès.

« Mais qui êtes vous ? demanda Lise en levant un sourcil.

— Je me suis perdue, répondit Claire. J’allais à un mariage... je me suis endormie dans la voiture, et j’ai été attaquée par des zombies... et je suis venue me réfugier ici. »

Il y eut un court moment de silence, le temps que la jeune fille digère la phrase.

« Des zombies ? dit-elle finalement. Cool. »

lundi, mai 7 2012

Billet électoraliste

Je vous vois déjà dire : c'est quoi ce bordel, un billet électoraliste ? Mais il se trouve que j'aime bien les chiffres, du coup j'ai décidé de re-publier les résultats électoraux que vous avez vus partout ces dernières heures (pour le second tour) et ces dernières semaines (pour le premier), mais peut-être pas de cette façon là...

Second tour de l'élection presidentielle 2012[1] (pourcentage du nombre d'inscrit·e·s sur les listes électorales)

  1. François Hollande 39.4%
  2. Nicolas Sarkozy 36.8%
  3. Abstention 19%
  4. Blancs ou nuls 4.4%

Premier tour de l'élection présidentielle 2012 (pourcentage du nombre d'inscrit·e·s sur les listes électorales)

  1. François Hollande 22.3 %
  2. Nicolas Sarkozy 21.2 %
  3. Abstention 20.5%
  4. Marine Le Pen 14%
  5. Jean-Luc Mélenchon 8.7%
  6. François Bayrou 7.1%
  7. Éva Joly 1.8%
  8. Blancs ou nuls 1.5%
  9. Nicolas Dupont-Aignan 1.4%
  10. Philippe Poutou 0.9%
  11. Nathalie Arthaud 0.4%
  12. Jacques Cheminade 0.2%

Second tour de l'élection presidentielle 2012 (pourcentage de la population française[2])

  1. Non inscrit·e·s 29.6%
  2. François Hollande 27.8%
  3. Nicolas Sarkozy 25.9%
  4. Abstention 13.4%
  5. Blancs ou nuls 3.1%

Premier tour de l'élection présidentielle 2012 (pourcentage de la population française)

  1. Non inscrit·e·s 29.6%
  2. François Hollande 15.7 %
  3. Nicolas Sarkozy 14.9 %
  4. Abstention 14.4%
  5. Marine Le Pen 9.9%
  6. Jean-Luc Mélenchon 6.1%
  7. François Bayrou 5%
  8. Éva Joly 1.3%
  9. Blancs ou nuls 1.1%
  10. Nicolas Dupont-Aignan 1%
  11. Philippe Poutou 0.6%
  12. Nathalie Arthaud 0.3%
  13. Jacques Cheminade 0.1%

Quelques remarques sur ces chiffres : 

  1. Il y a différentes raisons qui font que des personnes ne sont pas inscrites sur les listes électorales : soient parce qu'elles sont mineures, soient parce qu'elles n'ont pas le droit de vote – en très grande majorité parce qu'elles n'ont pas la nationalité française, mais aussi parce qu'elles ont été déchues de leurs droits civiques –, soient parce qu'elles ont le droit de vote mais ne sont pas inscrites sur les listes électorales. En tout cas, ces personnes n'apparaissent jamais (contrairement à l'abstention, qui est au moins évoquée, et même parfois le vote blanc ou nul) dans le décompte de ce que «la France» a bien pu exprimer lors d'un de ces formidables moments démocratiques.
  2. Je me suis basée sur le chiffre des inscrit·e·s aux dernières élections, ainsi que sur la population habitant en France (métropolitaine et DOM TOM) au 1er janvier 2012. D'un point de vue mathématiques, c'est légèrement foireux de rapporter le nombres d'inscrit·e·s sur la population habitant en France, vu que certaines personnes ayant la nationalité française mais n'habitant pas en France sont inscrites sur les listes électorales. Cela dit, cela ne doit pas énormément faire changer les chiffres, et c'était le plus simple pour moi, parce que je n'ai pas que ça à foutre non plus.

Sources : Wikipédia, Google, et débrouillez vous.

Notes

[1] Histoire de profiter du buzz blogosphérique lié aux élections, cet article a été écrit le soir de celles-ci ; par conséquent, les chiffres du second tour ne sont pas tout à fait les résultats définitifs. Si je n'ai pas de vie dans les prochains jours, je les remplacerai peut-être par les résultats finaux lorsque ceux-ci seront parus.

[2] C'est-à-dire le nombre de personnes vivant en France, quelle que soit leur nationalité.

dimanche, avril 8 2012

Nouvelle : Réagir sans violence

Ça faisait quelques mois que je n'avais plus vraiment écrit (de fiction, j'entends), donc la reprise se fait avec un petit texte très court et sans grande intrigue, que j'ai surtout écrit parce que j'avais envie de faire intervenir le personnage de Sigkill, qui est apparue dans Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) mais n'avait qu'un rôle assez secondaire.

Bref, vous pouvez télécharger la nouvelle Réagir sans violence sur le site Rêveries, ou simplement la lire ci-dessous mais avec un formatage un peu moins bien.


C’était un samedi soir, et Sigkill marchait dans la rue pour rentrer chez elle. Or, Sigkill n’aimait pas marcher dans la rue un samedi soir. Il y avait trop de gens à son goût, et elle n’aimait pas les gens. Ils la regardaient toujours avec un air bizarre, quand ils ne s’amusaient pas à venir lui parler, ou pire.

Pour éviter la crise de panique, elle avait mis ses écouteurs et écoutait du métal à un volume élevé, ce qui avait pour avantage de lui permettre de ne pas entendre les gens, y compris ceux qui auraient eu la mauvaise idée de vouloir lui parler. Malheureusement, elle les voyait toujours, et elle apercevait toujours leurs regards remplis d’une curiosité malsaine. Qui était cette fille aux cheveux courts et rouges habillée en costard-cravate et avec des docs roses, semblaient-ils demander. Ou alors : était-ce une fille ou un garçon ? Sigkill n’était pas très douée pour analyser l’expression des gens, mais là, malheureusement, elle ne les comprenaient que trop bien.

Elle ne pouvait pas ne pas les voir, mais elle pouvait faire comme si. Et elle pouvait occuper son esprit à des choses intéressantes pour ne pas penser à ce que eux pouvaient bien penser. Elle était donc plongée dans ses réflexions, à se demander comment elle pourrait bien améliorer les performances du morceau de code qu’elle avait écrit aujourd’hui et qui était un peu poussif. Peut-être pourrait-elle faire un peu de profiling en rentrant chez elle, histoire de voir quels morceaux du programme prenaient le plus de temps. Ou peut-être devrait-elle prendre le temps de revoir tout l’algorithme, il y avait sans doute moyen de...

Elle interrompit le fil de ses pensées, et s’immobilisa par la même occasion, lorsque deux hommes, décidés à interagir avec elle malgré ses barrières sonores et mentales, lui bloquèrent le chemin.

L’un d’entre eux dit quelque chose, qu’elle n’entendit pas à cause de son baladeur. Ou grâce à son baladeur, tout est une question de point de vue.

Sigkill s’apprêtait à essayer de les contourner, mais le second type approcha sa main et lui retira un de ses écouteurs. Elle déglutit et sentit la panique remonter.

« On se demandait, reprit le premier type, t’es quoi exactement ? C’est quoi cette tenue ? »

Sigkill ne répondit rien. Elle en était incapable. D’ailleurs, à quoi bon ? On voyait bien ce que c’était, sa tenue, et elle doutait que les deux hommes voulussent connaître les références exactes pour parler mode en face de leurs amis.

« T’es une gouine ? demanda le second homme. Un pédé ? »

Sigkill restait silencieuse et figée. Elle se disait que dans son sac en bandoulière, elle avait un pistolet électrique qu’elle avait fait elle-même, mais elle n’osait pas l’utiliser. Et puis, elle n’aimait pas avoir recours à la violence.

« Ben quoi, tu réponds pas ? demanda le second type en posant sa main sur l’épaule de Sigkill. Tu as perdu ta langue ? C’est un minou qui te l’a bouffé ? »

Les deux hommes se mirent à rire. Puis celui qui avait posé la main sur son épaule posé la seconde sur celle de son ami. Sigkill, toujours incapable de dire quoi que ce soit, se demandait si utiliser un pistolet électrique relevait de la violence. Un coup de poing, d’accord, c’était violent, mais là il ne s’agissait jamais que de gentils petits électrons. C’était de la science, quelque part. Cela relevait plutôt de l’expérience, en fin de compte.

« Hey, on pourrait faire un plan à trois, ça te dirait pas ? »

Sigkill finit par se décider, uniquement pour des raisons scientifiques, à tester l’appareil qu’elle avait construit elle-même sur deux sujets qui semblaient manifestement se porter volontaires pour faire avancer le progrès. Elle dégaina donc son pistolet, le plaqua au niveau du cou de l’homme qui ne la tenait pas, et appuya sur la détente.

Elle reçut alors une décharge qu’elle qualifia instantanément de « plutôt forte » qui l’envoya valser en arrière et la fit s’écrouler par terre. Il ne lui fallut cependant que quelques secondes pour se relever, car elle prenait des décharges électriques environ deux fois par semaine et avait développé une forme de résistance.

Ce n’était pas le cas des deux hommes, cependant, surtout qu’eux avaient pris le coup de plein fouet. Ils gisaient tous deux par terre et se convulsaient en bavant, la peau et les cheveux légèrement carbonisés.

Sigkill remit ses écouteurs, se remit en chemin, et rangea son pistolet électrique Do It Yourself dans son sac. Puis, tandis qu’elle réajustait le nœud de sa cravate, elle prit mentalement note des ajustements qu’il faudrait qu’elle apporte à son nouvel engin, qui avait manifestement besoin d’être un peu recalibré.

vendredi, avril 6 2012

Interlude

Bon, comme vous l'avez peut-être compris avec le précédent billet et le manque de contenu depuis, je n'ai plus trop la motivation pour faire des billets politiques en ce moment.

Ce qui ne veut pas dire que je jette ce blog aux orties (sauf si elles sont cannibales), juste qu'il faut plutôt s'attendre, dans les semaines à venir, à voir des nouvelles ou des trucs pas très sérieux que des analyses féministes matérialistes du paradigme épistémopolitique post-moderne.

Sinon, juste une note concernant les commentaires : en fait, la très très grande majorité des commentaires sur ce blog (même si vous le voyez pas forcément vu que je les enlève), c'est des spams tout pourris. Et du coup, je n'ai pas trop le courage de devoir passer une demi heure deux fois par jour pour supprimer le spam et valider les commentaires. En même temps, je n'ai pas pour l'instant envie de supprimer complétement les commentaires, du coup je vais tenter un compromis, qui est de laisser les commentaires ouverts sept (7) jours après la parution du billet, et je verrai si ça permet de réduire le flux de robots ou si ceux-ci sont assez intelligents pour concentrer leurs efforts sur les articles «ouverts».

Et sinon, juste pour rappeler que quand on est une meuf on doit parler d'une voix douce et être polie, trois vidéos où il y a des meufs classes qui chantent.(et des gars à cheveux longs qui bougent la tête)

Straight Line Stitch - Black veil

Arch Enemy - My Apocalypse

Otep - Fist Falls

(Avertissement : y'a des scènes de violence (en mode Fight Club) dans la vidéo. J'aime bien les paroles, par contre, alors vu que c'est pas forcément évident de comprendre ce qu'elle dit, je mets un extrait : 

Standing over me, my body
His fists swollen and bloody
My marks and raw scars
I’m not gonna take it anymore
I’m sick of this shit
Not gonna flinch
If I gotta go down, it’ll be swinging
You will see you can’t break me
I’m not gonna take it anymore
Keep your knuckles bloody
No more tears
No more fears
Strike the anchors
Use your anger
Defy the master
Break the rules
Keep your pride locked up inside
It belongs to you
They think they’re stronger, bigger, better
But they’re just jealous cowards
Fuck what they say
Fuck what they think
About us
Keep your voices raised
Keep your knuckles bloody
Keep your voices raised
Keep your knuckles bloody
Cowards
And now that you see me
Now that you see me
Now that you see me
Now that you see me
You are terrified
You are terrified
You are terrified)

jeudi, mars 29 2012

Du féminisme en milieu LGBT

Il y a environ trois ans et demi, je débarquais à Lille et rejoignais les Flamands Roses. Pour moi, c'était génial : un groupe LGBT, où il y avait une vraie mixité (c'est-à-dire, pas que des gays cis) et qui s'impliquait aussi sur les questions féministes. À ce moment là, et jusqu'à il n'y a encore pas si longtemps, j'avais envie d'un féminisme «transpédégouine», c'est-à-dire de militer aussi avec des pédés féministes, et en visibilisant les questions homos et trans.

Et puis, petit à petit, je me suis rendue compe que même chez les transpédégouines, tout n'était pas si rose. Ça a commencé doucement : quelqu'un, qui n'était pas du groupe, hurlait à l'«hétérophobie» à cause d'une pancarte «finançons la recherche pour soigner les hétéros» ; un autre comparait une pancarte que j'avais faite à l'«inquisition». Bref, des reproches d'hétérophobie et demisandrie : deux accusations que, avec le soi-disant «racisme anti-blanc», j'avais plutôt eu l'habitude d'entendre dans la bouche d'individus d'extrême-droite et qui faisaient, pour moi, pour la première fois (mais certainement pas la dernière) apparition dans une «communauté LGBT» que j'imaginais féministe.

Cela dit, les deux gars en question n'étaient pas des membres des Flamands Roses, et il s'agissait justement d'attaque contre des pancartes réalisées par notre groupe. Du moins, par des gouines de notre groupe, mais soutenues par le reste du groupe. En tout cas, plus ou moins soutenues : il y en avait pour qui c'était déjà un peu «bon, on est un peu obligé de soutenir parce que c'est un truc du groupe, mais quand même, vous nous faites un peu chier, on aurait peut-être dû regarder d'un peu plus près ce que vous faisiez avant de valider».

Un peu plus tard, ou peut-être un peu plus tôt, je ne sais plus trop, il y a eu autre chose qui est venu ébranler ma confiance dans le féminisme du groupe, lorsqu'on a voulu faire des ateliers entre gouines au nom des Flamands Roses, et que ce n'était pas possible de le faire au nom du groupe, parce que ce n'était que pour les gouines. Et puis tel autre atelier, qui lui ne concernait pas que les gouines, mais était porté par quelques gouines féministes, ce n'était pas évident non plus, parce qu'«on» n'avais pas assez eu de discussion.

C'est vers ce moment là, je pense que cette espèce de deux poids deux mesures a commencé à apparaître : ce qui provenait de certaines féministes, il fallait que ce soit examiné, scruté à la loupe, avant que cela puisse être «validé» ; dans le même temps, sur des sujets moins «sensibles», il y avait des paroles au nom du groupe avec un mandat plutôt large, sans qu'il n'y ait forcément beaucoup de discussions en amont pour «valider» ce qui serait dit ou pas.

Un peu après, «on» organisait (officiellement, c'était «les Flamands Roses», mais en pratique c'était quelques gouines) un atelier sur la misogynie en milieu LGBTQIF, parce qu'on en avait un peu marre de se taper régulièrement des comportements misogynes et lesbophobes dans les différents évènements LGBT auxquels on se pointait. Ça a été, incontestablement, un franc succès : en tout et pour tout, un pédé s'est pointé. Dans le milieu LGBT, les mecs sont en effet tellement au fait du féminisme qu'ils n'ont pas besoin de travailler sur leurs comportements misogynes.

On avance encore un peu dans le temps, et on en arrive au Festival Ô Mots 2011, le festival «littéraire des genres et des sexualités» annuel des Flamands Roses. Cette année, c'est pratiquement que des gouines et/ou des meufs trans qui s'y collent. Bon, c'est plutôt chouette sur le contenu, mais on se dit quand même «tiens, quand on parle de certaines choses, on se sent peu soutenues». Parce que, ouais, ça parle de rapports de classe, de féminisme, de privilège cissexuel, du racisme en milieu LGBT. Et résultat : les quelques gouines et/ou meufs trans féministes qui ont porté le truc se retrouvent finalement boycottées par les autres. Sauf, il faut quand même rendre à César ce qui est à César, lors de la soirée de clôture où on ne parle pas vraiment politiques.

Là, déjà, bon, j'étais bien blasée, et je ne voyais plus trop l'intérêt de militer en milieu «LGBT» si c'était pour qu'en fait, il y ait plus d'hétéros avec une conscience politique qui se pointent dans les évènements que quelques féministes organisaient. Parce que, moi je veux bien militer à des moments en mixité pour faire de la pédagogie, mais du coup quand les gens ne se pointent pas et continuent ensuite d'avoir des comportements relous, la pédagogie, on a plutôt envie de la faire à coup de batte de base-ball. Mais, bon, à ce moment là j'y croyais quand même encore un peu, je me disais «bon, si on met les choses à plat, on peut avoir une discussion, ils comprendront qu'ils ont merdé» .

Zoup, six mois plus tard, on co-organise un évènement sur «Un troussage de domestique». Et c'est vraiment chouette, comme évènement, en tant que féministe ça remotive, on prend le contact avec de nouvelles meufs chouettes, youpi. Sauf que, à l'intérieur des Flamands, c'est pas si rose : la copine qui présentait une définition du viol et de la notion de société pro-viol devait le faire en son nom, et pas en celui du groupe, parce que, là encore, quand c'est proposé par une féministe un peu trop grande gueule, il faudrait que ce soit examiné à la loupe.

Alors, à la dernière réunion, on se dit, à quelques féministes, gouines et/ou meufs trans, que quand même, ça craint un peu d'organiser une discussion là-dessus et de pas être foutu d'assumer en tant que groupe qui se dit féministe une définition du viol. La discussion part un peu lentement, et puis la question est posée de «c'est quand même bizarre, sur les trucs féministes vous êtes hyper pointilleux à vouloir tout contrôler ce qui va être dit, à remettre en cause ce qu'on veut faire, à nous demander de nous justifier, et quand c'est sur des trucs gays ça passe un peu comme une lettre à la poste, pourquoi ?». Et là, on nous explique pourquoi. Il y a des mots comme «flic», «clan», «climat de terreur». Des accusations d'essentialismes (qui visent y compris des féministes qui sont des meufs trans), d'être anti-mecs, d'être dans le «repli identitaire». La réunion se transforme en espèce de chasse aux sorcières, où chacun·E y va de son petit laïus pour enfoncer la méchante féministe du lot, qui a le tort d'avoir une trop grande gueule et depuis trop longtemps.

Du coup, ben voilà, je ne suis plus aux Flamands Roses. Cela dit, même si j'aurais vraiment envie de croire que c'était vraiment le plus pourri des groupes militants LGBT sur la question du féminisme, j'en doute vraiment. Je pense même que c'est parmi les meilleurs, ou en tout cas des moins pires.

Et par conséquent, j'en suis réduite à tirer un constat, que j'aurais peut-être dû faire il y a un certain temps : c'est que mon féminisme n'est pas vraiment compatible avec le milieu LGBT. Parce que, j'en suis maintenant consciente, pour avoir un féminisme compatible avec le milieu LGBT, il faut avoir un féminisme qui ne soit pas trop «anti-mecs», ou alors qui ne cible que les mecs hétéros, pas les gays ; un féminisme où on peut faire des choses en non-mixité à des moments, mais à condition d'en rendre quand même plus ou moins des comptes à des mecs ; un féminisme pas trop violent et agressif ; un féminisme où on peut revendiquer d'être «la mauvaise image de l'homosexualité», mais quand même pas d'être «la mauvaise image du féminisme» ni «la mauvaise image des gouines féministes».

dimanche, mars 18 2012

8 mars (ter)

J'étais plutôt contente de voir que, cette année, au moment de la manif parisienne du 8 mars, le NPA, le Planning Familial, et peut-être un ou deux autres groupes que j'oublie, ne voulaient pas signer l'appel du CNDF parce qu'il y avait la revendication de la pénalisation des clients, ce qui a finalement donné (si j'ai bien compris, en même temps comme je ne suis pas sur Paris...) un appel «8 mars pour toutes!». Si j'étais plutôt contente de ces prises de position du NPA et du Planning Familial, c'était parce que je trouvais que ça permettait de visibiliser qu'on pouvait être contre la pénalisation des clients parce qu'on est contre des positions répressives, parce qu'on pense que ça risque de retomber sur les putes, sans être forcément dans un truc de «le travail du sexe c'est une forme de libération c'est trop fun».

Pis du coup, j'ai vu une vidéo du cortège 8 mars pour toutes :

en l'occurence centrée sur le Strass, et j'avoue que ça m'a fait m'interroger.

Déjà, bon, je vais peut-être être travphobe, mais je crois que, vraiment, ça me gave que le Strass ait un peu comme habitude assez régulière d'avoir comme porte-parole des gens qui sont peut-être «en femme» le temps d'une manif mais qui vivent la plupart du temps en étant socialement des mecs, en bénéficiant de privilèges de mecs, et qui surtout vont jamais, devant la caméra, poser ce truc de «là, j'ai mis une perruque pour la journée du 8 mars, mais sinon j'ai une position de mec dans la société». Je sais pas, peut-être que situer un peu son discours aussi sur les points où on est dominant ça ferait pas forcément de mal. En tout cas, en tant que meuf qui suis une meuf même quand on est pas le 8 mars je crois que ça me soule un peu cette posture. Je veux dire, ça me pose pas de problème que des gars se travelottent (l'inverse non plus), même si chez plein de gars qui le font je trouve qu'il y a un truc super miso (pas forcément parce qu'ils se travelottent, mais parce que c'est des gars, je suppose) ; par contre décider de le faire pour se donner une certaine forme de légitimité à une manif féministe, ça me va pas. Je trouve que ça revient un peu à enfiler un bleu de travail pour faire «ouvrier» le jour de la manif du premier mai.

Et sinon, ça n'a pas grand chose à voir, mais ça me fait quand même un peu rire d'entendre le Strass crier «envoyer la police, ce n'est pas du féminisme». Le Strass, qui sur son site affiche fièrement «Le 14 décembre 2011, la Cour d’Appel de Paris, a confirmé le jugement condamnant Mme Henriette Zoughebi, Vice- présidente (PC) du Conseil Régional d’Ile-de-France. En février dernier, Mme Zoughebi avait été reconnue coupable de diffamation et condamnée à 500€ d’amende avec sursis, 1500 € de frais de justice et 1€ de dommages et intérêts au STRASS, le Syndicat du Travail Sexuel. La Cour d’Appel a en outre alourdi cette peine de 500 € pour frais de justice.» Ben oui, quand je dis que je suis globalement contre les positions répressives, ça inclut aussi «vouloir régler les désaccords politiques à coups de procès en diffamation».

lundi, mars 12 2012

Un article sur un féminisme anti-sexe

Ça fait un bout de temps que je me dis qu'il faudrait, un jour, que j'écrive un article sur le fait que je me revendique anti-sexe et ce que j'entends par là. Ce jour n'est pas encore arrivé, mais je suis tombée sur un article intéressant sur le blog A Radical Transfeminist, intitulé The Ethical Prude: Imagining An Authentic Sex-Negative Feminism. Alors, bon, je n'aurais pas forcément tout écrit comme ça (déjà, j'aurais sans doute écrit en français), mais cet article soulève à mon avis des pistes intéressantes.

C'est un peu long, et c'est en anglais, mais je me suis permise de traduire une partie de l'introduction (c'est sans doute très mal traduit, j'en suis désolée), où elle critique l'idée de définir le sexe comme uniquement ce qui est agréable : 

Pourquoi revendiquer le terme «anti-sexe» ?

Quand beaucoup de féministes appellent un acte «sexe», elles font souvent attention à le distinguer d'autres actes qui peuvent sembler similaires à première vue, des actes durants lesquels un partenaire outrepasse les limites de l'autre. Elles appellent ce dernier «viol» au lieu de «sexe» et traitent les deux catégories comme mutuellement exclusives. En faisant cela elles se basent sur une analyse du viol qui le comprend comme un acte de violence, de pouvoir et d'hostilité. Par implication, le sexe n'est aucune de ces choses.

Cette analyse les place dans une minorité. Dans une culture du viol, le viol est appelé sexe, même si ce n'est pas agréable. Les actes sexuelles sous la contrainte sont appelés sexe. La pornographie ne représente pas (au mieux) une sorte de genre de films de pouvoir et de vulnérabilité centrés sr l'image de la femme-comme-putain, on dit aussi que cela représente du sexe, même si les act·eur·rice·s trouverent probablement leur paie beaucoup plus agréable que le sexe. Le sexe avec des différences de pouvoir qui le rendent non-négociable, ou le sexe avec d'autres différences de pouvoir importantes où aucun effort n'est fait pour rééquilibrer ce pouvoir — tout cela est appelé sexe.

Les féministes ne sont pas propriétaires du mot «sexe». Sa signification ne sera pas celle que nous définissons. Cela continuera, en attendant le renversement du patriarcat, à dire ce que cela a toujours voulu dire.

Cette séparation féministe du sexe et de la violence et du pouvoir est bénéfique dans le fait qu'elle permet aux féministes de concevoir le genre de sexe que nous voudrions avoir des opportunités d'avoir, et que nous voudrions que les autres aient l'opportunité d'avoir. Le coût de penser de cette façon est que nous pouvons oublier comment, dans le monde réel, le viol, le pouvoir et le sexe sont vécus au mieux comme un continuum et au pire comme définitivement entremêlés.

Si nous n'utilisons pas notre propre langage spécial, où le sexe est ce qui est agréable, et où tout le reste n'est pas du sexe, il devrait être évident que nous devons au moins envisager la possibilité que le sexe, tel qu'il est typiquement vécu, n'est souvent pas agréable.

Quelles autres activités récréatives sont définies comme cela ? Il n'est ni radical ni prosaïque de dire que le sport d'escalade est intrinséquement agréable ; c'est juste un peu étrange. Vous pouvez l'adorer, je peux le détester, mais cela ne lui donne pas de valeur objective. Une personne qui n'aime pas cela n'a pas tort ou n'est pas dans l'erreur, c'est juste qu'elle n'aime pas l'escalade.

Mais il y a des mots pour les personnes qui critiquent le sexe. Si une personne déclare ou implique qu'elle n'aime pas le sexe pour elle-même (qu'elle soit asexuelle et/ou qu'elle ait d'autres raisons personelles de critiquer le sexe) elle est appellée «prude». Elle peut aussi être appelée frigide, ou traumatisée ou être accusée d'être homo (en refusant du sexe proposé par des personnes d'un genre différent) ou hétéro (en refusant du sexe proposé par des personnes de même genre). Mais c'est lorsqu'une personne articule une critique politique du sexe que les armes lourdes sont dégainées. Le terme utilisé pour ce genre de personnes et leur politique est anti-sexe.

Qui pourrait être anti-sexe ? C'est comme être anti-choix, ou pro-mort. C'est pratiquement être anti-agréable ! Ces mots sont destinés à nous faire stopper net, et dans une certaine mesure ils l'ont fait. Mais j'aimerais affronter ces mots et regarder ce que pourrait vouloir dire un authentique féminisme anti-sexe.

jeudi, mars 8 2012

8 mars (bis)

Bon, au départ j'avais prévu de faire un billet pour parler des différentes manifestations/rassemblements féministes du 8 mars, mais je n'étais au courant que des manifs à Paris (la manif mixte à 18h Place de la Nation, et la marche de nuit non-mixte femmes et lesbiennes à 20h30 Place de la Bastille), ainsi évidemment que du rassemblement non-mixte meufs et lesbiennes à 19h Place Richebé à Lille dont j'avais déjà parlé, du coup je me suis un peu découragée.

Or, Mademoiselle a eu le bon goût de réveiller ses Entrailles pour l'occasion, et liste quelques autres évènements féministes, notamment (pour l'instant) à Poitiers et Toulouse, et du coup je vous invite à aller voir ce qu'il se passe dans quelques villes de France, même si vous allez me dire que c'est un peu tard.

Ah, et tant que je je suis dans le relais d'infos, j'en profite pour faire d'ores et déjà un peu de pub pour la soirée conférence+projection autour d'«Un troussage de domestique» organisée par le GDALE et les Flamands Roses le lundi 19 mars à Lille à partir de 19h, au cinéma l'Univers.

mardi, février 28 2012

8 mars... Attacks !

RASSEMBLEMENT FEMINISTE

en non-mixité meufs et lesbiennes (trans et cis)

8 mars 2012 - 19h

Place Richebé

Métro République


Dans un monde fait par les hommes, pour les hommes, une journée ne suffit pas à nous rendre nos vies. Une journée thématique, c’est du foutage de gueule, d’autant que le peu de personnes qui vont y penser vont utiliser les problématiques d’oppression vécues par les femmes hétérosexuelles cis pour masquer les autres.

Et pourtant.

Et pourtant, le 8 mars, comme les autres jours, des hommes violent. Des hommes insultent. Des hommes frappent. Des hommes sous-paient leurs salariées. Des hommes tuent. Des hommes harcèlent. Des hommes se font servir. Des hommes décident pour nous.

C’est au quotidien que nous luttons contre les violences masculines.

Le 8 mars, comme les autres jours, des meufs vivent. Des meufs survivent. Des meufs se révoltent. Des lesbiennes s’aiment sans laisser de place aux hommes dans leur intimité. Des meufs trans refusent que d’autres personnes décident de qui elles sont. Des meufs grognent. Des meufs rendent les coups. Des meufs trans envoient chier des personnes cis qui leur posent des questions intrusives. Des lesbiennes s’organisent pour construire en autonomie. Des meufs ripostent face à ceux qui les croient disponibles ou les matent comme des bouts de viande. Des meufs s’énervent quand elles s’entendent demander: « c’est madame ou c’est monsieur? ». Des meufs se parlent. Des meufs complotent…

Dans cette société misogyne qui nous dévalorise, cherche à nous briser et à nous faire croire que nous correspondons toutes à la norme fixée par les hommes, que nous sommes de toutes petites choses fragiles, on a décidé de ne pas oublier qu’on est fortes et qu’on a trop la classe!

APOCALIPSTICK

RASSEMBLEMENT FEMINISTE

en non-mixité meufs et lesbiennes (trans et cis)

8 mars 2012 - 19h

Place Richebé

Métro République

LECTURES DE TEXTES FEMINISTES PAR DES MEUFS TRANS ET/OU LESBIENNES

au bar du centre LGBTQIF (en mixité)

8 mars 2012 - 21h

19, rue de Condé, Lille

Métro Porte d’Arras

Qui sommes-nous ?

Nous en avions marre d’être invisibles et inaudibles ou examinées au microscope exotisant par :

  • des pénibles en mal de relations sexuelles distrayantes
  • des militants qui veulent nous transformer en barbies subversives pour faire caution dans leur vitrine théorique
  • des curieux/curieuses qui nous prennent pour des moteurs de recherche à leur disposition sur les questions trans et lesbiennes
  • des sociologues tout frétillants d’avoir dégoté le dernier sujet à la mode.

Nous en avions marre d’être mal à l’aise ou poussées vers la sortie (plus ou moins pernicieusement) d’espaces et/ou de groupes qui sont aussi les nôtres.

Nous en avions marre d’être obligées de mettre de l’adoucissant quand on passait nos oppresseurs à la machine sous prétexte que « les pauvres petits, quand même… »

Nous avions envie de lutter entre copines, sans avoir à nous censurer, sans complaisance vis à vis des dominants et sans attendre leur validation.

Apocalipstick est un groupe féministe matérialiste en non-mixité meufs trans et/ou gouines. Apocalipstick est un groupe autonome qui lutte contre la société hétéropatriarcapitaliste, raciste, cissexiste et validiste (et ouais, carrément!)

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